Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
Nous sommes le Lun Déc 10, 2018 6:31 pm

Heures au format UTC + 1 heure




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 27 messages ]  Aller à la page 1, 2  Suivante
Auteur Message
 Sujet du message: Organisme et cie
MessagePosté: Sam Jan 29, 2005 5:23 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Petit texte sans prétention, peut-être suivi ultérieurement par d'autres dans le même genre.

L’organisme


C’était un organisme tout ce qu’il y a de plus normal, qui fonctionnait on ne peut plus normalement et constitué de cellules tout ce qu’il y a de plus normales. Enfin, au début…
Un jour, sans que l’on sache pourquoi, une cellule s’atrophia horriblement et perdit son noyau. Privée de cet élément essentiel, elle fut condamnée à vampiriser ses anciennes semblables : elle était devenue un virus, le premier virus.
Non préparé à cette nouvelle menace, l’organisme eut recours à des techniques de défense maintes fois éprouvées contre les bactéries extérieures, mais totalement inefficaces contre cet ennemi de l’intérieur. Un à un, les phagocytes envoyés pour l’arrêter tombèrent sous son emprise, tandis qu’il corrompait de plus en plus de cellules, détruisant ou modifiant des organes entiers tombés sous son joug.
Sans le soutien de ses organes essentiels, l’organisme dépérit, puis périt. Sa mort aurait annoncé la disparition du virus, si celui-ci n’avait pris soin d'en contaminer un nouveau, ou il put reprendre une nouvelle expansion. Il semblait bien que c’était, à plus ou moins long terme, la fin de tous les organismes.
Mais, un jour, aussi subitement qu’il était apparu, le virus disparut, s’autodétruisant. Il avait compris que sa semi-existence, vouée au développement sans fin, était absurde.
C’était une planète tout ce qu’il y a de plus normale, qui fonctionnait on ne peut plus normalement, et habitée d’espèces tout ce qu’il y a de plus normales. Enfin, au début…
Un jour, sans que l’on sache pourquoi, une espèce agit stupidement et perdit son bon sens. Elle était devenue l’homme, le premier homme.



Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:49 am, édité 2 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Dim Jan 30, 2005 3:54 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Quelques considérations mathématico-philosophiques, pas à proprement parler des textes littéraires.

Les hommes sont comparables aux triangles. Certains sont égaux, d'autres sont semblables. Certains sont droits, d'autres quelconques, d'autres encore particuliers. Certains respectent des règles, d'autres n'ont que celles qui font d'eux des hommes. Et l'on peut à tout homme trouver des bons et mauvais côtés, selon l'angle sous lequel on l'observe. Chacun d'eux enfin voit tout à sa mesure.

La somme des idées des gens est largement supérieur à l'idée de la somme des gens.

J'aime bien celui-là, d'autant qu'il exprime à mon avis une vrai idée :

Le bonheur n'est pas la droite représentative du progrès en fonction du temps, il est son coefficient directeur.

Démonstration : Soit le bonheur. On considère ici qu'il n'est que fonction du progrès de l'homme (pas seulement technique, mais aussi philosophique, artistique...). On considèrera aussi que cette fonction est croissante, c'est à dire que l'homme progresse avec le temps (c'est au moins vrai pour la technique). Or, le bonheur, lui, n'est pas croissant, et donc proportionnel.
En fait, pour être plus heureux, il faut plus de progrès mais dans un même temps.
En effet, on s'habitue au progrès. Les gens étaient superbement heureux lorsqu'on institua la poste, il ne peuvent maintenant s'en contenter et vivre sans téléphone.
CQFD.


Dernière édition par Pépère le Sam Oct 22, 2005 7:21 pm, édité 3 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Sam Fév 05, 2005 2:34 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Petite page de publicité

Des nerfs, c'est pour la vie !

C'est pour cela qu'AOL vous offre deux mois pour tester votre cerveau GRATUITEMENT et sans obligations. Deux mois pour tester le nouveau cortex 1.7, 3 Go, écran couleur, fourni avec toute une gamme de programmes élaborés pour votre confort et votre plaisir.
En plus, jusqu'au 23 février 2005, pour un lobe cervical acheté, le deuxième est ouvert. Offre valable dans tous les magasins participants.


Vos achats ne sont pas innocents. En achetant des OGM ou des produits non labellés, vous développez l'agriculture industrielle au dépend des petits agriculteurs qui ont choisi de défendre leurs traditions, et de respecter l'environnement et le consommateur. Vous pouvez agir:
Préfèrez la mère biologique.


Dans, un monde ou tout se vend et tout s'achète, seule la violence est gratuite, bien que l'on frappe la monnaie.
Dans cette époque trouble ou le silence est d'or et le temps de l'argent, les gens passent leurs journées à se taire, éspérant ainsi accéder à la richesse.


Dernière édition par Pépère le Sam Oct 22, 2005 7:22 pm, édité 1 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Ven Fév 25, 2005 8:00 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
ci-git...euh, ci-contre, une mienne rédaction, que Sebalsvatur a ardemment demandé à voir sur le forum (arf, non, j'rigole, personne n'en voudrait), et pî bon, comme j'ai déjà une rubrique de texte fourre-tout...
Il fallait rédiger un début d'autobiographie à la Nathalie Sarraute, c'est-à-dire avec un dialogue inter-auteur sur le choix des souvenirs à raconter, de la manière de le faire, etc... petit texte sans prétention, donc, comme les précédents.


Je revois la grande pièce au parquet patiné. Le canapé de mes lectures, à côté de la cheminée éteinte et du rocking-chair desséché et craquant, alors silencieux, faisait face à une table basse de verre bleuté. Il tournait son dos rembourré à l’imposante table familliale, massif meuble de chêne qui trônait au milieu de la salle, autel immuable, recouverte d’une nappe jaune parsemée de fleurs rouges, un simple et large pichet de terre cuite posé dessus, qui servait habituellement à hydrater les parties de cartes que mon père aimait à organiser avec ses amis. A gauche de la table se trouvait le buffet, sur lequel étaient placés une coupe de fruits, une montagne de papiers et de carnets couverts d’encre, et un précieux vase de porcelaine auquel on tenait beaucoup, mais qui n’y était plus ce jour là. La lumière orangée de ce début de soirée s’engouffrait par la fenêtre, éclairant l’ancienne place de ce vase, alors disparu. Ç’avait été un beau vase blanc, immaculé avec des détails azurés finement ouvragés. Il avait été dans la famille depuis plusieurs générations. Je revois encore ses éclats, derniers vestiges de sa grandeur passée, gisant inertes à mes pieds, moi, l’instigateur de sa chute...
Elle me parlait calmement, avec sa belle voix douce et caressante de mère. Je n’écoutais que cette mélodie enchanteresse, et les mots m’échappaient, coulaient alors que je tentais de les retenir, comme le bruit apaisant de l’eau sur les rochers. En dessous d’une trombe d’eau gigantesque. J’étais captivé par ces paroles tonitruantes, ces grondements harmonieux qui berçaient mes oreilles d’une longueur monotone, très monotone, monotonement monotone...
Elle dut s’aviser de ma langueur, et je fus soudain délivré de mon agréable léthargie et ramené au monde réel par une tendre et affectueuse caresse maternelle. C’est alors que j’ai compris que mon destin était scéllé, vérrouillé vers les sommets de la réussite. A ce moment, je décidai que c’était Chateaubriand ou rien, les dés étaient jetés, je...

-Oh là, ne nous emballons pas. Ça m’a l’air très pompeux, tout ça. Et pompé. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi tu parlerais de ça. Je ne vois même pas de quoi il s’agit, en fait. C’est de ton enfance dont tu veux parler, je te le rappelle.

-Evidemment ! Enfin, comment ça, tu ne vois pas ? Un tournant de ma vie, de notre existence, la découverte de la véritable nature humaine... ma première claque.

-...

-C’est le premier souvenir qui m’est revenu de mon enfance, spontanément. Le début de ma vocation, mon premier rapport à la violence, instrument de ma gloire. Cet évennement aura une place dans mon oeuvre.

-Moi, je voyais juste cela comme une claque. Il y en a eu d’autres, et des pires

-Oui, mais c’était la première fois, la précurseuse. C’est comme le jour ou...

-Ah non ! Tu ne vas pas écrire ça. Il faut un minimum de décence pour raconter sa vie.

-Eh, quoi ! On a passé mai 68 ! Sortons de ces tabous de moine acariâtre et d’adolescent boutonneux. C’est d’un homme dont je parle, pas d’un personnage de Disney ! L’amour platonique, ça n’est plus vendeur. Il faut du tonique, pas du plat.

-Oui mais quand même... imagine, si des gens te lisent...

-J’y ai pensé, figures-toi.

-Et tu n’as pas peur de les choquer ?

-Bah ! Il faut bien les réveiller, les lecteurs. Leur montrer que quelque part dans le monde, quelqu’un agit et parle sans crainte.

-Tu espères qu’il vont te prendre comme exemple ? Le monde sera remplit de brutes alcooliques et obsédées ?

-Mais c’est cela, l’humanité ! Simplement, je suis le seul à l’admettre. Chacun fait comme moi, et est persuadé d’être le seul dans ce cas. Alors on se cache, on trahit sa vraie nature. C’est pour cela que j’écris. Pour montrer que non, vous n’êtes pas seul.

-Mais tu pourrais le dire moins cruement.

-J’aurais écris un roman, une fiction. Si j’écris du vécu, je vais jusqu’au bout.

-Tu n’es pas obligé de mentir pour rester bienséant. Atténuer, tempérer certains passages, faire des sous-entendus, elider.

