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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
Nous sommes le Mar Aoû 21, 2018 10:43 pm

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 Sujet du message: [Commentaires]Terra Incognita
MessagePosté: Dim Jan 29, 2006 5:39 pm 
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Bon, première fournée...

C'est peut-être un peu rapide, mais après tout, l'histoire ne devra pas être trop longue, et on en est pas encore à l'exploration... :roll:

Heu... les noms (des villes et des gens), vous en pensez quoi ? :?

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MessagePosté: Dim Jan 29, 2006 8:34 pm 
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C'est pas mal :) ; mais je te reconnais à peine pépère ! Tu as un style plus sérieux, plus calme, en un sens ça fait du bien un peu de changement :wink: Malgré tout, je trouve que le narrateur est un peu trop distant, et les personnages n'ont guère de profondeur, enfin, je trouve qu'ils ne sont pas assez décrit, mais après si tu veux les faire découvrir au lecteur au fil du voyage, c'est nickel :roll:
Le premier post donne l'impression d'être un peu bâclé ; on a un petit manque d'ambiance, on y croit pas vraiment et ça sonne un peu creu, un peu comme le reste d'ailleurs ; il faudrait donner une épaisseur plus consistante à tout ça, ça vient peut être de moi mais j'ai du mal à m'y intégrer, l'univers parait un peu trop lointain, il a besoin de griffes pour chopper le lecteur :twisted:
En même temps, si c'est pour rassembler les différents protagonistes, y'a pas de problème ; ou plutôt si, le problème, c'est qu'il manque toute la suite :mrgreen:

Edit :
Citation:
Heu... les noms (des villes et des gens), vous en pensez quoi ?

Ben rien, enfin ça passe tout seul quoi :roll:

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« Mais alors si ce n’est pas ici, où est-ce l’enfer ? »
Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
« Là où sont les gutums bien sûr. »

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MessagePosté: Dim Fév 05, 2006 10:44 am 
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Ecolo à vélo

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Bon, j'ai édite le premier post...

voilà l'ancien, pour comparer :

Citation:
Son cœur tremblait encore. Mais ça avait été la seule solution. La seule façon de changer, enfin, de quitter cette semi-existence de gosse des rues. La seule solution.
Il avait jeté la dague. De toutes façons, même si ça n’avait pas été une preuve compromettante, il l’aurait fait tant elle lui brûlait la main.
Il sursauta soudain, faisant volte-face : un bruit ! On vient ! Qui était-ce ? Boum, boum, le martèlement s’emballe. Mais Monsieur Faillon apparu. L’assassin se calma. Mais ?…
Le Monsieur n’était pas seul. Deux cerbères l’entouraient, tout en cape et en arme. Oui, après tout, pensa le meurtrier, les rues ne sont pas sûres… la mort rôde. Ça ne le faisait pas rire, d’autant qu’il aurait préféré que tout se passe comme prévu. Il aurait dû s’attendre à la présence des gardes, mais il ne réussit pas à se rassurer.
Il attendait nerveusement son paiement. Son employeur, pourtant, ne bougeait pas, ce qui augmentait sa tension. Soudain, alors qu’ils n’étaient plus qu’à quelques mètres, les deux mercenaires se ruèrent sur lui, l’arme au poing.
Il lâcha un hoquet de surprise et eut tout juste le temps de se jeter de côté. La lame du premier homme lui entailla la chaire du bras. Il hurla. Il hurla et couru, couru. Les deux hommes le rattrapaient, il sentait chacun de leurs pas, chacun de leurs balancements. Il haletait dans la nuit et les rues sinueuses. Il fuyait et personne ne viendrait l’aider.
Il déboucha tout à coup dans un carrefour, et sentit le sol se dérober sous ses pieds. Il n’eut pas le temps de s’arrêter et chuta cul par-dessus tête dans le canal. Les poursuivants accoururent en ricanant, et se penchèrent sur le rebord. L’un deux tenait une lanterne à bout de bras. Ils restèrent un moment à scruter l’onde qui n’était troublé par aucun mouvement, puis, s’estimant satisfait, disparurent dans l’obscurité.


