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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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MessagePosté: Dim Mai 13, 2007 3:23 pm 
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Ecolo à vélo

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Messages: 3098
Localisation: Shembray
_____- J’ai froid.
_____Personne ne réagissant, Karin se laissa tomber sur un vieux troncs durci par la basse température qui tombait sur la Grande Forêt. Le huitième jour de leur dure marche prenait fin sous les nets auspices de la marée montante du vent sec. S’avisant d’une petite dépression à l’abri des rafales, ils venaient de déposer leur barda sur le sol gelé. Les couvertures semblaient bien plus lourdes sur le dos lorsqu’on était debout qu’une fois allongé, songea amèrement le Garçon en laissant glisser l’épais duvet de ses épaules endolories.
_____- Je crois qu’il va neiger, annonça placidement Keilos en observant le ciel chargé d’une laine épaisse et sombre.
_____L’information mit du temps à pénétrer les cerveaux enfiévrés. Joey, qu’Elminéa avait redéposé sur le sol, reprenait un souffle saccadé. Quand elle se fut redressée, elle se retourna dans la direction du percepteur qui avait cessé de contempler les cieux et s’était lancé dans quelques préparatifs.
_____- Et merde, lâcha-t-elle.
_____- Je ne te le fais pas dire, Joey, répondit-il.
_____- On devrait tendre une couverture sur des piquets, proposa le vieux Bob. Suffit de couper deux petits arbrisseau on pourra bricoler une attache avec ce qu’on a là.
_____- Bonne idée, reconnue le précepteur.
_____Le premier flocon glissa devant ses yeux alors même qu’il achevait sa phrase. Quelques dizaines de secondes plus tard la neige tombait drue.
_____- Pas le temps, cria-t-il à Elminéa qui était déjà parti taillader un petit pin à quelques pas de là. Il faut protéger les vivres.
_____- Pour ce qu’il nous en reste, souffla Joey.
_____Elle tremblait déjà. Ses lèvres étaient bleues foncées, ses yeux rouges et creusés de larges cernes noires. Encore plus qu’avant. Elle avait toujours était maladive, du moins depuis que le Garçon la connaissait, mais son état autrefois stationnaire empirait rapidement. Le premier jour elle avait fait mine de marcher seule mais on avait vite du se rendre à l’évidence : encore plus que le vieux Bob qui accusait un âge respectable et avait besoin de l’aide d’Elminéa pour certains passages délicats, comme cette fine ravine qu’il a fallu sauter ou la rivière qu’il a fallu suivre sur quelques kilomètres, Joey ne pouvait pas assurer le périple qui s’annonçait. Le seul fait d’être portée pas la mutante l’épuisait. Comme Keilos ne semblait pas vraiment réagir à l’état fragile de la jeune femme, le Garçon lui avait communiqué ses inquiétudes alors qu’ils ouvraient tous les deux la marche dans une partie de la forêt particulièrement dense et broussailleuse
_____- Je sais, avait répondu le précepteur, mais là maintenant je ne vois pas ce qu’on peut faire si ce n’est se dépêcher de rejoindre le campement des rebelles.
Ils avaient continué à progresser.
_____- Et puis… avait finalement repris le grand homme alors que les idées du Garçon avaient déjà glissé sur autre chose, plus précisément sur ce qu’il comptait faire, lui, une fois qu’ils seraient tous au campement. Ce n’est pas qu’une question de fatigue et de froid.
_____- Ah ?
_____Là encore le précepteur avait laissé la conversation en suspend. Il s’était retourné après quelques instants, en haut d’un petit monticule rocheux et avait fait signe aux autres qui les suivaient laborieusement. Elminéa ne faiblissait pas. Les autres s’accrochaient. Karin n’avait pas d’endurance, mais du cran et pas d’autres choix. Elle tenait.
_____- Elle souffre de l’absence de ces saloperies de drogues. Depuis le temps qu’elle suit un fantôme de thérapie avec ce que je lui apporte de la surface, les effets de la dépendance aurait pu s’estomper. Je savais que Reiss lui dégotait encore de cette merde. Bah…
Puis il s’était tu le reste de la marche. Le Garçon sentais maintenant nettement que les tremblements de la fangienne n’était pas du au seul froid. Certains semblaient remonter de son cœur même, et sa peau était prise en tenaille entre les deux attaques mordantes. Elle grelottait encore quand Elminéa l’entoura de ses bras puissants. Le jeune homme épousseta la neige qui commençait à s’accumuler sur ses épaules et tenta de penser à autre chose. A la neige par exemple. Les résistants se regroupèrent en un noyau compact autour de la mutante recouverte de plusieurs couvertures qui ne protégeaient pas toute la surface de sa peau. Les autres se serraient contre elle, entre ses larges jambes. Créatures des profondeurs étouffantes, aucun n’avait de manteaux.
