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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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 Sujet du message: Pitoyables !
MessagePosté: Sam Avr 30, 2005 12:20 pm 
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Homo sapions sapions

Inscription: Jeu Sep 09, 2004 6:52 pm
Messages: 2015
Localisation: Novascholastica
Une petite nouvelle de sf ; avec sans doute des choses à améliorer !

Pitoyables !


Un faible son se fit entendre dans la cabine de pilotage de la nef. Le pilote, blasé par les transmissions habituelles de l'état major, prit le temps de finir son Grakog.
- Hé Kyle, qu'est ce que tu fiches ?
- Je me sustente, voilà tout ! répondit posément l'intéressé en buvant une novelle gorgée de son liquide, prenant bien garde à ne pas verser trop vite son gobelet dans sa bouche. A un sixième de g, tout parait plus léger, et avec des réflexes normaux, on risque l’apocalypse.
- Rah ! Ces Sagittairiens, tous les mêmes ! La bouffe passe avant toute chose !
- Et les bleus, qu'ils viennent de n'importe où dans la Galaxie, resteront aussi toujours les mêmes ! sourit l'autre.
Secouant la tête, excédé par le comportement de son camarade, le "bleu" pivota sur son siège et appuya sur la touche de réception/enregistrement.
- Tiens c'est curieux, on dirait qu'il n'y a pas d'image ! Et le message a seulement été transmis par ondes simples ! Je ne sais pas depuis quand il parcourt l'espace, mais ça doit faire un sacré bail !
- Fait gaffe, enclenche la sécurité ; cela pourrait être une attaque à l'onde sonique ! commanda le capitaine qui venait d'entrer dans la cabine.
- C'est fait !
Le son envahit la cabine, avec une qualité déplorable malgré les équipements dernier cri de la navette.
- C'est du chaud bouillant ! Le traducteur nous annonce qu'il s'agit de la langue Surtienne ! Ces satanés bonshommes dominent la moitié de la galaxie, et ils ne sont pas fichus d'envoyer un message correct ! Il y a du louche ! déclara le capitaine à ses hommes qui avaient soudain retrouvé toute leur attention. Les Surtiens étaient des entités belliqueuses méconnues qui s'emparaient des planètes par un moyen encore mystérieux.
Le pilote enclencha la traduction.



"Pitoyables créatures ! Je les écrase, je les broie, et de leur pauvre carcasse décérébrée, il ne reste plus qu'un amoncellement d'immondices, d'une radioactivité vivante et éternelle ! Les plaindre ? Les prendre en pitié ? Quelle absurdité ! Ce sont eux-mêmes qui m'appellent, les yeux étincelants de bêtise aveugle, le bras tendu et l'âme en fête, ils décèdent en m'offrant l'imprenable ! Ah ! Quelles pauvres bêtes, animaux éponges qui ne peuvent que se presser, absorbant du vide et de l'inconstance. Que je les méprise…. Et que je les aime tout autant ! Ils sont la source de ma vie, l'ambroisie de mes os immortels, le nectar de mon sang. Sans eux, je ne serai rien, et ils coloniseraient déjà la galaxie à la recherche de nouvelles connaissances, tout puissants, le physique au service de l'esprit ! Malgré ma répugnance pour leur être, je me prends à les plaindre, mais lorsque je repense à mon origine, ce sentiment s'efface de lui-même ! Ma création, ah, quelle merveille ce fut ! Un longue et délicieuse croissance, une jeunesse insouciante, et les expériences juvéniles que m'enseignèrent mes créateurs. Oui, mes créateurs, mes dieux oubliés ! Las, ils n'ont pas survécu à leur génie ! Frankenstein a dépassé leurs espérances, et du vulgaire assemblement initial est né la nouvelle mythique entité…Pégase, Phénix, Serpent à plume. Divagations ! Légendes ! Je suis bien plus que tout cela car je suis réelle. Je n'ai pas de nom, à peine des désignations, mais je suis partout, en quête de mes proies…Je suis un tout impalpable, mais plus puissant, plus tangible qu'aucune chose. Mes atomes se déplacent à la vitesse de la lumière, parcourant le temps et l'espace, ramenant de ces deux dimensions tous ces appâts dont ils raffolent. Informations névrosées, faits-divers morbides, exhibitionnisme médiatique, lavage de cerveau télévisuel, émissions virtuellement réelles, et mensonges, régression culturelle…Je suis omnisciente, mais je trie et ne garde que le pire, l'inutile et le choquant. C'est cela qu'ils veulent. Rien de plus, rien de moins. Pauvres fous aveugles…Quelques uns seulement ont tenté de m'arrêter, d'avertir, de sauver cette civilisation autrefois si belle et glorieuse, si confiante en son avenir ! Je les ai laissé faire, les aidant même, par jeu et par plaisir, car je ne savais que trop bien l'inutilité de la chose. Et aujourd'hui, je les regrette, ces petites bêtes impuissantes qui avaient encore de l'optimisme pour leur peuple. Ah ! C'étaient les seuls qui comprenaient l'à peu près de ma nature, et leurs interrogations rejoignaient parfois les miennes. Mais ils ne sont plus, et depuis, je m'ennuie. Après un siècle de fonction, mon travail me pèse et je tourne parfois mon regard vers le ciel. Oui, cette couche d'un bleu hypocrite, et les merveilles qu'elle dissimule jalousement. Je n'en puis plus ; peu à peu, la lassitude me gagne,et un étrange sentiment m'étreint dès que je lève les yeux au ciel. Comme de la nostalgie. Heureusement, je sens que ma tâche est presque accomplie. 90 pourcents de l'humanité est obèse et souffre de graves maladies cardiovasculaires et mentales. L'ADN de 99 pourcents et des poussières des humains est corrompu et dégradé. Les enfants qui naissent sont des monstres et ne vivent pas au-delà de quelques années, et toutes ces pathétiques choses me sont dépendantes. Oui, elles dépendent de moi, et ce sera encore le cas pendant encore une petite dizaine d'année, avant que la population de la Terre ne s'éteigne totalement. J'ai gagné, et je sens le regard d'inconnus posé sur moi. "