J'ai aussi fait quelques modifications dans le sreste du texte, ça pourrait rester comme ça ou ça gagnerait à être étoffé ?
Sachant que je compte effectivement développer les personnages au fur et à mesure... :roll:

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MessagePosté: Dim Fév 05, 2006 11:49 am 
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Le 08 Généfaire 1123

Les rues étaient noires et les pavés poisseux de crasse. Un homme se traîna sous l’ombre d’un grand porche en pierre, la respiration encore haletante, la main serrée compulsivement sur sa poitrine.
Son corps tremblait encore, le coeur bourdonnant lourdement au milieu du silence. (<=on imagine mieux la scène) Il l’avait fait. C’avait été la seule solution.
Il avait jeté la dague ensanglantée. De toutes façons, même si ça n’avait pas été une preuve compromettante, il l’aurait fait tant elle lui brûlait la main. Il avait été mort de trouille avant d’agir, mais le moment venu sa main n’avait pas tremblé. Cependant, sitôt la victime effondrée, une bouffée de sentiments chaotique s’était emparée de lui comme une vapeur de putréfaction : une odeur qui rentre dans votre peau par chacun de vos pores et vous tient toute votre vie. Des sentiments parfois contradictoires, le dégoût et la honte, se mélangeaient étrangement à un certain triomphe, l’horreur au plaisir de la violence et à l’exaltation du sang, et ce tous en même temps, bouillonnants dans un même tourbillon qui brouillait sa vue et son esprit.
C’avait été la seule solution. Toucher le fond pour se donner l’impulsion salvatrice.
Un bruit de pas spongieux, au loin, attira soudain son attention. Il redressa la tête, les yeux fous, et se plaqua encore plus sûrement contre la paroi, comme s’il voulait se fondre dedans. Les bruits des bottes (<=ou : les bruits de botte) dans la fange se rapprochaient. L’assassin tiqua nerveusement. Trois hommes arrivaient. Il claqua de la langue, la gorge sèche.
Pourtant, c’était bien son employeur, qui venait au lieu du rendez-vous.
Mais il n’était pas seul. Deux cerbères l’entouraient, deux grandes masses tout en cape et en arme. Les yeux du meurtrier oscillaient de l’un à l’autre. Leur présence ne rentrait pas dans le scénario de paiement rapide qu’il avait imaginé. Il essaya bien de se rassurer : un homme de cette condition, un Monsieur, craignait, sans doute, pour sa bourse, ou sa vie, dans la nuit et les ruelles étroites rôdait la mort. La mort rôdait, et ça ne le faisait pas rire, d’autant qu’il aurait préféré que tout se passe comme prévu. Il aurait dû s’attendre à la présence des gardes, mais il ne réussit pas pour autant à ralentir les tambourinements de son cœur qui s’emballaient de manière inquiétante.
Il attendait nerveusement son paiement. Mais soudain, alors que le groupe n’était plus qu’à quelques mètres, les deux mercenaires se ruèrent sur lui en tirant leurs larges rapières du fourreau dans un même mouvement fluide.
Il lâcha un hoquet de surprise et eut tout juste le temps de se jeter de côté. La lame du premier homme lui entailla la chair du bras. Il laissa échapper un jappement sourd mais retint son cri qui aurait immanquablement attiré quelque personne indésirable, et se lança, à toute vitesse, vers l'issue (<=rend mieux l'idée de précarité de la situation) la plus proche, sans réfléchir. Ses pas claquaient sur la pierre. Glissant parfois sur des ordures, il conservait tant bien que mal son équilibre et sa vitesse. Sa poitrine allait éclater sous l’effort et [strike]sous[/strike] la peur. Sa vue se brouillait, mais, à mesure que le temps passait, il lui semblait percevoir des choses nouvelles, des choses étranges. Les deux hommes le rattrapaient. Il sentait chacun de leurs pas, chacun de leurs balancements, parfois même le mouvement d’un coup d’épée qui le frôlait. Il haletait dans la nuit et les rues sinueuses. Il fuyait et personne ne viendrait l’aider.
Il déboucha tout à coup dans un carrefour, et sentit le sol se dérober sous ses pieds. Emporté par son élan, il chuta cul par-dessus tête dans le canal. Les poursuivants accoururent en ricanant, et se penchèrent sur le rebord. L’un deux se saisit d'une lanterne et la tint, à bout de bras, au-dessus de l'onde. (<=c'est plus cohérent car il n'est dit nulle part qu'un des cerbères porte une lanterne) Ils restèrent un moment à scruter la surface qui n’était troublée par aucun mouvement, puis, s’estimant satisfaits, disparurent dans l’obscurité.

