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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 7:42 pm 
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Ecolo à vélo

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Citation:
Penser à m'ôter mes bottes => pléonasme=> si on enlève les bottes à quelqu'un, c'est généralement les siennes


Hmm, pas forcément, ça peut-être "m'" dans le sens "à ma place" comme "tu vas me faire ça". Et quand j'entends "m'ôter les bottes" ou "ôter mes bottes", ben je trouve que la version d'Emma sonne mieux (sans redondance, en tout cas... :wink: )

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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 8:29 pm 
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LE TYRAN DU DÉSERT VIII

Citation:
- Alors ? Tu as ce qu’il faut ? Demanda Loup Solitaire.
- Ça va aller ! Pousse-toi, que je puisse ouvrir !
La porte s’ouvrit en grinçant, et j’entrai dans la cellule. Loup Solitaire était bel et bien couvert de chaînes ! Je m’approchai et essayai de retrouver le cadenas qui fermait l’ensemble.
- Tu as là un chouette tricot…
- Arrête de dire des bêtises et délivre-moi, j’ai envie de me gratter…
Je tendis le trousseau de clefs à Qacim, et lui ordonnai d’aller délivrer Œil de Loup. Tenter de démêler Loup Solitaire prendrait trop de temps, et nous n’en avions guère, je préférais utiliser une méthode un peu brutale, mais qui avait fait ses preuves… Je tirai le Glaive de Sommer de son étui et frappai le morceau de chaîne qui retenait Loup Solitaire au mur.
Le maillon céda, et les chaînes qui enserraient mon ami tombèrent par terre. Loup Solitaire se secoua pour se débarrasser des autres liens et fit craquer ses articulations.
Pendant ce temps, Qacim avait libéré Œil de Loup. Il passa la tête dans l’ouverture de la porte et dit :
- Il faut nous dépêcher, la relève risque d’arriver et de nous surprendre !
- Qui est-ce ? Demanda Loup Solitaire.
- C’est Qacim. Ils allaient lui couper la main…
- Toujours prompt à sauver la veuve et l’orphelin ? Railla Œil de Loup.
- Oui, dans ce cas, c’est l’orphelin. Mais il peut nous faire sortir de ce cul-de-basse-fosse…
- Dans ce cas… Œil de Loup se pencha vers le gamin et lui demanda :
- Où sont tes parents ?
- Je l’ignore, j’ai été abandonné sur les marches de la masdjid quand j’étais enfant…
- Je vois… Bienvenue parmi nous !
Durant tout le temps où se déroulait ce dialogue, Loup Solitaire avait déambulé dans le couloir, le nez en l’air, comme s’il cherchait quelque chose. Il s’arrêta un moment, frappa deux fois dans ses mains, puis il repoussa la porte de sa cellule et jeta son bras dans le coin sombre*. Il en retira une grande claymore en argent, damasquinée et ornée de rubis : Durender !
Que cette arme maudite se fut trouvée rangée dans un râtelier spécial, dans le grenier du monastère où Loup Solitaire entreposait certaines affaires personnelles, n’avait aucune importance : elle avait désormais rejoint son maître, en faisant fi de l’espace et du temps !
Œil de Loup fit la grimace.
- Tu as l’intention de te servir de cette abomination ?
- Oui, je ne l’ai pas appelée pour servir de décoration… Une objection ?
- Une seule : dans ces couloirs, tu ne pourras pas t’en servir efficacement !
Loup Solitaire hocha la tête : Il était d’accord !
- Mais mon autre épée est cassée…
- Alors, prends mon khandjar. Proposai-je en lui tendant l’arme.
Loup Solitaire l’examina avec une moue dubitative, et le glissa dans sa ceinture.
- Cela ne va pas lui plaire ! Dit-il en accrochant Durender dans son dos.
- Qacim, nous te suivons !
Nous reprîmes le chemin par lequel nous étions arrivés. Une fois dans la salle de garde, je constatai que la porte de sortie avait été fermée et verrouillée de l’extérieur.
- Sûrement un des hommes du bourreau, il y en avait un qui n’était qu’assommé…
- À l’heure qu’il est, il a dû donner l’alarme, on va avoir toute la garnison sur le dos !
- Si vous voulez, je peux essayer de crocheter la serrure.
- Tu sais faire ça ? Demanda Loup Solitaire à Qacim. Alors d’accord !
Qacim s’agenouilla devant la serrure, et commença à tourner un instrument biscornu dans le trou de la serrure. Il poursuivit sa manœuvre pendant quelques instants, puis s’arrêta et fronça les sourcils.
- J’entends du bruit ! La garde arrive !
Je n’avais rien entendu, mais d’un coup, je sentis ma tension s’emballer. Loup Solitaire et Œil de Loup devaient l'avoir sentie eux aussi, car ils venaient de tirer leurs épées hors du fourreau.
- Qacim ! Dis-je. Existe t-il une autre issue ?
Le gamin rangea son instrument et dit :
- Il y en a une, mais…
- Hé bien, allons-y ! Dit Loup Solitaire Qu’attendons-nous ?
Qacim hésitait.
- Il y a une légende qui raconte qu’un voleur est parvenu à s’échapper des prisons du Grand Palais, mais ce n’est qu’une légende !
- Oui, mais les gardes, eux, sont une réalité ! Fit Œil de Loup. Alors essayons de trouver une autre issue ! Par-là, nous ne pourrons jamais passer en force !
Tirant Qacim par la manche, nous sortîmes de nouveau dans le couloir. Loup Solitaire demanda :
- Où devrait se trouver ton issue, d’après la légende ?
- Dans la salle de torture. Venez !
Qacim nous précéda et reprit le chemin qu’il venait d’emprunter quelque temps auparavant. Je passais le dernier, et refermais à clef la porte de la salle de garde et la grille qui bloquait l’escalier menant à la salle de torture.
En bas, mes compagnons avaient commencé à fouiller la salle de fond en comble : Loup Solitaire palpait les murs de droite, à la recherche d’un mécanisme quelconque. Œil de Loup sondait les murs de gauche et collait son oreille contre les parois, à la recherche d’un creux, et Qacim faisait de même avec le sol.
J’avisai une vierge de fer, et me préparais à l’ouvrir, quand Œil de Loup m’arrêta d’un geste.
- Elle est occupée ! Dit-il
Je frissonnai, et retirai vivement mes mains du sarcophage en fer.
Puis Loup Solitaire poussa une exclamation :
- Ça y est, j’ai trouvé !
En tirant sur un anneau fixé au mur, il venait de faire pivoter une partie du mur qui, en fait, n’était qu’une simple planche de bois habillée de pierres habilement fixées, destinée à camoufler une ouverture assez large pour permettre à un homme de s’y glisser.
Loup Solitaire passa la tête dans l’ouverture et grimaça :
- Ça ne sent pas la rose !
- Normal, dit Œil de Loup. C’est un oublieoir !
- Un quoi ?
Œil de Loup allait me répondre, quand du bruit nous parvint du haut de l’escalier et nous rappela à la précipitation.
- Entrez là-dedans, et vite ! Nous ordonna Loup Solitaire. Moi je vais bloquer la porte !
- Pas de conneries, hein ? ! Tu nous suis !
Il ne répondit pas, et courut refermer la porte, puis il la bloqua en faisant basculer un chevalet de torture devant. Pendant ce temps, Œil de Loup avait escaladé l’ouverture, et se glissait à l’intérieur. Je fis la courte échelle à Qacim et le hissai jusqu’au trou, il y entra, non sans faire des commentaires sur l’odeur. Puis je me glissai à mon tour dans l’oublieoir et attendis Loup Solitaire qui s’installa à son tour et referma la trappe.
À l’intérieur de l’oublieoir, l’odeur était pestilentielle, on aurait dit qu’un charnier nous attendait à l’autre bout du boyau. Tout à coup, j’entendis crier Œil de Loup et Qacim, en même temps que je sentis la pente du boyau s’incurver brutalement et me tirer vers le bas. Je tentai de me raccrocher à quelque chose, mais les parois du boyau étaient lisses, et je ne parvins qu’à attraper les chaussures de Loup Solitaire, avant de perdre toute adhérence, et me mettre à glisser le long du boyau obscur, transformé en toboggan. Je glissai ainsi sur quelques mètres, puis brutalement, je sentis que j’arrivais dans un grand espace vide. Je battis des membres pour tenter d’attraper quelque chose, et atterris dans un liquide chaud, spongieux, et gluant et puant plus que cent cochons !
Quelques secondes plus tard, Loup Solitaire me tombait dessus, me faisant couler de nouveau dans la fange gluante. Je me débarrassais de mon ami, et refis surface. Par chance, j’avais fermé la bouche !
À présent, ce n’étaient plus seulement la bouche que je fermais, mais le nez et les yeux, et si j’avais pu, j’aurais aussi fermé les oreilles et tous les pores de ma peau, si cela avait pu me protéger de l’abominable odeur qui nous entourait :
J’avais dit, tout à l’heure, que cela sentait le charnier. J’étais loin du compte ! Cela puait plus que cent mille charniers et dix mille porcheries tous ensemble ! S’il y avait une échelle dans le pire du pire en manière olfactive, celle-ci était à présent saturée ! Le remugle infernal qui nous entourait était si présent qu’on eut dit qu’il était devenu solide et palpable et qu’il constituait la matière qui nous entourait !
- Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? ! S’exclama Loup Solitaire, résumant en un mot tout ce que je pensais. Où sommes-nous ?
- Dans un oublieoir. Répondit la voix d’Œil de Loup, quelque part sur ma gauche.
- Et c’est quoi, un oublieoir ? Demandai-je.
- C’est le boyau par lequel nous venons de passer. Les clients du bourreau qui ne survivent pas à la question, sont passés par-là, et aboutissent…
- Compris !
Le liquide immonde dans lequel nous pataugions n’était rien de moins que du jus de cadavre ! Je sentis mon estomac se retourner, tentai de vomir, et me rappelai que je n’avais rien mangé ! Nous étions dans le Baga-Darooz, les égouts de Barrakeesh ! Le dernier endroit au monde où j’aurais aimé (voulu) me trouver !
Lorsque nous étions sur le navire de l’envoyé spécial, nous avons fait la connaissance d’un homme appelé Le Putois par les autres marins. Cet homme avait été condamné à vivre pendant une année entière dans le Baga-Darooz, et depuis, il n’avait pu se débarrasser de l’odeur…
- Je me demande. Dit Loup Solitaire. Si les hommes de Maouk auront le courage de nous suivre.
- Je suis sûr que Maouk saura trouver les arguments qu’il faut pour les motiver. Trancha Œil de Loup. Inutile de s’éterniser ici, j’ai connu des endroits plus agréables…
J’étais d’accord avec lui, toutefois, je me posais des questions au sujet de la direction à emprunter. Le Putois nous avait relaté en détail les longs mois de son calvaire, il nous avait même dessiné une ébauche de plan des égouts. Je regrettais de ne pas l’avoir conservé. Mais de toute façon, cet endroit était totalement obscur, essayer de s’y orienter relevait de la gageure.
J’entendis Loup Solitaire soupirer :
- Il nous faudrait rejoindre le collecteur central, après, si nous trouvons une issue, nous pourrons sortir en ville…
- Pour cela, il faudrait s’orienter, et dans cette obscurité… Un instant !
J’entendis Œil de Loup patauger dans l’infect bouillon. Pour ma part, je n’osais pas bouger, j’avais de la vase jusque dans les chaussures et quand je remuais les orteils, j’avais l’impression que tout remontait !
Les pas d’Œil de Loup s’éloignèrent, puis revinrent vers nous.
- Venez par ici ! Il y a une sorte de lumière !
Surmontant mon dégoût, j’emboîtai le pas à Loup Solitaire, et me dirigeai vers l’endroit où j’avais entendu Œil de Loup.
En effet, il y avait bien une sorte de lumière, très faible, qui semblait irradier des murs eux-mêmes. Cette faible luminosité me permit de découvrir Œil de Loup et Qacim, tous deux debout sur une espèce de marche surélevée qui courait le long des murs.
- Par ici ! Il y a un trottoir, on sera au moins au sec !
Je montai à mon tour sur la marche et attendis Loup Solitaire, qui passait la main sur les murs en briques. Il regarda sa paume et dit :
- Ce sont des mousses phosphorescentes ! Voila d’où vient la lumière !
- Intéressant ! Maugréai-je. Tu viens ?
Loup Solitaire monta à son tour sur l’étroit trottoir et nous emboîta le pas.
Au bout de quelques mètres, la phosphorescence se fit plus intense, et je pus distinguer des détails de notre environnement :
Le conduit que nous suivions était voûté et bas de plafond. Loup Solitaire avançait courbé ! À ma gauche, il y avait un mur de brique, d’où émanait la phosphorescence. À droite, il y avait le canal proprement dit, roulant des eaux boueuses et sombres. Le trottoir sur lequel nous nous tenions, n’avait pas plus de quarante centimètres, et était extrêmement glissant… L’ensemble du conduit ne devait pas avoir plus d’un mètre cinquante de hauteur, et moins de deux mètres en largeur.
Derrière moi, Loup Solitaire stoppa brusquement.
- Attendez !
Nous nous arrêtâmes, Loup Solitaire nous fit signe de faire silence.
- Qu’y a-t-il ? Demanda Œil de Loup.
- Chut ! Écoutez !
Je tendis l’oreille. D’abord, je n’entendis rien, puis distinctement, j’entendis un "plouf !", suivit d’un autre, et d’un bruit de pataugeage.
- Les Sharnazims ! Fit Loup Solitaire.
- Je t’avais dit que Maouk trouverait des arguments !
- Tu veux les attendre pour en discuter ?
- Non, mettons du large entre eux et nous ! Au plus vite !
Et nous repartîmes, mi-marchant, mi-courant. Œil de Loup en tête, toujours suivi par Qacim. Je me demandais si Œil de Loup savait il nous emmenait. Probablement pas, mais il fallait bien avancer…
Au bout d’une centaine de mètres, Œil de Loup s’arrêta net, et se retourna vers nous.
- Il n’y a plus de trottoir !
- C’est le collecteur central ? Demanda Loup Solitaire.
- Je ne pense pas, il n’est pas beaucoup plus large que le nôtre.
- Que fait-on ? Demandai-je.
- Je propose de continuer par-là, et de suivre le courant. Il va falloir se mouiller les chausses !
- Au point nous en sommes…
Œil de Loup descendit du trottoir et se plongea dans le courant, il fit la grimace : L’eau était plus profonde que prévu : Œil de Loup avait de l’eau presque jusqu’à la taille !