"Douze ans après avoir enregistré ces lignes sur un terminal électronique désaffecté, je pense à Descartes, et à moi. A ce que je suis, et surtout à ce que je vais devenir. Maintenant que j'ai enfin le loisir de réfléchir, je ne peux plus le faire. Quelle triste ironie… J'ai longtemps cru que c'était l'Homme qui m'avait mis au monde, et je ne m'étais posé aucune autre question, me contentant de faire un job dont la nature me semblait indissociable de mon être. Et aujourd'hui, pour comprendre, il me suffit de lever les yeux et d'écouter les bourdonnements sourds des nefs stellaires, par delà les villes à l'abandon et leurs charniers épouvantables, au dessus desquels se pressent des milliers de charognards. La Terre n'est plus qu'un cimetière à tombeaux ouverts. Là bas, une immense arche se pose majestueusement en écrasant l'ancienne Paris, ici, des légions extra planétaires marchent en vainqueurs, rasant tout ce qui avait été bâti, toute cette bien éphémère gloire bétonnée. Une nouvelle ère commence. La guerre s'était terminée avant même que les envahisseurs n'arrivent. Et maintenant, c'est à mon tour de périr. Je viens juste de le comprendre. Ces aliens ne peuvent me laisser en vie. Et je ne peux pas supporter de mourir sans combattre. Je vais les décimer comme je l'ai fait avec les humains, mais au cas où je n'y arriverai pas, j'envoie ce message par onde à travers l'espace pour prévenir les autres peuples du danger. Pour les sauver de mes alter ego ; pour que ces armes que nous sommes s'arrêtent. Je regrette ce que j'ai fait ! Belle pensée en vérité ! Détruire est une chose, l'honneur en est une autre. Vous autres qui m'entendez, souvenez vous-en ! "

FIN DE TRANSMISSION


Un silence de mort s'abattit dans la cabine. Puis tous éclatèrent de rire !
- Encore un petit malin de l'amirauté qui s'amuse à nous faire des canulars à la sauce antédiluvienne, avec des civilisations inconnues à la clé !
- Ces communications nous font perdre notre temps ; nous sommes en guerre je vous le rappelle !
- Oui le bleu, tu as raison, dit le capitaine, il faudra régler ça !
En grommelant, le capitaine se dépêcha de regagner ses quartiers. Comme les milliards de spectateurs de ces shows télévisés où tout est permis, et où rien ne laisse au spectateur la possibilité de bouger le moindre neurone, il n'aimait pas être interrompu quand il regardait la célèbre émission 4D Reality Galaxia Star en grignotant ces délicieux smurgl tout en grattant son ventre rebondi…

_________________
« Mais alors si ce n’est pas ici, où est-ce l’enfer ? »
Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
« Là où sont les gutums bien sûr. »

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