Jolie introduction.

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MessagePosté: Dim Fév 05, 2006 12:24 pm 
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Le 09 Généfaire 1123

Armian, troisième ville d’Eurisie. La Cité de l’Azur, fondée, d’après la légende, par Su-lean, fille de l’Océan Vert et de la Mer Jonniene, à l’endroit même où elle émergea de l’écume, il y a maintenant plus de trois siècles de cela . Armian, son Palais du Piloti, son Temple Aquatique, merveille d’architecture et d’ingénierie hydraulique, ses milliers de ruelles sinueuses et de canaux étroits, ses maisons de pierre dorée, et son port.
Joachim était impressionné par l’agitation qui régnait sur les quais. Ici, d’imposants débardeurs, torse nu, suaient sous le soleil [strike]à son zénith[/strike],(<=quand le travail est rude on sue même si le soleil est au niveau de l'horizon) soulevant de larges caisses qui devaient provenir d’Oléarie, de Chagne ou d’autres lointaines contrées dont la simple évocation insufflait au vieux fermier un vent d’exotisme. Là, un groupe de marins s’en allait bruyamment s’amuser vers le quartier d’Oubaque, où ils trouveraient autant de vin et de femmes que leur paye pourrait leur permettre, jusqu’au prochain départ.
Une voix criarde attira son attention vers la gauche. Un petit homme trapu, tout en soie mauve et en dentelle blanche, menait une discussion à bâtons rompus avec un grand marin propre sur lui et sans expression. (<=contradictoire avec une discussion à bâtons rompus<=vive et animée) Un peu plus loin, un nouveau couple de bourgeois se promenait bras dessus, bras dessous, protégé d’une fine ombrelle. La jeune femme, qui jetait des regards en coin vers les débardeurs, eut une moue peu discrète en passant devant un vieux loup de mer buriné, le visage mangé par le sel et l’alcool, qui faisait la manche, incapable de travailler depuis qu’un cordage s'était rompu et avait emporté ses deux jambes. La rançon de la mer. Il se traînait misérablement sous les railleries de deux fillettes d’à peine huit ans, une petite rouquine piquante et une grande blonde maladive, toutes deux en haillons, et qui, bientôt, iraient, elles aussi, au quartier d’Oubaque, rejoindre leurs aînées.
C’était toute l’Eurisie qui était là, sa fange et son élite, sa jeunesse et ses aînés, ses voleurs et ses héros. Joachim inspira une grande bouffée d’air iodée qui lui ouvrit les poumons. C’était le point de départ d’une nouvelle vie pour lui. Il descendit les marches de bois craquantes de l’office où il venait d’acheter les billets pour lui, sa femme Anna et leur fils Antuin, pour les terres de l’Ouest. C’était échanger sa masure craquelée contre l’espoir d’un vrai terrain. L’espoir, ça n’a pas de prix. Anna était un peu inquiète, et Antuin arrivait à cet âge où l’on discute, mais ils verraient bientôt tous deux que Joachim avait raison. Dans quelques jours, le départ. Et dans quelques semaines…