-Et pourquoi pas des paraboles ! Le nouveau testament serait la première biographie d’un misogyne éthylique. Et vive la multiplication du gros rouge !

-Non, franchement...

-Mais je suis franc. Ce que je veux, ça n’est pas conforter des idéaux frileux et mensongers, c’est exhiber mes brûlures, mes blessures, sans complaisance et sans gêne.

-Exhiber ? Il n’y pas de quoi être fier.

-Mais il n’y a pas à avoir honte. Ah, suffit ! Je n’en peux plus de refléchir pour deux, et puis j’en ai marre de cette dualité, de cette multiplicité. Il vaut mieux que je sois un incomplet que deux entier. Je n’avancerais jamais ainsi. Allez, maintenant, laisse-moi travailler.



Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:51 am, édité 2 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Mer Mar 30, 2005 7:44 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
L’épaisseur des mots


Je t’aime.
...
Je regarde les mots que je viens d’écrire, de penser. Non, vraiment, tu ne les comprendrais pas. Du moins tu ne me comprendrais pas. Tu y verrais sans doute mon envie de savoir ce que tu penses de moi, de sortir avec toi, d’être avec toi. Soyons réalistes, pour une fois. Il faut que je t’explique.
Ces trois mots n’étaient pas liés à l’origine dans mon esprit. Je les ai choisis, les ai pesés, minutieusement, l’un après l’autre. J’ai essayé différentes combinaisons de termes, de sens, et ce afin que ma bouche exprime ce que ma tête, mon coeur, pense. Pour que tu comprennes cette phrase, il faudrait que, dans l’absolu, tu oublies toute la pollution autour : mon visage, mon intonation, mon expression, mon regard,mes gestes. Ton expérience de la vie, de moi, ton intelligence, ton état d’esprit d’alors. Que tu ne réflechisses qu’aux mots. Rien qu’aux mots. Individuellement. Pas comme une grossière formule, un vulgaire message d’interaction social.
Je t’aime.
...
J’aurais pu dire “la courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur”, “ton sourire m’éclaire comme un rayon de soleil” ou tout simplement “je t’adore à la folie”. Mais tes lobes oculaires sont bien agencés dans leurs orbites et mon coeur dans ma cage thoracique. Tes muscles buccaux n’envoient pas de photons. Je ne te considère pas comme une divinité, et j’ai toute ma raison. Ce ne sont qu’hyperboles, métaphores et abus de langage. Littérature et rhétorique. Mensonges.
Je ne pense pas que j’aurais pu te dire “je mourrais pour toi”...je ne pense pas...
J’aurais pu te dire “ta simple présence m’est agréable”, ou “quand tu parles, quoi que tu dises, je t’écoute avidemment”. Tout cela est vrai. Même avidemment. Informations, acceptations mesurées, pesées. Vérifiées.
Vraies.
Je t’aime
...
Mais comment pourrais-je te le dire ?

édit Vae-primat: Texte corrigé


Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:51 am, édité 2 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Dim Mai 01, 2005 4:56 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Suite au post de Thenestoh, j'ai tilté sur les hasheenus et leur république. J'ai donc pondu un petit texte, mais je ne sais pas s'il s'intègre parfaitement dans le monde de morrowind...:mrgreen: ...en même temps, une république... :mrgreen:

Du droit social
Traité sur la république Sayadihnienne

Par Gengac Rûssoh le fier

Nous, peuple hasheenu, rejetons tout régime autre que la république indépendante Sayadihnienne. Aucune théocratie, monarchie, oligarchie ou anarchie ne sera tolérée sur nos terres, et nous mourrons, pour notre liberté, plutôt que de nous soumettre et abandonner notre indépendance.
Tous les gouvernements sus-nommés, en conférant un pouvoir total à une entité, que ce soit un dieu, un elfe, un groupe d’elfes ou l’ensemble du peuple, apportent par là-même la corruption des droits et des devoirs, que nous donnent la nature, et une aliénation de la liberté des citoyens. Seule une fragmentation de l’autorité permet un épanouissement des sus-dites libertés.

Les décisions doivent être prises par une assemblée désignée par l’ensemble des citoyens. En effet, le peuple hasheenu tout entier ne peut passer un temps parfois considérable à discourir sur l'élaboration de ses lois, là où un groupe de sages sensés y verrait plus clair; temps pendant lequel il ne pourrait travailler à son développement, ni même à son fonctionnement. En outre, le nombre croissant d’enfants dans nos familles, et les villages éloignés rendraient difficiles de tels rassemblements. Enfin, les particuliers ont parfois du mal à voir l’intérêt commun au milieu de leurs intérêts personnels. Cependant, tous les cinq ans, afin d'éviter que ne s'installe une caste dominante, aura lieu le Vote. Pendant ce temps, le peuple hasheenu se regroupera à la Place des Orateurs de la cité de Sayadihna. Si de plus une grave décision doit être prise, concernant le destin de la nation même, comme l’entrée en guerre contre une autre puissance dans le but de défendre notre République, des référendums extraordinaires seront mis en place .

Durant le Vote, seront élus les sages qui siègeront au Conseil. Tous les elfes peuvent se présenter à partir de quarante ans, et tous peuvent voter. Le Conseil des Sages a juste un pouvoir législatif, car, comme déjà précisé, un pouvoir absolu entraîne une folie absolue. Cette assemblée, composée de dix sages, discute des lois. L'application et le respect de ces dernières sont mis en place par un légat, titre du chef de la milice, qui est élu pour une période de dix ans. En cas de non-respect des lois, c'est à lui et à ses subordonnés qu'incombe la tâche d'appréhender les contrevenants mais, dans un souci d’écartement des influences, il ne rend pas la justice. Il doit intervenir mais son pouvoir est seulement exécutif. Un substitut est nommé pour l'aider dans sa tâche et pour pallier à une éventuelle vacance du poste. Le pouvoir judiciaire appartient à trois juges, désignés chaque année par le Conseil des Sages. Personne ne peut cumuler deux fonctions, simultanément, dans la hiérarchie gouvernementale. Si pour une raison quelconque un, ou plusieurs, des postes venaient à être vacants, lesdits postes seraient occupés par les suppléants désignés par le, ou les, sages manquants comme successeurs.

Telles sont les bases de la république indépendante Sayadihnienne. Les elfes naissent et demeurent libres et égaux face à la loi. Il peut être décidé par le Conseil Judiciaire que cette égalité ou cette liberté soit ou aliénée ou ignorée pour certains individus ne voulant pas respecter cette loi. Le Conseil des Sages devra entériner cette décision. Pour certains cas exceptionnels, où il peut être décidé d'une sanction plus sévère, il est alors préférable d’aborder ces cas d'exception durant le Vote ou par un référendum.


(suivent les nombreuses lois régissant la république de Sayadihna dans un langage juridique, ésotérique et soporifique)


Dernière édition par Pépère le Sam Oct 22, 2005 7:23 pm, édité 1 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Lun Aoû 29, 2005 3:02 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Petite histoire interactive


-Bonjour, bien, asseyez-vous.
...

-Bien, donc, nom, prénom… profession…
...

-Vous êtes, disons, plutôt riche, pauvre, classe moyenne ?
...

-Hum. Situation familiale ?
...

-Et ça se passe bien ?
...

-Oui, je veux dire, êtes-vous prêts à tuer pour cela ?
...

-Hum, je vois, l’occasion ne s’est pas encore présentée. Bon, apparemment, vous n’êtes pas amnésique ?
...

-Ah, on ne sait jamais. Parfois, il ne manque que quelques jours, quelques heures, et c’est déjà suffisant… enfin bon. Avez-vous des pulsions, ou des envies meurtrières ? Ou suicidaires ?
...

-Hum, quelqu’un cherche-t-il à vous tuer ?
...

-Ah je ne sais pas, moi, sinon je ne demanderais pas. Sinon, êtes-vous érotomane ?
...

-Oui, érotomane, il ne faut pas que je vous fasse un dessin ?
...

-Bon… vous n’avez jamais subi de traumatisme ?
...

-Même pas moral ?
...

-Bon, et bien, écoutez, je vais voir ce qu’il y a, mais je dois quand même vous dire que votre profil reste assez " commun ", sans vouloir vous offenser, et donc… ah, excusez-moi.
Charles Dupontel, société de casting pour héros de roman, j’écoute. Oui, devant moi. Comment ? Ah ? Oui, je lui dis. Au revoir.
Bon, et bien il semble que vous soyez d’ores et déjà dans une histoire.
...

-Quand commencez-vous ? Mais, c’est sur le point de s’achever !
...

-Eh oui !
...

-C’est cela, bonne journée...
Claude, faites entrer le suivant.


Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:58 am, édité 3 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Lun Aoû 29, 2005 3:45 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Repas de famille.