- Si je rentre là-dedans, Dit Qacim. Je vais me noyer !
- Je sais. Répondit Œil de Loup. Monte sur mes épaules !
Il s’adossa à la paroi, et laissa Qacim s’installer à califourchon sur ses épaules.
- Il y a du courant ? M’enquis-je.
- Non, pas trop. Cependant, faites attention ou vous mettez les pieds, le sol est traître !
Loup Solitaire bougonna :
- C’est toi qui devrais faire attention, avec cette charge sur les épaules, tu risques d’être déséquilibré… Laisse-moi prendre la tête !
Et il plongea à son tour, j’attendis quelques secondes avant de le suivre. Puis nous reprîmes notre progression, Loup Solitaire en tête, Œil de Loup au milieu, et moi en arrière, prêt à le retenir au cas il glisserait.
Nous n’avions pas parcouru dix mètres, que du tunnel derrière nous, nous parvinrent des hurlements et des glapissements de terreur. Loup Solitaire s’arrêta.
- Qu’est-ce... ?
- Les hommes de Maouk. Dis-je. Ils ont dû tomber sur un os !
Qacim tendit l’oreille et dit :
- Ils ont dû rencontrer un ou plusieurs Kwarazs !
- Quoi ! Fit Œil de Loup. Il y a des Kwarazs ici ?
- Suivant la saison, ils pullulent même ! Et parfois, ils sortent du Baga-Darooz !
Je réprimai un juron. Ce n’était pas fait pour arranger nos affaires ! Mais on aurait dû y penser avant : Les Kwarazs sont de gros lézards aquatiques, omnivores et saprophages, ils engloutissent tout ce qui passe à porté de leurs gigantesques mâchoires. Ils vivent dans des milieux chauds et humides, comme les Marais de Maaken, les Grottes de Boues ou l’estuaire de la rivière Khorda. Les trouver ici, dans le Baga-Darooz n’avait rien d’étonnant !
J’en étais là de mes réflexions, lorsque Loup Solitaire disparut brusquement sous les eaux. Il reparut une seconde après, agrippé à une masse visqueuse et écailleuse, puis disparut de nouveau. Loup Solitaire venait de se faire happer par un Kwaraz !
Œil de Loup se colla contre le mur pour me laisser passer, je tirai mon épée et je me ruai au secours de mon ami.
Celui-ci réapparut brusquement, crevant la surface de l’eau et toujours agrippé au lézard. Il avait réussi à dégager ses jambes, et tenait maintenant la bête au corps à corps. Je levai mon arme et frappai le dos du Kwaraz, mais mon coup manquait de force et la lame ricocha sur le dos écailleux de l’animal.
- Sers-toi de ta force psychique ! Hurla Loup Solitaire qui tentait d’échapper aux mâchoires et aux griffes du reptile géant.
Je me souvins alors que cette créature était très sensible aux attaques psychiques, beaucoup plus que n’importe quel autre animal. Œil de Loup devait s’en rappeler aussi, car je sentis son pouvoir s’abattre sur le crâne du Kwaraz. Aussitôt, je lançai mon propre pouvoir sur l’animal qui gronda sous la douleur et rejeta sa tête en arrière. Loup Solitaire saisit l’occasion, et lança lui aussi une attaque psychique. L’animal se dégagea et prit son crâne entre ses pattes griffues, découvrant ainsi son ventre. Loup Solitaire tira son Khandjar et l’enfonça dans la poitrine de l’animal qui hoqueta, gronda, puis cracha un flot de sang avant de s’effondrer dans l’eau noirâtre.
Loup Solitaire s’épongea le visage, cracha de l’eau, et reprit son souffle.
- L’enfant de putain ! Il m’a eu par surprise !
Je m’approchai de lui.
- Es-tu blessé ?
- Je ne sais pas, je ne crois pas, juste quelques écorchures je pense !
- Je crois que nous devrions chercher un autre passage. Dit Œil de Loup. Je sens que ce conduit mène à un nid !
- D’accord, remontons, je voudrais voir la blessure de Loup Solitaire.
Celui-ci protesta pour la forme, et nous reprîmes le conduit en sens inverse. J’ouvris la marche, Loup Solitaire et Œil de Loup sur mes talons. Arrivé à peu prés à la hauteur du premier conduit, j’entendis Qacim s’exclamer :
- Y’en a d’autres !
Je me retournai vivement et distinguai nettement trois formes sombres accrochées aux parois du conduit, qui progressaient rapidement.
Je dégainai à nouveau mon arme, tandis qu’Œil de Loup passait Qacim à Loup Solitaire, et tirait son épée du fourreau.
À ce moment-là, plusieurs choses se passèrent en même temps.
Trois Sharnazims déboulèrent brusquement du couloir, Loup Solitaire attrapa le bas du pantalon de l’homme de tête et le fit basculer dans la fange. L’homme tomba avec fracas près de moi. Lorsqu’il émergea de l’eau putride, je lui assénai un coup du plat de l’épée sur le crâne puis, aidé par Œil de Loup, je le jetai en pâture aux trois reptiles qui venaient de plonger vers nous. Pendant ce temps, Qacim avait pris pied sur le trottoir et se jetait dans les jambes des deux autres Sharnazims. L’un d’eux trébucha et tomba dans les bras de Loup Solitaire, qui le tira vers lui et lui plongea la tête sous l’eau. L’homme resté sur le trottoir se débattait avec Qacim dans ses jambes. Je bondis vers le trottoir, me hissai et fonçai vers le Sharnazim au moment celui-ci levait son arme… Nous nous heurtâmes violemment. Le soldat fut rejeté en arrière et tomba dans le canal. Je m’assurai que Qacim était indemne, et retournai près de mes compagnons : Loup Solitaire venait de noyer le deuxième Sharnazim, tandis que l’autre était en train d’être démembré par deux Kwarazs. Le troisième étant tenu à distance par Œil de Loup, qui lui piquait le museau avec la pointe de son épée.
Le troisième (dernier) Sharnazim refit soudain surface, non loin de Loup Solitaire. Il dégaina un long poignard et se jeta sur mon ami. Loup Solitaire esquiva et se saisit du soldat. Il lui tordit le bras pour l’obliger à lâcher son arme, puis il le rejeta contre le rebord du trottoir. Je lui fendis alors le crâne d’un coup d’épée. Un de plus aux reptiles !
Devant l’arrivée de deux cadavres inattendus, le troisième Kwaraz se désintéressa d’Œil de Loup, et se consacra à l’un des deux Sharnazims… Œil de Loup battit en retraite et nous rejoignit, moi, Loup Solitaire et Qacim, sur le trottoir.
Loup Solitaire reprenait son souffle. Je voulus regarder sa blessure, mais il m’en dissuada.
- Il faut continuer. Dit-il. D’autres Sharnazims vont arriver !
Je hochai la tête : Je les avais sentis aussi.
J’aidai Loup Solitaire à se remettre debout et nous reprîmes notre parcours au travers du flot des eaux usées. En remontant, j’aperçus plusieurs autres conduits, de moindre taille, qui venaient se greffer au nôtre. Peut-être étions-nous vraiment dans le collecteur central…
Les Kwarazs s’étaient désintéressés de nous ; et étaient repartis vers leur gîte. J’espérais qu’il n’y avait pas d’autres nids dans les environs…
Au bout d’un certain temps, notre conduit en croisa un autre de même taille, mais pourvu d’un trottoir. Nous nous hissâmes sur le rebord et fîmes le point. Le nouveau conduit semblait remonter vers la surface, il fut donc décidé de le suivre.
La chaleur était brutalement montée, l’humidité était plus forte, l’odeur aussi. Nous progressions au travers de vapeur délétère qui nous opprimait la poitrine, nous irritait les poumons et nous faisait régulièrement tousser.
Ce fut au cours d’une halte que j’entendis tousser loin derrière nous. Je fis signe à Œil de Loup, il hocha la tête : Il avait entendu !
Nous reprîmes notre progression, tout en jetant de fréquents coups d’œil derrière nous. Au bout de quelques mètres, nous aperçûmes une grille qui barrait le conduit.
- On aurait dû prendre l’autre conduit ! Dit Qacim
Loup Solitaire ne répondit pas, il testa la résistance de la grille et grogna :
- Trop solide !
- Je crois. Dis-je. Qu’il va falloir vendre chèrement notre peau !
- On aura au moins fait une belle balade ! Dit Loup Solitaire.
Qacim me tira par la manche et dit :
- Il y a une serrure !
J’écarquillai les yeux : C’était vrai, il y avait une serrure qui fermait la grille. Seulement, elle était située au milieu du canal, et en hauteur.
- Si vous me portez, je pourrais y accéder et la forcer !
Je consultai mes compagnons. Loup Solitaire approuva l’idée et demanda :
- Combien de temps te faudra-t-il ?
- Je ne sais pas, quelques minutes !
Loup Solitaire fit passer Durender dans sa main et dit, à l’attention d’Œil de Loup :
- Allons faire un bout de conversation à Maouk !
Et il s’éloigna dans le conduit, suivit par Œil de Loup.
Sans attendre, je plongeai dans le canal et m’agrippai à la grille : Ici, le courant était beaucoup plus violent, et l’eau plus chaude. Je fis signe à Qacim, qui grimpa sur mes épaules et commença à bricoler la serrure. Quelques instants plus tard, j’entendis des cris en provenance du conduit derrière moi. La conversation venait de commencer !
Puis Qacim se redressa, et dit :
- Voila ! Et il poussa sur la grille, qui s’ouvrit en grinçant.
- Tu penses pouvoir la refermer rapidement ? Lui demandai-je.
- Rapidement ? Non !
- Dommage. Cela les aurait retardés !
- Je crois qu’ils sont déjà bien retardés !
Je fis passer Qacim de l’autre coté, enjambai le rebord de la grille, et me retournant, me préparai à appeler mes deux compères. Quand je les vis arriver en courant l’un derrière l’autre. Ils franchirent prestement la grille que Loup Solitaire referma derrière lui, et nous rejoignirent sur le trottoir.
- Qu’est-ce qu’ils ont dit ? Demandai-je.
- Rien de très pertinent ! Répondit Œil de Loup.
Nous repartîmes en courant. Laissant les Sharnazims derrière nous. Mais au bout d’une cinquantaine de mètres, Qacim, qui avait pris la tête, s’arrêta sur place.
- Un tar-sorkh !
Je regardais par-dessus son épaule :
Le conduit en croisait un autre, formant une espèce de salle au milieu de laquelle s’élevait un puits montant vers la surface. Le puits était entièrement obstrué par de lourdes volutes de vapeur brûlantes, qui montaient vers le sommet du puits. Ces volutes étaient produites par la rencontre des deux conduits. J’imaginais sans mal que l’un des deux canaux devait charrier des eaux brûlantes : Le sous-sol de Barrakeesh était riche en sources d’eau chaude qui jaillissaient parfois jusqu’à la surface. Un tar-sorkh, c’était un geyser d’eau chaude, qui jaillissait sous la surface.
- Voila pourquoi il fait si chaud ! Fit Œil de Loup.
- On devrait pouvoir grimper jusqu’à la surface… Dit Qacim.
- À condition de trouver une échelle. Commenta Loup Solitaire.
Aussitôt, nous nous mîmes en quête d’une échelle ou d’un moyen d’escalader les parois du puits. Et ce fut Loup Solitaire qui découvrît une série de barreaux scellés dans le mur. Certains étaient rouillés et en mauvais état mais nous n’avions pas le choix…
Loup Solitaire s’engagea en premier, puis Qacim, moi et Œil de Loup.
Arrivé à mi-hauteur du puits, j’entendis Loup Solitaire pousser un glapissement de terreur et je le vis s’agiter en tous sens, faisant tomber des petites boules sombres tout autour de lui.
L’une de ces boules tomba sur ma manche, déplia des pattes et je compris la raison du cri de Loup Solitaire : C’était des araignées des vapeurs ! Une espèce particulièrement dangereuse vivant presque uniquement dans le Baga-Darooz, non venimeuse, mais véhiculant bon nombre de maladies.
J’écrasai contre la paroi l’araignée qui escaladait mon bras et repris mon ascension. Loup Solitaire avait recommencé à grimper à toute vitesse. Arrivé en haut du puits, il constata qu’il était fermé par une plaque en cuivre, qui fort heureusement, se laissa soulever sans problème.
Il jaillit du puits comme un diable à ressort hors de sa boîte, et s’agita en tous sens pour se débarrasser des araignées. Quand ce fut fait, il se tourna vers moi, légèrement vert.
- Si je ne fais pas une jaunisse avec ça…
- Tu n’en prends pas le chemin ! Le rassurai-je.
Œil de Loup émergea à son tour du tar-sorkh, et dit :
- Je ne voudrais pas vous contrarier, mais je crois qu’ils sont sur mes talons !
Je jetais un coup d’œil alentour : Nous étions au centre d’une petite place circulaire. Le conduit du puits était entouré d’une margelle de pierre qui surélevait l’ensemble. À part nous, la place était déserte. Nous devions être dans une arrière-cour de boutique, car plusieurs caisses ainsi que quelques amphores de terre cuite encombraient la place.
Je ramassais la plaque de cuivre, et entrepris de la remettre sur la bouche du puits. Loup Solitaire et Œil de Loup se dirigèrent vers une caisse en bois, assez lourde. Ils commencèrent à la déplacer, quand subitement, Loup Solitaire lâcha la caisse et s’engouffra dans une maison ouverte. Il en resurgit quelques secondes plus tard, une lampe à huile allumée à la main, et un vieillard décontenancé sur ses talons. Il courut jusqu’au puits et l’ouvrit.
- Hé non ! Hurla le vieillard. Il ne faut pas faire ça !
Loup Solitaire l’ignora, jeta la lampe dans le Baga-Darooz et s’abrita derrière la margelle.
Du coin de l’œil, je vis Qacim et Œil de Loup se jeter à terre en se protégeant la tête.
Comprenant brusquement, je les imitai sur-le-champ, tandis que le vieux courait se mettre à l’abri dans sa maison.
Un grondement sourd venant des profondeurs du sol se fit entendre, tandis qu’une puissante vibration faisait trembler la poussière sur le sol. Puis, une grande flamme jaune orangée jaillit du puits et monta en ronflant jusqu’à une hauteur de six mètres environ, avant de disparaître.
Le Baga-Darooz était rempli des gaz de putréfaction, en jetant la lampe à huile, Loup Solitaire avait provoqué l’équivalent, en moins violent, de ce que les mineurs appellent coup de grisou. Il était probable que l’explosion se repandait** en ce moment même dans tout le Baga-Darooz…
- Je crois. Dit Loup Solitaire. Que cette fois-ci, nous les avons semés !
Et il replaça la plaque de cuivre sur la bouche noircie du puits.

