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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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 Sujet du message: Les trois élus
MessagePosté: Jeu Oct 07, 2004 12:20 am 
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Le Rusé

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Acte 1


Persan, petite ville située en bordure de la région parisienne. Il est vingt heures. Il fait déjà nuit. Il pleut. Le bus est en retard, comme d’habitude. Vincent, seize ans, attend sous l’abribus depuis plus d’une demi-heure ce bus qui l’emmènera chez lui, à un repos bien mérité après une journée de travail, et qui ne semble pas décidé à venir. Il en a marre.
Vincent a quitté les études dès ses seize ans. Ce n’est pourtant pas ses résultats scolaires qui sont en cause - il était plutôt bon élève - mais le fait est qu’il avait une sorte de phobie des cours. Ses parents furent très surpris lorsqu’il leur annonça son souhait de quitter l’école. D’abord réticents, ils finirent par accepter à la condition que leur fils trouve un emploi. Ils lui donnèrent un an. Après quoi, s’il n’avait toujours pas trouvé de travail d’ici là, il retournerait au lycée.
C’était en juin dernier. Nous sommes en novembre à présent, et depuis deux mois Vincent travaille dans une usine de montage de produits électroménagers située à plus d’une heure de transport de chez lui. Il n’aime guère son travail, mais c’est toujours mieux que de devoir retourner au «bahut ».
Le bus arrive finalement avec plus de quarante-cinq minutes de retard. Vincent monte à l’intérieur. Le conducteur, visiblement pressé de finir sa journée de travail également, ne prête qu’une attention toute relative à la carte orange que Vincent lui présente. Peu importe, Vincent s’en moque éperdument. Il veut rentrer chez lui le plus vite possible. Il s’assied à une place près de la fenêtre, vers le fond du bus. Celui-ci se décide enfin à partir. Vincent soupire, bientôt, il pourra prendre une douche. Et mettre ses vêtements au feu. C’est une image bien sûr. C’est une résolution qu’il n’a jamais eu le cran de mettre en œuvre, mais l’idée est séduisante.
Premier arrêt. Plusieurs personnes descendent. Un homme vêtu d’un imper sombre monte. Vincent ne lui accorde aucune attention sur l’instant. L’homme s’assied à une place près du chauffeur. Le bus redémarre.
Peu de temps après, l’homme se lève. Il se dirige vers l’arrière du bus, vers Vincent. Leurs deux regards se croisent. Vincent a une étrange sensation, une impression de déjà-vu. Une angoisse s’empare de lui. Il a peur. Il a le sentiment d’être dans un rêve, il lui semble que son corps flotte quelques mètres plus haut, qu’il observe la scène de l’extérieur, sans y être impliqué. L’homme se rapproche de Vincent, comme au ralenti. Il ouvre son imper, dévoilant un fusil. Vincent n’a que le temps de se jeter à terre lorsque la détonation retentit. La balle fait voler en éclat la vitre près de laquelle se tenait Vincent. La panique choisit cet instant pour s’emparer des autres passagers. La plupart se jettent sous leur siège, un imbécile se précipite sur l’homme en imper. C’est maintenant un imbécile mort. Le coup de fusil crée un trou béant dans sa poitrine. L’homme en imper se débarrasse de son fusil et sort un pistolet mitrailleur. Vincent rampe vers la sortie la plus proche. L’homme continue d’avancer dans sa direction. Une femme se retrouve malencontreusement sur son chemin. Vincent tourne le dos à la scène, mais il comprend que la femme est morte sous une rafale calibre 48. Les vitres explosent. Une balle vient se loger dans l’épaule du conducteur. Il perd le contrôle de son véhicule. Vincent est à côté de la sortie à présent. L’homme tire dans sa direction au moment où le bus roule sur le bas-côté et heurte le rail de sécurité. La rafale passe prés de Vincent, tranchant net le pied d’un autre passager. Devant Vincent, la porte explose littéralement. Il n’hésite pas une seconde et se jette hors du bus.
Vincent effectue un roulé-boulé sur le bitume. Derrière lui, le bus continue sa course le long du rail de sécurité dans un long crissement qui ressemble à s'y méprendre à une voix plaintive. Le bus arrive à la fin du rail de sécurité et plonge soudainement dans le fossé qui borde la route. Vincent se relève péniblement. Il est immédiatement rejeté à terre par le souffle de l’explosion du bus. Il regarde dans la direction du bus et ce qu’il voit le glace de terreur. Une porte du bus s’ouvre, une main qui ne porte aucune trace de brûlure apparaît. L’homme en imper, apparemment indemne se hisse hors du brasier. Les flammes l’entourent, tel une enveloppe démoniaque. Pris de panique, Vincent se relève et cours. Il n’a qu’une vague idée de l’endroit où il se trouve et choisit d’instinct la direction opposée au «monstre ». Il vaut mieux être perdu que mort…

Marie est assise devant son poste de télévision. Elle attend son fils. Elle sait que son bus est toujours en retard, elle ne peut s’empêcher d’angoisser. Elle n’est rassurée que quand elle entend la porte d’entrée s’ouvrir. Elle se sent seule. André, son mari, est encore parti une quinzaine, à Lyon cette fois-ci. Il est cadre commercial dans une petite entreprise de confection. Marie à l’habitude de ces départs répétés, mais depuis que Vincent travaille, elle trouve le temps long. Elle ne sait pas comment occuper ses journées. Elle ne connaît pas beaucoup de monde dans le quartier, son mari et elle ne sont dans la région que depuis moins d’un an. Avant, ils habitaient un appartement à Paris, du côté des Halles. Elle regrette son ancien logement. Il était situé dans un quartier vivant, au moins. Ici, c’est si vide. Le premier magasin est à trois kilomètres, et c’est une grande surface. Pas de petites boutiques sympathiques où il est plaisant de chiner. Pourtant, elle n’était pas opposée à l’idée du départ. C’était même elle qui, la première, avait exprimé le désir d’avoir une maison. Ils l’avaient cherchée pendant deux ans, écumant les petites annonces, avant de trouver la perle rare. Elle se rappelle encore le sentiment de fierté qu’elle avait en écrivant son nom sur la boîte aux lettres. C’était «sa » maison.
Cela semble si loin à présent. Marie jette un coup d’œil inquiet à la pendule accrochée au-dessus du poste de télévision. « Déjà neuf heures ! Mais que fait-il ? »
Le claquement de la porte la rassure. Un peu. Elle a entendu Vincent monter l’escalier, un peu trop vite à son avis. Elle décide de monter. Bizarre, il n’est pas dans la salle de bain. Elle s’approche de la porte de chambre de son fils.
« Vincent ? » Dit-elle d’une voix mal assurée, «tu es là ? » Il n’y a aucun rai de lumière sous la porte.
Elle n’obtient aucune réponse.
« Vincent, quelque chose ne va pas ? » Toujours pas de réponse. L’angoisse de Marie la regagne de plus belle. N’y tenant plus, elle décide d’entrer, mais la porte est verrouillée de l’intérieur. « Vincent, hurle-t-elle, réponds-moi ! » La porte reste muette. Marie attend plusieurs minutes. Elle ne sait plus quoi faire, ni quoi dire. Finalement, de guerre lasse, elle se dirige vers sa chambre. Peut-être qu’ils parleront de ce qui s’est passé demain matin. Elle se prépare à une nuit agitée.

Vincent est fiévreux. Il avait couru sans s’arrêter ni regarder derrière lui depuis l’explosion du bus. Il se rappelle la chaleur dégagée par la carcasse déchiquetée de l’engin. Et l’odeur ! Mon dieu, il n’avait jamais senti odeur si nauséeuse. Il se rappelle aussi de l’effroi qui s’était emparé de lui lorsqu’il a vu l’homme sortir du bus en flamme. La panique s’empare de nouveau de lui. «Et s’il l’avait suivi ? Que lui voulait-il ? Que lui ferait-il ? » Ses pensées se bousculent dans sa tête. Soudain, l’une d’entre elles s’imprime devant ses yeux, plus terrifiante encore que les autres. «Que ferait-il à sa mère ? » Il la mettait en danger en restant ici. Il faut qu’il s’en aille au plus vite. Il hésite cependant. Doit-il emmener sa mère avec lui ou la laisser seule ? Si l’homme n’en veut qu’à lui (il en est maintenant pratiquement persuadé), il la mettrait inutilement en danger en la gardant près de lui, et il se verrait mal lui expliquant qu’un psychopathe insensible aux flammes veut le tuer. Il ne peut pourtant pas se résoudre à laisser sa mère seule. Vincent est maintenant plongé dans la plus grande des confusions.
Il commence à trouver sa position allongée plus qu’inconfortable. Il se redresse sur lui-même. C’est à cet instant qu’il voit une silhouette dans le coin de sa chambre. L’effroi s’empare de Vincent mais il ne bouge pas. Quelque force invisible le pousse, lui ordonne même, de rester immobile. Il reste muet.
« Ton esprit est confus. Tu as besoin d’aide. » Dit la silhouette. Dire n’est pas le mot qui convient. A vrai dire, les mots atteignent son cerveau sans que l’usage de la parole ne soit nécessaire.
Vincent veut formuler une réponse, mais une autre voix l’interrompt. « Est-il prêt ? » Dit (pense) la voix. Elle a un accent d’outre-tombe. Vincent ne distingue aucune autre présence. « Il n’est plus question de cela. Il est trop tard. Il a commencé son travail. » Répond la silhouette. « Je vois. Nous sommes encore arrivés en retard. » Il y a une note de déception dans cette voix. « A ce qu’il semble. » Réplique la silhouette sur un ton sentencieux. « Oh. » La voix se tait.
« Vincent » La silhouette s’adresse de nouveau à lui. Vincent la distingue mieux à présent, ses yeux se sont habitués à l’obscurité. C’est un homme d’une trentaine d’année environ, habillé en costume trois pièces, gilet-veston, sans cravate. Le premier bouton de son col est défait, il semble très décontracté. « Vincent, viens avec moi. »
« Co… Comment ? » Vincent ne trouve pas de réponse plus adéquate.
« Tu as besoin d’aide. Moi seul peut t’en apporter. Il est à tes trousses. » Lui dit-il mentalement. Il avait une voix apaisante.
« Qui est à mes trousses ? » Demande Vincent.
« Le temps des réponses est pour plus tard. Il sait que tu es là. Il ne va pas tarder à arriver et tu n’es pas encore prêt. Viens. » Répète l’homme au veston. « Tu n’as pas le choix. »
Vincent ne sait plus quoi penser. En réalité, il s’efforce même de ne plus penser. Il sait, au fond de lui, que l’homme dit vrai.
« D’accord. »

Corrigé, merci Vae-Primat ^^


Dernière édition par Loki le Lun Oct 11, 2004 5:25 am, édité 1 fois.