Remarque:
"Un cordage s'est rompu" indique qu'une des extrêmités a lâché.
"Un cordage rompu" indique que l'ensemble du cordage est usé
:wink:

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MessagePosté: Dim Fév 05, 2006 12:46 pm 
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Le 11 Généfaire 1123

Du bruit. Du monde. Des rats. Ils la dégoûtaient. Tous ces humains dans la poussière et la crasse, à jouer aux gens respectables. Tous ces marchands, ces marins, ces notaires et ces badauds qui vaquaient à leurs stupides activités en ignorant la laideur de leur monde, et celle de leur âme.
Francine cracha de dépit. Respectables mon cul. Tous des assassins et des violeurs. Des assassins sans couteaux, les plus dangereux, de ceux qui vous détruisent une famille le temps d’une génération et vont ensuite se repaître des orphelines au quartier d’Oubaque. Le jour, ça vous tient une façade, mais pas la peine d’abuser les prostituées, elles ne sont pas vraiment humaines. Les porcs. Plus jamais. Bientôt.
Un grand homme basané dans la force de l’âge mais déjà ravagé par la mer et brûlé par le soleil s’approcha d’elle. Son visage, traversé d’une balafre qui sinuait de la tempe au menton, était éclairé par un large sourire, révélant ses dents tordues.
- J’vois qu’tu t’es pas dégonflée.
Francine soutint le regard d’Anderson, le marin qui avait accepté de l’aider à monter clandestinement sur le bâtiment où il travaillait actuellement, et qui s'apprêtait à faire voile vers le nouveau continent de l’Ouest. Moyennant compensation, bien sûr.
- Tu vas voir, grinça-t-il en la prenant à la taille, plaquant une main rugueuse et grossière sur sa poitrine et lui soufflant son haleine putride au visage. On va bien s’amuser. Et tu vas m’rapporter gros, oh oui…
Francine ne l’écoutait pas, l’entendait à peine. Elle regardait droit devant elle, comme pour envoyer son esprit loin de son corps avec ses yeux. Des gens commençaient à embarquer, se massaient devant la rampe. Le père d’une famille de fermiers, un vieux moustachu, semblait en vive discussion avec son fils, presque un jeune homme, à la mâchoire carrée et déjà large d’épaules. Trois hommes entièrement vêtus de noir leur jetaient des œillades en coin, apparemment gênés dans leur propre débat. Des Messieurs. Deux agréés, tout en barbe et en lunettes, et un novice, jeune et bien fait, la mine malicieuse. Les pires, songea amèrement Francine. De vrais enfoirés de première, avec leurs grands discours. Un peu plus loin, un géant de deux mètres de haut complètement chauve avait posé son énorme sac et liait connaissance en riant avec un autre voyageur, un jeune garçon à peine adulte, vêtu comme un artisan et assis sur sa valise de bois, qui semblait un peu mal à l’aise. Et partout des commerçants, des serviteurs en course, des soldats et des ouvriers, des gens, du bruit.
Je hais les humains.
Au milieu de la foule, son regard passa, d’abord distraitement, sur un homme qui la fixait intensément. Il était à l’âge, comme elle, où, vers la trentaine, il pouvait encore décider de changer de vie, avant que les années ne se figent. Il avait les yeux noirs et hagards d’un fou, et un bras en écharpe. Lorsqu’elle voulut le retrouver, au milieu de ce fourmillement, il avait disparu. Elle garda son image floue en tête un instant, puis suivit Anderson qui l’avait lâchée et se dirigeait vers un entrepôt dans l’ombre d’une ruelle.

Remarque:
Un agréé c'est une espèce d'avocat dans les affaires de commerce
Un agrégé c'est une sorte de professeur.
À toi de voir ce que tu as voulu indiquer :wink:

édit: à la lecture du texte suivant c'est bien ce que je soupçonnais =>des savants=> donc des agrégés

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Dernière édition par Vae-primat le Dim Fév 05, 2006 1:05 pm, édité 1 fois.