_____Keilos fermait le petit amas, assis en face d’Elminéa, comme un vieux couple de bête fatigué protège sa dernière portée. Le Garçon était écrasé de toutes parts, ne pouvait bouger ses jambes de part et d’autres du dos de Karin ; la moustache du vieux Bob lui chatouillaient le cou, et son bras nu tremblait à l’unisson des grelottements de Joey. La tête sous le coude de Keilos, il était dans une position plus qu’inconfortable, très instable a priori mais sans possibilité de changement. Chacun le nez dans l’aisselle d’un autre, dans la chaleur corporelle de cette goutte d’humain percée de froid lorsque, au hasard d’un mouvement, un petit interstice laissait s’engouffrer le blizzard qui montaient de l’autres côté des couvertures, ils sentirent leurs membres s’engourdir. Tandis que le vieux Bob se collait tout contre son dos, le Garçon serra Karin un peu plus fort, et, l’esprit libre, glissa ses mains contre le ventre de la jeune fille dans une faible étreinte. Ils sombrèrent dans l’inconscience joue contre joue.
_____Le jeune homme ne fut pas le dernier à ouvrir les yeux, quelques heures plus tard. Ils étaient toujours dans cette position incommode mais tellement confortable au regard des alentours brisés. La neige avait cessé de tomber, bien que le ciel qu’on apercevait après les futaies restât lourd, et un matelas narguait leur sommeil difficile. Keilos secoua le vieux Bob par les épaules.
_____- Allez on y va, avant que ça ne retombe… »
_____L’autre n’eu ni le courage ni la force de se plaindre. En ouvrant leur sac ils constatèrent à nouveau le niveau des vivres.
_____- Hum, réfléchit Karin, ce n’est pas bon tout ça.
_____- Il nous reste trois jours, pas plus, opina Keilos, et je ne sais pas où nous sommes. Avec un peu de chance on a dépassé le campement.
_____Son ton était morne, il savait que rien d’autre ne pourrait motiver le groupe dont il se sentait responsable que leur instinct de survie qui, prétendait-on parfois à la surface, faisait ramper sur trois kilomètres deux cents un fangien blessé à mort.
_____- M’enfin bon.
_____- Oui…
Ils avalèrent donc leurs barres protéinées de randonneur sans pour autant en savourer une seule miette, loin de cette préoccupation futile.
La petite bande marcha une bonne dizaine d’heure, ne s’arrêtant que rarement lorsque Karin ou le Garçon ne pouvait plus faire un pas. Le vieux Bob avait rejoint une Joey cadavérique sur les épaules de la mutante, qui soufflait bruyamment lors de ces rares pauses en les déposant au sol, signe que même elle n’était à l’abri de la fatigue toute humaine. La sœur de Reiss grelottait, si la violence de ses tremblements et le ton plus pâle encore, si c’est possible, de sa peau permettait encore de le dire ainsi. Même la couverture capitonnée qui enserrait ses éternels nippes flottantes ne protégeaient pas assez son corps frêle. Le vieil homme quant à lui ne s’exprimait plus que lorsqu’il éternuait, en proie à un gros rhume moins inquiétant mais qui rappelait aux autres qu’il avait plutôt presque dépassé la force de l’âge.
_____Il devenait difficile de s’orienter ; bien qu’il ne neigeât pas durant ce temps, le vent s’amplifia, le souffle s’engouffrant entre les arbres, sinuant à travers la forêt. Le jour du se coucher à un moment, mais le passage à la nuit fut imperceptible. Le Garçon aperçut un petit rongeur à deux têtes, et les branches des arbres se tordaient dans des directions de moins en moins habituelles.
_____- La grande forêt entoure le Val Saugrenu, expliqua le précepteur au campement improvisé qu’ils avaient monté. Certains considèrent celui-ci comme l’épicentre de l’éther Palatinien, certains parlent d’un point chaud. Pour les uns, la source ne peut qu’être artificielle, un puissant catalyseur, de fabrication et de fabricants inconnus. Pour d’autres, c’est un centre mystique. Enfin bref, la seule chose dont on est sûr c’est que c’est une zone où le taux éthéré est très élevé. Dans le val même, on ne sait pas trop ce qui peut arriver. Les bestioles ont suivis leur propre évolution, et pour le peu qu’on en sait, ça a donné des choses bizarres. En continuant dans cette direction, nous nous en approchons, le taux éthéré va donc augmenter graduellement. Les effets des vents de magie, qui coule depuis le val jusqu’à Palatine, attiré par les esprits humains, peuvent avoir des effets macroscopiques à une concentration trop élevée. Comme si tout le coin était sous l’effet d’un enchantement perpétuel.