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MessagePosté: Ven Oct 08, 2004 7:07 pm 
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Le Rusé

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Acte 2


Thomas entrouvre les yeux. La lumière du jour l’a réveillé. Hagard, il promène son regard alentour. Ce dernier se pose machinalement sur le réveil. Les yeux de Thomas s’écarquillent d’un seul coup.
« Merde, neuf heures et demie ! » Thomas s’empresse de se lever et enfile vite fait le premier pantalon qui traîne. Il s’agite. « Je suis à la bourre, la bourre, la bourre ! » Il ouvre l’armoire et se met à fouiller fiévreusement. Les vêtements volent à travers la chambre. Il déniche enfin un pull propre. Les chaussettes sont trouvées dans une pile près du pied de son lit. Il sort précipitamment de sa chambre et dévale l’escalier.
« La bourre, la bourre, la bourre ! »
Thomas finit de s’habiller dans l’entrée. Blouson, chaussure, bonnet, gant. Tout y est. Il se rue au garage. Là, se trouve son sauveur : Un vieux vélo, rouillé. Thomas l’a eu pour ses quinze ans. Il ne s’en est quasiment jamais servi. Il a maintenant dix-sept ans et la bicyclette est restée dans le garage, à la même place, depuis deux ans.
« Mon vieux, ça n’a pas toujours été l’amour fou entre nous deux, mais aujourd’hui, j’ai besoin de ton aide. Me lâche pas ! » Dit Thomas en enfourchant l’engin.
Le vieux vélo tient bon. Les pédales grincent un peu mais sinon tout va pour le mieux. Thomas s’élance dans la rue.
« La bourre, la bourre, la bourre ! »

Monsieur Grani est considéré à l’unanimité des élèves du lycée Gustave Eiffel d’Auvers sur Oise comme «le pire professeur du bahut ». Peut-être est-ce dû à son don pour rabaisser les élèves sur le plan intellectuel. Ou bien parce qu’il détient le sinistre record du nombre d’heures de colle distribuées dans tout le lycée. Peut-être les deux. Pourtant monsieur Grani est considéré par ses pairs comme un professeur de mathématique réputé et particulièrement compétent. Toutes ces considérations ne troublent guère le principal intéressé. Monsieur Grani aime son travail. Simplement, il n’aime pas ses élèves, et le leur fait savoir.
Le travail de professeur a ses bons moments, parfois. Ce matin par exemple : L’élève Thomas Palaiseau est arrivé avec, tenez-vous bien, une heure et demie de retard. Ce fut un moment d’intense jouissance pour le professeur Grani.
« Joli record, Palaiseau. Dix heures et trente minutes. » Dit-il, le sourire aux lèvres. Un sourire que Thomas trouvait particulièrement exaspérant. Pleines dents. « Rassurez-moi, vous êtes bien passé à l’heure d’hiver ? » Les blagues du professeur ne font rire que lui.
« C’est à dire que… » Balbutie Thomas. Grani ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase. « Ce n’est pas grave. J’aime votre compagnie, Palaiseau. Disons samedi, de huit heures à dix heures du matin. Qu’en dîtes-vous ? » Il ne lui laisse pas le temps de répondre. « Ah ! J’allais oublier. Le directeur désire vous voir. Vous êtes donc prié de vous rendre expressément dans son bureau. » Puis, d’un ton sec. « Déguerpissez, Palaiseau ! »
Thomas ne demande pas mieux. Il se dirige vers le bureau du directeur.
« Qu’est-ce qu’il me veut encore, l’autre abruti ? » Marmonne-t-il. « J’ai pas séché, ce mois-ci, alors quoi ? »
Il arrive enfin devant la porte du bureau, quand la sonnerie de la fin des cours retentit. Le couloir se remplit d’élèves. Parmi les élèves, une présence attire le regard de Thomas. Un colosse, deux mètres au moins, domine la foule des lycéens. Il est à l’autre bout du couloir, mais Thomas peut voir son visage dépasser de la masse. Un étrange sentiment s’empare de Thomas, une vague appréhension. Personne ne semble prêter attention au colosse.
Thomas chasse ses doutes inopportuns et s’apprête à pénétrer dans le bureau du directeur quand un coup de feu éclate. Dès lors, la fraction de seconde suivante restera à jamais gravée dans sa mémoire comme étant la plus longue de toute la vie du garçon.
Thomas tourne la tête vers le géant. Ce dernier a le bras tendu dans sa direction. Il tient un pistolet, enrobé d’un léger nuage de fumée. Un minuscule point se rapproche de lui, très, très lentement. Les lycéens se retournent avec lenteur vers le colosse. Le minuscule point passe tout près de leur visage sans ralentir sa course. Thomas est le seul à pouvoir le voir. Un visage obstrue soudain son champ de vision. Puis tout est rouge.
Thomas ne met pas longtemps à comprendre ce qui s’est passé. Un autre élève a reçu la balle qui lui était destinée. Il est maintenant recouvert de son sang. L’élève qui lui a involontairement sauvé la vie a payé de la sienne.
Le colosse avance en direction de Thomas, se frayant un chemin dans la foule lycéenne, à présent devenue comme folle. Thomas peut voir que le colosse porte un imperméable noir. Détail beaucoup plus inquiétant, il a échangé son pistolet contre un fusil d’assaut. Thomas se rue dans le couloir, cherchant une issue, mais celles-ci sont toutes bloquées par des dizaines de lycéens, agglutinés aux sorties de secours. Des détonations retentissent, suivies de cris de douleur. Plusieurs élèves tombent. Thomas manque de trébucher sur l’un d’eux.
Au bout du couloir, une fenêtre. Unique issue qui a le désavantage de donner sur la cour, trois bons mètres en contrebas. Thomas n’a plus rien à perdre. Il prend une impulsion et bondit, la tête rentrée dans les épaules, calée entre ses mains. La vitre explose sous le choc. L’instant d’après, Thomas atterrit durement sur un parterre de fleurs. Il se relève péniblement. Chacun des muscles de son corps lui fait souffrir le martyr, mais la peur est la plus forte. Il court le plus vite qu'il peut, sans regarder derrière lui.

A bout de souffle, Thomas s’arrête enfin, dans une petite ruelle. Le lycée est à plus de deux kilomètres. Il pense être hors de danger. Pour le moment.
Ses vêtements sont dans un triste état. Ils sont couverts de boue et déchirés par endroits. Il a perdu une de ses baskets dans sa course et ne s’en aperçois qu’à présent. Il a des ecchymoses un peu partout, aux bras surtout. Ses mains saignent, un tesson de verre est resté planté dans la droite. Il a mal à la tête.
« Il est temps de réfléchir » Pense Thomas.
« En effet. »
La stupeur de Thomas le fait sursauter. En face de lui, un homme en costume trois-pièces vient d’apparaître. Littéralement. L’instant d’avant il n’y avait personne, et l’instant d’après… Il était là. Le garçon en reste bouche bée.
« Tu as besoin d’aide. » Dit l’homme d’une voix étrangement calme. « Je peux t’aider. »
Thomas retrouve enfin le contrôle de lui-même. « Qui… Qui êtes-vous ? » Balbutie-t-il.
« Je peux t’aider. » Répète l’homme « Il est à ta recherche et il ne tardera pas à te retrouver. »
« Mais qui est à ma recherche ? Et pourquoi ? » Hurle Thomas avant d’éclater en sanglot. Il est à bout de nerfs. Soudain, une voix s’élève dans son esprit. Une voix étrangère. « Suis-le. Lui seul peut nous aider. »
Thomas cesse doucement de pleurer. L’homme en costume ne lui prête plus aucune attention. Il semble tout particulièrement intéressé par le mur derrière lui. Il ferme les yeux, esquisse un geste de la main. Une porte apparaît. Il l’ouvre.
« Suis-moi. » Dit-il avant d’en franchir le seuil.
Thomas le suit. Peu après, la porte disparaît comme elle est apparue.

Corrigé. Merci Vae-Primat ^^


Dernière édition par Loki le Lun Oct 11, 2004 5:22 am, édité 1 fois.