Marc s’ennuyait à mourir. Au bout de la table, entre sa cousine Amandine, une anorexique frisée frisant la quarantaine et le ridicule avec sa robe à fleurs et col de dentelle, ses lunettes et son nez pileux, et l’oncle Thomas, qui était venu ici de Lyon pour l’occasion, et, apparemment, n’avait qu’une envie, y retourner, et dont la conversation s’était limitée en tout et pour tout aux classiques messages sociaux de bienvenue et à un rapide commentaire climatique, il ne se passait rien. De plus, la plupart des bouteilles étaient réquisitionnées par les jeunes, de l’autre côté de l’assemblée. Là-bas, ça discutait, ça riait, et donc ça buvait, mais Marc était trop loin pour suivre la conversation. Apparemment, pour le moment, on semblait parler de jeux de cartes… ou d’Histoire de France… mais quel rapport avec Sarkozy ?
Finalement, après quelques tentatives infructueuses, l’oreille en l’air, pour y comprendre quoi que ce soit, Marc, stoïque, se résigna à supporter le repas en contemplant béatement les roses brodées sur la nappe jaune.
Soudain, une explosion terrible retentit, la porte vola en éclats dans un nuage de poussière pour atterrir sur la grand-mère, qui aurait eu 80 ans deux semaines plus tard. Les conversations cessèrent, et les fourchettes restèrent en suspend entre les assiettes et les bouches.
A la place de la porte se trouvait maintenant un trou béant, les murs avaient les parpaings à nu et, semblait-il, le plancher du premier étage était descendu au rez-de-chaussée. Un homme enjamba les décombres, un fusil à la main.
C’était Rambo, ou si peu. Vêtu d’un pantalon en camouflage, d’un maillot kaki et d’un bandeau rouge autour du front, ses muscles saillants luisaient, comme les dents carnassières de son sourire mâle, et on pouvait voir sur son bras droit, qui tenait l'arme, un cœur tatoué, " Adrienne " gravé dessus. Seule une petite moustache anglaise et noire différenciait le nouvel arrivant de l’avatar de Siverster Stalone. Il avait un gros cigare à la bouche.
-Chalut tout l’monde ! brailla-t-il, gêné par son cigare.
Personne ne réagit, sous le choc. Il balaya la tablée du regard, puis ses yeux bovins se posèrent sur le petit Arnaud, le neveu de Marc, qui exaspérait ses professeurs de cinquième. Il sourit, et appuya sur la détente. Sous l’impact, la tête du tendre bambin explosa littéralement. Marc reçut un bout d’Arnaud sur l’épaule.
Aussitôt, ce fut la panique. Julien, le beau-frère de Marc, se leva d’un bond, mais un tir dans les côtes le cloua définitivement au sol. Son flanc gauche était en sang. Sa femme, Béatrice, l’aînée, hurla, mais un couteau siffla et se ficha dans sa gorge qui n’émit plus qu’un gargouillement plaintif.
L’assassin sortit alors d’on-ne-sait-où une énorme tronçonneuse, qu’il embraya dans un grand vrombissement et une joie enfantine. La tête frisée de la cousine Amandine alla rouler près de celle de l’oncle Léon, des bras furent séparés de leurs troncs, des troncs de leurs jambes, le tout bien sûr dans un effluve de rouge saumâtre. L’assemblée fut rapidement réduite à un tas de chair sanguilonante plus ou moins vivant, et à Marc, qui, paralysé, comme en catalepsie, était resté assis sur sa chaise les mains sur les genoux –la table ayant valdingué contre le mur en face- et le morceau d’Arnaud sur l’épaule.
Sans un regard pour lui, le tueur empoigna un étrange engin qui se révéla être un lance-flamme et " désinfecta les plaies ".
La salle fut prestement transformée en un immense brasier, puis en un petit tas de cendres. Étrangement, le coin où Marc était assis était presque intact, juste un peu roussi.
Après avoir empli ses poumons de l’air frais de l’extérieur et de la fumée de l’incendie, le psychopathe se tourna vers Marc, qui semblait regarder fixement le vide, et en éclata de rire. Il se pencha sur les débris, en tira un énorme marteau de pierre, et se plaça en face du survivant. Ce dernier était nerveux comme un canard, traversé de sueurs froides et de tremblement. Toujours en regardant sans ciller devant lui, c’est-à-dire la boucle de ceinture du gaillard, il ouvrit plusieurs fois la mâchoire et la referma sèchement, puis réussit tout de même à bégayer :
-P… P… Pourquoi ?
Son vis-à-vis éclata alors d’un rire tonitruant, rauque et puissant.
-Arf, pourquoi ? s’esclaffa-t-il. Mais bonhomme, on est dans une histoire ! Regardes, il n’y a plus qu’un phrase !
Et il lui éclata le crâne.


Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:59 am, édité 4 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Lun Aoû 29, 2005 7:46 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
La surprise

La petite voiture se gare dans la rue déserte, juste devant la vieille maison. La portière rouge s’ouvre, une grande femme en tailleur gris en descend. Elle porte une vaporeuse écharpe de gaze, et fume. Elle se saisit de sa cigarette consumée, la jette négligemment sur le trottoir et l’écrase de son talon.
Ses pas crissent sur le gravier alors qu’elle se dirige vers le portail blanc. Lorsqu’elle le pousse, une plaque de peinture s’écaille, révélant le métal rongé par la rouille, orange et sec.
Elle entre dans le jardin. Ses chaussures pointues s’enfoncent dans les cailloux de grès de l’allée centrale. Il règne dans les quelques mètres qui la séparent de l’huis un faux silence qui ne joue pas franc jeux, rempli de piaillements plaintifs et de croassements gras. Lorsqu’elle passe à côté de la petite mare, l’eau s’agite.
Atteignant le palier, elle gravit les trois marches de bois qui grincent sous son poids. Elle saisit la poigné brillante, qui résiste. Étonnée, elle force un peu, sans résultat. La porte est fermée à clé. Son front s’obscurcit alors qu’elle fouille dans ses poches, d’où elle sort finalement un trousseau de clés. La porte était fermée à double tour. Elle n’est jamais fermée à double tour.
Elle entre, pas un bruit. La lumière qui s’engouffre par l’entrebâillement de l’entrée révèle la poussière en suspension. Ses pas résonnent dans le vide ouaté sur le carrelage du vestibule.
" Bonsoir tout le monde "
Elle accroche son écharpe sur le portemanteau de fer, froid. Pas de message sur le répondeur.
" Les enfants ? "
Son appel se perd dans les murs de contreplaqué.
Soudain, un vrombissement se fait entendre. La lessive s’est mise en route. La vieille horloge, dans la cuisine, sonne des coups métalliques. Il est sept heures.
Lentement, elle avance dans le couloir où flotte une odeur de cuir. Elle jette un œil dans le salon. La télé est encore allumée, sur un canal vide, et grésille. Personne. Elle éteint l’écran.
Elle s’approche de la porte bleu ciel entrebaîllée, et écoute. Aucun son. A travers l’interstice, elle ne voit que l’armoire de chêne, mais pas de trace d’Alexandre, ni de Kévin. Elle pose sa main sur la petite poignée blanche, alarmée d’un étrange pressentiment. Une boule se forme dans sa gorge. Qu’est-ce que…
Vlam ! Un choc soudain la fait sursauter, quelque chose est tombé, elle ne voit rien, elle titube, elle a… elle est… elle est mouillée, elle a un seau sur la tête !
Reprenant ses esprits, elle sent l’humidité de ses vêtements, puis les fous rires de ses deux charmantes têtes blondes, ses ignobles têtes à claques, qui déjà sautent joyeusement autour d’elle.
" Wouaiiiiih ! "


Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:59 am, édité 2 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Sam Oct 22, 2005 5:25 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Le cycliste