Corrigé et remis au temps approprié.
* Reformulation de phrase.
** Ne pas confondre rependre (pendre encore une fois) avec repandre (éparpiller, semer)

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Famille veut dire que personne ne doit être abandonné


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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 8:42 pm 
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Monsieur mal embouché
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Localisation: Dans un syndrome psychotique refoulé.
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rependre (pendre encore une fois)


:lol:

verbe très utilisé s'il en est... :mrgreen:

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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 9:00 pm 
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Ecolo à vélo

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Des fois la corde est humide et glisse. :mrgreen:

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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 9:18 pm 
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Emmaphrodite
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Pro lexis tout ne fait pas :mrgreen:
Passé simple pas choqué il est, mais corrige bien les typographique fautes :mrgreen:
De l'auberge, pas sorti je suis :wink:
Gras comment aussi vite tu fait ?
:mrgreen:

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In flood we trust !


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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 11:22 pm 
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LE TYRAN DU DÉSERT IX

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Nous laissâmes derrière nous la petite place et le petit vieux, et descendîmes la ruelle pavée qui serpentait paresseusement au travers des maisons aux murs blancs, qui brillaient au soleil brûlant de l’après-midi.
Il faisait chaud, très chaud, le soleil était à son zénith et écrasait toutes les ombres.
Quand Maouk m’avait capturé, il devait être quatre heures de l’après-midi, j’estimai donc avoir dormi environ seize heures. J’ignorais quelle était la drogue que l’on avait utilisée à mon encontre, mais elle s’avérait efficace !
Nous longeâmes un jardin d’où s’échappait le glouglou d’une fontaine. Du mur, dépassaient les branches d’un arbuste aux grosses fleurs blanches. Le parfum frais et capiteux de ces fleurs me rappela le triste état nous nous trouvions : Sales, hirsutes et déguenillés, nos vêtements de cour en lambeaux, le corps couvert de la boue infâme du Baga-Darooz, nous ne ressemblions vraiment à rien. J’aurais donné n’importe quoi pour un bon bain et des vêtements propres…
Nous arrivâmes sur une place bordée d’arcades ombragées. Sous les arcades et sur la place, quelques marchands somnolaient à l’ombre des toiles qui protégeaient leurs étals du soleil.
En passant près de l’un d’eux, je dérobai prestement un petit fruit jaune, à la peau fine et granuleuse. Je le portai à mes narines : l’odeur en était fraîche, acidulée et agréable. Puis je mordis dedans et manquai de m’étrangler : La peau qui entourait ce fruit était amère, et le fruit lui-même avait un goût acide, un jus un peu sucré, mais abominablement acide ! J’attendis d’avoir dépassé l’étal, puis je recrachai ce que j’avais en bouche et jetai au loin le fruit jaune.
- Pouah ! Comment peut-on vendre un fruit aussi acide !
- C’est des lima ! Répondit Qacim. Ça ne se mange pas !
- Ah ? Et qu’en faites-vous ?
- On s’en sert en cuisine, pour aromatiser certains plats. Si vous voulez des fruits qui soient comestibles crus, prenez des nâranj ! Mais je crois que ce marchand est plus éveillé que l’autre…
Je regardai les fruits qu’il me désignait : Des fruits ronds, à la peau orange semblable à celle des lima. Le marchand s’aperçut que je regardais, et me dévisagea au travers de son chasse-mouches. Je détournai le regard. Ce n’était pas le moment de s’attirer des ennuis !
Au bout de la place, un grand bâtiment blanc attira notre attention :
Comme beaucoup de bâtiments Vassagoniens, il était surmonté d’une coupole. Ses murs étaient blanchis à la chaux. Une volée de marche taillée dans de la pierre menait à un porche couvert s’ouvrait une entrée en forme d’ogive. Au-delà de cette entrée, on ne voyait rien qu’une ombre profonde et fraîche.
Œil de Loup s’approcha d’un panneau de bois cloué sur le mur et déchiffra :
- Bains Publics de Barrakeesh. Entrée : une Demi-lune, serviette : un quartier.
- Combien fait une Lune ? Demandai-je à Œil de Loup.
- Autant qu’une Couronne, je pense…
- D’or ou d’argent ? Demanda Loup Solitaire
- D’argent… Risqua Œil de Loup.
- C’est un peu cher, non ?
- Compte tenu de notre situation, c’est hors de prix !
- Cela ne fait rien. Dit Loup Solitaire. J’ai vraiment besoin d’un bain, et si quelqu’un essaie de m’en empêcher, je le jetterai dans le Baga-Darooz…
Et il se dirigea d’un pas résolu vers le porche.
J’étais sûr qu’il était capable de mettre sa menace à exécution, et je n’aimais guère la perspective d’une empoignade musclée avec le personnel des bains. Aussi lui emboîtai-je le pas, tout en cherchant des arguments susceptibles de l’arrêter.
Et je me souvins de la bourse que j’avais ramassée dans les geôles du Grand Palais. Je l’ouvris, et y comptais une dizaine de pièces en argent, ornées d’un profil de Lune grimaçante.
- Il y a suffisamment pour se baigner et ensuite manger. Dit Qacim.
Je rattrapai Loup Solitaire et lui montrai la bourse.
- Inutile de déclencher une émeute, j’ai de quoi payer !
Il examina la bourse, un peu surpris et demanda :
- D’où vient cet argent ?
- C’est un des gardiens de la prison qui… Bref !
- Toujours kleptomane, hein ?
- Mais non !
Nous franchîmes le porche et arrivâmes dans un vestibule aux murs couverts de mosaïques. Dans une alcôve, un grand vieillard vêtu d’une longue tunique blanche était en train de somnoler. À notre approche, il plissa les narines et se réveilla.
- Par le Majhan ! S’écria t-il. Vous sentez plus mauvais qu’un Douggas ! Suivez mon conseil et baignez-vous tout habillés, vos vêtements aussi auraient besoin d’un bon nettoyage !
Loup Solitaire se pencha vers le vieil homme et passa deux fois la main devant ses yeux, puis il se redressa : Apparemment, l’homme était trop aveugle pour se rendre compte que nous étions des étrangers. C’était une chance !
Loup Solitaire nous fit signe et nous franchîmes une porte fermée par un rideau de perles de verre. La porte donnait sur une grande salle au sol couvert de carreaux de terre cuite aux vives couleurs. Les murs étaient ornés de mosaïques aux motifs géométriques compliqués. L’air ambiant était calme, reposant et frais. Après la chaleur et la puanteur du Baga-Darooz, la fraîcheur de ce lieu était providentielle.
La grande salle était divisée en plusieurs parties : le centre était occupé par un grand bassin d’eau claire et parfumée, qui s’écoulait d’une conque. De chaque côté, séparés du bassin principal par des piliers peints et ornés de frises, il y avait des bassins, plus petits, remplis eux aussi d’eau fraîche. Chaque bassin pouvait être isolé de ses voisins par un système complexe de rideaux que l’on tire à sa convenance.
Quand nous entrâmes, tous les bassins étaient inoccupés, le lieu était désert, et seul le clapotis de l’eau venait troubler le silence.
- Enfin ! Dit Loup Solitaire en se dirigeant vers l’un des bassins. Je crois que je vais suivre le conseil du gardien et ne pas ôter mes vêtements !
Pour ma part, j’aurais préféré carrément brûler les miens, c’était là, à mon avis le seul moyen de les rendre propres ! Néanmoins, je n’avais pas le choix, aussi les ôtai-je prudemment, car la fange du Baga-Darooz avait séché au soleil et rendait l’étoffe raide. Puis j’entrai dans l’eau d’un bassin, et me savonnai des pieds à la tête, pendant que mes compagnons en faisaient de même. Puis j’attrapai une brosse de chiendent et me frottai le dos et le crâne. J’avais l’impression que l’odeur du Baga-Darooz me collait au corps et formait un deuxième épiderme. Quand j’eus pris la couleur des écrevisses, je cessai de frotter et sortis de l’eau. À l'un des coins du bassin, il y avait un petit vase en terre cuite, rempli d’une substance odorante et grasse. C’était de l’huile de Larmuna. Tirée des fruits mûrs du Larmunier, cette huile épaisse, violette, aux senteurs de miel et de poivre, était connue pour ses propriétés adoucissantes et curatives. Aussi, en pris-je un peu dans le creux de ma main et m’en tartinai l’épiderme jusqu’à ce que le feu de la brosse et le souvenir de l’odeur de l’égout se dissipent.
Puis, je jetai mes vêtements dans le bassin, et remuai l’eau à l’aide de la brosse. Ensuite, je laissai la boue se détacher et allai retrouver Loup Solitaire, l’huile de Larmuna en main.
Je le trouvai debout sous la chute d’eau qui s’écoulait de la conque. Le bain l’avait en partie débarrassé de la saleté du Baga-Darooz. Il était presque propre !
Quand je m’approchai, il ouvrit les yeux et me dit :
- J’ai faim !
- Oh ! Alors tout va bien !
- Mais je vais bien ! Ce n’est pas des lézards et des araignées qui vont me mettre à genoux…
- Ouais… Tu devrais utiliser un peu de ça. Lui dis-je en lui tendant la jarre.
Il prit le pot, renifla le contenu et me le rendit en disant :
- Je n’en ai pas besoin, je suis à peine égratigné…
De là où j'étais, je pouvais voir sur ses épaules les marques de griffes et de crocs laissés par les Kwarazs. Effectivement, elles ne saignaient pas. En quelle matière Loup Solitaire pouvait-il bien être fabriqué ?
- Je sais, mais j’insiste ! Le Baga-Darooz est plein de maladies ! Si jamais tes blessures s’infectent, avec cette chaleur…
- Ne te bile pas, j’ai fait le nécessaire…
Cela sous-entendait qu’il avait utilisé ses pouvoirs de Guérison pour soigner ses blessures. Je commençais juste à maîtriser le truc, mais déjà, je savais qu’il ne fallait pas se reposer sur cette capacité qu’avait notre corps à s’auto-régénérer, et surtout, qu’il ne fallait pas abuser de ce pouvoir, car il puisait énormément dans nos réserves d’énergie.
Loup Solitaire devait le savoir également, mais cette tête de mule était trop fière pour seulement faire semblant de se soigner autrement !
- Très bien ! Après tout, c’est ton affaire ! Je déposai néanmoins le pot d’huile à proximité de son bassin, et retournai m’occuper de mes frusques.
Le trempage leur avait redonné un aspect à peu près convenable, de "franchement dégueulasse", elles entraient maintenant dans la catégorie "très sale". Je les retirai prudemment du bassin, en évitant de trop remuer la vase qui s'était formée au fond. Puis je les tordis pour les essorer. Le jus noir et malodorant qui s’en échappa m’amena à réviser ma position quant à une probable incinération…
Je soupirai et replongeai mes vêtements dans un autre bassin, propre celui-là.
Je cherchai Qacim du regard. Il avait réussi à nous faire sortir du Grand Palais, nous étions donc quittes. Mais j’aurais bien voulu qu’il reste encore un peu avec nous. Nous avions besoin d’un guide, et il faisait parfaitement l’affaire.
Je le trouvai dans la cour du bâtiment. Assis au pied d’une colonne, il avait étendu ses hardes au soleil et attendait qu’elles sèchent. Je m’assis à son côté.
- Que vas-tu faire maintenant que tu es libre ?
- Je ne sais pas encore. Mais je vais rester caché un bon bout de temps ! Après cette évasion, il faut que je me fasse oublier. Et vous ?
- Nous ? Nous allons essayer de rentrer dans notre pays, si cela est possible.
Vous avez un plan ?
- Non, pas encore. Mais peut-être pourrais-tu nous aider, une fois encore ?
Qacim réfléchit un court instant et dit :
- Je connais quelqu’un qui pourrait vous cacher. Il s’arrêta, hésita et finit par dire : Seulement, il ne fera rien gratuitement, et ce n’est pas avec ces quelques pièces que vous pourrez vous payer ses services…
- De quoi parlez-vous, tous les deux ?
Loup Solitaire s'était extrait de dessous la conque et venait d’entrer dans la cour, ses vêtements humides sous le bras. Il les étendit sur le sol brûlant, et s’assit en face de nous.
- Alors ? Que disiez-vous ?
- Qacim connaît quelqu’un qui pourrait nous cacher le temps que la situation évolue…
- Ah ? Pourrait-il nous aider à quitter le pays ?
- Je ne sais pas. Répondit Qacim.
- Dans tous les cas. Dis-je. Il faudra payer ses services… Et nous avons à peine de quoi faire un repas…
- Pas sûr. J’ai réussi à conserver un peu d’or sur moi !
Loup Solitaire attira à lui sa grosse ceinture d’armes, à présent vide et me la montra en disant :
- Tu vois cette ceinture ? Elle est constituée de plusieurs morceaux de cuir cousus les uns sur les autres. Entre ces morceaux de cuir, j’ai réussi à enfiler quelques pièces d’or. C’est bien pratique !
Je lui tendis mon poignard, et il en glissa la lame dans l’épaisseur de sa ceinture. Puis il fit glisser ses doigts le long du morceau de cuir. Quelques pièces d’or glissèrent hors de la ceinture et tombèrent sur le sol en résonnant. Loup Solitaire les ramassa en disant :