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Le Rusé

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Acte 3


« Tu l’as ? Dis, t’en as apporté ? »
Raphaël est particulièrement excité, ce soir. Assis sur le capot d’une voiture qui avait rendu l’âme depuis longtemps, celui-ci fait la distribution. La première petite gélule est pour Dan, l’impatient. Puis chacun en reçoit une. Ils sont une demi-douzaine, répartis autour de la voiture. Ils se trouvent dans un parking à étages désaffecté. La municipalité avait prévu de le détruire pour construire un hôtel à la place mais le projet est tombé à l’eau, pour d’obscures raisons. Depuis, le parking a été laissé à l’abandon, devenant le repaire privilégié de toute la racaille de la ville.
Tout le monde avale sa gélule. Ali, un grand noir d’un mètre quatre-vingt-dix, allume un joint. Il en fume un peu puis le fait passer, tandis que Rebecca sort les canettes de bière.
La gélule commence à faire son effet. C’est le moment que Raphaël préfère. Il se sent partir. Il sourit bêtement, et rit à la moindre occasion. Il est sur un petit nuage rose. Il s’ouvre une canette et boit. De la bière tombe sur sa chemise. Il rigole. Tout le monde en fait autant. Il rit encore lorsque Ali tombe à ses pieds, un énorme trou en pleine poitrine.
Soudain, Raphaël sent deux bras l’agripper. Un ami moins défoncé que lui l’aide à se relever et le traîne derrière lui. Raphaël a du mal à marcher droit, encore moins à courir. Il tombe à terre. Son ami aussi, mais sa jambe n’est plus qu’un moignon rougeâtre. Il hurle. Une détonation le fait taire.
Raphaël se retourne. Il voit une vague silhouette noire tendre le bras dans sa direction. Une autre silhouette, plus fine (peut-être Rebecca ?), lui saute dessus. La silhouette noire se débarrasse de la fine silhouette d’un revers de la main (Raphaël trouve cela comique. On dirait qu’il chasse une mouche !), puis il tend la main vers elle. Détonation. La tête de la fine silhouette n’est plus qu’une énorme tache rouge.
La nausée gagne Raphaël. Il vomit allègrement. Il se sent mieux, retrouve un peu de ses esprits. La silhouette noire est maintenant à ses côtés. C’est un homme, vêtu d’un imperméable noir. Il tient un pistolet en direction de Raphaël. Un sursaut de raison s’empare du garçon. Il bondit sur l’homme en imper, visiblement surpris. L’homme tombe en arrière. Raphaël profite de ce sursis pour se ruer vers la sortie de secours. Arrivé là, fatigué, il s’assied sur la première marche. Il ne peut s’empêcher de rire à gorge déployée. Une autre détonation le ramène aussitôt à la réalité. Un morceau du bâti de la porte tombe à ses pieds. Raphaël se relève et dévale l’escalier quatre par quatre. Il glisse à la dernière marche et se voit déjà percuter le mur de plein fouet. Au lieu de cela, il se retrouve à l’extérieur, vingt mètres au-dessus du sol. Il finit sa chute dans une benne à ordure. C’en est trop pour Raphaël, il s’évanouit.

Quand Raphaël se réveille, il est allongé, nu, dans un lit très confortable. Il est dans une chambre au style dépouillé. Les murs sont blancs, et à part le lit, il n’y a aucun meuble. Raphaël reste un moment sans bouger, il a besoin de se remettre les idées en place.
Il se rappelle la petite fête avec les copains, puis que l’on a essayé de le tuer (Mais que s’est-il passé entre les deux ?), puis sa chute de vingt mètres, puis… Plus rien.
Comment est-il arrivé jusqu’ici ? Il ne s’en souvient pas. Il décide de se lever quand la porte s’ouvre. Un homme en costume gris et deux garçons de son âge entrent. L’homme à la trentaine parle le premier.
« Tu es enfin réveillé. Tu peux te vanter de nous avoir bien fait peur ! » Il parle avec le sourire. « Mais tu vas mieux, maintenant. Tiens, je t’ai apporté des vêtements propres, les tiens étaient plutôt… en piteux état. » Il pose une pile de vêtements à côté de Raphaël.
« Mais vous êtes qui ? » réussit enfin à articuler ce dernier. L’un des enfants prend la parole.
« Je m’appelle Thomas, et lui c’est Vincent. » Thomas marque une pause. Puis il désigne l’homme au costume trois-pièces. « Quant à lui… »
« Je suis l’Historien. » Coupe-t-il.
Vincent reprend. « Nous sommes des amis. Nous pouvons t’aider. »
« M’aider à faire quoi ? » Demande Raphaël. Il est de plus en plus perturbé. Les événements s’enchaînent trop vite pour lui. Des images reviennent soudain comme une vague déferlante dans son esprit. Il voit Ali, Dan, Rebecca. Tous morts. Il voit l’homme en imperméable noir. Il se voit lui, riant devant les cadavres de ses amis. Il en a la nausée. Il se voit dévalant l’escalier de service. Toutes ces images s’assemblent comme un puzzle. Il se voit traversant un mur. Il voit la chute, la benne à ordure. Il voit un homme s’approcher de la benne. C’est l’homme en costume. L’historien. Il le voit, le sortant des ordures et l’emmenant avec lui. Il le voit. Il se voit. Il sait.
Enfin.
« Habilles-toi et suis-nous. » Dit l’historien.
Raphaël s’exécute, ne sachant pas quoi faire d’autre. Ils l’emmènent dans une autre pièce. Raphaël n’en croit pas ses yeux. Ils sont en pleine nature, dans une forêt dense de noisetiers et de châtaigniers. La porte qu’ils viennent de franchir a disparu. A la place se trouve maintenant l'énorme souche d’un arbre fraîchement coupé. L’Historien invite Raphaël à s’y asseoir.
« Non merci, je préfère rester debout. » Répond-il
« Comme tu veux, dit l’Historien. C’est toi qui décides. Comment trouves-tu la forêt ? »
« Où sommes-nous ? » Demande Raphaël.
Vincent lui apporte la réponse. « Nous sommes dans la forêt de Fontainebleau. A quelques dizaines de kilomètres de l’endroit où nous étions tout à l’heure. »
« Bon, c’est fini maintenant ! » Raphaël sent ses nerfs lâcher. « C’est quoi toutes ces conneries ? Ramenez-moi là où vous m’avez trouvé et laissez-moi tranquille ! »
« Calmes-toi. » Dit l’Historien. Son ton parfaitement calme et maîtrisé commence à irriter Raphaël. Il se voit mentalement envoyer son poing à la figure de l’homme au costume.
« Tu ne m’aides pas beaucoup. » Signale l’Historien. Raphaël comprend qu’il ne s’adresse pas à lui, sans pour autant savoir à qui ces propos sont destinés. Une voix s’élève soudain, Raphaël a la curieuse sensation qu’elle surgit de son esprit. « Excuses-moi, sage, mais il commence à m’énerver. »
« Qui… Qui a parlé ? » Bredouille Raphaël. Mais l’Historien ne lui prête aucune attention, c’est avec la voix désincarnée qu’il s’entretient.
« Le gamin est dans une phase particulièrement difficile pour lui. Ce n’est pas en lui envoyant des images de violence dans son esprit que tu arriveras à le calmer. Cesse donc d’être impatient et attend. Je te rappelle que c’est aussi pour toi que je fais cela. »
« Mais avec qui parle-t-il ? » Demande Raphaël à Thomas.
« Il parle à ton élu. » Lui répond-il.
« Tu parles d’une réponse. » Pense Raphaël, mais il juge préférable de garder cette réflexion pour lui.
« L’élu est en toi. » L’Historien s’adresse de nouveau à Raphaël. « Il entend tes pensées aussi sûrement que tu entends les miennes à présent. » L’homme au costume va s’asseoir sur la souche d’arbre. Il invite tout le monde à en faire autant. Vincent et Thomas s’assoient en tailleur devant lui. Raphaël hésite, puis en fait autant. L’homme prend une inspiration avant de parler.
« Vous avez été choisis par les élus, dans le but d’être leurs hôtes. Les élus ont besoin de vous, mais vous avez également besoin d’eux. Un grave danger menace votre monde, votre univers entier. En ce moment même, une entité d’une puissance infinie travaille sans relâche pour le détruire. C’est Le Mal Absolu. »
Vincent le coupe : « L’homme en imperméable noir ? »
« Non. » Ce simple mot, prononcé par l’Historien, provoque une vague incompréhension parmi les enfants. Raphaël a, de toute façon, du mal à comprendre tout court.
« Mais alors, qui est-il ? » Demande-t-il.
« Qui sont-ils, corrige l’Historien. Ce sont les agents du Mal Absolu, des humains qui ont reçu une infime parcelle de son pouvoir en échange de leur servitude. »
« Pourquoi font-ils cela ? » Questionne Thomas.
« Ils croient que la cause du Mal Absolu est juste. Ils pensent que personne n’a le droit de briser l’ordre établi. »
« De quel ordre établi parlent-ils ? » Interroge Vincent.
« Le cycle de destruction-renaissance, explique l’Historien. Votre univers est né de la destruction de l’univers précédent. Sa destruction provoquera la naissance de l’univers suivant. »
« Comment le savoir ? Demande Vincent. Comment être certain qu’un univers suivra le nôtre ? »
« C’est déjà arrivé d’innombrable fois. Votre univers a déjà péri en de multiples occasions. »
Cette révélation laisse les enfants perplexes. L’Historien reprend le fil de son discours.
« Voyons, comment vous expliquer ? Le temps suit un cycle répétitif. Des univers naissent et meurent pendant ce cycle. Lorsque le cycle est terminé, le temps en entame un autre. Les mêmes univers renaissent, et meurent de nouveau. De nombreux cycles se sont déjà déroulés, votre univers, comme tous les autres, a péri chaque fois.
Naturellement, un univers ne peut mourir. C’est le Mal Absolu qui, dans sa soif de destruction, les élimine les uns après les autres. » L’Historien marque une pause. Raphaël en profite pour intervenir. « Et cette fois-ci, vous en avez eu marre, alors vous avez envoyé vos trois bouffons, les élus comme vous dites, bousiller du méchant. Elle est bien belle votre histoire, mais qu’est-ce qu’on vient foutre là dedans ? »
« Calmes-toi, Raphaël, dit l’Historien. Les élus, à la différence de leur ennemi, ont besoin d’un corps pour interagir avec votre monde. C’est vous qu’ils ont choisis. Les élus sont les représentants de la Balance Cosmique. Toi, Vincent, tu es l’hôte du Bien. Thomas est l’hôte de la Neutralité. Quant à toi, Raphaël, tu es l’hôte du Mal Nécessaire, de nature heureusement fort différente de celle du Mal Absolu. »
« Quelles conneries ! Lâche soudain Raphaël. On veut essayer de me faire croire qu’un être divin m’a choisi pour sauver l’univers ! Vous y croyez, vous ? (Il prend Thomas et Vincent à partie.) Vous êtes encore plus barge que lui, alors ! J’en ai assez, je me casse ! » Raphaël s’apprête à se lever quand une voix rugit : « SUFFIT ! Rassieds-toi, mortel ! » C’était la voix désincarnée de tout à l’heure. Raphaël se rassoit sur-le-champ.
L’historien reprend son discours, mais Raphaël ne l’entend plus. Il lui semble ne plus être là. Comme si son esprit avait quitté son corps. Il est maintenant dans le noir le plus complet. Des lumières apparaissent les unes après les autres, telles des milliers d’étoiles dans le ciel. C’est d’ailleurs bien de cela qu’il s’agit. Raphaël flotte dans l’espace. Les étoiles commencent à rougir. Toutes. Elles grossissent, la lumière qu’elles dégagent devient insupportable. Bientôt tout devient rouge. Puis la lumière s’éteint progressivement, et Raphaël est de nouveau dans le noir. Un point blanc, unique, apparaît. Ce point grossit à son tour. Il enfle, enfle, puis éclate brusquement. Des milliers d’étoiles apparaissent alors, s’éparpillant dans toutes les directions. Des galaxies se forment. Une étoile se rapproche de Raphaël. Il peut maintenant voir les planètes en orbites autour d’elle. Il se rapproche lentement de l’une d’entre elles. C’est un énorme agglomérat de pierre. Il se pose à sa surface. Une météorite vient s’écraser sur la planète, suivie d’une autre, et d’encore une autre. Raphaël voudrait s’enfuir, mais il ne peut pas. Il ne contrôle pas ses mouvements, il ne peut que rester, et observer. Il suit le courant.
Il reste donc, au milieu de la pluie de météorites. La terre se met à trembler. Un geyser de lave jaillit à quelques mètres du garçon. Le magma en fusion coule sur le sol, creusant de larges sillons. Raphaël a les pieds dans la lave, mais n’en ressent aucune gêne. Il n’a même pas peur. D’autres mini volcans naissent un peu partout. L’air s’emplit d’une épaisse fumée noire. L’obscurité règne en maître. La seule lumière provient du sol, de la lave. Il se met brutalement à pleuvoir. Beaucoup. Le magma siffle au contact de l’eau. Une épaisse vapeur s’élève. Elle couvre tout l’horizon. Raphaël ne voit plus rien.
Lorsque sa vision revient, le paysage a radicalement changé. Il se trouve maintenant sur une plage de sable fin. La mer, devant ses yeux, s’étend à perte de vue. Un animal sort doucement de l’eau. On dirait une sorte de gros têtard, pense Raphaël. L’animal remonte la plage et se dirige vers un arbre. Il grimpe ce dernier. Ce faisant, il change de forme, ses pattes, d’abord pataudes et grossières, deviennent plus fines et agiles. L’animal se couvre également d’une épaisse fourrure. Il est en haut de l’arbre et Raphaël ne le voit plus, perdu dans la végétation.
L’air devient plus frais. De gros nuages viennent couvrir le ciel bleu. Il se met à neiger. Une mince couche de poudre blanche recouvre le sol. La mer elle-même se met à geler. La couche de neige s’épaissit, elle arrive aux genoux de Raphaël, et continue de monter. Le voilà bientôt entièrement recouvert.