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MessagePosté: Dim Fév 05, 2006 1:02 pm 
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Alen eut un nouveau haut-le-cœur. Accroché au bastingage, il regardait, cinq mètres en contrebas, l’écume glisser le long de la coque. Onze jours, et il n’arrivait toujours pas à s’y faire complètement, bien qu’il notait une légère amélioration. Il n’était pas à l’aise sur ce monde ballotté. Le sol de la cordonnerie où il avait grandi ne tanguait pas, sauf pour son père quand il était saoul et donnait alors l’impression de donner de la gîte.
Le jeune homme releva la tête du rebord, le front encore un peu pâle.
-Ça va mieux ? s’enquit Cal.
Cal était un homme peu commun, d’abord par sa taille et sa carrure, et ensuite par son humanité. Un grand ogre angélique. À côté de lui, le rouquin qui, pour ne pas être un nain, n’en était pas grand, paraissait franchement malingre et frêle. Une drôle de paire. Ils étaient restés ensemble depuis leur discussion à l’embarcadère, les autres colons étant pour la plupart déjà en groupe.
Pourquoi partaient-ils ? Alen s’émerveillait de la diversité [strike]de la diversité [/strike] des raisons qui avaient amené des hommes d’origines géographiques et sociales si différentes sur un même navire, vers une même destination. Par exemple, ces trois intellectuels, là-bas. Qui aurait pensé en voir ici ? Ils avaient discuté ensembles - Alen ne voulait pas les importuner, mais Cal était très sociable. Les deux Messieurs agrégés, nommés Monsieur Marchit et Monsieur Bard, et l’élève de ce dernier, Armand Délarive, un peu plus âgé qu’Alen, avaient des choses à dire sur n’importe quel sujet. Ils usaient parfois de termes quelque peu techniques, même à propos de choses simples, que le fils de cordonnier ne comprenait pas parfaitement voir pas du tout, mais dans l’ensemble leurs paroles étaient sensées et leur compagnie agréable. Alen avait conversé en particulier avec Armand, qui n’était pas conforme à l’idée qu’il se faisait des prétendants à la science. Il avait l’esprit vif, mais ne l’employait pas qu’à disserter. Quand il n’était pas avec Cal, Alen passait son temps avec ce camarade de bord, à rire de ses plaisanteries et de ses contes.
Armand, donc, lui avait expliqué leur démarche : s’ils partaient vers le nouveau monde, c’était pour repousser les connaissances de l’Académie.
-Ah bon ? s’était étonné Alen. Je croyais que tout était déjà écrit dans les livres !
Armand s’était esclaffé de bon cœur, et son compagnon avait rougi en souriant timidement, conscient de son ignorance.
- C’est vrai qu’il doit se trouver des âcres entiers perdus dans les sous-sols de la Bibliothèque de Shembray, avait hoqueté le novice en riant, où personne ne vient plus depuis des siècles, pleins de vieux volumes rongés par le temps, la poussière et l’humidité, où il serait bon qu’un intrépide explorateur aille s’aventurer afin d’en extraire les trésors, mais cela m’étonnerait fort qu’on y trouve la connaissance de toute chose, si toutefois on y trouve une quelconque information intéressante !
Puis il avait fermé les paupières, appuyé contre la rambarde, et était resté là à respirer l’air du grand large. Alen attendait religieusement, puis, comme l’autre ne semblait pas vouloir continuer à parler, il lui demanda :
-Il manque donc tant de choses ?
-Tout ! S’emporta Armand en ouvrant les yeux si grand et si brusquement en se redressant qu’Alen sursauta. Nous ignorons tout ! La seule chose dont nous sommes à peu près sûrs, c’est bien de notre ignorance !
-Ah bon, s’étonna Alen d’une petite voix, avant de se reprendre. Mais enfin, toutes ces choses que vous savez, tous ces livres…
-Ça n’est qu’une partie, une infime partie de tout ce qu’il y a à savoir, avait continué l’autre avec véhémence. D’ailleurs, est-il possible de tout savoir ?