- Habile, non ? On enlève souvent leurs bottes aux prisonniers, on ne pense jamais à la ceinture !
- Tout le monde n’a pas l’esprit aussi tordu que toi !
Loup Solitaire haussa les épaules et me tendit les pièces d’or.
C’était des Couronnes d’Or. De la monnaie Sommerlundoise, ornée des portraits du Roi Ulnar ! Les utiliser n’allait pas être facile, et je le fis remarquer à Loup Solitaire.
- L’or, c’est toujours de l’or ! Et on ne peut pas toujours tout prévoir !
- Ouais…
Œil de Loup fit brusquement irruption dans la cour, à moitié habillé, et mes vêtements humides roulés en une grosse boule dégoulinante.
- Je ne voudrais pas vous affoler, mais des clients viennent d’arriver ! Il va y avoir du grabuge si on nous trouve ici.
Nous nous levâmes en toute hâte et enfilâmes le reste de nos vêtements. Je me contentai d’enfiler mes bottes et mon pantalon, le reste étant trop déchiré ou trop mouillé pour pouvoir servir.
- Par où sort-on ? Demanda Loup Solitaire.
- Par le mur. Fais-moi la courte échelle !
Loup Solitaire s’adossa au mur, et tendit à Œil de Loup ses deux mains réunies, paumes vers le haut. Œil de Loup se hissa sur ses épaules, et regarda par-dessus le mur.
- C’est bon, dit-il. La voie est libre. Qacim, passe en premier !
Qacim se hissa sur les épaules de Loup Solitaire, puis d’Œil de Loup, et de là, gagna le rebord du mur où je le rejoignis quelques instants plus tard. Puis il m’aida à faire passer mes compagnons sur le mur.
Enfin, après quelques acrobaties, nous atterrîmes dans une ruelle, derrière l’établissement des bains.
- C’est gentil d’avoir amorti ma chute, dit Loup Solitaire. Mais la prochaine fois, faites attention, vous auriez pu vous blesser !
- Ils ont eu de la chance. Dit Qacim en riant. Ce mur n’était pas très haut !
Œil de Loup se releva et me fusilla du regard.
- J’espère qu’un jour tu auras dans la tente (tête?) tout le plomb que tu as dans le cul !
- Qu’est ce qu’on fait maintenant ? Dis-je en prenant un air dégagé.
- Si on allait manger ? Proposa Loup Solitaire,
- D’accord ! Dit Œil de Loup. Si Qacim peut nous trouver un endroit dans nos moyens, et si possible on ne posera pas trop de questions !
- J’ai ce qu’il vous faut, dit Qacim en sautant du mur avec agilité. Chez un de mes oncles !
- Je croyais que tu n’avais plus de famille ! S’étonna Œil de Loup.
- C’est vrai. Mais ce n’est pas vraiment mon oncle…
- Je vois… Nous te suivons !
Et quelques instants plus tard, nous nous retrouvâmes devant la devanture de ce qui semblait être une taverne malfamée.
- Tu es sûr de vouloir nous faire entrer là-dedans ? Demandai-je, un peu inquiet.
- Oui, bien sûr ! Rassurez-vous, c’est un ami ! Attendez-moi là, je vais discuter avec lui.
Qacim disparut derrière le rideau de toile qui masquait l’entrée et nous nous retrouvâmes, tous les trois, seuls dans la rue. Nous nous serrâmes les uns contre les autres, dans un coin d’ombre, en essayant de nous dissimuler aux regards indiscrets.
Quelques minutes s’écoulèrent, puis Loup Solitaire demanda :
- Il a dit « un ami » ou « un Oncle ? »
- Ce n’est pas vraiment son oncle… Dit Œil de Loup.
- Est-ce que c’est vraiment un ami ?
- Est-ce que c’est vraiment important ?
- Vous n’avez pas honte de vous méfier de Qacim ? Dis-je. Il nous a bien aidés, et il est prêt à continuer !
- Ce n’est pas de Qacim que je me méfie. Dit Loup Solitaire. Mais de ses fréquentations.
- Quand on est orphelin, on se raccroche à qui veut de vous ! Dit Œil de Loup d’un ton cassant. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir été élevé par des moines Kaï !
- Ça va, ça va ! Grommela Loup Solitaire. Je ne voulais pas te vexer, et… Attention, le voila !
Qacim venait de passer la tête par l’ouverture de la porte, il nous fit signe d’approcher, ouvrit le rideau en grand et nous dit :
- Tout va bien, je me suis arrangé avec Ajim. Il peut vous venir en aide.
Nous entrâmes, l’un derrière l’autre. L’intérieur de la taverne était aussi sombre et mal éclairé que je l’imaginais. Assis à une table, devant une cruche, un groupe d’hommes aux visages patibulaires*, nous jeta un bref regard avant de retourner à leurs gobelets.
Assis derrière le comptoir, un gros homme à la peau huileuse nous fit signe d’approcher. Il écarta le rideau de perle de verre qui se trouvait derrière lui, et nous invita à entrer dans l’arrière-boutique. Ce que nous fîmes. Puis il laissa retomber le rideau et resta dans la salle. Nous suivîmes Qacim, qui grimpa un escalier et franchit un long couloir avant d’écarter un rideau et de nous faire entrer dans une pièce sobrement meublée.
- Oncle Ajim, voici les amis dont je t’ai parlé !
Ces paroles s’adressaient à un vieil homme aux cheveux gris, enveloppé dans une grande robe bleue dépourvue d’ornements. L’homme était assis en tailleur sur un gros coussin posé sur un tapis. Il nous dévisagea longuement. Puis apparemment satisfait, il nous fit signe de nous asseoir.
- Soyez les bienvenus dans ma demeure ! Dit-il. Ici les amis de Qacim sont chez eux !
Et il s’inclina légèrement. Nous lui rendîmes son salut, en posant les deux mains sur notre poitrine ainsi que voulait la coutume Vassagonienne.
- Qacim m’a conté les grandes lignes de votre aventure. J’aimerais entendre les détails maintenant !
Nous nous regardâmes, puis, je pris la parole et lui racontai ce qui nous était arrivé depuis que nous avions mis les pieds en Vassagonie. Quand j’eus fini, le vieil homme hocha la tête et dit :
- Le Zakhan semble beaucoup tenir à vous avoir vivants ! C’est un atout pour vous ! Néanmoins, vous avez réussi à vous évader du Grand Palais, et ça, ce n’est pas bien.
- Pas bien ? Demandai-je.
- Oui, vous l’avez humilié ! Personne ne s’était échappé vivant des prisons. Le Zakhan va tout faire pour vous retrouver et vous faire payer ! Et malgré votre habileté, je crains que tôt ou tard il ne mette la main sur vous, et votre complice ! Dit-il en regardant Qacim.
- Pouvez-vous y remédier ? Demanda Loup Solitaire.
Le vieil Homme secoua la tête de gauche à droite.
- Non ! Personne n’échappe au Zakhan ! Tout ce que je peux faire, c’est vous dissimuler quelque temps, et vous trouver un navire qui vous permettra de fuir.
- Je comprends… Dit Loup Solitaire en joignant les doigts. Nous vous remercions de votre aide, Maître Ajim.
Le vieil homme eut l’air embarrassé. Il regarda Qacim et lui fit un signe. L’enfant se leva, écarta le rideau et sortit. Un picotement familier se fit sentir le long de ma nuque.
- Pour parler affaire, mieux vaut rester entre hommes !
- Naturellement ! Répondit Loup Solitaire
Il sourit au vieil homme, mais je savais que lui aussi était désormais sur ses gardes. Le vieux allait certainement tenter de nous extorquer une forte somme en échange de ses services.
- Je connais un capitaine, qui serait prêt à vous accepter à son bord, mais il faudra le payer pour ses frais…
- Combien ? Demanda Œil de Loup.
- Cent Lunes. Par personne !
Je fis un rapide calcul : En admettant que la valeur d’une Lune soit égale à une couronne d’argent, cela faisait en tout presque trente Couronnes d’or ! De quoi acheter un couple de chevaux ! C’était énorme !
Loup Solitaire devait avoir fait le même calcul, car il dit, très calmement :
- Nous ne les avons pas !
Ajim eut l’air ennuyé par cette réponse. Il réfléchit un court instant, et allait reprendre la parole, quand le rideau de l’entrée fut tiré brusquement sur le côté…
Une grande femme aux cheveux noirs, vêtue d’une grande robe aux couleurs éclatantes se campa dans l’ouverture et pointa un doigt sur notre hôte.
- Ajim-an-Jasân ! Au nom du Mahjan, qu’es-tu en train de faire ?
Devant cette brusque apparition, le vieil homme perdit brusquement une partie de son assurance. Il essaya de se lever et de répondre, mais la femme le repoussa sans douceur et continua :
- Par le nom sacré du Mahjan ! Jure-moi que tu n’essayais pas de voler ces hommes qui nous ont rendu Qacim !
- Je… Je… Bredouilla-t-il.
- Tu n’as donc aucune gratitude ? Ces hommes ont risqué leur vie pour me ramener Qacim, et tu voulais les rançonner ? Honte sur toi !
Là, le vieux sembla retrouver ses esprits, il se leva brusquement, et menaça la femme avec son éventail.
- Cela suffit, femme ! Tu n’as rien à faire ici ! Et pourquoi ne portes-tu pas ton voile devant ces étrangers ?
- Ma place est là où je le désire ! Et mon visage est celui d’une vieille femme, que tu contribues chaque jour à vieillir davantage !
Puis la femme s’agenouilla devant Loup Solitaire et lui prit les mains en disant :
- Vous m’avez ramené Qacim, Messire ! Que le Mahjan vous bénisse !
Cette fois, c’était au tour de Loup Solitaire de ne pas savoir quoi (<=inversion) répondre. De toute façon, la vieille femme ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit. Elle se retourna brutalement vers le vieux et lui lança :
- Tu ne leur as même pas donné à boire ! Il faut donc tout faire à ta place ?
Elle ouvrit le rideau, et repartit en faisant trembler le plancher sous ses pas.
Ajim se tourna vers nous, l’éventail à la main, l’air totalement décontenancé. Il fit un geste vers le rideau en disant :
- Ma femme… Inna… Une forte personnalité…
- Oui. Mais elle a raison ! Dit Œil de Loup.
Ajim pâlit légèrement et tenta de se justifier :
- Vous savez, je ne vis pas de la charité, je suis un marchand… J’ai des frais… Je…
- Je sais, Maître Ajim ! Dit Loup Solitaire en se levant. Vous êtes ce qu’on appelle une honnête fripouille ! Et nous ne demandions pas non plus la charité, juste de l’aide ! Mais nous nous débrouillerons seuls ! Adieu !
Loup Solitaire tira le rideau et sortit dans le couloir, Œil de Loup et moi-même à sa suite.
Une fois dans le couloir, Loup Solitaire faillit se casser le nez sur la vielle femme que nous venions de voir. Elle attrapa Loup Solitaire par le bras en lui disant :
- Attendez, ne partez pas ! Vous m’avez rendu Qacim, j’ai une dette envers vous ! Puis elle tira Loup Solitaire vers une autre porte fermée par un rideau et ajouta :
- Aïcha, ma servante, n’est pas une lumière, mais c’est une bonne cuisinière ! Venez !
C’est le moment que choisit mon estomac pour se manifester. Inna dut entendre, car elle sourit et nous fit entrer dans une autre pièce où une autre femme était occupée à disposer divers plats en métal sur une table basse. Dans un coin de la pièce, assis sur un gros coussin, Qacim était en train de mordre à belles dents dans une grande galette de sésame. Quand il nous aperçut, il se mit à rire. Inna nous fit asseoir, houspilla sa servante, et disparut par une autre porte. Je m’approchai de Qacim, qui riait de plus belle.
- Évidemment, c’est toi qui es derrière tout ça !
- Évidemment ! Quand Oncle Ajim m’a fait sortir, j’ai compris et j’ai prévenu Tante Inna. J’ai bien fait, n’est-ce pas ?
- Tu es un petit malin, toi ! Dit Loup Solitaire.
À ce moment, Inna refit son apparition, une bouteille joufflue à la main. Elle prit un couteau et commença à enlever la cire qui fermait la bouteille.
- Il ne faut pas en vouloir à Ajim, Messires ! Dit-elle. Ce vieux bouc est plus bête que méchant ! Il ne ferait pas de mal à une mouche, mais il ne peut s’empêcher d’essayer de tirer parti d’une situation…
Juste quand Inna finissait sa phrase, Ajim fit son apparition dans l’encadrement de la porte. Il avait l’air très fatigué et très las. Quand il nous vit assis à sa table en compagnie de Qacim et de sa femme, il changea de couleur et fit mine de tourner les talons. Inna l’apostropha :
- Te voilà toi ! Tiens ! Rends-toi utile ! Ouvre cette bouteille !
Ajim s’assit sur un coussin, à bonne distance de Loup Solitaire, et fit sauter le cachet de cire qui protégeait la bouteille. Puis il remplit trois gobelets en cuivre et nous les tendit.
Je pris le mien et reniflai le contenu : Un liquide vert, épais, et visiblement alcoolisé.
- Je croyais, dit Loup Solitaire, que le Mahjan avait interdit les alcools ?
Ajim eut l’air un peu surpris et répondit :
- Oui, c’est vrai, mais seulement le vin de palme. Ceci est du vin de Jala, fait avec des raisins !
Je goûtai ce drôle de vin vert : Je le trouvais un peu trop sucré à mon goût, mais son parfum était agréable et délicat. Je me demandai comment les vignerons de Jala parvenaient à faire du vin vert…
Inna s’assit en face de nous et nous tendit à chacun une assiette en cuivre, où des légumes et de la semoule accompagnaient des morceaux d’agneaux en sauce.
- La spécialité d’Aïcha ! Dit Inna
J’avais suffisamment faim pour pouvoir manger de l’herbe ! Je ne me fis donc pas prier pour faire honneur à la cuisine d’Aïcha.
Après le repas, Inna nous fit servir de l’eau chaude sucrée et parfumée, accompagnée de petites galettes de blé noir, sur lesquelles étaient dessinés certains caractères Vassagoniens.
- C’est pour porter chance ! Dit-elle en brisant une galette en deux.
Nous imitâmes son geste. De la chance, nous allions en avoir besoin !