L’Historien attend, assis sur la souche de châtaignier. Les trois enfants sont toujours à leur place, en cercle autour de lui. Ils ont les yeux mi-clos et sont parfois agités de spasmes irréguliers. Ils sont en transe, la première phase de la symbiose. La compréhension. Ils sont entrés en communication directe avec leur élu. Celui-ci leur fait comprendre la nature même de l’univers dans lequel ils vivent. Chaque enfant, à sa manière, revit l’histoire de son monde.
L’Historien connaît cela. Il a assisté à chacun de ces événements en direct. Il connaît des milliers d’univers différents, et, sur chacun d’eux, il lui a fallut éduquer trois enfants. Il sait que cette étape est la plus importante. C’est celle qui efface les derniers doutes, qui fait prendre conscience de la réalité. Après avoir acquis ces bases, le vrai travail peut commencer. La seconde étape : l’apprentissage. Il y a encore tant à faire, et si peu de temps.
Vincent est le premier à reprendre conscience, suivi de près par les deux autres. L’Historien s’approche d’eux.
« Comment vous sentez-vous ? » La question est loin d’être anodine. Il est déjà arrivé qu’un hôte devienne fou après une telle expérience. Heureusement, ceux-là ont l’air d’aller bien. Ils ont réussi la première épreuve, ils ont compris.
Les enfants se lèvent. L’Historien en prend deux par la main. Tous les quatre forment une ronde, tous les quatre regardent vers le ciel. Sans un bruit, ils disparaissent.

Corrigé, merci Vae-Primat ^^


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MessagePosté: Mar Oct 12, 2004 11:52 pm 
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Le Rusé

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Acte 4


Deux jours plus tard, commissariat du XIIeme arrondissement de Paris.
L’inspecteur André Melenda est très contrarié. On vient de lui donner une affaire qui s’annonce extrêmement difficile et compliquée. Devant lui, sur son bureau, sont éparpillés les différents éléments du dossier. Pour l’énième fois, André décide de les repasser un à un.
Il y a d’abord ce carnage au lycée d’Auvers sur Oise. Il y a eu énormément de témoins, des lycéens en grande majorité. Ceux-ci affirment que le criminel est un géant de plus de deux mètres de haut vêtu d’un imperméable noir. Il aurait tiré sur la foule sans raisons apparentes. Il a fait onze victimes.
Deux détails font tiquer l’inspecteur. D’abord, personne ne semble avoir vu le meurtrier entrer ni sortir de l’établissement. Pourtant, un géant de deux mètres passe difficilement inaperçu. Ensuite il y a le directeur, Martin Delépine, retrouvé mort dans son bureau, la gorge tranchée au couteau. Un des professeurs, monsieur Grani, a déclaré aux agents de police s’être entretenu avec lui le matin même. Pourtant, les légistes sont formels, la mort du directeur remontait à plus de douze heures avant la découverte du corps. En clair, monsieur Delépine aurait été assassiné la veille du carnage, bien avant sa supposée conversation avec le professeur. La police a d’abord pensé que le professeur mentait, mais deux autres professeurs, ainsi que plusieurs élèves ont déclaré avoir assisté à l’entretien. Dernière complication, dans sa déposition, le professeur Grani raconte que le sujet de la discussion portait sur un élève, Thomas Palaiseau. Le directeur voulait le voir pour des raisons encore inconnues. L’enfant est resté introuvable. Pourtant toute sa classe ainsi que son professeur ont affirmé qu’il était bien venu au lycée ce jour là. Environ cinq minutes avant le drame…
L’inspecteur hésite. S’agit-il de deux affaires complètement différentes : Le géant tueur d’enfants et le meurtre du directeur. Ou bien ces deux affaires ne font-elles qu’une, auquel cas elles auraient tout l’air d’un complot. Mais dans quel but ? Melenda ne réussit pas à trouver de mobile justifiant de tels actes. Selon ses proches, le directeur n’aurait aucun ennemi au point que l’un d’eux ne veuille sa mort.
L’affaire est déjà assez complexe en elle-même, une autre vient se rajouter à la première.
Elle se passe à Saint-Denis, dans un parking désaffecté. Une autre tuerie. Une bande de jeunes défoncés s’est faite massacrer. Cinq morts, deux survivants, un disparu. Les survivants disent que c’est l’œuvre d’un homme en imperméable noir. Comme au lycée d’Auvers. D’ailleurs, le modus operandi semble le même : Arrivé sans prévenir, le tueur décharge ses armes sur la foule avant de s’en aller aussi discrètement qu’il est venu. Comme toujours, il y a un détail qui cloche. L’un des survivants, ayant assisté à la scène caché derrière une épave de voiture, affirme que le tueur semblait porter une attention toute particulière à l’un de ses amis, un dénommé Raphaël Verneuil. Le tueur semblait, toujours selon le témoin, n’être venu que pour le tuer lui, et aucun autre. Les autres, en fait, ne seraient morts que parce qu’ils se trouvaient sur son chemin. Comme par hasard, Verneuil est le disparu…
Tout cela est déjà beaucoup, mais le sort a décidé de s’acharner sur l’inspecteur Melenda. Ce matin, on lui a apporté deux nouveaux dossiers. Deux affaires qui pourraient bien être liées aux deux précédentes. Les deux se sont déroulé la veille du massacre du lycée d’Auvers.
Premièrement, ce qui ressemble à un banal accident de la route. Un bus a quitté la route entre Persan et Bornel, aux environ de Chambly, dans l’Oise. A priori, aucun rapport avec l’affaire principale, sauf que. Sauf qu’après autopsie, certain des cadavres portaient des signes de blessure par balle. L’inspecteur félicite les légistes pour leur travail, cela a dû être difficile. Le bus ayant explosé après son accident, les cadavres étaient presque entièrement calcinés. C’est ce presque qui leur a permis cet exploit. Chapeau. Et une nouvelle affaire sur les bras de l’inspecteur Melenda, une !
Autre détail prouvant la fusillade, des traces de poudre retrouvées par les criminalistes sur des débris de vitre. Preuve s’il en est qu’il s’est bien passé quelque chose de louche dans le bus avant son accident, sans nul doute moins accidentel qu’il n’y paraît. L’affaire n’a eu, par contre, aucun témoin. Difficile de dire si le géant à l’imper noir en est le responsable.
La dernière affaire est encore plus troublante. Il s’agit du meurtre d’une femme de trente-huit ans, madame Marie Desorges. Elle a été retrouvée chez elle, la gorge tranchée. L’inspecteur ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec le meurtre du directeur du lycée. Pourtant l’auteur de ces deux crimes ne saurait être le même. En effet, l’heure des deux assassinats est approximativement la même. Le criminel n’aurait pas eu les moyens physiques de faire le trajet séparant les deux lieux du crime. Pourtant, leur similitude demeure troublante.
Madame Desorges ne présentait aucun signe d’agression sexuelle. L’agresseur n’était venu que pour la tuer. Pas de traces d’un éventuel vol, l’argent ne l’intéressait pas non plus. Aucunes trace d’effraction non plus. Soit le tueur connaissait la victime, soit la porte était restée ouverte. L’inspecteur penche pour la seconde hypothèse.
Evidemment, il y a un détail gênant, sans quoi une affaire n’en serait pas vraiment une. La porte de la chambre du fils de madame Desorges était fermée de l’intérieur. Les gendarmes ont dû forcer la porte pour y pénétrer. La fenêtre était également fermée de l’intérieur. Le fils, un dénommé Vincent, a disparu.
Là où cela cloche vraiment, c’est qu’en étudiant l’emploi du temps du garçon, l’inspecteur en est arrivé à la conclusion suivante : Vincent avait toutes les chances de se trouver dans le bus qui a explosé, une petite demi-heure auparavant. Après avoir interrogé les légistes sur le sujet, ces derniers lui ont affirmé que Vincent ne figurait pas au registre des cadavres retrouvés dans le bus. Les dix-huit victimes avaient toutes entre vingt-cinq et cinquante ans.
C’est à n’y rien comprendre.
L’inspecteur Melenda récapitule les faits : Deux assassinats, trois meurtres de masse, trois enfants disparus. Le tout en moins de trente-six heures. Cela fait beaucoup. Melenda a vérifié, croyant tenir une piste, les dossiers des trois garçons. Malheureusement, ils n’ont aucun lien apparent entre eux. Les trois enfants, d'environ le même âge, n’avaient aucune chance de se connaître. Il habitaient des villes différentes, très éloignées entre elles géographiquement.
L’analyse des victimes n’est guère plus concluante. Aucun lien non plus entre Marie Desorges et Martin Delépine, le directeur du lycée.
Une seule chose semble incontestable : Les assassins étaient plusieurs, les deux meurtres au couteau s’étant déroulés en quasi-simultané. Quant à savoir si leurs actes étaient coordonnés ou s’il ne s’agit que d’une coïncidence macabre, le mystère reste entier…
L’homme à l’imper est resté introuvable, malgré les avis de recherche, peu précis il est vrai. Si tous les témoins semblent s’accorder sur sa tenue vestimentaire, aucun n’a de souvenir précis de son visage. Malgré tout, tous affirment qu’il n’était pas masqué. Il est d’ailleurs probable qu’il y avait plusieurs hommes en imper. Les témoins du carnage du parking de Saint-Denis ne trouvaient pas le leur particulièrement grand.
L’inspecteur songe de plus en plus à la thèse du complot. Les événements s’enchaînent trop bien. Tout semble orchestré avec un timing très précis. Le mobile, l’élément fondamental selon Melenda, reste malheureusement obscur.
Il est décidé à résoudre cette affaire. Il a encore beaucoup, vraiment beaucoup de travail devant lui…