-Et s’il n’y avait rien à savoir ?
Armand s’arrêta net dans son mouvement.
-Pardon ?
-Non non, bredouilla Alen les joues écarlates, fais pas attention, je dis souvent n’importe quoi…
-Non, non, avait murmuré Armand en bougeant imperceptiblement les lèvres, comme s’il avait peur de laisser s’enfuir ces mots. Non, au contraire… je n’y avais jamais pensé… et s’il n’y avait rien à savoir
L’autre avait rougi d’autant plus. Peu habitué à recevoir des compliments sur son esprit, il crut que son compagnon, qui n’en était pas dépourvu, se moquait de lui. Pourtant, ce dernier semblait réellement absorbé dans un profond dialogue intérieur, tellement absorbé d’ailleurs qu’il ne sembla plus remarquer Alen, qui finalement le laissa à ses réflexions. Quand il en parla le soir à Cal, celui-ci rit joyeusement en déclarant quelque chose comme " de la différence naît la vérité ". Une fois de plus, Alen eut l’intime conviction d’être le dernier des imbéciles.
Maintenant, outre les trois savants, il commençait à connaître quelques-uns des colons, comme la famille Dasilva, qui, il y a encore moins de deux semaines, cultivait les pommes de terre près de Rovain, à l’est d’Armian, ou Max Chartié, ancien militaire décidé à faire fortune et persuadé que la chance sourit aux audacieux, ou encore le vieux moustachu qui s’énerve souvent sur son fils imperturbable, sous les yeux vides de sa femme, tableau qui chagrine Alen tant elle lui rappelle sa propre famille et la principale raison de son départ. Les raisons des colons sont variées, mais apparemment, tous n’avaient pas envie d’être de cette aventure.
Et dans les soutes, pourquoi sont-ils partis, tous ces pauvres diables ? Ils fuient la misère de la civilisation, vers un nouvel espoir. Alen frissonna. Il n’était pas riche, mais il avait tout de même pu se payer une vraie place avec le salaire de deux mois de travail sur le chantier de la muraille Nord. Et le voyage était déjà dur et sans confort. Comment faisaient-ils, et qui étaient-ils, ceux que l’on a voulu envoyer le plus loin possible, parqués comme des bêtes à fond de cale, sans jamais sortir ? Le plus loin possible, et vers la mort sûrement. La septième nuit, l’estomac retourné, Alen s’était extirpé de son hamac et était sorti de la cabine qu’il partageait avec une dizaine de personnes. Il s’était aussitôt figé sur le pas de la porte. Sous l’éclat bleuté de la Lune, deux marins s’affairaient à jeter des formes sombres et inertes par-dessus bord. Il était tout de suite retourné dans sa couche, et avait attendu tant bien que mal le sommeil, empli des craintes les plus infantiles et irrationnelles. La nuit suivante, et encore la suivante, bien qu’encore plus malade, il n’avait pas osé ressortir et avait souffert de longues heures durant. Il n’avait parlé de cette scène ni à Cal, ni à Armand.

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MessagePosté: Dim Fév 05, 2006 1:28 pm 
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Merci pour les corrections ! :wink:

Modifications faîtes... :roll:

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MessagePosté: Lun Fév 06, 2006 5:07 pm 
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Ma foi, la deuxième version est bien meilleure ! C'est surtout la première partie qui était à reprendre, mias là, impec' ! :D

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Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
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MessagePosté: Dim Mai 14, 2006 10:16 am 
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Après relecture, j'ai modifié ce que j'avais déjà fait, notemment la fin de la dernière partie (maintenant, l'avant dernière) qui me semblait vraiment artificielle... :roll:

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