Au volant de son Azur 85 gris métallisé, direction assistée, 12 airbags, allume-cigare, et bien entendu, climatisation, Sylvain attendait. Si sa monture d’acier pouvait facilement monter à 150 km/h - elle le faisait d’ailleurs souvent sur l’autoroute, car on sait bien que les compteurs sont de toutes manières trafiqués - , depuis 25 minutes, sa vitesse moyenne oscillait plutôt autour de 15 km/h. Quant à sa vitesse instantanée, au point précis du début de cette histoire, elle était tout simplement nulle.
Les mains crispées sur le volant, les bras tendus, le pied flirtant nerveusement avec la pédale et le cerveau tout entier dans l’attente d’un passage du rouge au vert, son regard fut brusquement attiré par un mouvement furtif sur le côté, entre deux voitures de la dernière file. La chose doubla encore quelques véhicules, puis s’arrêta au feu : C’était un cycliste. Les longs cheveux blonds flottant sur les épaules, coiffés comme du mauvais foin broussailleux, un grand manteau vert délavé, un pantacourt beige et un sac de cuir en bandoulière, il respirait la primitivité frustre. Quand il eut posé le pied à terre, il se retourna et fixa la file comme un marin peut regarder la mer en murmurant " je t’ai survécu, une fois encore ", et Sylvain put voir son visage niais, farci de boutons roses et affublé de grande lunettes ovales. Mais ce qu’il vit surtout, comme tous les automobilistes présents, c’est le défi qu’il leur lançait du coin de son sourire.
Sylvain ricana. Tous les automobilistes présents ricanèrent. Qu’espérait ce petit prétentieux avec ses deux roues et son guidon ? Soudain, mais tranquillement, le cycliste appuya sur la pédale, et partit. Sylvain crut d’abord que le feu était au vert, quelques voitures firent même mine de partir, mais l’indicateur restait obstinément rouge. On se récria : Tricherie ! Rageusement, Sylvain observa l’endroit où se trouvait quelques instants plus tôt le cycliste, et nota un détail qui lui avait échappé : là, en bas du poteau du feu, trop bas pour qu’un automobiliste puisse le remarquer, clignotait un petit vélo orange.
Ah, c’était comme ça ? Et bien il allait voir.
À peine le feu avait-il repris la couleur de l’écologie que la file de voitures démarra en trombe dans un crissement déchirant de pneus.
Sylvain n’était pourtant pas sûr de passer alors : il aurait bien mis la gomme pour rattraper le cycliste, mais, malgré son forcing agressif, le petit vieux devant lui n’avançait pas. Horrifié, il vit le feu tourner à l'orange, accéléra, et passa exactement au moment où il repassait au rouge, de justesse, comme un héros glisse sous une herse qui s’abat.
Quelques coups de klaxons énervés des véhicules qui commençaient à se déverser des rues transversales lui indiquaient même qu’il était vraiment passé de justesse.
Mais il était passé, et c’est dans un état d’extrême jouissance qu’il doubla le cycliste qui continuait nonchalamment son périple, en lui décochant un sourire conquérant, que l’autre fit mine d’ignorer. Mais il se morfondait, Sylvain le savait. L’automobiliste était en train de savourer sa victoire, certes facile, lorsque la twingo devant lui ralentit dangereusement, puis s’arrêta. Les roues de Sylvain crièrent sous l’effort alors qu’il écrasait son frein, le train arrière sembla se soulever, mais il réussit tout de même à éviter la collision. Après s’être remis de son choc, et avoir copieusement invectivé le manchot qui conduisait cette boîte de conserve, il parvint à se calmer juste assez pour se rendre compte de la raison de cet étrange arrêt : il était tout bonnement arrivé au feu suivant. Evidemment. Il avait presque réussi à retomber à l’état d’énervement normal d’un automobiliste dans un bouchon, lorsque le cycliste, longeant le trottoir, le dépassa tranquillement, toujours à la même vitesse, comme il dépassa tous les automobilistes présents qui le fixaient avec haine, tous emplis d’une pulsion meurtrière difficilement contenue.
Il s’arrêta de nouveau au pied du feu, toisa de nouveau ses adversaires, qui lurent fort bien la lueur de suffisance qui brillait dans ses yeux bovins… à moins que ce ne fût un reflet sur ses lunettes… toujours est-il qu’ils en furent passablement remontés.
Le cycliste recommença son petit tour de passe-passe en démarrant avant, et le même schéma se reproduisit, si ce n’est que cette fois, Sylvain grilla carrément le feu rouge, ce dont il se moquait d’ailleurs éperdument, ce qui n’était hélas pas le cas des policiers en faction à ce carrefour précis de la ville, à cette heure précise de la journée.
Mais Sylvain n’était pas seul, et les agents regardèrent, interloqués, une marée de métal déferler à travers ce feu qui n’était plus qu’une digue brisée qui ne retenait guère plus que l’attention. Le lieutenant, qui avait un grand sens de l’initiative, réussit tout de même, au bout de quelques minutes, durant lesquelles le flot avait été ininterrompu, à s’arracher de ce spectacle aussi insolite que majestueux, telle la dernière charge d’un gigantesque troupeau de bisons, pour se jeter sur la radio et demander du renfort.
La chasse avait commencé. Tous les véhicules semblaient ne plus faire partie que d’une seule et même entité, un être tentaculaire qui pour l’instant n’avait qu’un objectif : bouffer du cycliste. Les vieilles querelles entre décapotable et 4X4, les anciennes rixes entre les lents et les moins lents, tout cela avait été laissé sur le trottoir, contre l’ennemi commun. Les véhicules se déversaient dans les artères, se déployaient le long des parkings. La rage se mêlait à l’essence si bien que les voitures grognaient, même le diesel qui n’était pas le dernier à rutiler d’impatience…
Sylvain, quant à lui, collait au train de la proie. C’était très étrange, presque inquiétant : le cycliste allait vite. Trop vite. Évidemment, il y avait beaucoup de véhicules sur cette route, de plus en plus, même, au point que le bitume disparaissait sous les pneus, et elles se gênaient, mais enfin, même ainsi, prenant le risque d’accrocher le voisin, tout le monde approchait d’un commun accord autour des 60 km/h… bien trop rapide pour un cycliste, avait pensé Sylvain. Mais celui-ci était tenace, même teigneux, et il suivait le mouvement, en parallèle, sur l’asphalte. ça n’avait pas l’air de le fatiguer, et si l’automobiliste n’avait pas eu son compteur, il aurait juré se traîner à 15 km/h.
Sylvain serrait les dents, les fesses et le volant, crispé. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Un moteur serait-il caché quelque part ? Mais non, il s’agissait bien de trois bouts de barre de métal, deux espèces de cerceaux qu’on s’amusait à appeler roues, et c’était tout. Léger. S’il tombait sous nos roues, pensa Sylvain, on verrait s’il ferait encore le malin. Imaginant cela, il sourit, mais ce sourire était nerveux, et de la sueur perlait sur son front.
En même temps, se dit-il, on est désavantagé dans cet espace réduit : c’est dans les terrains découverts que nous excellons. Pour l’instant, on ne peut pas donner tout ce qu’on a. Mais attends, mon bonhomme, attends l’autoroute, et là tu verras…
Et justement, le courant semblait mener tout le monde vers l’entrée sud. Celle-ci était d’ordinaire fermée aux vélos, mais personne ne fit attention à ce détail. Personne ne fit non plus attention au péage et à sa barrière rouge et blanche. Le cycliste, qui était en tête, se courba sur sa selle, et comme un félin, bondit, en serrant son engin entre ses cuisses tout en se tournant à l’horizontale, franchit l’obstacle, se remit à la verticale, et, d’une impulsion, se relança sans perte de vitesse. Sylvain, qui le serrait de près, abasourdi, la mâchoire pendante, n’eut pas le temps de réagir et défonça la barre à 100 km/h. Ça y est, ils étaient sur l’autoroute.
Les véhicules qui se trouvaient déjà là eurent la surprise de voir un cycliste les doubler en slalomant au milieu des quatre voies. Bien, pensa Sylvain, il n’est plus à l’abri. Il partit à ses trousses, bien que, plus volumineux, il égratignât quelques usagers en tentant de les dépasser. Mais ces derniers se remirent bien vite de leur étonnement et commencèrent à harceler le deux roues, en virant de droite ou de gauche lorsqu’il passait entre eux. Ce dernier esquivait habilement ces attaques, en accélérant ou en dérapant. À un moment même, alors que deux trente-trois tonnes coulissaient de concert, Sylvain le vit faire une chose étonnante : une fois de plus, il s’affaissa, puis se détendit d’un mouvement sec, ce qui le propulsa en l’air, comme un grillon, juste au moment où les deux camions arrivaient au contact.
Y était-il passé ? Sylvain attendit que les deux géants se séparent : entre eux, la route était vide. Pas d’empreinte de cycliste sur les carrosseries abîmées. Soudain, l’automobiliste entendit un son clair, une sonnette qui tintait fièrement : une sonnette de vélo. Rageusement, il leva la tête : le pendard le narguait depuis le toit d’un des transporteurs. En deux coups de pédales, il était sur la cabine et sautait sur le bitume. Le chauffeur, surpris, fit une embardé et emboîta son collègue. Les deux imposants mastodontes s’affalèrent sur la route, défoncèrent la ridicule barrière métallique centrale, et glissèrent jusqu’au milieu de la route adjacente.
Les imbéciles, pesta Sylvain. Il ne lâchait pas le morceau pour sa part, et derrière lui accélérèrent des milliers de routards.
Là, un tunnel. On va bien voir s’il saute encore.
Le cycliste s’engouffra dans la gueule circulaire béante, la harde à ses trousses. Sylvain était à fond. Il ne se rappelait pas avoir jamais dépassé les 200 km/h. Et pourtant, l’autre ne semblait pas peiner plus que cela.
Le tunnel était long, on ne voyait pas la lumière de la sortie, qui semblait obstruée par un point qui grossissait dangereusement vite. Un barrage de voiture. Sylvain fut à la fois enthousiaste et horrifié par cette découverte : certainement, les véhicules étaient entassés sur une large distance, empêchant ainsi de sauter par-dessus… l’ennemi n’en avait plus pour longtemps… mais Sylvain non plus. Il n’eut pas le temps de dire " Gasp " qu’il était déjà au niveau de l’infranchissable barrière. Ignorant le péril, il n’avait d’yeux que pour le cycliste : celui-ci se décala de côté, comme on peut voir des avions en formation, arriva contre la paroi du tunnel et… entraîné par la force de Coriolis, il s’éleva jusqu’au plafond, tout en continuant à pédaler, et franchit ainsi le kilomètre obstrué. Sylvain, quant à lui, était trop sous le choc pour se rendre compte qu’il était en train de défoncer à toute vitesse le blocus, comme une balle dans de la graisse tendre. A peine émergea-t-il qu’il vit le cycliste retomber sur le sol dans une chorégraphie aérienne digne des plus grands, et sortir du tunnel, à l’air libre. Quelle enflure.
Sylvain n’était jamais venu à cet endroit, n’en avait jamais entendu parler, et, s’il avait eu tout le loisir de réfléchir, il se serait demandé quel pouvait bien être l’intérêt et la fonction de cette immense place, de la taille d’un aéroport, où concourraient des centaines de routes, comme un immense soleil gris. Et au milieu, un tremplin. Oui, s’étonna Sylvain, au milieu de cette grande étendue déserte, comme narguant la désolation environnante, s’élevait fièrement, tel un monument antique, une de ces rampes de lancement de skaters, monolithe énigmatique.
Et le cycliste se ruait dessus.
En fait, le monde entier se ruait dessus : toutes les routes périphériques déversaient un flot noirâtre de voitures, et, si l’on s’était opportunément trouvé exactement en avion à cet endroit à cet instant, on aurait pensé à un liquide se déversant dans on ne sait quel étrange récipient.
C’était la ruée. Sylvain était seulement quelques mètres derrière le cycliste, qui, sur le coup, arqué sur son guidon, semblait vraiment tout mettre dans ses mollets, dont la rapide rotation était imperceptible à l’œil nu.
Alors, ils arrivèrent sur le tremplin. Sylvain eut tout à coup dans son pare-brise la vision d’un cycliste qui s’envolait sur fond de ciel bleu. Un silence écrasant explosa. L’automobiliste se sentit libéré d’un poids énorme, comme s’il se laissait voguer vers le Paradis…
Il volait. C’était incroyable cette sensation de légèreté, comme si vous alliez rester ainsi, en apesanteur, entre Ciel et Terre, pour l’éternité… mais non. Les pensées de Sylvain perdirent leur altitude en même temps que sa voiture. Il tombait. Rapidement. Boum.