Merci à Vae-Pimat pour la correction et les suggestions de tournure de phrase ^^


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MessagePosté: Jeu Oct 14, 2004 7:15 am 
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Le Rusé

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Acte 5


« Je me sens bien.
Je vous observe, de là haut, et je me sens bien. C’est rare, il faut que j’en profite. J’ai encore énormément de travail devant moi, mais je saurai en venir à bout. Nul ne pourrait m’en empêcher.
Je vous vois, tels des fourmis, vous agiter en tous sens. Votre vie est si courte ! Dépêchez-vous d’en profiter. Vous touchez à votre fin. Mon seul grand désespoir est que vous n’en sachiez rien. Oh, j’avais bien essayé, une fois, de vous prévenir. J’espérais ainsi vous inciter à profiter de vos derniers instants.
Il n’en fut rien. Vous étiez tous devenus fous, en ma simple présence. Ce fut sans nul doute la plus grande vague de suicides de tous les temps, de toute l’histoire des cycles.
Vous devez me trouver froid et cruel. Vous ne pouvez pas comprendre. Je n’apporte pas que la mort. Je suis aussi celui qui donne la vie. Sans moi, vous ne seriez pas là. Il a fallu que je détruise un univers pour que vous puissiez exister. Il est juste que vous laissiez votre place, à présent. Un autre univers attend, depuis des milliards de milliards d’années, de renaître. Pourquoi lui refuserais-je ce droit ?
Bien sûr, d’autres ne sont pas de cet avis. Les élus pensent que ma cause est fausse, que nul n’a le droit de décider de la mort d’un univers entier. C’est juste. C’est pourtant nécessaire.
Imaginons - il ne s’agit que d’une hypothèse - que les élus réussissent à me tuer. Votre univers continuerait à vivre éternellement. C’est bien. Mais qu’adviendrait-il des autres ? Ceux-là seront morts à jamais. Qui sont les élus pour décider ainsi du sort de millions d’univers ? C’est comme si vous décidiez de tuer dix-millions d’humains pour n’en sauver qu’un. Qui seriez-vous pour faire ce choix ?
Je préfère laisser une chance égale à chacun. Est-ce blâmable ?
Allons, laissez donc votre place, profitez de vos derniers instants. D’autres attendent. »

Corrigé, merci Vae-Primat ^^


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MessagePosté: Dim Oct 17, 2004 8:00 am 
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Le Rusé

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Acte 6


Le jour se lève. Un matin qui ressemble à tant d’autres. Un matin qui est pourtant différent. Il annonce le commencement. Le début de la lutte.
Thomas tremble. Non pas qu’il ait froid, non, un doute l’assaille. La présence de Vincent et de Raphaël à ses côtés le réconforte un peu, malgré tout. Ils vont devoir mettre à profit les enseignements de l’Historien.
Ils se trouvent dans une zone industrielle, près de Cergy. Autour d’eux, des entrepôts et des usines. Il n’y a personne, nous sommes samedi.
« Il faut y aller. » Déclare Vincent. Il est nerveux lui aussi.
Côte à côte, les trois enfants remontent la rue principale de concert. La brume matinale ne s’est pas encore levée, donnant une atmosphère étrange à la scène. Il n’y a pas un bruit. Seuls les pas des garçons sur l’asphalte viennent troubler le silence.
Les gens dorment encore, à cette heure-ci. Ils sont loin de s’imaginer que leur sort se décide peut-être aujourd’hui. Que leur vie tient entre les mains de garçons de dix-sept ans à peine.
Ils arrivent au bout de la rue.
« Ils sont là. » C’est le Mal Nécessaire qui a parlé. Les trois enfants l’entendent sans problème à présent. « Deux dans l’usine à votre droite, à l’étage. Ils vous tiennent en joue, mais hésitent à tirer. Il y en a un autre en face, dans l’entrepôt. Il attend, on dirait. »
« Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Demande Thomas. Il communique mentalement avec les autres garçons. La télépathie est la première chose que leur a appris l’Historien.
« On continue à avancer, suggère Raphaël. Ne leur laissons pas savoir que nous les avons repérés. Celui de l’entrepôt est seul, et les autres seront bien obligés de sortir de leur cachette quand nous serons à l’intérieur. »
Jugeant que ce plan n’est pas plus mauvais qu’un autre, les enfants décident de l’appliquer. Ils continuent donc en direction de l’entrepôt.

« Ils ont compris. »
L’homme sait ce que le message télépathique qu’il vient de recevoir veut dire. Les gosses sont dans leur deuxième étape. Il faut les arrêter avant qu’ils ne deviennent trop puissants.
Ses mains se crispent sur son arme. Dans quelques instants, le destin jugera. Il est prêt à en découdre. Il avertit les autres. Mentalement.
« Je vais les retenir seul. Allez chercher les autres. Maintenant ! »

Les trois garçons ne sont qu’à quelques mètres de la porte de l’entrepôt, maintenant.
« Il se passe quelque chose de bizarre. » Dit le Bien. Sa voix est extrêmement troublée. « Les deux autres s’en vont ! »
« Quoi ? » S’étonne Vincent.
« Merde ! Ils se doutent de quelque chose ! Crie Raphaël. Fonçons ! »
Trop tard. L’énorme porte de l’entrepôt éclate brusquement. Les enfants n’ont que le temps de se jeter à terre pour éviter l’obus. Une usine, derrière eux, encaisse l’explosion. Des débris volent dans le ciel.
« La vache ! »
Raphaël se rue à l’intérieur de l’entrepôt. L’homme à l’imperméable est à plus de dix mètres devant lui, les mains cramponnées à son bazooka. Il tente d’ajuster un second tir mais le gamin est déjà sur lui. L’homme tombe en arrière. Il parvient tout de même à écarter Raphaël du revers de son bras. L’enfant roule sur le côté.
Vincent et Thomas entrent à cet instant. L’homme se relève tout en dégainant un revolver qu’il pointe vers Raphaël. Il tire, Vincent hurle : « NON !! »
La balle s’arrête en face du visage de Raphaël, qui n’en croit pas ses yeux. L’homme en imper a lui aussi l’air particulièrement décontenancé. De lourdes gouttes de sueur constellent son front. Lentement, Raphaël monte la main vers la balle, immobile. A peine a-t-il effleuré le projectile en suspension, celui-ci repart à toute vitesse dans la direction opposée. L’homme en imper n’a pas le temps d’esquisser un geste, la violence de l’impact le projette plusieurs mètres en arrière.
Les trois garçons se retrouvent, à quelques mètres du cadavre.
« C’est toi qui as fait ça ? » Demande Thomas à Vincent.
« J… Je crois. »
Raphaël ne dit rien. Son esprit est ailleurs. La balle n’était qu’à quelques mètres de ses yeux. Il aurait pu mourir, il le sait. Pour lui, l’histoire aurait pu se terminer ici, dans un entrepôt de banlieue. Le choc est dur à encaisser. La situation le laisse songeur. Soudain, il entend une détonation. Raphaël se sent tomber. Un voile rouge couvre sa vision. Il faiblit. Il est à terre. Son corps n’est plus qu’un morceau de chair froide. Il ne souffre pas.
Raphaël est mort.