_____- Si je trouve le mage qui a jeté ce putain de froid… grogna Bob.
_____- Ce que je me disais, continua Keilos, c’est que les résistants doivent forcément se trouver dans une zone plus ou moins habitable. Même si le Val empêche justement le Gouvernement d’aller les déloger, je ne pense pas qu’ils risquent inconsidérément la santé de leurs enfants, les effets du mutagène de l’éther sont déjà assez forts à Palatine. Donc, nous sommes peut-être relativement proche de leurs camps.
_____- Espérons-le, murmura le Garçon.
_____- Mais toi tu les vois d’ailleurs les vents de magie ? demanda Karin
_____- Oui, murmura-t-il. Je les sens qui glissent vers le sud, traversant les roches et les arbres. Il n’y a personne à des kilomètres à la ronde, et pourtant ils charrient des impressions, ils sont des sentiments que personne ne semble avoir ressenti. Enfin… je ne sais pas trop, ils semblent plus… vieux que ceux que j’ai pu voir se former au cœur d’esprits. Je ne sais pas trop.
_____- Hum.
_____- Keilos ?
_____- Oui Elminéa ?
_____- J’ai cherché du gibier aujourd’hui, mais en marchant, ce n’est pas facile…
_____- Bon sang, c’est vrai, que nous reste-t-il ?
Il ouvrit l’un après l’autre les sacs de Myriam.
_____- Merde.
_____Cette nuit de sommeil fut encore plus courte que la précédente. Ils furent réveillés au bout d’une heure avec fracas par une tempête qui explosait soudain. Ils durent se blottirent contre un grand tronc noir, mais, cette fois, ne purent trouver le calme dans leurs corps écrasés. Quand les cieux se turent, chacun se redressa, les yeux en cerne et les jambes flasques. La neige leur arrivait à la cuisse. Le Garçon s’éloigna un peu du groupe pour uriner.
_____Quand il revint, les autres se regroupaient à quelques mètres du tronc contre lequel ils s’étaient abrités.
_____- Hé, viens voir, vite ! lui dit Karin. On a de quoi manger !
_____Il s’approcha et vit le corps encore chaud d’une sorte de cervidé brun de petite taille, assez toutefois pour nourrir la troup. Elminéa, qui s’occupait généralement des taupes palatiniennes et des bersek, dépiauta l’animal. Il fut question de manger sa chaire crue, mais Myriam leur avait donné un petit catalyseur thermique. La mutante engouffra la moitié de la bête à elle seule, puis ils repartirent.
_____Ils avancèrent lentement ce jour là, luttant contre l’épaisse croûte blanche qui freinait leur mouvement. Le ciel se dégagea enfin, sans que le vent ou le froid ne retombe pour autant. Le soleil avait bien entamé son déclin lorsqu’ils débouchèrent sur une longue fissure. Elle n’étaient pas spécialement vertigineuse, trop profonde tout de même, et pas des plus large, bien qu’impossible à enjamber, mais elle s’étendait jusqu’à perte de vue de part et d’autre. A l’allure que les terroristes avaient, la contourner aurait pris des jours ; heureusement la tempête avait jeté en travers des arbres déchirés quelques dizaines de mètres plus loin, et ils purent passer sans plus d’embarras.
_____Mine de rien, constata le Garçon, la bestiole de ce matin et maintenant, on aurait pu avoir moins de chance ! Dans notre malheur bien sûr, ajouta-t-il aux regards exténués.
Bien que l’obscurité fut tomber, ils continuaient à marcher à la faible lumière d’une lampe torche, le temps de trouver un endroit pour bivouaquer. Ils avaient tout juste de quoi faire un repas, le lendemain risquait d’être difficile.
_____Soudain, Joey hurla. Ils stoppèrent aussitôt. Elle fut prise de violentes convulsions, et Elminéa la déposa contre un arbre alors que la fangienne s’agitait en tout sens sans cesser de crier. Sa voix était pleine d’un air qui s’échappait sans contrôle. Keilos conseilla aux autres de prendre leur distance pour ne pas rencontrer les gesticulations brutales de la malheureuse.
_____- Merde, c’est le poumon qui en a pris un coup, je suppose. Merde.
_____-Merde, acquiesça le Garçon
_____- Putain de merde, ajouta le vieux Bob.
Ils n’entendirent pas les bruissement des feuilles, tant les rebelles sont passés maître dans l’art d’arpenter la forêt sans un bruit. Le premier signe de leur présence fut la voix forte du chef de brigade.
_____- Pas un geste ! Qu’est-ce qui se passe ici ?

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