Corrigé et remis au temps approprié.
* Un groupe c'est plusieurs personnes et n'a pas de visage.

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Famille veut dire que personne ne doit être abandonné


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MessagePosté: Dim Juin 19, 2005 11:37 pm 
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Vae à des corrections en retard... :roll:

Quand à moi, je lirais ton oeuvre quand les corrections seront passées... D'ailleurs je fais une annonce officielle à tous les membre :

Je promet de lire tous vos textes durant les vacances... j'ai bien dis TOUS ! :| :mrgreen:

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MessagePosté: Lun Juin 20, 2005 1:03 am 
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LE TYRAN DU DÉSERT X

Citation:
La nuit tombait sur Barrakeesh.
Le disque brûlant du soleil était parti se cacher derrière les monts du Dahir, transformant l’horizon en océan de feu. Puis une à une, les étoiles se sont allumées dans le ciel bleu nuit. Alors, comme en réponse, Barrakeesh s’est illuminée. Fenêtre après fenêtre, lanterne après lanterne, comme en réponse au ciel, la ville s’allumait et s’animait. Un petit vent frais venant de la mer dispersait la sécheresse du désert et apportait un peu de repos. Les gens sortaient de chez eux, s’asseyaient sur le pas de leur porte et profitaient un instant du répit que leur offrait le crépuscule.
Nous étions assis sur le toit de la maison d’Ajim. De cet observatoire, nous avions une vue plongeante sur la ville basse et la côte.
Loup Solitaire fit face à la mer. Le vent gonflait les pans de son manteau Kaï et les faisait flotter autour de lui.
- Enfin, la nuit ! Dit-il en soupirant.
- Ça va être à nous ! Dit Œil de Loup emmitouflé dans les replis de sa cape, le capuchon baissé ne laissant paraître que l’ombre de son visage pointu.
- Qu’avez-vous l’intention de faire ? Demandai-je.
- Je l’ignore. Répondit Loup Solitaire. Il nous faut aviser : Quels moyens allons-nous employer pour fuir la Vassagonie ?
- Crois-tu que nous puissions demander de l’aide aux marins de la Suraiya ?
- Certainement pas ! Ils ont tous bien trop peur du Zakhan ! Si nous décidons de fuir par la mer, il faudra le faire seuls !
- De toute façon, dit Œil de Loup. Je crains que nous n’ayons pas beaucoup de choix : Nous n’avons ni l’expérience, ni l’équipement adéquat pour traverser la Mer de la Sécheresse et rejoindre Casiorn.
- Oui, dis-je. S’enfoncer ainsi dans le désert, ce serait courir à une mort certaine !
- Très bien. Dit Loup Solitaire. Nous sommes d’accord. Nous prendrons la mer ! Reste à trouver une embarcation qui puisse nous porter au moins jusqu’aux côtes de Durenor.
- Allons voir au port ! Dis-je. Nous aviserons sur place.
- Bonne idée ! De plus, j’en ai assez d’être enfermé !
Nous quittâmes la terrasse, et redescendîmes les escaliers qui menaient aux appartements d’Inna et d’Ajim. Dans le salon nous avions dîné tout à l’heure, nous retrouvâmes Qacim et Inna. Ils étaient en train de jouer aux dominos, et apparemment, Inna perdait.
- Vous sortez ? Demanda-t-elle en levant les yeux de son jeu.
- Oui, répond Loup Solitaire. Nous allons profiter de la nuit pour faire un tour sur le port !
- Je peux venir avec vous ? Demanda Qacim.
Loup Solitaire hésita, puis finit par dire :
- Ce ne serait pas une très bonne idée.
- Alors, comment allez-vous faire pour trouver le port ? Vous allez demander aux passants ? Ainsi vêtus, vous n’irez pas loin !
- Qacim a raison ! Dit Inna. Les soldats sont partout. Vous aller vous faire remarquer, avec vos vêtements du Nord !
- Vous avez mieux à proposer ?
- Oui, je vais vous donner d’autres habits. Venez !
Et elle se leva. Nous la suivîmes dans une pièce voisine. Où là, elle nous remit à chacun un grand manteau de laine tissée pourvu d’une capuche. Nous enfilâmes chacun le nôtre, puis Inna rabattit la capuche sur nos visages.
- On dirait presque de vrai Barrakeeshi ! Dit-elle en s’éloignant pour mieux nous regarder.
- Personne ne va s’étonner de nous voir ainsi ? Demandai-je.
- Rappelez-vous que nous sommes en période de deuil ! La coutume impose de garder la tête couverte !
- Très bien ! Dit Loup Solitaire. Espérons seulement que personne ne viendra nous regarder sous le nez !
Nous remerciâmes Inna de son aide et de son hospitalité, et nous nous préparâmes à partir.
Dans le couloir, nous trouvâmes Qacim, assis sur la première marche de l’escalier.
- Je peux venir avec vous ? S’il vous plaît !
Loup Solitaire poussa un gros soupir et dit :
- Tu as de la suite dans les idées !
- Si vous ne me laissez pas venir avec vous, je viendrais quand même !
- Dans ces conditions, Fit Œil de Loup. C’est inutile de négocier, vu que tu as déjà pris ta décision… Mais permets-moi de te dire que tu es une drôle de pég-ouz !
- Alors, c’est oui ?
- C’est oui ! Mais promets-nous de retourner te cacher ici après notre départ !
Qacim promit. Nous fîmes alors nos adieux à Inna, et sortîmes.
Nous déambulâmes dans les rues, maintenant bien remplies et animés. Tout d’abord un peu raides sous nos manteaux. Nous prîmes rapidement confiance en nous et calquâmes notre démarche sur celle des autres citoyens. Il est vrai que ces costumes nous aidèrent à nous fondre dans la foule : ici, tout le monde semblait porter ce genre de manteau. Bien malin celui qui arriverait à nous distinguer des autres !
Nous marchâmes lentement, les uns derrière les autres. Qacim en tête, suivi par Loup Solitaire et Œil de Loup.
Au bout de quelques mètres, Loup Solitaire s’arrêta brusquement et dit, par-dessus son épaule :
- Des soldats !
Nous nous rangeâmes le long du mur, et fîmes semblant de discuter comme des passants ordinaires.
Du coin de l’œil, je vis arriver le groupe de soldats : une dizaine d’hommes, dirigés par un sergent à longues moustaches. Lorsqu’ils passèrent derrière nous, sans nous prêter attention, ma main se crispa un peu sur la garde de mon épée. Puis les soldats disparurent au coin de la rue. Toujours en marchant de ce pas décidé…
- Et alors ? On n’intéresse plus personne ? Fanfaronna Loup Solitaire.
- Vous voyez ? Vos déguisements sont bons. Dit Qacim. Ils ne vous ont même pas remarqués.
- Ouais… Ils sont drôlement pressés… Dit Œil de Loup. J’ai l’impression qu’ils préparent un mauvais coup… Vous ne sentez pas ?
- Si ! Dit Loup Solitaire. Suivons-les !
Nous empruntâmes le chemin des soldats, en forçant l’allure pour les rattraper. Dés qu’ils furent en vue, Loup Solitaire nous fit signe de nous arrêter. Nous reprîmes aussitôt le pas tranquille du promeneur, tout en gardant un œil sur la patrouille.
Là-bas, le sergent venait de faire arrêter ses hommes. Et après une brève hésitation, il leur fit signe de s’engouffrer dans la maison d’Ajim !
- Aie ! C’est bien ce que je craignais ! Dit Œil de Loup.
- Nous sommes partis au bon moment, il me semble…
Qacim commença à s’agiter, il me tira par la manche et me demanda :
- Vous n’allez pas les laisser faire ?
- Ne t’inquiète pas. Ils viennent nous chercher, quand ils verront que nous ne sommes pas là, ils rentreront chez eux…
Œil de Loup se tourna vers moi et me dit :
- À qui veux-tu faire avaler ça ?
- Il a raison. Dit Loup Solitaire. Je crains que nos hôtes n’aient à souffrir de leur générosité !
- Qu’est-ce que tu comptes faire ? Foncer dans le tas ?
- Ce serait une solution ! Mais c’est ce qu’ils attendent : Il y a des soldats cachés dans la foule. Si nous passons à l’attaque tout de suite, nous nous jetterons tête baissée dans un piège !
- Alors ? Demandai-je.
- Éloignons-nous. Nous allons essayer d’entrer discrètement dans la maison. Une fois à l’intérieur, nous supprimerons les soldats et nous filerons par les toits.
- Et pour entrer ? Demanda Qacim.
- Nous allons passer par les toits ! Il y a suffisamment d’aspérités sur ces murs pour nous permettre de grimper !
- C’est audacieux comme plan. Dit Œil de Loup. Mais ça peut marcher, à condition de ne pas être remarqués par quelque badaud !
J’allais suivre mes compagnons, quand une brusque animation attira mon attention : Le sergent à moustache venait de sortir de la maison, suivi par ses soldats qui encadraient Inna et Ajim, soigneusement attachés…
Loup Solitaire jura et dit :
- Changement de programme !
- On a trop attendu ! Dit Œil de Loup.
- Qacim ! vont-ils les emmener ?
Le gamin me jeta un regard noir avant de répondre :
- Dans les prisons du Grand Palais…
Nous échangeâmes un long regard silencieux… Ces gens-là avaient pris un risque énorme en nous abritant. La seule récompense de leur générosité allait être la prison… Ce n’était pas juste !
- Il faut faire quelque chose ! Dis-je en Sommerlundois.
- C’est trop risqué ; Répliqua Œil de Loup. Après tout, ils savaient ce qu’ils risquaient !
Loup Solitaire se racla la gorge et dit :
On peut leur tendre une embuscade ! Juste avant qu’ils n’arrivent au Grand Palais. À ce moment, ils seront moins sur leurs gardes, ce sera plus facile pour nous !
- Et la Garde du Palais ? Dit Œil de Loup. Tu y as pensé ?
- Oui, j’admets que c’est un problème… Une fois que nous aurons délivré Ajim et Inna, il faudra mettre du large entre la garde et nous !
- Et comment ? Tu as un plan ?
- On improvisera, comme d’habitude !
Œil de Loup marmonna quelque chose à propos des habitudes. Puis il fit coulisser son épée dans son fourreau et dit :
- Tout se paie ! Allons-y !
En quelques mots, j’expliquai la situation à Qacim. Je lui expliquai aussi qu’il fallait que nous arrivions au Grand Palais avant les soldats.
- Pour cela, pas de problème ! Je connais Barrakeesh comme le fond de ma poche ! Venez !
Nous emboîtâmes le pas au jeune garçon, qui nous fit passer par un dédale de petites rues sinueuses et étroites, tantôt montantes, tantôt descendantes, coupant parfois d’autres rues, plus larges. Malgré notre sens de l’Orientation, je dois avouer que nous nous serions égarés dans ce labyrinthe. Sans l’aide de Qacim, qui se promenait dans ce dédale comme s’il avait toujours vécu ici, nous tournerions sans fin dans ce mélange complexe de ruelles tortueuses, de placettes anonymes et de culs-de-sac insalubres.
Au bout d’une dizaine de minutes, alors que je croyais que nous étions irrémédiablement perdus, nous débouchâmes sur une grande terrasse qui faisait le contour d’une curieuse place, entièrement pavée de noir.
- Le Saddi-tas-Ouda ! Dit Qacim.
- La Place des Morts… Traduisit Loup Solitaire.
A l’autre bout de la terrasse, en face de nous, un grand portail oval.
- En passant par ce portail, nous rejoindrons le Grand Palais. Mais il faut contourner la place !
- Pourquoi ne pas traverser plutôt ? Demanda Loup Solitaire. Il y a des marches…
- Non ! Fit Qacim avec effroi. Personne ne traverse le Saddi-tas-Ouda ! Ça porte malheur !
- Ah oui ? Dit ironiquement Loup Solitaire. On risque une mauvaise rencontre ?
Et il se dirigea vers les escaliers. Œil de Loup dans son sillage.
Je regardai Qacim : Il avait peur et en même temps honte d’avoir peur. Je m’engageai sur la première marche de l’escalier, me retournai vers Qacim et lui dis :
- Tu viens ?
Finalement, la honte fut la plus forte, et Qacim vint nous rejoindre.
Le Saddi-tas-Ouda était entièrement pavé de dalles de marbre noir. Au centre de chaque dalle, on avait planté une pique en fer. Du haut des escaliers, la Place ressemblait à un porc-épic ! Mais au fur et à mesure de ma descente, je distinguai mieux les détails, et je compris alors pourquoi personne ne s’engageait sur cette place.
Au bout de chaque pique était plantée une tête : voleurs, assassins, pirates, renégats… Tous ceux qui avaient un jour osé défier le Zakhan et qui l’avaient payé de leur vie se retrouvaient ici, la tête empalée sur une pique. Leurs yeux morts regardant le néant, la bouche ouverte en une muette protestation…
Réprimant un frisson d’horreur, j'allai rejoindre mes deux amis, au milieu de la place.
- Riante compagnie… Commenta Loup Solitaire.
- Peuple de Barbares ! Cracha Œil de Loup. On ne traite pas un ennemi ainsi…
Loup Solitaire se tourna vers moi, et se figea, les yeux fixés sur quelque chose derrière moi…
Je me retournai lentement, suivis son regard, et croisai celui d’Abdul-ib-adj-Assan…
La tête de l’envoyé spécial était plantée au bout d’une pique, ses yeux () grands ouverts () fixaient le vide. Sur son front était badigeonné, à la peinture rouge, le mot TRAÎTRE.
Derrière lui, plantée aussi sur une pique, se trouvait la tête du Capitaine Cheifir, à côté de celle de son second, du toubib et de son maître d’équipage…
Un frisson de terreur m’envahit, lorsque je réalisai avec effroi, que les têtes de tous les membres de l’équipage de la Suraiya étaient là ! Autour de nous ! Plantés à jamais sur une pique, le mot TRAÎTRE peint en rouge sur le front !
- Peuple de barbares ! Répèta Œil de Loup.
- La Suraiya est au complet ! Dit Loup Solitaire. Le Zakhan leur a fait payer cher… Oh non !
Je me retournai vers Loup Solitaire, juste a temps pour le voir tourner de l’œil et vaciller sur ses jambes…
Œil de Loup le reçut dans ses bras et surpris, lui lança :
- Arrête de faire le c… !
Mais il s’interrompit, allongea Loup Solitaire sur le sol noir et passa sa main sur son front. Puis il la retira et me regarda en disant :
- Il est brûlant de fièvre !
Je vins m’agenouiller à ses côtés, et posai ma main sur le visage de mon ami : il est aussi chaud qu’un poêle en pleine activité !
- Qu’est ce qui lui arrive ? Demanda Qacim.
- On va regarder ! Répondit Œil de Loup en ouvrant la chemise de Loup Solitaire.
Rapidement, nous débarrassâmes Loup Solitaire de son manteau et de sa tunique. Puis Œil de Loup le fit rouler sur le côté droit, le débarrassa de sa chemise et poussa un juron.
Je regardai à mon tour et secouai la tête :
Tout l’avant-bras gauche de Loup Solitaire avait pris une teinte sombre, et de nombreux filaments couraient le long de son bras, et sur son épaule, tout autour des blessures infligées par les Kwarazs…
- Qu’est-ce que c’est que ça ? Dis-je. La gangrène ?
- Si vite ? Répondit Œil de Loup. Cela m’étonnerait !
- C’est le Saddi-tas-Ouda ! Dit Qacim, visiblement paniqué. Nous avons dérangé les morts et ils se vengent !
Je me retournai vers Qacim et le secouai en disant :
- Arrête de dire des bêtises ! Les morts ne font de mal à personne ! Ça, c’est une infection. Probablement due à notre passage dans le Baga-Darooz !
À ce moment, Loup Solitaire reprit ses esprits et grogna :
- Qu’est-ce qui s'est passé ?
Il tenta de se redresser, prit appui sur son bras gauche et s’effondra de nouveau.
Œil de Loup l’aida à s’asseoir et lui dit :
- Tu t’es évanoui ! Les blessures que t’ont faites les Kwarazs se sont infectées et ont contaminé une partie de ton bras. Qu’est-ce que tu ressens ?
- Rien. Je n’ai même pas mal ! Par contre, je ne sens plus mon bras !
- Quoi ?
- Je ne ressens plus mon bras ! Je n’arrive plus à le remuer, c’est comme s’il était mort !
- Depuis combien de temps es-tu comme cela ?
- Je ne sais pas… Quelques minutes…
Œil de Loup se passa la main dans les cheveux et dit :
- Il faut trouver un médecin. Et vite !
Qacim intervint timidement :
- La grande porte là-bas nous mène au Mikarum… Le quartier des Herboristes…
- Vu ! Dit Œil de Loup. Transportons-le là-bas !
Nous aidâmes Loup Solitaire à se relever. Puis nous le prîmes chacun par une épaule et nous nous dirigeâmes vers l’escalier.
Arrivé près des marches, Loup Solitaire trébucha et manqua de nous faire tomber tous les trois. Œil de Loup s’arrêta et dit :
- Attends, je vais essayer quelque chose !
Ensemble, nous aidâmes Loup Solitaire à s’asseoir sur une des marches. Puis Œil de Loup prit la main droite de Loup Solitaire dans la sienne, et appuya avec son pouce sur différents points de la paume de Loup Solitaire. Puis il répèta la même opération sur la main gauche. Enfin, il s’assit derrière Loup Solitaire, lui prit la tête entre ses mains, lui pressa les tempes du bout des doigts, et prit une grande inspiration…
Quelques instants plus tard, Œil de Loup lâcha la tête de Loup Solitaire qui se releva lentement et dit :
- Merci, je pense pouvoir tenir debout maintenant…
Œil de Loup se releva aussi et lui répondit :
- Faire baisser ta fièvre est le maximum que je puisse faire. L’infection est trop étendue pour que je puisse te soigner vraiment…
- Je sais, je sais…
Nous gravîmes l’escalier et laissâmes derrière nous le sinistre Saddi-tas-Ouda.
Nous arrivâmes à un carrefour, devant nous une enseigne de bois se balançait lentement au gré du vent nocturne. En nous approchant, nous pûmes lire, écrit en caractère Vassagonien : Bi dar Massoum, Herboriste.
Sans hésiter, nous passâmes le rideau de perles qui voilait l’entrée, et nous nous retrouvâmes dans une pièce basse, éclairée par une lampe à huile suspendue au plafond. Au milieu de la pièce, un petit homme au regard jovial était en train de ranger différents flacons sur des étagères posées sur les murs. Lorsque nous entrâmes, il se tourna vers nous et nous dit gentiment :
- Je suis désolé, mais ma boutique est fermée !
- Nous avons besoin de vous. Dit Œil de Loup. Pouvez-vous regarder cette blessure ?
Le petit homme reposa le flacon qu’il avait dans les mains, et fit signe à Loup Solitaire d’approcher et de s’asseoir sur un tabouret.
Loup Solitaire s’exécuta, pendant que le petit homme allumait une autre lampe.
Puis il s’approcha de Loup Solitaire, lampe en main.
À la lumière de la lampe, la blessure était encore moins belle à voir : rouge, presque noire, avec de nombreux filaments bleutés courant sous la peau.
L’herboriste examina attentivement le tableau, puis pinça le bras de Loup Solitaire, sans réaction. Alors il secoua la tête et dit :
- Je ne peux rien faire pour vous, homme du Nord, vous êtes atteint par la Paralysie des Membres. Si on ne vous soigne pas rapidement, le mal va s’étendre, gagner les autres membres, puis le cœur…
- Quel est le remède ? Demanda Loup Solitaire, très calme.
- Il faudrait vous faire une application d’herbe D’Oede. Seule cette herbe a le pouvoir de vous guérir…
- Avez-vous de cette Herbe ? Dit Œil de Loup.
L’herboriste ouvrit en grand ses bras et dit, en montrant l’ensemble de sa boutique :
- Même si je vendais ma boutique et tous mes biens, je n’aurais pas assez pour me procurer ne serait-ce qu’une seule feuille de cette herbe merveilleuse…
Puis baissa la voix et dit :
- En fait, à Barrakeesh, il n’y a qu’une seule personne qui soit assez riche pour posséder de l’Herbe d’Oede…
- Et qui est-ce ? Demanda Loup Solitaire.
- Le Zakhan ! Souffla le petit homme.
Un profond silence s’établit. L’herboriste s’agita nerveusement, la lampe à la main.
- Combien de temps, avant… Demanda Loup Solitaire.
- Une journée. Répondit l’herboriste. Peut-être moins, peut-être plus, j’ai là quelques produits qui pourraient ralentir… Un peu !
- Essayons toujours… Dit Loup Solitaire.
Le petit homme disparut dans son arrière-boutique et revint peu après. Avec un bol rempli d’une substance visqueuse dans les mains. À l’odeur forte de la substance, je reconnus la teinture de Calandea. Un antiseptique très puissant.
Il remua la substance avec un pinceau, et en badigeonna les blessures de Loup Solitaire. Puis il prit deux fioles sur une étagère, versa leur contenu dans un flacon en verre qu’il boucha. Ensuite, il agita le flacon jusqu’à ce que le liquide prenne une belle couleur vert émeraude. Puis il tendit le flacon à Loup Solitaire en disant :
- Buvez une gorgée. L’élixir de Rendalim fera baisser la fièvre, et ralentira la progression du mal… Un peu !
Puis il secoua la tête et dit :
- J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir. La suite est à la grâce de Dieu*…
Loup Solitaire remercia l’herboriste et se rhabilla sans dire un mot. Puis il sortit de l’échoppe, Œil de Loup et Qacim sur ses talons.
Je payai le petit homme pour ses services. Au moment de sortir, il me mit en main une petite fiole remplie d’un liquide noir : de la teinture de Ronces des Cimetières.
- Pour abréger ses souffrances… Dans les derniers instants…

Corrigé et remis au temps approprié.
* Il serait plus correct de dire : à la grâce de Mahjan
Citation:
Gras comment aussi vite tu fait ?