Vincent et Thomas n’ont pas vu l’homme en imper se relever lorsqu’ils parlaient. Raphaël gît maintenant à leurs pieds, dans une flaque de sang grandissante. L’homme tire à présent dans leur direction.
« Cours, Vincent ! » Hurle Thomas. Mais Vincent ne l’écoute pas. Il reste planté là, le corps de son ami à ses pieds. Il regarde Raphaël. Les balles fusent autour de lui, mais aucune ne le touche. Le regard de Vincent est plongé dans celui de son défunt frère de route. Non, cela ne peut se terminer ainsi. Le hasard les avait amenés à se rencontrer, à se lier. Non, se répète-t-il, cela ne se terminera pas ainsi.
Une lumière bleutée enveloppe Vincent. L’homme en imper cesse de tirer. Vincent ferme les yeux, il sent la puissance l’envahir. Le halo bleu crépite d’étincelles. Tout n’est plus que lumière. L’atmosphère dégage une forte odeur d’ozone. Un vrombissement sourd vrille les oreilles de Thomas, qui assiste à la scène, caché derrière des caisses de bois. Lui aussi ressent la puissance.
« Laisses-toi guider par le pouvoir, dit le bien. Laisse la puissance s’exfiltrer par tous les pores de ta peau. »
Aussitôt, une vague d’énergie traverse l’entrepôt. L’onde de force plaque Thomas au sol. L’homme se prend la vague de plein fouet, il est de nouveau projeté en arrière, avec une violence décuplée, cette fois. Il traverse le mur de l’entrepôt comme on déchire une feuille de papier. Thomas se relève. Il voit Vincent allongé par terre et se précipite vers lui.
« Vincent, hurle Thomas. Me fait pas ce coup-là ! Pas toi ! »
Vincent n’a rien. Il s’est simplement évanoui. La violence de son attaque l’a vidé de toutes ses forces. Thomas essaie de réorganiser ses pensées. Il faut réfléchir vite. S’en aller d’ici, d’abord. Thomas passe le bras de Vincent autour de son cou. Son ami commence à peine à reprendre conscience. Il marmonne quelques mots que Thomas ne comprend pas.
« Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? »
« Raphaël, réussit à articuler Vincent. Mène-moi près de lui. »
« On n'a pas le temps, pense Thomas » Il fait néanmoins ce que lui demande son ami. Se faire confiance mutuellement est une des leçons de l’historien.
« Mets tes mains sur les yeux de Raphaël, demande Vincent à son ami. Je n’ai plus la force de le faire. C’est à toi, maintenant. »
Thomas applique la paume de sa main contre les yeux de Raphaël. Il n’a aucune idée de l’utilité de son geste, jusqu’à ce que la Neutralité ne s’adresse à lui.
« Je prends les commandes, maintenant. Laisses-toi faire. »
La main de Thomas s’entoure d’un halo mauve. Il n’y a plus un bruit. Le temps semble s’être arrêté.
Raphaël ouvre les yeux. Une étrange lueur brille au fond de ceux-ci. Il tourne la tête vers Thomas, puis Vincent. « Salut. » Dit-il. Ses yeux ont retrouvé leur éclat habituel. Thomas est le premier à réagir.
« Il faut s’en aller d’ici, et vite ! »
Les trois garçons se dirigent vers la sortie.

Ils ont senti la puissance, eux aussi.
Plusieurs hommes en imper noir se faufilent prestement entre les bâtiments. Chacun sait ce qu’il doit faire. Les ordres mentaux fusent de toutes parts. Chacun armé, chacun décidé, va occuper une place stratégique dans le plan mûrement réfléchi par leur maître.
Les élus ont gagné une bataille, mais non la guerre.

Raphaël est devant, Vincent ferme la marche. Ils courent pliés en deux, espérant échapper aux regards importuns. Ils sortent maintenant de la zone industrielle et se dirigent vers la ville.

Centre commercial des Trois Fontaines, Cergy. Samedi, dix heures du matin.
Il y a toujours affreusement de monde, le week-end, dans un centre commercial. Celui-ci n’échappe pas à la règle. La foule se presse, dès l’ouverture des magasins. Une foule qui se désintéresse tout particulièrement de trois garçons qui courent parmi eux.
« Qui a eu l’idée à la con de passer par ici ? » Crie Raphaël sans se retourner.
« On ne fait que te suivre ! » Répondent en chœur ses deux amis.
Ils bousculent une vieille dame en passant. Pas le temps de s’excuser. Elle les injurie copieusement.
Epuisés, les trois garçons s’arrêtent près d’un banc.
« Et maintenant, que fait-on ? » Demande Vincent. Personne ne lui répond.
« Ils sont dans le coin ? » Demande Raphaël. Il ne s’adresse pas à ses amis, il parle avec son élu. « Je ne sais pas, lui répond mentalement le Mal Nécessaire. Je n’arrive plus à déceler leur présence. Peut-être ont-ils laissé tomber, mais je ne crois pas. Je pense plutôt qu’ils ont trouvé un moyen de dissimuler leur présence. »
« Une sorte de bouclier mental ? » Propose Thomas.
« Exactement. »
Ils décident de reprendre leur chemin. Ils marchent, à présent, inutile d’attirer l’attention. Ils passent devant une boutique de blousons de cuir. Le marchand les accoste, il veut leur vendre ses vêtements, hors de prix. Les garçons déclinent, mais le vendeur devient pressant, limite injurieux.
« Lâches-nous, tu veux, dit Raphaël. On veut pas de tes fringues ! » Le vendeur paraît outrageusement blessé. Il laisse finalement les garçons s’en aller. Ils ne s’aperçoivent pas immédiatement que la foule les fixe. Tous ont le regard porté vers la même cible : eux. C’est Thomas qui le remarque le premier.
« Qu’est-ce qu’ils ont tous, souffle-t-il. Ils ne nous lâchent pas du regard. »
Les trois garçons s’efforcent d’avancer, sans montrer signe de peur, l’air de rien. La foule s’épaissit autour d’eux, les dévisageant toujours. Leur visage est inexpressif. Leurs pupilles sont fixes, vides. Ils s’écartent néanmoins devant les enfants, comme s’ils étaient des pestiférés, comme si leur simple contact était mortel.
Les garçons se dirigent vers la sortie la plus proche. Un homme, un vieux monsieur avec une veste en laine, leur barre la route. Son visage n’est pas plus expressif que les autres. Il a les cheveux grisonnants et porte de petites lunettes à monture fine.
« On ne passe pas, gamin. » Il a un accent du Sud-Ouest. Les garçons font mine de ne pas l’écouter, et continuent leur route, mais le vieillard empoigne Vincent par l’épaule. Il exerce une pression inattendue, pour un homme de son âge. Ses doigts broient littéralement l’épaule du jeune homme. Vincent ne peut s’empêcher de lâcher un cri.
« J’ai dit : On ne passe pas ! » Répète le vieil homme. Son ton est devenu plus sec, ses yeux sont emplis de haine. La foule, compacte, est maintenant rassemblée autour des trois enfants, ne laissant aucune issue. Ils sont pris au piège.

Peu importe le nombre de victimes, ils mourront tous au bout du compte.
L’homme se tient sur le toit d’un immeuble de bureaux. Son long imperméable noir flotte dans le vent. Devant lui, plus bas, le centre commercial. Il sait qu’ils sont à l’intérieur. L’entonnoir se referme, le plan marche à merveille. Plus loin, plusieurs de ses amis sont en pleine transe. Chacun contrôle l’âme de plusieurs dizaines d’innocents.
L’homme serre le poing. Dans sa main, une télécommande, munie d’un unique bouton. Une pression sur celui-ci, et c’est la fin. Le Mal s’abattra alors sur ce monde et achèvera son œuvre. Une page de l’histoire sera tournée. Une page de son histoire. Parce qu’alors pourra commencer celle d’un monde nouveau.
« Pour le cycle, pense-t-il. »
« Pour le cycle, lui répondent des dizaines d’autres voix, mentalement. »
Il presse le bouton.

Corrigé, merci Vae-Primat ^^


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MessagePosté: Sam Oct 23, 2004 11:09 am 
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Le Rusé

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Acte 7


La presse est divisée. D’un côté, la presse dite «sérieuse » fait ses gros titres avec :

« UN TERRIBLE ATTENTAT AUX TROIS FONTAINES : Une bombe a explosé hier aux alentours de dix heures et demie, dans le centre commercial des Trois Fontaines, à Cergy dans le Val d’Oise. L’attentat n’a pas encore été revendiqué. La police n’a pas souhaité faire de déclaration, mais certaines sources laissent à penser qu’il pourrait s’agir de l’œuvre d’un groupe terroriste extrémiste islamiste. Ces informations sont toutefois à prendre avec la plus grande des précautions.
Pour l’heure, l’attentat a causé la mort de soixante-trois personnes. Quatre-vingt-dix-sept autres personnes sont dans un état jugé critique par le corps médical. L’hôpital de Cergy-Pontoise s’est vite retrouvé dépassé par les événements. De nombreux blessés ont été transférés dans d’autres hôpitaux de la région.
Si vous êtes à la recherche d’un parent ou d’un ami qui se serait trouvé sur les lieux au moment du drame, un numéro vert est à votre disposition : le 0800 801 802. »

D’autres journaux s’intéressent à un sujet à la mode, en cette période d’hiver.

« NOUVEAU REBONDISSEMENT DANS L’AFFAIRE DU TUEUR DE LA BANLIEUE NORD : La police aurait enfin mis la main sur le tueur qui sème, depuis plusieurs jours, un vent de panique dans toute la banlieue nord de Paris. Le cadavre d'un homme en imperméable noir a été retrouvé dans un entrepôt de la zone industrielle des Tourettes, près de Cergy, Val d’Oise. La cause du décès par contre, laisse planer de nouveaux mystères. L’homme aurait été tué d’une balle de revolver le touchant au poumon droit.
Mais cette découverte laissa la police perplexe. Elle apporte plus de questions que de réponses. D'une part, il n'est pas encore prouvé que la victime retrouvée soit véritablement le tueur en imper. D'autre part, si il s'agit bien de lui, la police devrait se mettre à la recherche de l'assassin du tueur. Car il ne s'agit pas d'une suicide, l'Inspecteur Melenda, chargé de l'enquête, est formel sur ce point : trop d'éléments laisse planer l'hypothèse d'un réglement de compte musclé. Les criminalistes renchérissent : La plaie ne portait pas de traces de poudre, or, si la victime s'était servi de son arme pour se donner la mort, il aurait du y en avoir. Des traces de poudres ont néanmoins été découverte, mais sur les gants du défunt. Celui-ci a donc bien utilisé une arme avant de mourir. Peut-être est-ce le revolver trouvé non loin, qui a été identifié comme étant l'arme du crime ? Rien n'est moins sûr, car il ne porte pas d'empreinte. Aucun témoin, de maigres indices, l'affaire s'annonce difficile.
Encore un mystère de plus au fabuleux feuilleton policier, mais bien réel, de cet hiver. »

Les tabloïds, quant à eux, s’intéressent à des histoires moins «terre à terre ».