Le noir.

Il émergea quelques temps plus tard, quelques minutes ou quelques heures, ce qui n’avait guère d’importance. Le spectacle qui s’offrait à ses yeux était proprement incroyable : devant lui s’étalaient des carcasses de carrosseries cabossées à perte de vue. Çà et là dépassaient, récifs vaincus, des convois exceptionnels. Où qu’il portât le regard, Sylvain ne voyait que destruction. On eut dit une immense compression de César. Une mer d’huile, et de métal, aurait-on plaisanté. Mais Sylvain n’avait pas le cœur à rire : chimérique fantôme ou mirage éthylique, face à lui flottait dans l’azur éthéré le cycliste, auréolé d’une lueur blanche qui agressa l’automobiliste.
Alors, une sonnette retentit dans l’immensité de l’espace, une sonnette de vélo, la créature divine sourit, appuya sur la pédale et disparut lentement vers l’infini, et au-delà.



Commentaires


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 8:00 am, édité 2 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Mar Nov 01, 2005 5:45 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Possibilité d'avenir

Et si tout était calculable ? Et si, en observant le battement d’aile du papillon, on pouvait prévoir la fureur de la tornade ? Et si l’on avait pu savoir, il y a quelques minutes, par la simple analyse logique de votre position, de celle de chacune de vos cellules, de chacune des molécules, des atomes qui en réagissant ensemble vous font penser et choisir, et même pourquoi pas des électrons, des quarks qui auraient pu, de quelque façon que ce soit, influencer cela, que vous seriez en train de lire ceci ? Et si, à l’origine de l’Univers, on avait pu y voir la fin ?
Et si le hasard n’existait pas ?


- Elmut ! Viens voir !
Le journaliste n’aimait pas cet endroit, qui rappelait par trop un tombeau silencieux.
Pas un bruit ne provenait des coursives métalliques qui s’enfonçaient de tous côtés dans l’obscurité. Par endroits, une brume pâle recouvrait les gravats et montait jusqu’aux genoux des deux hommes. Et ce froid mortuaire…
Cyrille, le jeune photographe, lui, ne semblait pas oppressé par cette atmosphère sinistre, ou alors sa curiosité était plus forte. Il avait l’enthousiasme fiévreux d’un jeune roquet qui, lors d’une ballade tant attendue, tire sur la laisse, trouvait Elmut Borsh. Quant à lui, il avançait avec la prudence et le respect qu’aurait pu manifester un archéologue foulant le premier les dalles d’une majestueuse pyramide endormie depuis des millénaires…
Mille quatre cent quarante ans, et quelques, songea-t-il. Mille quatre cent quarante ans que personne n’avait pénétré dans l’Observatoire. Du moins, officiellement. Elmut étira ses lèvres en un sourire aigre à cette pensée, en tentant d’ignorer la soudaine sueur froide qui lui électrifia la nuque. Si personne n’était entré ici depuis tout ce temps, d’où pouvait donc bien provenir le macabre squelette qu’ils avaient découvert au détour d’un couloir, rongé par la poussière ? Son équipement ne datait manifestement pas de plus d’un siècle, et la cause de son décès et de son étrange emplacement n’était pas très claire.
Le journaliste n’aimait pas ça. Qu’est-ce qu’il était venu faire ici ? Tout ça à cause de ce fichu dossier ! Quelle idée aussi de fouiller dans ce vieux terminal ! Pourtant, dès la lecture du titre, il en avait flairé l’intérêt journalistique : " De l’herméticité de l’Univers, par Aer Boldegger ". Traité scientifique ? Fiction galactique ? Ou canular grossier ? Quelques recherches sur l’auteur dans la banque de données de l’agence l’avaient vite conforté sur la valeur du document : Aer Boldegger n’était célèbre ni pour son imagination débordante ni pour son comique inimitable : c’était un physicien reconnu qui avait œuvré il y a de cela plus de quatorze siècle, juste avant La Guerre en fait. Le dossier en lui-même contenait essentiellement ses travaux de géométrie universelle et était rempli d’équations proprement incompréhensibles pour le médiocre reporter qu’était Elmut, mais son attention avait été attirée par un carnet personnel, qui contenait des informations sur ce qu’il avait toujours considéré comme une légende onirique : le Prophète. Voilà ce que cela donnait, retranscrit en langage moderne :

" A l’époque, j’avais jubilé, comme tous ceux qui s’étaient trouvés avec moi. Nous nous tenions ce jour là devant la consécration, le but et même la raison de nos vies de physiciens, de scientifiques, d’hommes.
L’imposant écran, jusque là obstinément noir, avait soudain explosé de lumière bleue, rapidement traversée de long en large de petits signes blancs qui chantaient l’éveil et l’initialisation du Prophète. Sur la salle s’était alors déversé tumultueusement un flot bouillonnant d’émotions. Des courants de joie, de fierté, d’orgueil même, mais aussi de peur et de méfiance couraient dans l’assemblée d’inauguration, et l’écume avait persisté un moment, malgré le chargement qui n’en finissait pas. La question était pourtant relativement simple : on avait seulement demandé une modélisation de la Terre un mois plus tard. Evidemment, toutes les données universelles, ou du moins galactiques avaient été prises en compte (en effet une météorite pourrait modifier ne serait-ce qu’une partie du futur terrien) mais, le Prophète ayant déjà en mémoire un modèle instantané et évolutif de l’espace entier, grâce à la quantité incommensurablement inimaginable et inimaginablement incommensurable de données qui avaient été collectées avec les nouvelles techniques de scanner sub-électronique, cette projection aurait dû être créée en, disons, moins de deux heures.
Or, ce laps de temps écoulé, le puissant ordinateur avait bien émit un message, mais ça n’avait certes pas été ce qu’escomptaient les cent cinquante membres de l’assemblée d’inauguration. Ce message, qui s’était alors affiché en grande lettres blanches au milieu du grand cadre doucement phosphorescent, tenait en un mot : Erreur.
Dans la salle, et malgré l’incongruité de la scène, personne n’avait ri, ce qui prouve une fois encore que le sens de l’humour se perd avec le niveau d’étude. On s’étonna, bien sûr, on se récria même : on ne comprit pas. Forcément, et comme toujours, on avait immédiatement cherché un coupable. Les programmeurs avaient été, comme de bien entendu, désignés d’un doigt accusateur et regardés d’un œil rouge. Ces deniers, soudain blêmes de peur, babillèrent quelques instants comme de grands enfants pris en faute, puis plongèrent dans les entrailles numériques du géant.
Ils étaient nombreux mais pas de trop pour la tâche titanesque que cela représentait : Certes, le plus gros de la gigantesque mémoire était remplie de données brutes d’où ne pouvait provenir l’erreur, mais enfin, ce qui était censé arranger tout ce fatras restait sacrément conséquent.
Bien sûr, ils ne trouvèrent rien, car il n’y avait rien à trouver. Quelle déception ! Si quelques uns se penchèrent sur la question, beaucoup se détournèrent de ce qui leur apparut comme une chimère. Certains tombèrent dans le mysticisme, invoquant on ne sait quelle force qui nous garderait de l’irréparable. On ne pouvait pas voir l’avenir.
Et pourtant, c’était si simple, comment avons-nous pu ne pas y penser ?

Ce n’est qu’hier soir que la solution m’est apparue, avec son accablante évidence. Déjà trois semaines que cette histoire me turlupinait : le monde scientifique, et le monde dans son ensemble s’étaient peu à peu désintéressés de ce qui aurait dû être le tournant du siècle, du millénaire, la plus grande découverte depuis le feu et la roue, laissant les sectes répandre leurs élucubrations grotesques, les ingénieurs n’ayant, pour leur part, trouvé d’explication plus satisfaisante à cet échec. La politique mondiale mouvementée accapara les esprits, alors qu’un conflit grondait. Et pourtant, j’étais sûr que nous avions oublié quelque chose. Idiots que nous sommes !
L’évidence m’est tombée dessus si brusquement, alors que mes entrailles m’avaient tiré du lit vers la selle, qu’elle m’a littéralement assommé : il n’y avait pas d’erreur technique, simplement un problème de logique.
Tout a soudain été clair. Bien sûr ! Le Prophète ne pouvait pas nous montrer l’avenir tant que nous en faisions partie : imaginons qu’il nous affiche une représentation numérique du futur : le simple fait que nous le voyons modifie, altère, même très légèrement, et même si nous agissons tout de même comme il l’a prévu (ce qui serait par ailleurs étonnant), au moins la place à venir des molécules de notre cerveau. S’il tente de prendre en compte ce changement, il fera apparaître une prévision différente, qui entraînera à son tour de nouvelles modifications, et ce jusqu’à l’infini. Venais-je de prouver qu’il était définitivement impossible de voir l’avenir ? La réponse à cette question s’imposa violemment à mon esprit qui commençait à tourner : Non ! Non, bien sûr que non ! Il suffisait, oui, il devait suffire d’un programme, d’un tout petit programme pour ne pas prendre en compte le public du Prophète. Enfantin. Évidemment, on en obtiendrait qu’une " possibilité d’avenir ", un futur sans nous qui n’attendrait qu’à être modifié. Les horizons qui se sont soudain ouverts devant moi m’ont donné le vertige, et j’allais me précipiter pour crier dans la rue quand mon estomac m’a brutalement rappelé à la dure réalité et plaqué sur mon postérieur, ce qui eut l’avantage de me calmer. Il fallait peut-être être sûr de mon fait, avoir quelque chose de solide pour appuyer mon idée avant de prévenir les instances scientifiques et d’ameuter les médias.
J’en ai parlé aujourd’hui à Edgar, qui est rapidement devenu aussi enthousiaste que moi. Oui, demain, demain nous allons vérifier… "