Comme toi, je me mets à la place du narrateur et je raconte l'histoire :mrgreen:
Citation:
Vae à des corrections en retard

Non, on corrige les corrections :mrgreen:

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Famille veut dire que personne ne doit être abandonné


Dernière édition par Vae-primat le Lun Juin 20, 2005 2:00 am, édité 1 fois.

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MessagePosté: Lun Juin 20, 2005 1:57 am 
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LE TYRAN DU DÉSERT XI

Citation:
Dehors, Loup Solitaire était debout, adossé à un mur, les mains dans les poches.
Œil de Loup avait tiré sa capuche sur son visage et se tenait au milieu de la rue, les mains dans le dos. Qacim, lui, était resté près de la porte. Très gêné.
Au son du rideau de perle, Loup Solitaire releva la tête. Aucune émotion n’apparaissait sur son visage. Il était calme. Presque indifférent.
Il est difficile de se mettre à la place de quelqu’un qui sait quand il doit mourir, mais on peut imaginer ce qu’il ressent : Colère, révolte, indignation…
Curieusement, Loup Solitaire était très calme, presque résigné.
Plus rien à voir avec l’homme que j’ai connu il y a cinq ans en arrière, et qui sur les ruines encore fumantes du monastère Kaï, avait juré de venger ses frères assassinés.
Plus rien à voir, en effet, avec l’être que j’avais trouvé, debout sur les ruines, menaçant le ciel et renonçant à son nom Kaï, pour se rebaptiser de lui-même…
Peut-être avait-il mûri… Peut-être avait-il compris qu’il ne servait à rien de se lamenter… Une telle résignation me surprit quand même un peu…
Loup Solitaire se décolla du mur et nous fit signe d’approcher.
Lorsque nous fûmes près de lui, il nous posa la main sur l’épaule et nous dit :
– Vous rentrez au Sommerlund !
La surprise fut telle que pendant quelques secondes, je ne pus articuler un mot.
Œil de Loup se dégagea, et dit simplement :
– Non !
Loup Solitaire ne parut pas très surpris. Il tenta de dire quelque chose, mais je le coupai :
– Et toi ?
– Moi ? Il s’agit bien de moi ! (Il secoua la tête.) Tu as entendu le verdict comme moi… Il me reste à peine vingt-quatre heures à vivre… Je vais les passer tranquillement… Vous, vous devez regagner le pays sans moi. Avertissez le Roi de mon décès et dites-lui de garnir les frontières…
– Navré. Dit Œil de Loup. Mais nous ne partirons pas sans toi…
– Alors, attendez vingt-quatre heures…
Je n’aurais jamais cru voir Œil de Loup perdre un jour sa patience. Il agrippa Loup Solitaire par le col et lui cria :
– Écoute-moi bien, espèce de pourriture ambulante ! Il n’est pas question de t’abandonner et de retourner bien tranquillement au Sommerlund en te laissant crever ici !
– Crois-tu que nous ayons le choix ?
– On a toujours le choix ! Dis-je. Œil de Loup a raison, nous ne te laisserons pas mourir ici !
– Je vous remercie de votre solidarité. Mais que comptez-vous faire ? M’assister dans mes derniers instants ? Me tenir la main pendant que je pourrirais lentement ? C’est ridicule !
– C’est toi qui es ridicule ! Répliqua Œil de Loup. Tu as entendu l’herboriste ? L’herbe d’Oede ! Il nous faut trouver de l’herbe d’Oede ! Et tu pourras guérir !
– Oui. Mais tu as aussi entendu quel est le seul endroit de Barrakeesh nous pouvons espérer trouver cette herbe !
– Et alors ? Dis-je. Nous avons déjà fait beaucoup plus dur ! Rappelle-toi ! Quand nous avons traversé le territoire de Kalte pour aller arrêter ce mage, qui se terrait dans la forteresse d’Ikaya. Nous avons tous souffert d’engelures pendant un mois. J’ai failli devenir aveugle à cause de la Cécité des Glaces. Mais nous nous en sommes sortis ! Nous avons investi la forteresse et capturé le mage !
– À nous trois ! Insista Œil de Loup.
– Je crains que vous ne vous fassiez un peu trop d’illusions. Dit Loup Solitaire. Les circonstances étaient alors différentes !
– Pas beaucoup différentes de maintenant : La Mer de la Sécheresse a remplacé le Glacier de Viad. Le sable, la glace ! Et il ne s’agit pas de prendre le Zakhan en otage, mais de cambrioler l’Herboristerie Impériale.
– Un simple vol ! Insistai-je.
Mais Loup Solitaire n’était pas encore convaincu. Il descendit la ruelle, en direction du Saddi-tas-Ouda et se campa à l’entrée de la place.
– Et ça ? Dit-il. Depuis notre arrivée dans ce pays, tout a été de travers : Assan est mort, le Capitaine Cheifir est mort, et avec lui, tout l’équipage de la Suraiya ! Et bientôt, Qacim risque de perdre sa seule famille…
Il soupira et reprit :
– Nous étions venus signer la paix. Et nous ne faisons que semer la mort ! Parmi nos ennemis, mais aussi parmi tous ceux qui nous viennent en aide !
– C’est une raison de plus pour ne pas fuir ! Il faut que le Zakhan paie pour tous ces meurtres ! Et il nous faut savoir le pourquoi de tant de hargne à notre encontre !
– Œil de Loup à raison ! Dis-je. Ce serait insulter la mémoire de tous ces gens qui nous ont accordé leur amitié et leur estime, que de ne pas chercher à savoir pourquoi ils sont morts !
– Là. D’accord ! Dit Loup Solitaire. Mais après ? Tu comptes assassiner le Zakhan ?
– Non. Répondit Œil de Loup. Je ne suis pas la justice. Le Zakhan paiera ses crimes. Tôt où tard…
– Dans ce cas… Je veux bien marcher avec vous. Mais il nous faut un plan…
– J’en ai un. Dis-je. Mais il nous faudra l’aide de Qacim…
Pendant que nous discutions, le gamin était resté à l’écart. Assis sur une pierre, le menton dans les genoux. J’allais le retrouver et je lui expliquai mon idée.
– Vous voulez faire QUOI ?
– Nous voulons entrer dans le Grand Palais, trouver l’Herboristerie Impériale et y dérober l’Herbe d’Oede. Répétai-je.
– Mais vous êtes fous ! C’est impossible ! Personne n’est jamais rentré de nuit dans le Grand Palais ! Le mois dernier, deux voleurs ont été pris alors qu’ils traversaient les jardins du Palais ! Ils ont été décapités en place publique ! Et leurs cadavres ont été jetés aux vautours !
– Charmante coutume. Persifla Œil de Loup
Qacim secoua la tête et dit :
– Non ! Entrer dans le Palais, c’est impossible !
– Nous avons bien réussi à sortir… Dit Loup Solitaire. C’était impossible aussi…
– Et toi, tu as bien réussi à entrer dans le sérail, pour y voler des bijoux…
Qacim me regarda et répondit en bafouillant :
– Oui, mais… J’ai eu de la chance… Et c'était de jour…
– Justement ! Dit Loup Solitaire. La nuit, ce sera plus facile !
– Vous êtes fous. Répéta Qacim. J’ai réussi à sortir du Palais une première fois, grâce à vous. Je ne suis pas assez fou pour tenter deux fois ma chance…
– Très bien. Dit Loup Solitaire. Tu veux donc laisser Ajim et Inna à la merci du bourreau ? Tu veux retrouver leurs têtes sur le Saddi-tas-Ouda…
Qacim bégaya :
– Que… que… que voulez-vous dire ?
– Nous n’allons pas seulement dans le Grand Palais pour y dérober de l’Herbe d’Oede. Dit Œil de Loup en examinant son épée à la lueur de la lune. Nous y allons aussi pour délivrer tes parents adoptifs…
– Naturellement. Reprit Loup Solitaire. Si tu ne veux pas nous aider… Tu es libre…
– À… À cette heure, ils doivent déjà être morts… Dit Qacim, qui palissait de peur.
– Je ne pense pas ! Dis-je d’un ton détaché. J’ai tué le bourreau, pour te sauver. Et puis, la Loi du Mahjan interdit de torturer qui que ce soit après la tombée de la nuit…
– Ah bon ? Qacim retrouva un peu des couleurs.
– Oui. Poursuivis-je. "Tu ne porteras point la main sur ton âne, ta femme, ton serviteur ou quelque personne sous ton toit après le couchant !"
– C’est écrit ! Confirma Œil de Loup.
Qacim parut indécis. Il réfléchit quelques instants, sans doute pour essayer de se rappeler de quelle sourate était extrait ce verset, que je venais d’inventer pour l’occasion…
– Vous êtes complètement fous ! Et moi, je suis encore plus fou ! Je viens avec vous ! Et que le Mahjan nous protège, nous allons en avoir besoin !
Qacim prit la tête de notre groupe et nous guida hors du Mikarum. En chemin, il nous expliqua comment il comptait entrer dans le Palais.
– Dans le mur Est du palais, il y a une poterne qui donne sur un des jardins extérieurs. En nous faufilant dans ce jardin, on arrive à une grille qui ouvre sur les jardins intérieurs. De là on peut arriver à atteindre une fenêtre du bâtiment des femmes…
Ça n’a pas l’air être trop compliqué… Fit remarquer Loup Solitaire.
– Attendez d'être à pied d’œuvre… Répondit Qacim.
Nous suivîmes Qacim au travers des petites rues bordant le Mikarum. De loin en loin, on distinguait les nombreuses tourelles et les dômes du Grand Palais, pointant leurs flèches vers les étoiles.
Puis finalement, nous débouchâmes sur le parvis du Grand Palais, face à la Porte des Lions : Une arche de granit gigantesque, percée de sept portails immenses, disposés dans un ordre décroissant à partir du centre et fermés par de lourdes portes de bois et de métal.
D’abord, la Porte du Zakhan : haute de huit mètres, large de cinq. Elle était fermée par de lourds vantaux recouverts d’or et de pierreries et était flanquée, à sa droite et à sa gauche, de portails identiques, quoique de taille plus modeste, juste six mètres de haut, mais tout autant décorées d’or et de pierres précieuses.
Puis venaient les Portes des Princes, couvertes d’argent ciselé dans la masse. Elles ne faisaient que quatre mètres de haut.
Puis enfin, venaient les Portes de Bronze ou Portes des Reines. Les seules à être ouvertes en permanence durant le jour. Elles ne faisaient que deux mètres de haut…
Actuellement, toutes les portes étaient fermées et farouchement gardées par de solides gaillards aux mines peu encourageantes. Je comptai une vingtaine de gardes, armés d’épées et de hallebardes. Plus une dizaine d’autres sentinelles, postées au-dessus du portail. Plus certainement deux autres dizaines dans chacune des deux tours de flanquement
– En tout, une cinquantaine d’hommes. Dit Œil de Loup.
– Et autant de paires de moustaches ! Dis-je. Mais avec un peu de chance, il n’y a pas autant d’hommes partout.
– Oui, il faut espérer ! De toute façon, il n’est pas question de donner l’assaut !
Nous traversâmes la grande place, en essayant de ne pas attirer l’attention des sentinelles. Par bonheur, à cette heure-ci, il y avait encore du monde dans les rues et nous ne détonions pas trop dans l’ensemble.
Nous laissâmes la porte des Lions derrière nous, et poursuivîmes notre chemin en gardant le mur d’enceinte à notre gauche. Tout en cheminant, je notai que toutes les tours n'étaient pas illuminées. Peut-être étaient-elles moins gardées…
Nous tournâmes à l’angle de la muraille, et parcourûmes une vingtaine de mètres avant de trouver une porte cochère percée dans le rempart.
– C’est là ? Demanda Œil de Loup.
– Non, c’est juste une entrée de service. Les serviteurs qui logent en ville passent par-là. Et il y a une entrée similaire dans le rempart sud.
– Y a-t-il beaucoup de portes dans cette muraille ?
– Sans compter la Porte des Lions ? Au moins une dizaine, plus ou moins gardées…
– Pas prudent ça… Dis-je.
– C’est vrai. Répondit Loup Solitaire. Mais la vraie citadelle doit se trouver à l’intérieur des murs. Certainement à l’abri de deux autres murailles… Et à propos de prudence… Éloignons-nous des murs. Même peu nombreuses, les sentinelles risquent de nous remarquer, et ce n’est pas bon !
Qacim hocha la tête, et nous fit obliquer dans une petite rue à droite, puis dans une autre, qui suivait à peu de choses près, le tracé du rempart. Enfin, après une bonne centaine de mètres, il entra dans une ruelle sombre, perpendiculaire au mur d’enceinte. Nous le suivîmes et il nous fit accroupir derrière une charrette abandonnée.
– Nous y sommes ! Dit-il. L’entrée est par-là…
Je regardai dans la direction indiquée : à une portée de flèche, percée dans la muraille, se trouvait une belle porte de bois verni, rehaussée de clous de métal qui formaient une série de dessins géométriques. Et devant cette porte, deux soldats qui faisaient les cent pas…
– C’est là ? Demandai-je.
– Oui, c’est là. Répondit Qacim.
– Alors, Demanda Loup Solitaire. Quel est ton plan ?
J’observai attentivement les alentours avant de répondre :
– Il me faudrait une bouteille de vin. Si possible encore pleine…
– Désolé. Répondit Œil de Loup. Mais je n’ai pas cet article sur moi…
Qacim fouilla dans la charrette et en sortit un récipient en terre cuite, joufflu et à long col.
– Un jâr. Dit-il. Ça ira ?
Ça ira. Il est vide ?
Qacim secoua l’objet, retira le bouchon et renifla le contenu.
– De l’eau.
Je pris le jâr, débouchai la petite bouteille de Ronces de Cimetières, et la versai à l’intérieur. Ainsi dilué, il y avait peu de chances pour que le poison soit mortel.
– Et maintenant ? Demanda Œil de Loup.
– Tu vas voir !
Je pris le jâr sous mon bras, et retournai dans la rue parallèle aux remparts, que je suivis jusqu’à trouver une autre rue perpendiculaire.
J’ajustai mon capuchon, tout en jetant un coup d’œil à la ronde : Personne.
Je me mis alors à marcher tout en titubant et à trébucher sur le pavé comme si j'étais ivre… Puis je débouchai sous le rempart et le suivis dans la direction des deux gardes. En chemin, je me mis à bramer une des chansons que les marins de la Suraiya nous avaient apprises. Le refrain faisait à peu près ça :
Oh ! Je sais, ses dents sont fausses et claquent quand elle marche !
C’est ma Sahra poitrinaire et bossue !
…Et ainsi de suite.
Quand j’arrivai en vue des gardes, l’un d’eux vint vers moi et m’apostropha rudement :
– Hé toi, silence ! C’est interdit de chanter sous les remparts !
Je m’arrêtai aussitôt, titubai sur place et répondis d’une voix pâteuse :
Fais excuse soldat, j’avais pas vu !
Ça va ! Dit-il. Tire-toi !
J’esquissai une parodie de salut militaire et repris mon chemin en titubant. En passant devant le deuxième garde, je me mis à me dandiner, les coudes battant l’air comme des ailes, et à glousser et caqueter, comme une poule.
En effet, en argot Barrakeeshi, une "poule" était le mot utilisé pour se moquer des soldats de la Garde. Pourquoi ? Je l’ignorais. Mais les deux soldats avaient, eux, l’air de connaître la raison. Et cela ne leur fit pas plaisir. Car le soldat qui m’avait apostrophé vint me rattraper par un des pans de mon habit, et me secoua comme un prunier, tout en me traitant de noms et d’adjectifs que je n’aurais jamais eu l’idée de mettre ensemble…
Finalement, je m’arrachai à la poigne du soldat, titubai encore un peu et lui lançai :
Ça va, ça va ! Je m’excuse. Je le ferai plus !
– Laisse-le ! Dit le second soldat. Il est saoul, tu vois bien !
– J’suis pas saoul. Dis-je. Je suis ron… ron… rongé de remords ! Et je veux faire la paix avec vous !
Ça va ! Dit le premier. Tire-toi.
– Non ! Je reste ! Je vous ai fait de la peine, alors je monterais la garde avec vous !
– Et si tu allais plutôt cuver ton vin ?
– Non ! Je veux me faire pardonner ! Ou alors vous bouvez un coup avec moi !
Les deux hommes se regardèrent. Puis l’un d’eux dit :
– On n’a pas le droit, on est en service…
– Cot ! Cot ! Cot ! Fis-je.
Le soldat qui m’avait interpellé et secoué m’arracha le jâr des mains en grognant une insanité. Puis il demanda :
– Si je bois avec toi, tu t’en vas ?
– Promis !
Il déboucha le jâr et but une longue rasade. Puis il me le rendit en disant :
– C’est infect ! Qu’est-ce que c’est ?
Il n’eut pas le temps d’en dire plus, l’action des Ronces de Cimetières fut plus foudroyante que je ne l’avais cru : Son visage se crispa, son corps tout entier se tétanisa et il tomba sur le sol. Mort.
Son compagnon poussa un cri de surprise, lâcha sa lance et porta la main à son épée…
Je lui écrasai le jâr sur le sommet du crâne, et il alla rejoindre son partenaire à terre.
Je me retournai vers la ruelle où s’abritaient mes amis et fis un signe.
Aussitôt, trois silhouettes se détachèrent dans le noir et filèrent en courant vers le mur d’enceinte. Œil de Loup arriva le premier et me dit :
– Et dire que je croyais que le ridicule avait été atteint la fois tu nous avais fait passer pour les Dames de Compagnie de la Reine !
– Et alors ? Nous avions réussi à démasquer les conspirateurs ! C’est tout ce qui compte !
– Ah ouais ? Dit Loup Solitaire. La Cour a parlé de ton coup d’éclat pendant un an ! Et la Reine à fait vérifier le sexe de toutes les dames de sa Compagnie !
Ça leur apprendra à se méfier ! Et maintenant, aidez-moi, au lieu de critiquer !
Ensemble, nous redressâmes les deux soldats et les remîmes en faction, appuyés contre le mur. Le second soldat, que j’avais frappé avec le jâr, avait du mal à tenir debout. Nous l’accrochâmes au mur, en nous servant de sa dague, plantée dans la muraille, au travers de ses vêtements.
– Tu es sûr qu’il est mort ? Demanda Loup Solitaire.
– Après un coup pareil… Dis-je. Si on ne meurt pas, on en reste idiot !
Pendant que nous "arrangions" les hommes de garde de telle façon que l’on croie, de l’extérieur, qu’ils étaient encore valides, Qacim s'était approché de la porte et avait commencé à la crocheter à l’aide de son instrument.
– Ça y est ! Dit-il en poussant le battant qui s’ouvrit sans bruit.
Les uns derrière les autres, nous nous faufilâmes dans le jardin…