« LA FIN DU MONDE EST POUR DEMAIN : DES PLANETES DISPARAISSENT PAR POIGNEES ENTIERES ! L’univers se meurt. C’est en tout cas ce que pensent certains astronomes du CNRS de Lyon. En effet, ceux-ci ont constaté la disparition inexplicable de nombreuses planètes appartenant à des galaxies relativement proches de la nôtre. Les chercheurs sont encore en quête des raisons de ces disparitions. « Nous sommes en face d’un mystère de très grande envergure, a déclaré M. Lorgneau, chercheur au CNRS de Lyon. Cette découverte, si nous en trouvons la cause, pourra faire avancer la recherche d’un gigantesque bond en avant. » Toutefois, les chercheurs tiennent à nous rassurer : Les planètes en cause sont fort éloignées de la Terre. Il n’existe aucun risque pour notre chère planète. Il ne nous reste plus qu’à leur faire confiance… »

Corrigé, merci Vae-Primat ^^


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MessagePosté: Dim Nov 28, 2004 1:35 pm 
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Le Rusé

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Acte 8


« Tiens donc. »
L’inspecteur Melenda vient de trouver un bout de tissu. Rien de vraiment significatif, mais sur les lieux d’un crime, tout peut se révéler capital. Il sort un petit sachet de plastique et y place délicatement le morceau de tissu. Il le donne à un agent, près de lui.
« Fais-moi analyser cela immédiatement. »
André Melenda n’est guère satisfait. Bien sûr, on avait enfin retrouvé le meurtrier, le mystérieux homme en imperméable noir. Les légistes ont enlevé le cadavre il y a plus de deux heures. Mais sa mort soulève une montagne de questions.
L’homme était armé, lourdement. On a retrouvé un bazooka, rien que cela ! Et un revolver. Le même qui a vraisemblablement servi à le tuer. Car il a été assassiné. C’est ce qui gêne le plus l’inspecteur. Il lui faut maintenant mettre la main sur un autre tueur.
Mais ce ne sont pas les seules questions sans réponse. Que faisait l’homme en imper dans un endroit pareil, et avec un tel arsenal ? Il s’est servi de son bazooka en tirant depuis l’intérieur de l’entrepôt, c’est incontestable. La porte d’entrée a été entièrement défoncée, et une usine sérieusement amochée. Un règlement de compte avec de telles armes semble hautement improbable.
Un mystère de plus…
« Inspecteur ? »
Melenda est tiré de sa rêverie par un jeune policier. « Inspecteur, un attentat a eu lieu près d’ici. Une bombe dans un centre commercial. Les hommes ont reçu l’ordre de se rendre sur les lieux. Vous venez avec nous, ou je laisse deux hommes et une voiture pour vous ramener ? »
« Bouclez le périmètre, je viens avec vous. »
Un attentat. Existe-t-il un rapport ?

Poussière et fumée.
Que s’est-il passé ? Une explosion, tout s’est mis à trembler, puis plus rien.
Tout n’est plus qu’un paysage ravagé, fait de gravats, de poutres écroulées. Invraisemblable puzzle de béton et d’acier. Les élus, ou plutôt leurs hôtes, sont là, étendus sur le sol, au milieu du désastre. Ils sont dans la seule parcelle encore intacte du centre commercial. La portion de sol sur laquelle ils sont dessine un cercle parfait. Tout autour d’eux, c’est l’apocalypse. On ne distingue guère les monceaux de chair des morceaux de pierre.
La mort s’est emparée des lieux, ne laissant que les trois garçons, tels des témoins inconscients.

« Mon dieu ! »
Melenda n’a jamais vu cela. Non pas l’attentat, il a déjà vu cela avant. Il était chargé d’enquêter sur l’attentat du RER B, à Châtelet, cinq ans auparavant. Une affaire qu’il n’avait pu mener à terme, d’ailleurs. Celle-ci avait été déléguée à des services «plus compétents ».
Non, devant lui, il y a quelque chose qui défie l’imagination. Une zone semble avoir été épargnée par le terrible souffle de l’explosion, une zone décrivant un cercle parfait.
« Etonnant, non ? »
C’est l’inspecteur Pommet. Melenda le connaît pour l’avoir croisé plusieurs fois dans le passé.
« Nous n’y comprenons strictement rien, poursuit-il. Cela défie toutes les lois physiques, un véritable mystère ! »
« Ne me parlez pas de mystère, lance Melenda. J’en ai à ne plus savoir qu’en faire ! Y avait-il quelque chose à l’intérieur ? »
« Oui, trois enfants. En parfaite santé, apparemment. Par souci de sécurité, cependant, je les ai fait transférer dans un hôpital parisien. »
« Connaît-on leur identité ? » S’enquiert l’inspecteur Melenda.
« Non, répond Pommet. Il n’avait pas de papiers. C’est important ? »
« Je ne crois pas. Je travaille justement sur une affaire épineuse, et trois enfants ont disparus. Mais ce serait un hasard phénoménal si… »
Le portable de l’inspecteur Pommet se met à sonner.
« Oui… Comment ? Quand vous êtes vous aperçu de… Bon sang ! C’est tout bonnement impossible ! Bon, ne bougez pas, j’arrive ! » Il raccroche.
« Quelque chose de grave ? » S’inquiète Melenda.
« Les trois gosses, ils ont disparus pendant le trajet ! » Pommet se dirige vers sa voiture de service, suivi de l’inspecteur Melenda. « Nous avons pris des photos des enfants, avant de les emporter, poursuit Pommet. Je suppose que vous brûlez d’envie de les voir. »
« Plutôt, oui. Quelque chose me dit, mon intuition, qu’un hasard phénoménal vient de se produire. »


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MessagePosté: Ven Juin 17, 2005 9:52 am 
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Le Rusé

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Acte 9


« Et maintenant, que fait-on ? »
La question paraît anodine, elle est lancée sur un ton désinvolte. Pourtant, personne ne pourrait le remarquer, étant donné que personne n’aurait pu l’entendre. Raphaël n’a pas prononcé un mot, il les a pensés. Dès lors, les trois garçons savent qu’ils ne communiqueront plus qu’ainsi.
Ils ne savent pas où ils se trouvent. Leur dernier souvenir est une explosion. Ils étaient près de penser que c’était la fin, quand ils se sont réveillés à l’arrière d’une ambulance. Ils étaient saufs. Ils ont fermé les yeux, puis se sont retrouvés debout, sur le bitume d’une vieille ruelle anonyme.
A présent, ils n’ont aucune idée de la marche à suivre. Ils regardent autour d’eux. Ruelle des deux colonnades, Paris XIIème, indique un panonceau à demi taché de rouille. Au moins sont-ils plus avancés, désormais. Ils sont à Paris, la capitale. L’Historien leur a dit que la confrontation finale se passerait dans un lieu non dénué d’importance. Que choisir de mieux que la plus belle ville du monde (aux dires des touristes) ? Mais Paris est grand, où aller ?
« Comment ça, attendre ! Crie Raphaël, en pensée s’entend. On ne va tout de même pas attendre qu’il vienne nous trouver ! »
« Qu’est-ce qu’on pourrait faire d’autre ? Réplique Vincent. Il nous faut une piste, un signe. Quelque chose pour nous indiquer la voie à suivre. »
« Tu parles ! L’Historien nous a dits d’aller dans une zone industrielle et on y est allé. Pour y faire quoi ? On n’en sait rien ! Nous ne sommes pas plus avancés, maintenant. Je ne connais pas la marche à suivre, mais je sais qu’attendre n’est pas la solution. Il ne faut compter que sur nous, maintenant. Plus personne ne viendra nous aider, il nous faut prendre nos propres initiatives. »
« Il a raison, intervient Thomas. Ne restons pas là, il nous retrouvera, de toute façon. Alors autant choisir le lieu et l’instant. »
Les grands boulevards. Les trois élus se trouvent rue du Faubourg St Antoine. Ils remontent la rue en direction de la place de la Bastille.
« Il y a trop de monde, ici, remarque Raphaël. J’aime pas ça. »
Pressentiment fondé. A peine a-t-il fini sa phrase, qu’ils entendent un crissement de pneu sur l’asphalte. Une voiture noire aux vitres teintées fonce dans leur direction. Elle monte sur le trottoir, fauchant plusieurs piétons au passage. Les élus n’ont que le temps de faire un saut de côté pour éviter le véhicule. Derrière eux, la voiture effectue un demi-tour, tout en dérapage. Le frottement des pneus sur le bitume provoque un énorme nuage de fumée blanche. La voiture recule, comme pour prendre plus d’élan. Elle disparaît entièrement dans la fumée. Les élus se tiennent prêt à son retour, mais quand le nuage se dissipe, la route se révèle vide. D’ailleurs, les garçons remarquent qu’ils sont seuls sur le faubourg. Tout le monde a disparu, même les piétons blessés.
« Trop de monde, n’est-ce pas ? » La voix surprend les garçons, ils se retournent en même temps.
« Maman ? Dit Vincent. C’est toi ? »
« Viens près de moi. »

« Qui est-ce qui… » Il n’y a personne. Raphaël est à présent seul, ses amis ont disparus. Il arpente la rue, un instant, avant de s’arrêter. Ses pas ne font aucun bruit. Réfléchir. Raphaël se remet en marche. Il lui semble être dans un rêve. Les rues sont désertes. Le soleil lui-même est absent, caché par une épaisse couche nuageuse grise.
« C’est comme… une espèce de rêve éveillé, pense Raphaël. Peut-être qu’en me concentrant très fort… » Il ferme les yeux, pense à ses amis. Il essaie de se remémorer mentalement la rue du Faubourg St Antoine, ses passants, sa circulation. Et un beau ciel bleu, tant qu’à faire.
Il ouvre les yeux.