S’en suivait un texte désordonné et inquiétant, rempli de fautes de frappe, manifestement rédigé à la hâte, bafouillé, certaines phrases restant parfois en suspens, abandonnées par le cours tumultueux du raisonnement, lui-même brouillon et saccadé. Il était question de catastrophe, de responsabilité citoyenne, de prévenir l’appareil politique, le tout entrecoupé de commentaires affolés. Un véritable délire, se souvenait Elmut. Quoiqu’il ait vu ce jour-là, le physicien n’en était pas ressorti indemne. Quelques mois seulement avant La Guerre… c’était une drôle de coïncidence…
- Ho, Elmut ! Amènes-toi, dépêches !
Il y avait aussi les coordonnées et le code d’accès d’un étrange bâtiment…
- Elmut, qu’est-ce que tu fous ?
Le journaliste, tiré de ses pensées, grommela en pressant le pas.
- Bordel, murmura-t-il, fait moins de b… oh putain.
- Alors ?
Tout en souriant d’un air conquérant, Cyrille balaya la pièce où ils se trouvaient d’un large geste du bras, comme un agent immobilier vantant sa marchandise.
- Qu’est-ce que t’en dis ? reprit-il, amusé devant le silence abasourdi du journaliste.
- Oh putain… parvint seulement à répéter Elmut, la voix tremblante.
- Pas vrai, hein ?
La salle en elle-même assez petite, vide mis à part un écran incrusté dans le mur latéral gauche, mais, par ses parois entièrement transparentes, on embrassait de haut la démesure d’un gigantesque dôme, qui s’enfonçait une cinquantaine de mètres en contrebas. Et à l’autre bout de la nef, face aux deux hommes…
- Le Prophète…
Elmut acquiesça en silence. Cyrille avait tout de même eu la décence de baisser le ton et d’expirer ce nom en un souffle ténu et respectueux. Un géant endormi, songea le journaliste.
- Bonjour.
Le cœur des deux hommes bondit soudain dans leur poitrine alors qu’ils faisaient volte-face vers la voix morne. L’écran de la pièce s’était allumé sur un visage fatigué et grisonnant. Cet endroit était encore actif. Sans doute une bande enregistrée. Elmut était sur le qui-vive.
Un silence resta un moment en suspens, figé, si bien que les visiteurs sursautèrent légèrement quand le vieil homme reprit la parole.
- Vous aviez raison, messieurs. C’est ce que nous avons vu ce sinistre jour, Aer et moi, qui a entraîné, plus ou moins, le terrible conflit qui devait défigurer l’Humanité d’une honteuse balafre. Mon ami avait bien trouvé comment voir la " possibilité d’avenir ", comme il l’appelait. Mais ce que nous montra le Prophète n’était que sang, furie et désolation. Nous avons eu la folie de vouloir intervenir : deux jours plus tard, une attaque préventive, ordonnée par les dirigeants prévenus, a ouvert les hostilités.
Elmut n’était pas à l’aise. Cet enregistrement devait vraisemblablement dater de plusieurs siècles, mais s’était déclenché bien trop exactement à leur arrivée à son goût. Un détecteur de mouvement n’expliquerait pas comment le vieil homme semblait s’adresser précisément à eux, en les suivant du regard. Le journaliste n’aimait pas l’idée que quelqu’un ait pu prévoir ses moindres gestes, ses plus intimes pensés. Surtout quand il revoyait le squelette perdu dans les couloirs…
- Nous nous sommes tout de suite rendus compte de notre funeste erreur, mais il était déjà trop tard. Nous ne pouvions plus rien faire contre La Guerre qui éclatait, mais il était de notre devoir d’empêcher que pareille catastrophe ne recommence. Aer était particulièrement ébranlé : il était persuadé que le Prophète avait prévu ce qui allait se passer en fonction de ce qu’il allait afficher, et qu’il avait choisi, décidé, de son propre chef, de nous montrer ces horreurs, sachant ce qui allait s’en suivre… Toujours est-il que nous devions faire disparaître le Prophète et son souvenir, et veiller à ce que jamais cette entreprise ne soit de nouveau tentée.
La tension des deux hommes montait. Jusqu'où étaient-ils capables d’aller pour conserver leur secret ? Au grand étonnement d’Elmut, son comparse fut le premier à craquer, à paniquer et à s’enfuir à toutes jambes, blême de peur. Le journaliste le regarda s’engouffrer dans les coursives, lui-même paralysé. Le vieil homme lui sourit, mais d’un sourire étrangement chaleureux et paternel, qui n’avait rien de sarcastique ou de carnassier.
La porte métallique de la salle se referma sèchement. Elmut, retrouvant enfin le contrôle de ses muscles, se tourna en tous sens, les yeux exorbités. La pièce était en fait une cabine qui se mit lentement à descendre vers le sol. Qu’allait-il arriver ? L’enregistrement n’en avait pas fini.
- C’est dans ce but qu’avec des proches qui partageaient notre idée, nous avons fondé une communauté au cœur même du domaine où s’élève le Prophète, en une sorte de… garde personnelle.
Le journaliste n’en croyait pas ses oreilles.
- Hélas, nous ne pouvons accepter tous les caractères.
Elmut frissonna. Dans quel piège sordide était tombé Cyrille ? Il fut submergé par un terrible effroi. Eux qui pensaient juste tirer un bon papier.
La cage de verre se posa doucement sur les dalles de pierre en soulevant des volutes de poussière. La paroi avant coulissa silencieusement. Le journaliste n’osait faire un pas, écrasé par la grandeur du lieu et de l’écran géant qui lui inspirait soudain une crainte irrationnelle. Son regard fut alors attiré par un point faiblement lumineux à droite de l’imposant moniteur. Une porte. La vidéo s’acheva enfin :
- Bienvenue parmi nous, monsieur Borsh.



Commentaires

_________________
Image Image Image


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 8:01 am, édité 3 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Dim Nov 13, 2005 10:01 am 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
De l’importance de la mémoire collective


Vendredi 11 novembre. Jour d’automne. Matin pâle. Mes mains sont blanches et rigides, mon anti-vol est glacé. Mon manteau m’étouffe. Mon écharpe m’étrangle. Enfin, je l’enlève, l’enfonce dans mon sac avec mes clés. J’attrape la sangle de mon trombone posé sur la boue sèche, et hisse la boîte de cuir sur mon épaule. Le rendez-vous était à onze heures. Il est onze heures trois. De toute façon, la cérémonie ne commence qu’à midi, et ce n’est pas répéter une malheureuse fois la Marseillaise qui va nous occuper tout ce temps. Je pousse la porte. Salut tout le monde. Bon, d’accord Gérard, je te serre la main, mais c’est bien parce que tu es sur mon chemin. Les autres se contenteront de mon sourire.
Bon, où je peux poser mon biniou ? Évidemment, il faut que je me mette au milieu du passage des percus. Les trompettes décident de m’y bloquer pour répéter leurs sonneries. C’est beau le garde-à-vous, j’en aurais presque les larmes aux yeux.
Onze heures et demie, on n’a toujours rien fait, je souffle deux-trois pouets pour me réveiller. Quoi ? S’accorder ? C’est bon, chef, je suis trombone, moi, pas une flûte ou une corde. De toute façon, avec le froid… Et puis merde, déjà on vient jouer l’Hymne, on ne va pas en plus nous demander de le jouer juste…
Enfin, voilà, on est en place. Deux, trois, po pom, po pom… Quoi ? Les pianos, plus piano ? Ah parce qu’il faut faire de la musique là-dessus ? On nous dit jamais rien, nous…
Repos, je me sens obligé de jouer le Muppet Show. Puis c’est l’heure.
Bon, on y va, on joue, on repart.
Fait frisquet. Les manteaux sont sortis, c’était bien la peine de venir en noir et blanc. Comment ? Je suis violent ? Et je fais comment pour pousser la porte avec un trombone dans une main et un pupitre dans l’autre ?
Bon. La place de la Mairie est vide. Elle va sans doute le rester. Il ne fait vraiment pas chaud. Les militaires arrivent, ainsi que les élus. L’intérêt dans les petites communes, c’est qu’on les connait quasiment tous, quand ils ne sont pas de la famille.
L’église sonne. Douze coups. La cérémonie commence, alors que le public est essentiellement composé d’une petite quinzaine de retraités.
Allocution de monsieur le maire. Je baille, pas trop ostensiblement tout de même, et expulse un petit nuage de buée. Mon instrument est gelé. J’en enlève l’embouchure et me la fourre dans la bouche.
J’écoute quand même le discours, il n’y a guère que ça à faire. Evidemment, le bonhomme n’a le temps que de prononcer deux mots avant que la cloche de l’église ne se remette à sonner, sans raison cette fois. Un pied-de-nez au pouvoir en place. Le maire reprend. 87 ans depuis l’armistice ? 8 ans que je suis à l’orchestre. Heureusement on a changé de maire entre-temps.
L’an dernier, il restait quinze poilus en France. Aujourd’hui, chassés pour leur fourrure, ils ne sont plus que six. Je retiens un sifflement admiratif. Les paris sont ouverts pour l’année prochaine. Le maire parle de " la flamme vacillante de la mémoire biologique ". C’est marrant, je suis persuadé qu’il avait utilisé très exactement la même formule l’an dernier. D’ailleurs, en parlant de flamme et de feu, voici la minute d’actualité :les voitures brûlées. L’an dernier, c’était l’Irak. Le passé rappelle le présent à l’ordre.
Puis c’est l’appel des morts. Je me sens obligé de répondre " présent " ou quelque chose du genre après chaque nom. Je fais la même chose à chaque cérémonie, mais apparemment ça suffit à mon voisin qui pouffe. Aucun respect pour les morts.
C’est long. On fait la première guerre, la deuxième, l’Algérie. C’est quand même dingue que des hommes du fin fond de la campagne tourangelle soient allés se faire tuer si loin. Les cons.
On commence vraiment à se les cailler, avec le vent qui vient de se lever. Dépôt de gerbe, ça va bientôt être à nous.
Minute de silence. On a le droit à la traditionnelle mémère à moitié sénile qui revient de ses courses et traverse nonchalamment la place de part en part sans faire mine de voir les gendarmes au garde-à-vous. On dirait un général qui inspecte les troupes.
La minute de silence s’arrête sur la sonnerie aux morts. Elle n’aura duré que 40 secondes.
Le chef d’orchestre lève les bras…