Corrigé et remis au temps approprié

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Famille veut dire que personne ne doit être abandonné


Dernière édition par Vae-primat le Lun Juil 18, 2005 12:35 am, édité 1 fois.

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MessagePosté: Lun Juin 20, 2005 2:11 pm 
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Homo sapions sapions

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Localisation: Novascholastica
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Je promet de lire tous vos textes durant les vacances... j'ai bien dis TOUS !

:shock: Ouah ! :lol: Moi aussi, je me le suis promis ; Désolé Emma mais j'ai perdu le fil du récit ; je vais devoir tout relire depuis le début (comme pour les 3 élus) sauf que ça risque de prendre du plus de temps avec toi :wink: Et puis en plus je suis trop radin pour tout imprimer :mrgreen:

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« Mais alors si ce n’est pas ici, où est-ce l’enfer ? »
Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
« Là où sont les gutums bien sûr. »

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MessagePosté: Dim Oct 02, 2005 5:14 pm 
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Ecolo à vélo

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On avance, on avance ! :D

Quand on commence à parler de jeune héritier, on se dit "tient, ça serait un peu gros que ce soit Quaçim", alors forcément ça surprend mais pas vraiment parce qu'on y avait pas pensé... :mrgreen:
Mais bon, du fntastique reste du fantastique, et le hasard est parti-pris... :mrgreen:

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MessagePosté: Dim Oct 02, 2005 5:25 pm 
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Emmaphrodite
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Messages: 2133
Citation:
On avance, on avance !

Et c'est pas finit ! :twisted:

Serieusement : Qacim héritier du trône, ca se voyait venir ? De loin ?
Ou pas du tout et ça vous as séché ?

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In flood we trust !


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MessagePosté: Dim Oct 02, 2005 5:34 pm 
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Se croit Roi d'un peuple imaginaire...
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bravo
ça prend un tout autre tour


non ça se voyait pas venir
ça fait gros mais on a vu pire en héroic fantasy :wink:


Citation:
Sur un geste de la Reine, les deux servantes nous escortèrent jusque dans le Vizu-Dial ou nous retrouvons Qacim.



passé=> présent :wink:

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(la science devient des oreilles !)
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MessagePosté: Lun Oct 03, 2005 5:10 am 
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Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
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Localisation: Shembray
Citation:
Serieusement : Qacim héritier du trône, ca se voyait venir ? De loin ?

Ben, pas de loin, vu qu'on a la confirmation assez rapidement, et donc ça ne "casse pas un suspens", mais c'est vrai qu'on peut s'en douter... :roll:

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MessagePosté: Jeu Oct 13, 2005 1:50 pm 
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En bleu les fautes de ponctuation et les omissions.
En orange, les tournures conseillées et les correctifs généraux.
Les mots barrés sont en trop.
Citation:
- Maintenant, nous allons pouvoir parler tranquillement. Je ne vous ai pas encore livrés au Zakhan, profitez-en pour vous expliquer, et soyez convaincants, votre sort dépend de vous.
J'échangeai un regard avec mes compagnons :
Loup Solitaire hésitait. Oeil de Loup se dandina sur place, se racla la gorge, [strike]et[/strike] fit un pas en avant et demanda :
- Avant de commencer, Votre Majesté, j'aimerais vous poser une question…
- Je vous écoute !
- Ne seriez-vous pas…?
- Oui ?
- La Princesse Lorêne d'Hammarald…
La vieille dame parut un instant surprise, mais elle reprit bien vite son expression hautaine et répondit :
- C'est mon ancien nom, et plus personne ne m'a appelée ainsi depuis plus de trente ans… Désormais, je suis la Reine Qira-ab-ija mahj-im-Rimoah.
- Ainsi, dit Oeil de Loup. Il vous a épousée… Beaucoup de jeunes gens ont tenté de vous retrouver et de vous libérer, Madame…
- Je sais ! Répliqua sèchement la Reine. Et bon nombre d'entre eux ont fini dans les cachots, ou sous la hache du bourreau… J'ai épousé Rimoah pour arrêter ce gâchis stupide.
L'histoire me revenait petit à petit en mémoire : La princesse Lorêne avait été enlevée par un prince Vassagonien qui désirait l'épouser. A l'époque, personne n'avait réalisé que le prince en question n'était autre que le tout jeune empereur de Vassagonie. Et effectivement, un grand nombre d'aventuriers de l'époque avait mystérieusement disparu en tentant de retrouver la jeune fille. Puis, quand l'identité du ravisseur avait été connue, de nombreux nobles, en quête de notoriété et de prestige, avaient fait pression sur les souverains de Durenor et de Sommerlund pour qu'ils déclarent la guerre à la Vassagonie… Quelques années après, les deux camps cessèrent les hostilités, d'un commun accord. Entre-temps, les raisons du conflit avaient été complètement oubliées…
- Vous avez épousé Rimoah, afin qu'il négocie la paix avec les Souverains du Nord ?
- Oui. Trop de personnes étaient mortes à cause de moi. Et beaucoup d'autres auraient encore péri dans les deux camps, si je n'étais pas intervenue, en personne, auprès des belligérants. J'ai écrit aux Rois, Ulnar et Alin, les suppliant de cesser leur agression envers la Vassagonie, puis je suis allée voir Rimoah, et lui ai promis ma main en échange de la paix avec le Nord…
- Pardonnez mon insolence, Votre Majesté, Dis-je. Mais pourquoi tant de remue-ménage autour de vous ? Votre enlèvement était-il un prétexte ?
La Reine me regarda de travers, et je sentis le poids du regard de mes compagnons… Visiblement, je venais d'en dire une grosse…
- Quel âge avez-vous ? Vingt ans ?
- Un… Un peu plus… Bégayai-je.
- Alors, vous ne pouvez pas savoir…
Oeil de Loup m'agrippa par la manche et me grogna à l'oreille :
- La famille D'Hammarald ! Cela ne te dit rien ?
- Je … heu ! Les Rois de Durenor ? … L'Empereur Charles, peut-être
- Oui… Peut-être !
- Par mon père, r épondit la Reine, j e descends directement de l'Empereur Charles. [strike]par mon père[/strike]. Et ma grand-mère, elle, descendait du Mahjan… Cela fait assez de raisons pour justifier une guerre…
En effet, si ce que je venais d'entendre s'avérait exact, la Reine Qira pouvait prétendre au trône de tous les États qui étaient nés de la dislocation du vaste Empire édifié par l'Empereur Charles, mais aussi à celui de tous les États que le Mahjan avait soumis, longtemps avant le règne de l'Empereur Charles…
- Maintenant que vous savez qui je suis. Dit la Reine. Parlons un peu de vous… Expliquez-moi ce que vous faisiez dans le Vazûl-dia. Vous l'ignoriez peut être, mais l'accès au sérail est interdit à tous les hommes, sous peine de mort…
- Mourir de ça ou d'autre chose… Dit Loup Solitaire. Je préfère mourir en combattant, l'arme à la main, plutôt qu'en pourrissant lentement, comme je suis en train de le faire…
- Je ne comprends pas… Dit la Reine.
Je retraçai alors, en quelques mots, les grandes lignes de notre aventure, comment nous nous étions échappés des prisons, comment Loup Solitaire avait été blessé et avait contracté la maladie qui le rongeait lentement. La Reine écouta mon récit attentivement et dit :
- Il vous faut donc accéder à l'Herboristerie Impériale… Vous avez votre chance. Une partie de la garnison est en train de fouiller Barrakeesh, maison par maison. J'ignore ce que vous avez fait à ce petit crétin de Kimah, mais il tient absolument à vous avoir…
- Nous ignorons également les raisons de cet acharnement. Dis-je. Mais il ne recule devant rien, et fait taire tout ceux qui ont eu le malheur de nous croiser…
En moins d'une fraction de seconde, je revis les têtes des membres d'équipage de la Suraya, plantées sur des piques au milieu du Saddi-tas-Ouda…
- Et quel est le rôle de ce jeune imbécile qui vous accompagne ?
- Qacim ? Je l'ai tiré des griffes du bourreau. Il venait d'être capturé par la garde…
- Je sais. Il sortait d'ici !
- Ah ! Vous le savez ?
- Nous lui avons laissé prendre quelques bijoux, à condition qu'il ne remette plus les pieds ici… Et il s'est fait prendre ! Quel idiot !
- Il m'a raconté une version différente…
- Cela ne m'étonne pas ! Et que fait-il avec vous ?
- C'est notre guide !
- Quelle confiance !
- Il y a en lui plus qu'il n'y paraît, d it Oeil de Loup. Ce garçon est courageux et loyal !
- Mais c'est un voleur…
- Si je n'avais pas été recueilli par les Moines Kaï. Dit Loup Solitaire. Je serais devenu comme lui, et peut-être même pire…
- Et s'il a transgressé votre interdiction, dis-je. C'est à cause de nous. Il nous fallait quelqu'un qui puisse nous guider dans le Palais. En échange, nous lui avons promis que nous délivrerions ses parents adoptifs…
- Que leur est-il arrivé ?
- Votre police les a emmenés. Ils avaient eu la générosité de nous abriter lors de notre fuite…
- Vous… Allez le faire ? Délivrer ces gens ?
- Si cela est possible, alors oui. Dit Oeil de Loup.
La Reine se cala dans l'épaisseur de son fauteuil, les sourcils froncés. Pendant un long moment elle garda le silence, plongée dans ses pensées. Puis elle se redressa et dit :
- Très bien, je vais vous aider. Je vais intercéder en leur faveur auprès du maître des prisons, et obtenir leur libération…
Oeil de Loup resta un instant silencieux, et répondit :
- Voila qui est très noble de votre part, votre Majesté. Mais ne craigniez-vous point la réaction du Zakhan ? Il sera furieux !
- Le Zakhan n'a rien à me dire ! Trancha brusquement la Reine. Il ignore peut-être encore qui je suis ! Je n'ai pas d'ordre à recevoir de sa part ! Je suis légitime, et pas lui !
- Que voulez-vous dire ? Demanda Oeil de Loup.
- Ce n'est pas lui l'héritier légitime de Rimoah ! Avant son décès suspect, Rimoah avait enfin accepté de désigner un successeur pour le remplacer sur le trône !
- Qui était-ce ? Demandai-je.
- Cet imbécile de Mûddalah ! Il ne comprenait <= on comprend plus loin qu'il est décedé rien à la politique, rien à l'économie, rien à rien. Mais c'était <=idem un vague descendant du Mahjan, et cela a suffi à le légitimer !
- Était-il plus légitime que Kimah ? Demanda Oeil de Loup.
- Bien plus ! Kimah n'est même pas un Mahjaânnite !
- Mais alors… Comment se retrouve-t-il sur le trône ?
La Reine laissa échapper un rire amer.
- Vous êtes bien naïfs ! Le trône, il l'a pris ! Rimoah est mort deux jours avant de présenter son successeur au Collège Mahjanni. Et Mûddalah est mort le lendemain, crise cardiaque…
- Coïncidence… Dit Oeil de Loup sans trop y croire.
La Reine secoua la tête et dit :
- Pas à trente ans ! Et Mûddalah était un homme solide ! On l'a assassiné ! Comme mon mari ! Rimoah était très vieux, mais pas à l'article de la mort. On a précipité les choses !
- Vous pourriez gouverner le pays à sa place ? Demandai-je.
- Techniquement, oui. Je suis plus proche du Mahjan que bien des rejetons de la Haute Noblesse. En ne tenant compte que de la lignée, le Collège Mahjanni devrait me donner le pouvoir. Mais je suis vieille, et je suis une femme…
- Et la Reine Kleios !? S'exclama Oeil de Loup.
- La Reine Kleios avait dix-huit ans lorsqu'elle est montée sur le trône Et c'était la fille de la première femme du Mahjan !
- Oui… Je comprends… Dis-je. (En fait, je ne comprenais rien à ces règles et coutumes mais je faisais semblant, histoire de ne pas passer pour un imbécile.). <=parenthèses inutiles
- En fait reprit la Reine, il aurait fallu que Rimoah tienne encore dix ans, ou que le Collège accepte l'idée d'une régence… Et mon fils aurait alors pris le pouvoir qui lui revenait… Au lieu de cela… Elle soupira et reprit :
- Le Collège a été manipulé! Comment ? Je l'ignore! ... Mais certainement par Kimah…
- Excusez-moi, Votre Majesté, d it Oeil de Loup, m ais de quel fils parlez-vous ? Rimoah n'a pas eu de descendants mâles.<= ou: déscendance mâle Tout le monde le savait, même chez nous !
- Il était même connu dans toutes les Fins de Terres pour être le souverain qui avait le plus d'épouses et le moins d'enfants ! Renchérit Loup Solitaire.
La Reine le foudroya d'un regard méprisant avant de répondre, d'un ton tranchant :
- Je sais parfaitement ce que je dis ! Et je suis la seule épouse de Rimoah ! Je suis la Zaanî, l'épouse principale, la légitime. L'Impératrice, si vous préférez ! Les autres ne sont pas des épouses légitimes, elles n'ont aucun droit sur la Couronne.
Elle fit une pause, sembla se calmer et reprit, plus lentement : <= posément
- De toute façon, Rimoah les a à peine touchées
- Mais… Reprit Loup Solitaire. Avez-vous eu des enfants de Rimoah ? Des enfants mâles, j'entends…
- Quatorze, Dit-elle lentement. Neuf garçons et cinq filles.
- Que sont-ils devenus ? Demanda doucement Oeil de Loup.
- Morts. Tous ! Les filles, Rimoah me les a enlevées, et les a tuées… Les trois aînées, sont dans le Horm-tar-Lallaim, aux côtés de Kebilla et Sousse… Puis vinrent les deux garçons, que j'ai étouffés de mes mains aussitôt qu'ils eurent poussé leur premier cri… Puis il y a eu deux fausses couches, un garçon et une fille. Et puis il y eut Shoussilla, la seule qui vécut jusqu'à l'âge d'un an, après, la maladie l'emporta… Ensuite, je cachai deux grossesses, et noyai les enfants, des mâles. Par la suite, j'eus recours à des tisanes infernales pour éviter de garder les enfants<=répétition:bébés… Il y en eut encore trois… Et puis ce fut le Quatorzième…
Elle s'arrêta. En quelques instants elle s'était recroquevillée comme un fruit séché, son regard lançait d'étranges reflets, entre la folie et la haine…
Nous autres, nous n'osions pas bouger. Un manteau de glace me recouvrait entièrement, et je sentais une boule qui se nouait au fond de mon estomac…
La Reine reprit :
- Le Quatorzième… C'était il y a dix ans… J'avais cinquante-sept ans… Je me croyais à l'abri de toute grossesse, je me trompais… Quand je me suis retrouvée enceinte, j'ai vu là un signe de la volonté du Mahjan… Alors, j'ai tout fait pour garder le secret de mon état. J'ai chassé Rimoah de ma couche, je ne voulais pas qu'il sache. Car le Quatorzième, je voulais qu'il vive, coûte que coûte. Qu'il soit Garçon ou Fille, il fallait qu'il survive. Et quand enfin j'ai accouché, j'ai confié l'enfant à une servante, ma meilleure amie, pour qu'elle l'élève comme un enfant, et non pas comme un prince… Car je savais que si Rimoah apprenait l'existence de cet héritier, il me l'enlèverait, et l'élèverait pour en faire son successeur, et ça, je ne le voulais pas… Je ne voulais pas d'un autre tyran sanguinaire à la tête de la Vassagonie ! Durant une grande partie de son règne, Rimoah n'a fait que combattre !
Il a semé la mort et la destruction chez ses voisins et aussi chez nous ! J'ai vu des centaines de jeunes gens aller à la mort. J'ai reçu les plaintes et les cris des mères et des veuves. Moi, qui ait tué mes enfants pour éviter qu'ils ne deviennent comme leur père et qu'ils sèment à leur tour la mort parmi le peuple de Vassagonie J'ai fait enlever le Quatorzième et je l'ai fait élever par le peuple, - pour le peuple - !
Au fur et à mesure de son discours, la Reine s'était redressée, ses yeux jetaient des éclairs et des larmes coulaient le long de ses joues. Je me demandais si elle avait toute sa raison… Elle se tourna vers nous et dit simplement :
- Et vous allez m'aider à réaliser mon dessein !
Nous échangeâmes des regards confus. Loup Solitaire était embarrassé, et Oeil de Loup songeur… Loup Solitaire demanda :
- Et se trouve le Quatorzième, aujourd'hui ?
La Reine le regarda et dit simplement :
- Mais… Vous êtes venus avec lui !
Silence. <=Un silence interloqué s'installa
- Qacim ? M'exclamai-je, rompant la trêve. C'est Qacim le prince héritier !?
- C'est lui ! Répondit la Reine d'un ton ferme : Qacim-ab-ija mahj Nifa-nefel !
Loup Solitaire et Oeil de Loup parurent avaler la nouvelle. Puis Loup Solitaire demanda :
- Qu'attendez-vous de nous, exactement ?
- Je veux que vous emmeniez Qacim avec vous. Qu'il quitte la Vassagonie ! Je crains que Kimah ne soit au courant de l'existence d'un héritier caché de Rimoah, et qu'il ne tente de le retrouver et de l'éliminer ! Je veux que vous mettiez Qacim à l'abri de ces <=ses,serait plus approprié recherches ! Emmenez-le ! [strike]S'il le faut[/strike],<=elle demande de l'emmener, ce n'est donc pas une alternative qu'il parte avec vous au Sommerlund ! Par contre ici ils ont le choix et un dernier recours=>S'il le faut faites en un moine Kaï ! Mais ne lui révélez sa véritable identité qu'une fois qu'il sera adulte …<= risque de confusion de l'objet du sujet
Loup Solitaire se frotta la nuque et dit :
- Je voudrais parler avec mes compagnons. Me le permettez-vous ?
La Reine hocha la tête et Loup Solitaire nous attira dans un coin.
- Qu'est-ce que vous en pensez, les copains ?
Il avait parlé à voix basse, utilisant l'abominable patois Hautois de nos paysans.
- Et toi ? Lui demandai-je.
- Ben… C'est un peu gros, non ?
- Quoi donc ? Qacim, prince héritier ?
- Oui, entre autres. Et puis toutes ces morts ! Tous ces enfants tués par leur propre mère !
- Cela paraît incroyable, mais je suis prêt à parier qu'elle dit la vérité !
- Oui, dit Oeil de Loup, moi aussi. Mais il n'empêche que c'est des salades tout ça !
- Hein ?! Je me tournai vers Oeil de Loup.
Je le savais insensible, mais pas à ce point !
- C'est des salades ! Cela ne nous concerne pas !
- Quand même … Répondit Loup Solitaire. Tu imagine la tête que fera le Roi quand on lui présentera Qacim : " Sire, je vous présente Qacim, héritier légitime du trône de Vassagonie, en exil au monastère Kaï !"
- On aura pas fini de l'entendre : " Je vous envoie signer la paix, vous me ramenez la guerre !!" Félicitations !
- Pour la paix, c'est déjà fichu ! Dit Œil de Loup. Ensuite, héritier du trône, il faudrait déjà que Qacim le soit vraiment ! Et ensuite, il n'est pas nécessaire d'aller le crier sur tous les toits de ce pays ! Mais quant bien même serait-il l'héritier légitime, avec tout ce que cela implique, qui nous dit qu'il serait d'accord pour venir s'exiler au Sommerlund ?
- Alors ? Quelle est ta proposition ? Demanda <=répétition:s'enquit Loup Solitaire.
- Nous n'avons pas le temps de tirer toute cette histoire au clair ! Acceptons la proposition de la Reine, et filons d'ici en vitesse ! On triera après ! Pour le moment, il nous faut te soigner ! Le reste, c'est des salades <=répétition: du superflu! Si la Reine peut faire quelque chose pour les parents de Qacim, alors tant mieux ! Ce sera des ennuis en moins pour nous !
- Je trouve ton attitude parfaitement cynique et égoïste. Dis-je. <=répétition: ajoutai-je
- C'est vrai ! Coupa Loup Solitaire. Mais il a raison ! Acceptons ! On triera après !
Puis il revint vers la Reine et lui dit :
- Nous avons discuté entre nous, votre Majesté. Votre cause est juste ! Vous pouvez compter sur nous ! Néanmoins, il faudra nous aider, nous aussi !
- Très bien. Dit la reine. Je savais que je pouvais avoir confiance en vous ! Votre réputation n'est pas surfaite, Seigneur Loup Solitaire.
Puis elle fit signe à une de ses servantes en disant :
- Va chercher le livre !
La jeune femme s'inclina, sortit de la pièce et revint, quelques instants plus tard, avec un plateau en argent sur lequel était posé un petit livre.
Sur un geste de la Reine, la servante se dirigea vers Loup Solitaire, s'inclina et lui présenta le plateau. Loup Solitaire s'empara du livre et demanda :
- Qu'est-ce ...?
- Un livre d'heures. J'y raconte toute l'histoire de ma vie, et de ma famille, dans les moindres détails… Avec ce livre, Qacim apprendra qui il est !
Loup Solitaire me tendit l'ouvrage : Un petit volume, pas très épais, long d'une quinzaine de centimètres, et large de dix. La couverture était en cuir épais et enveloppait l'ouvrage sur trois tranches. Il n'y avait aucun ornement, aucune inscription, à part trois sceaux de cire sur les tranches et un symbole incompréhensible dessiné sur la première de couverture.
La reine avait surpris mon examen détaillé de l'ouvrage et me dit :
- Ce livre est aussi une preuve de la légitimité de Qacim : Il est scellé, et ne s'ouvrira que pour l'héritier légitime et pour lui seul !
Je passai le doigt sur les sceaux de cire et sur la calligraphie de la couverture. La sensation était faible, mais il n'y avait aucun doute : de la magie fermait cet ouvrage.
- Je vais vous faire conduire hors [strike]du[/strike] d'ici. Dit la Reine. Malheureusement, je ne pourrais pas vous protéger lorsque vous serez au dehors, alors soyez prudents !
- Vous ne voulez pas revoir votre…? Qacim ?
- Non. Il est trop tard maintenant. Et tout est écrit dans ce livre. Pour le moment, profitez que les couloirs du palais soient vides et sauvez-vous, et sauvez Qacim. Adieu !
Sur un geste de la Reine, les deux servantes nous escortèrent jusque dans le Vizu-Dial nous retrouvâmes Qacim.
Assis sur une pile de coussins, il grignotait quelques biscuits tout en parlant avec quelques-unes [strike]unes[/strike] des femmes assises autour de lui. Dés qu'il nous aperçut, il se tourna vers nous et demanda : <= interrogea
- Alors ? Qu'est-ce qu'elle a dit ?
- On peut partir ! Dit Oeil de Loup. Elle va s'occuper du cas de Ajim et Inna.
- Ah ? Euh !… ?
Nous devions faire une drôle de tête, car Qacim nous regarda bizarrement. Heureusement, il s'abstint de nous poser des questions. <= de tout commentaire
[strike]Puis[/strike] L'une des femmes palabra quelques secondes avec un des eunuques, puis elle se tourna vers nous et nous dit :
- Châr va vous accompagner jusque au dehors. Puis elle se glissa près de nous et rajouta, à voix basse, [strike]et[/strike] en regardant Qacim :
- Prenez soin de lui. Avant de s'en retourner vers les appartements de la Reine.
Châr était un solide gaillard joufflu. Il avait le crâne rasé et tatoué et portait un anneau dans chaque oreille. Il nous jeta un regard mauvais avant de nous faire signe de le suivre.
En chemin, nous croisâmes à nouveau la jeune femme à la peau noire. Elle nous attendait, car elle fit signe à Châr de s'arrêter. Elle nous dévisagea quelques instants, puis elle se campa devant moi, et me toisa
Son attitude méprisante me mit mal à l'aise. Mais je me forçai à soutenir son regard.
Nous nous regardâmes en chiens <= comme deux chiens de.. de faïence pendant quelques instants, puis elle baissa les yeux, décrocha son collier, et tendant les bras, le passa à mon cou.
En même temps, elle se pencha vers moi, et murmura quelques mots à mon oreille gauche, puis à ma droite. <= cette phrase est tout aussi bonne à l'imparfait, à condition que tous les verbes soient au même temps de conjugaison dans la phrase
Lorsque elle se redressa, elle laissa courir sa main sur ma joue droite… avant d'y planter ses ongles et de me labourer la moitié du visage, très calmement.
Ça fit très mal, mais je me forçai à rester de marbre. Je ne voulait pas lui laisser<=donner ce plaisir…
Finalement, elle ôta sa main de ma joue. Si elle fut impressionnée par ma résistance à la douleur, elle n'en montra rien, et tourna les talons avant de s'éloigner d'une démarche féline.
Dés qu'elle eut disparu, Loup Solitaire demanda :
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
- Je ne sais pas, je ne parle pas cette langue…

Beau texte, comme toujours.
Tu maîtrise mieux le passé simple mais tu as encore des difficultés à séparer les temps relatifs à la narration de ceux relatifs à la déclamation (séparation entre texte et phrases)
Mais cela s'améliore :wink:

PS: Fais donc réparer la touche des traits d'union, elle doit être défectueuse :mrgreen:

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Famille veut dire que personne ne doit être abandonné


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