Thomas reconnaît immédiatement les lieux. Il est dans un couloir du lycée Gustave Eiffel, son lycée. Les lycéens courent en tout sens, sans lui prêter attention. Soudain, Thomas s’arrête. Il se trouve face à… lui-même. L’autre Thomas ne lui prête pas plus d’attention. Thomas plonge son regard dans les yeux de son sosie. Celui-ci semble regarder à travers son corps.
Thomas (l’original) sent quelque chose heurter l’arrière de son crâne. C’est la main d’un autre lycéen. Son visage est complètement défiguré, il vient de recevoir une balle en pleine tête. Thomas peut voir l’os de son crâne, au travers de la couche de sang qui coule de la plaie. L’enfant, bientôt mort, s’adresse à lui : « Je suis mort pour toi. Je t’ai sauvé la vie. Plus jamais tu n’as pensé à moi. Jamais tu ne m’as remercié. (Il tombe.) Tu n’es qu’un ingrat, un ingrat…

…Ingrat ! »
Le ton de Marie est devenu sec, cassant. « Tu m’as laissée seule, au moment où j’avais le plus besoin de toi. Maintenant, je suis morte. Par ta faute. Tout est de ta faute ! »
« Maman… » Vincent ne sait quoi dire. Il sait que sa mère dit vrai, il l’a laissée seule, il s’en est allé sans la prévenir, mais comment aurait-il pu faire autrement ? Il fallait qu’il s’en aille. Lui expliquer les raisons de son départ n’aurait rien changé. Elle n’aurait pas compris, du reste. Elle l'aurait supplié de rester, rendant son départ plus difficile encore.
« Excuse-moi. » Ce sont les seuls mots qu’il arrive à articuler. Sa mère s’approche de lui.
« Excuse-moi aussi, dit-elle d’une voix plus douce. J’ai été trop dure avec toi. Ce n’est pas ta faute. Excuse-moi. » Elle le prend dans ses bras. « Excuse-moi. » Elle le serre contre sa poitrine. « Excuse-moi. » Ses mains se glissent derrière la nuque de son fils. « Excuse-moi. » Ses mains lui enserrent le cou, elle serre.
« Excuse-moi… mon fils. »

Ses yeux s’ouvrent enfin.
« Salut, lui dit une voix familière. Tu ne m’as pas oublié, vieux frère ? »
C’est Dan. Il lui manque la moitié de la jambe droite, et un morceau de son visage. Un trou béant s’ouvre de son oreille gauche jusqu’à son menton, laissant apparaître sa mâchoire, et lui donnant l’air de sourire éternellement. Le sourire de la mort.
Raphaël est dans le parking désaffecté. Autour de lui, gisent les cadavres de ceux qui furent ses amis. Dan reprend.
« J’ai voulu te sauver. J’ai réussi, puisque tu n’es pas mort. Qu’ai-je obtenu, pour récompense ? Tu as ri. Tu as ri sur mon cadavre, salopard. Je t’ai sauvé, et tu as ri. Tu n’es qu’un sale fils de pute ! »
Dan sort un cran d’arrêt et saute à la gorge de son (ex) ami. Raphaël réussit à bloquer son bras et tente de le maîtriser. Il serre le poing sur l’avant-bras de Dan aussi fort qu’il le peut. Les deux garçons roulent plusieurs fois sur le sol. Raphaël tient bon, mais il se sent faiblir. La lame n’est plus qu’à quelques centimètres de son visage.
Raphaël envoie un coup de genou à l’estomac de Dan. Il lâche prise. Raphaël le repousse, puis se relève vivement. C’est à son tour de foncer vers Dan, qui commence aussi à se relever. Il lui assène un coup de poing au visage, ou plutôt ce qu’il en reste. Dan retombe en arrière. Raphaël lui écrase la main de son talon, puis donne un bon coup dedans. Le cran d’arrêt vole à travers le parking. Il donne un second coup de pied, puis un autre, et encore un autre.
Il lui semble ne jamais pouvoir s’arrêter de frapper. Quand il cesse, cependant, le corps de son ami n’est plus que sang. Son visage n’est plus. Le reste n’est plus qu’un amas de viscères étalés, tant qu’il est difficile d’affirmer qu’il fut un homme, auparavant.
Raphaël en est écœuré. Il se tourne, il ne peut plus supporter de voir… ça. Un bruit, pourtant, le fait se retourner : Dan se relève.

Thomas veut s’en aller, mais l’enfant mort l’en empêche. Sa main serre la chaussure de Thomas. Impossible de s’en défaire.
« Lâ… Lâche-moi ! » Bafouille Thomas, mais l’enfant ne l’écoute pas. Il attrape même l’autre jambe, maintenant, puis il entreprend l’ascension. Une main saisit le jean de Thomas à hauteur du genou. Thomas tente de s’en débarrasser, en vain. L’emprise est trop forte. Une main s’agrippe à la boucle de sa ceinture. Des deux mains, Thomas essaie de toutes ses forces de détacher la main de son jean. Il ne parvient même pas à décoller un doigt. Une main sur la chemise, une autre sur le col. Le visage de l’enfant mort est maintenant à hauteur de celui de Thomas. Il peut sentir son haleine empuantie.
« Ingrat, répète le mort. Ingrat, ingrat, INGRAT ! » Il empoigne le cou de Thomas, puis pose ses lèvres sur les siennes. Thomas n’arrive plus à respirer. Il sent la langue du mort se glisser dans sa gorge, obstruant ses voies respiratoires. La langue poursuit son chemin, atteignant la trachée. Pour Thomas, c’est la panique. Des poings, il cogne le crâne de son agresseur. Il lui semble frapper dans une éponge gorgée d’eau. Il est à bout de force, il se sent faiblir.
Soudain, une vague d’énergie le traverse. Une énergie bienfaitrice, et bienvenue. Il sent l’étreinte de l’enfant mort défaillir. Une vague de froid envahi le couloir. La lumière ambiante prend une teinte bleu-violet, à peine perceptible. Le mort est brusquement projeté en arrière. Il traverse toute la longueur du couloir, puis éclate contre un mur, en millions de cristaux de glace.
Thomas tombe à genou, épuisé. Il s’évanouit.

L’étreinte se fait plus forte. Vincent a du mal à respirer. Sa mère le soulève du sol, le tenant à bout de bras. Son regard brûle de haine, mêlée de folie. « Excuse-moi. » Psalmodie-t-elle encore, tel une rengaine funèbre. Vincent cherche une prise sur les mains de sa mère. Ses pieds fendent l’air, sans trouver de résistance. Il sent la mort se rapprocher inexorablement de lui, pourtant il se raccroche de toutes ses forces à la bribe de vie qui l’anime encore. Il ne peut pas mourir, pas encore, pas maintenant. C’est trop tôt, bien trop tôt. Il cherche dans les recoins de son âme l’ultime force. Un halo bleu électrique se forme autour de lui. Il laisse ses mains choir le long de son corps, il ne bouge plus, n’oppose plus aucune résistance. L’énergie le traverse. Il se sent comme un catalyseur, absorbant toute l’énergie résiduelle ambiante, pour la libérer d’un seul coup, avec une force décuplée. Les mains de sa mère cessent leur étreinte. Vincent tombe à ses pieds. Il lève les yeux. Ce qu’il voit lui soulève des haut-le-cœur.
Sa mère fond, littéralement. Elle se dissout comme rongée par l’acide. Elle se transforme lentement en une flaque de chair et de sang. Vincent s’éloigne vivement pour ne pas être en contact avec la boue rougeâtre qu’est devenue sa mère.
Ne plus y penser, c’est la seule solution. Cette femme n’était pas sa mère, ce n’était qu’une création du Mal Absolu, un horrible cauchemar. Pourtant, la flaque de sang à quelques centimètres de ses pieds ne lui rend pas la tâche aisée. Effacer les mauvais souvenirs, ne plus penser qu’à une chose : retrouver les autres.
Vincent disparaît.

L’immonde amas de chair qu’était son ami s’avance lentement vers Raphaël. Il ne sait plus quoi faire. Il a tout essayé, tout, mais cette chose refuse de mourir. Il recule à mesure que le monstre avance. C’est un horrible spectacle de voir l’amas dégoulinant s’ébranler. Il glisse, rampe, se meut avec une détermination inébranlable. Des boules de chair ondulent le long de son corps, traversé de spasmes incessants. On discerne avec difficulté une vague silhouette humanoïde, témoin d’un passé proche où cette chose était un homme.
Raphaël recule jusqu’au moment où son dos heurte une surface molle. Il se retourne et se retrouve en face de son ancien ami, Ali. Celui-ci a un énorme trou au travers de sa poitrine, Raphaël peut voir au travers. Derrière Ali, Raphaël distingue Rebecca, dont la ligne parfaite ne jure que par l’absence de sa tête.
Raphaël se retrouve en très mauvaise posture, coincé entre ses trois anciens compagnons d’infortune. Il n’y a plus d’échappatoire, l’affrontement est inévitable. Feu Dan, l’amas de chair visqueux, saute soudain sur Raphaël. Ce dernier ne peut l’éviter. Il tente de se débarrasser de l’entremêlement de viscère, en vain. Il ne trouve aucune prise. Dan s’insinue dans tous les interstices du corps de Raphaël : bouche, nez oreilles. Il est au bord de l’asphyxie.
Raphaël sent son sang bouillir. Ses yeux brillent de la même lueur que lors de sa résurrection. L’amoncellement de chair qui le recouvre commence à fumer. Bientôt des flammes naissent, puis tout le corps de Dan devient un véritable brasier. Raphaël en n'est nullement indisposé. Il se redresse. Du revers de la main, il se débarrasse des derniers morceaux de chair fumants encore accrochés à ses vêtements. Il est maintenant en face d’Ali et de Rebecca. Son regard est inexpressif. Il lève la main vers eux, et les voilà qui s’embrasent à leur tour. Les deux torches humaines hurlent à l’unisson, un hurlement mêlant peur et haine.
Raphaël se laisse choir, cette démonstration de force l’a vidé de toute son énergie. Ses yeux ont retrouvé leur aspect habituel. Lentement, il se laisse glisser sur le sol, puis s’endort d’un sommeil mérité.

Lorsqu’il ouvre les yeux, Raphaël est debout, rue du Faubourg St Antoine, en compagnie de ses deux amis, Vincent et Thomas. Aucun d’eux n’a besoin de parler, chacun connaît déjà les épreuves endurées par les deux autres. Personne ne saurait expliquer ce qu’il s’est vraiment passé, mais chacun sait maintenant où aller. Sans un mot, ils se dirigent ensemble vers leur destin.

Corrigé, merci Vae ^^


Dernière édition par Loki le Mar Juin 21, 2005 12:11 pm, édité 1 fois.

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