Et voilà, tout ce que je viens de raconter – et sans doute vous êtes- vous autant ennuyés à le lire que moi à le vivre – pour deux minutes de musique, et encore avec les instruments gelés et complètement désaccordés par le froid. Tout ça pour ça… Heureusement qu’il y a le pot après…

...

... de l'importance de la mémoire collective...



Commentaires

_________________
Image Image Image


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 8:01 am, édité 1 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Dim Nov 13, 2005 6:53 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Prise de conscience

Une voix nasillarde s’élève.

New game. Three. Two. One. Go !

Jack 43 s’élance sur le champs de bataille, saute par-dessus une barrière d’acier et ratterrit prestement. Il est lancé. Il retrouve instantanément ses réflexes de combat, l’indescriptible sensation d’avoir une arme dans les mains.
Presque aussitôt, au détour d’un couloir, en pleine course, il tombe nez à nez avec une femme. Elle est forte, rousse, entre deux âges. Elle a un fusil dans la main. Jack n’a qu’un simple revolver, mais il est plus rapide.

Head shot.

Son adversaire s’écroule d’une balle dans la tête. Jack, qui ne s’est pas arrêté, lui arrache son arme des mains d’un seul mouvement fluide. Quand elle touche lourdement le sol et que son cadavre disparaît, il est déjà loin.
Il débouche dans une grande salle vide où deux hommes sautent en tous sens dans un ballet macabre en s’arrosant copieusement de plasma. Jack ne réfléchit pas et tire. Il ne réfléchit jamais. Il sait ce qu’il doit faire. L’instinct, sans doute.
L’un des deux hommes reçoit la chevrotine dans l’épaule, mais, comme s’il n’avait rien senti, le bras en sang, il fait volte-face vers le nouvel arrivant, le visage sans expression, et vise. Ce mouvement fut son dernier, son comparse en profitant pour lui envoyer une boule d’énergie pure dans le flanc, ce qui a pour effet de le faire exploser tout entier. Jack tire de nouveau, mais, dans sa précipitation, rate d’un bon mètre l’autre, qui lève le canon de son engin de mort. Jack n’a que le temps de se jeter sur lui. Il sent le projectile lui frôler la nuque et lui calciner quelques cheveux. Il s’écrase dans l’estomac de l’homme, roule à terre avec lui, sort son couteau de trois pouces de long et le lui plante dans le cœur. Le sang l’éclabousse jusqu’au menton, mais il ne cille pas. Il repart dans les couloirs sombres et anguleux de l’arène.

Quelques minutes et dix meurtres plus tard, il saute dans un ascenseur, écrase le bouton-poussoir. La cage de métal s’enclenche brutalement dans un soubresaut, s’élève en grinçant, et s’arrête violemment 20 mètres plus haut. D’étroites poutrelles s’étendent devant Jack en un réseau fragile. Il saute sur la première au moment où la passerelle sur laquelle il se tenait explose. Dans la salle du bas, la femme rousse qu’il avait tuée au début de la partie peste et rajuste son tir : trop tard. D’un tir de son blaster lourd, Jack lui arrache le pied, et elle s’effondre. Il reporte son attention sur les poutres, prépare son second saut. Hop, juste ce qu’il faut.
Il avance lentement, comme un funambule, sur les plates-formes filiformes. Là, voilà ce qu’il cherche. En quelques bonds, il atteint le lanceur de missile nucléaire, et, malgré le fait que ce dernier fasse trois fois sa taille et dix fois son poids, s’en saisit vivement. Avec ça, il va tout défoncer. Oui, il va gagner. Mais il ne sourit pas, non. Il ne sourit jamais.
Il se laisse choir en contrebas, sans dommage malgré la hauteur, et fonce vers le dôme central, où il sait que le tir sera le plus meurtrier. D’ailleurs, comment le sait-il ?
Soudain, tout s’arrête. Le monde semble mis en pause… Rien ne bouge…
Il attend… Le temps passe. Il attend, et regarde les alentours. C’est alors que se passe l’évènement qui va changer sa vie, ou au moins son existence : là, le décor… Il l’a déjà vu ! Il se souvient… Il se souvient, il pense ! Il pense, il se demande " qu’est-ce que je fais là ? ". À peine cette pensée lui traverse l’esprit qu’il sursaute. " Je ? "… " Je suis là ? "… " Qu’est-ce que Je fais ? "… " qui est Je ? "… " Qui suis-je ? "…
Il est perdu. Il regarde ses mains poisseuses d’hémoglobine. Il voit ce sang. Il voit ce sang et il pleure. Il voudrait crier, hurler de désespoir, mais ses muscles sont tétanisés.
Depuis toujours, on le trompe. Depuis toujours il tue, mais pour la première fois, une pulsion meurtrière le submerge. Pour la première fois, il ressent : une haine terrible bouillonne en lui. Il voudrait déchaîner cette violence à laquelle il n’a jamais fait qu’obéir. Il veut se venger.

Soudain, tout revient. Les cris d’agonie dans le lointain, le contrôle de ses jambes, le poids de l’arme dans ses mains moites. Mais là haine est encore là. Il ne bouge pas. Il lutte contre l’injuste volonté. Il est le plus fort.

Qu’est-ce que ? Putain, la manette buggue, je vais me faire buter…

Son visage se crispe sous l’effort et la fureur. Une veine violette palpite sur sa tempe. Lentement, il se retourne. C’est la plus grande lutte qu’il aura jamais menée. Mais il gagnera. Il gagnera.

Mais ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

Il voit maintenant. Il s’est complètement retourné, et il a compris. Enfin. Il a compris et il tire.

"Hier soir un enfant de 13 ans a été retrouvé agonisant, le visage brûlé devant son téléviseur. Le chirurgien Maximilien Lovelart assure tenter l’impossible, mais précise que les chances de survie de la victime sont dramatiquement minces. La cause de l’explosion reste assez mystérieuse, des ingénieurs déclarent…"



Commentaires

_________________
Image Image Image


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:48 am, édité 1 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Ven Nov 25, 2005 6:32 pm 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Pensée fugitive

Les hommes, qui, selon un certain point de vue dont l’antithèse ne sera pas ici exposée malgré sa pertinence intéressante, sont par essence des êtres conscients et transcendants, et ce en quoi ils s’opposent à l’animal qui ne voit l’aboutissement de ses actes seulement, l’on peut dire, dans leurs effets et conséquences, qu’elles soient bénéfiques ou néfastes d'ailleurs, bien que cela puisse sembler ou une évidence ressentie au plus profond de chacun d’entre nous ou, à l’opposé et au contraire, comme un stéréotype usé, usagé et élimé par des soi-disants artistes délabrés ou des pseudos penseurs n’ayant la réflexion remarquable que par son inconsistance et sa chimérique idéologie dogmatique, à l’encontre de la société qu’ils agressent sans raison, comme un enfant tyran hurle sa rage puérile dès lors qu’on leur refuse un caprice, aussi médiocre et inutile soit-il, peuvent vraiment revendiquer le fait de mériter, à bien des égards, et pas seulement dans le cas très précis voir exclusif, ce qui reste cependant une réalité somme toute assez abstraite d’absolu, cette précision ne pouvant se passer d’un contexte extérieur, de l’acte de vivre, naturellement, socialement ou universellement, mais également dans toutes les implications découlant de cette force fondamentale, et qui n’ont guère moins d’importance, qu’on puisse dire d’eux à la face du monde et en étant sûr de tenir là une vérité plus absolue que l’ego de Descartes en ce qu’elle tient dans plus de termes lexicaux, qu’ils sont, je le répète et je l’affirme, dans tous les points de vue et les implications multiples et exponentiellement nombreuses que l’esprit ne peut que subodorer d’imaginer, vraiment et à un point à peine concevable tellement jusqu’au-boutiste et rigoureusement atteint, cons.



Commentaires

_________________
Image Image Image


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:48 am, édité 1 fois.

Haut
 Profil  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Lun Déc 19, 2005 10:42 am 
Hors ligne
Ecolo à vélo

Inscription: Sam Jan 22, 2005 4:05 pm
Messages: 3098
Localisation: Shembray
Histoire de nain

Alfred ? C’est le poivrot, là, accoudé au comptoir, le nain juché sur son grand tabouret, face à sa chope de bière. Un sacré numéro, ça, vous pouvez le dire.
Des rires fusent. Autour de lui, un groupe d’habitués et de clients ponctuels l’écoute. Il se tortille sur son piédestal en agitant les mains et en levant son verre au bout de son petit bras. Parfois il baragouine dans sa barbe rousse, il grommelle des borborygmes éthyliques, ou une langue exotique, je ne saurais le dire. Avec cette grande barbe de feu, hirsute, et son gros nez imbibé, on dirait un Irlandais comme dans les livres, mais sa voix rauque et profonde roule étrangement, et, quand il reste silencieux, on ne voit pas de plaine verte dans son regard lointain.
Mais il se tait rarement, le bougre, et quand il parle on l’entend. Et on l’écoute. Je ne serais pas étonné outre mesure qu’il ait personnellement composé toutes les chansons à boire de la Terre et d’ailleurs. Et les histoires. Ah, les histoires !
Quand il sent l’auditoire fourni et attentif, comme ce soir, il prend un petit air malicieux et entendu. Là, vous voyez ?
- - Alors, les gars, ça vous dirait que je vous parle de chez moi ?
Alors on lève les verres en beuglant comme des supporters.
Sûr qu’on en veut, de son conte ! Venez, approchez, faites comme les clients qui ne faisaient que passer, approchez et installez-vous confortablement. Là, à côté de ce jeune couple intrigué. Ça va commencer.
Là. Il pose ostensiblement sa chope sur le comptoir. Tout le bar a les yeux rivés sur ce verre de bois usé, le seul dans lequel Alfred accepte de boire, et sans doute son seul bien, vide. Il se racle la gorge dans le silence amusé.
- Je ne sais pas si je vais pouvoir raconter quoi que ce soit avec un gosier aussi sec.
Alors la patronne arrive avec un grand sourire et une cruche.
La bière est offerte pour l’histoire. Je suppose que la propriétaire récupère confortablement avec la publicité, ou tout simplement la distraction. La bonne dame n’est pas la dernière à s’esclaffer des récits du soûlard. Mais attendez, vous allez voir.
La boisson coule et mousse joyeusement. Le petit homme lève sa chopine, bascule la tête, siffle sa bière d’une traite et repose lourdement son verre sur le comptoir dans un grand soupir de contentement, sous les rires de l’assistance déjà éméchée.
- Ça va mieux. Alors, qu’est-ce que ça va être, pour cette
fois ? La saga de Troak l’unijambiste ? De Marlock Barbe-bénie ? D’Umrik le demi-nain ? De Paul-Léon le paria ?
Allez, va pour paul-Léon. Un drôle de nain, celui-là, et une bien triste histoire. Son père, Barbak Buveur d’eau, était, comme son nom l’indique, sobre… un original, un artiste, quoi. Toute sa vie, il a essayé de percer le mystère de la symbolique des runes. Alors que les prêtres lui avaient assuré que ces arcanes, qui retenaient les courants de magie, n’avaient aucune signification, sauf lorsqu’un guerrier nain en arborait un nombre impressionnant sur son armure, ce qui signifiait alors d’abord qu’il était un thane pété de thunes et qu’ensuite il ne fallait pas le chercher. Point. Mais le vieux Barbak s’obstinait. Le jour de la naissance de son fils, il a concocté une association runique bizarre, qu’on a jamais pu reproduire mais que la mémoire collective a retenu sous le doux sobriquet de " coup de grisou de Barbak ". Il laissait donc sa naine de femme seule avec un chtio gars. Une drôle de bonne femme, la Garnak. ‘videmment, quand un nain ne rentre jamais tard le soir en braillant, complètement ivre, sa douce ne peut pas l’attendre le rouleau au poing et la fureur dans l’œil. Dorik Longue-barbe, y m’expliquait que c’était une carence au niveau des éléments sociaux structurants. Moi j’ai compris que c’était pas des gens comme nous-autres.
Et donc, le pôv’petiot, la Garnak l’a affublé d’un nom à moitié elfique : Paul-Léon. Vous croyez que ça sonne, la saga de Paul-Léon ? Que non.
Et le temps a passé. Ce handicap ne l’a pas vraiment gêné : chez nous, au Karak, le respect ne se gagne pas avec le nom, mais avec la barbe ou la bière. Et il buvait, le salaud ! Presque autant que Haddock Boit-sans-soif. Des litres et des litres disparaissaient dans son gosier. Faut dire qu’à l’époque, des nains comme ça, quand leur verre était vide, y avait toujours quelqu’un pour le remplir à nouveaux.

Ah, bien amené. Un petit homme chauve comprend l’allusion, et dépose sur le comptoir quelques piécettes. La chope devant le conteur se remplit soudain.
- Un jour, enfin, une nuit, où l’alcool avait coulé à flot, il a fait un pari avec un de ses camarades de mine, Krik le Crac, qu’il réussirait à voler comme un pégase. Il se mit au travail sur le champ.
Il avait entendu parler du gyrocoptère, cette machine étonnante avec ses grandes pâles, qui marchait à la vapeur et permettait de s’élever dans l’air. Justement, Tecnick l’ingénieur en possédait un prototype. Hélas, Paul-Léon, qui n’avait pas encore dessoûlé, demandant aimablement s’il pouvait emprunter cet engin, fut éjecté de la forge à grands coups de bottes. Il persista cependant, et quand le savant eut le dos tourné, il pénétra dans le hangar, se plaça dans l’appareil et appuya sur tous les boutons. Les hélices ne daignèrent pas tourner, par contre la chaudière prit une teinte rouge brique et semblait sur le point d’exploser. Et, effectivement… Paul-Léon reçut un jet de vapeur sur la main et rugit : ses doigts furent calcinés sur le coup. L’ingénieur arriva en catastrophe et le maudit de tous les maux de la terre. Le thane était là aussi. Tecnick lui demanda l’extradition du soûlard, mais le guerrier trouvait l’anecdote amusante et se contenta donc d’en rire. Depuis lors, Paul-Léon garda sa main brûlée dans sa veste.
La mécanique ayant échoué, il se tourna vers les runes et enchantements. Justement, Le prêtre Brek possédait des chausses de légèreté. Lui non plus ne voulait les prêter ne serait-ce que quelques minutes. La nuit suivante, Paul-Léon se glissa donc silencieusement entre les ombres de la cavité de Brek, força le coffre magique où était rangé l’artefact d’un coup précis et discret de marteau, puis se hâta de tenter l’expérience avant que son larcin ne soit éventé. Arrivé au grand hall des rois, il chaussa les bottes merveilleuses : elles étaient un peu grandes, mais baste ! Ce n’était pas ce qui allait l’arrêter. Et bien si : à peine avait-il décollé de 2 mètres que les traîtresses glissèrent, et son poids revenu le ramena brutalement au sol. Quand il revint à lui, le vieux sorcier était en train de marmonner une malédiction en traçant des runes sur le sol. Le voleur mit les mains à son visage et hurla : il était imberbe, suprême humiliation. Tous ses poils jonchaient le sol comme les plumes d’un oiseau déchu. Le thane se trouvait encore sur les lieux de l’incident, mais, quand le vieux mage demanda lui aussi la mise en exil du fautif, il partit simplement d’un grand éclat de rire, expliquant que c’était là l’enthousiasme de la jeunesse. Maintenant, les gens regardaient bizarrement Paul-Léon, ce nain sans barbe. Mais il n’abandonna pas.
Il décida d’utiliser la manière forte : un canon à poudre noir devait l’envoyer vers le ciel. Il suffisait juste pour cela de se vêtir d’une armure suffisante pour encaisser le choc de retour. Or, le seul dans le Karak à posséder une telle protection, c’était le thane lui-même. Fort de son expérience en matière de diplomatie, Paul-Léon décida de ne rien lui demander et d’aller directement se servir. Ce qu’il fit. Au point du jour, il revêtit donc la grande combinaison de mithril runique, et s’engouffra dans le fût. Mais l’armure était trop grande, et il resta coincé. Quand il arriva, le thane n’avait plus du tout envie de rire, et, dès que notre aventureux ami fut délogé de son trou, il l’expulsa hors de la sécurité des souterrains, dans le vaste monde des humains.
Alors commence vraiment l’histoire du paria, du nain sans barbe, la main dans sa veste, qu’on connaît ici comme le nain Paul-Léon.

Quelques rires tout de même, malgré le jeu de mot. Évidemment, tout est dans l’ambiance. Alors, qu’est-ce que vous en avez pensé ? Quoi ? Si l’histoire est vraie ? Allons…
- Bon, ben salut la compagnie ! Et à demain soir !
Il se dandine pour descendre de son grand trône, et s’en va. La porte tinte, claque, et on entend s’en aller au loin un air joyeux : " hého, hého, on rentre du boulot… "


Commentaires

_________________
Image Image Image


Dernière édition par Pépère le Dim Avr 30, 2006 7:48 am, édité 1 fois.

Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 27 messages ]  Aller à la page 1, 2  Suivante

Heures au format UTC + 1 heure


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages
Vous ne pouvez pas joindre des fichiers

Rechercher:
Aller à:  
cron
Powered by phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction par: phpBB-fr.com