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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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MessagePosté: Jeu Sep 01, 2005 10:05 am 
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Chapitre II: Le désert

Chapitre II


------------Peredhil se leva lentement. Le jour venait à peine de remplacer la nuit. Il avait dormi à même le sol, entre les racines d’un arbre bas et noueux. Il s’étira. Son dos, ses jambes, ses bras, étaient douloureux, courbaturés. Voilà maintenant plusieurs jours qu’il marchait sans relâche à travers les plaines et les collines désolées, à la recherche d’un quelconque salut, depuis qu’il avait survécu à ce terrible accident. Il frissonna à l’idée de ce carnage. Seule sa rage de vivre, son instinct presque animal l’avaient sauvé, lui et lui seul. Au début, il n’y avait pas cru et avait hanté les décombres à la recherche de survivants, mais sans succès. Il du bientôt se résoudre à accepter qu’il était désormais seul, et que seul il devrait traverser les plaines désertiques. La tentative lui semblait vouée à l’échec : Il ne savait même pas où aller, et s’était donc décidé à errer vers le Levant et la côte supposée. Sans parler des trolls qui habitaient la région. Il allait mourir dans tous les cas, s’était-il dit, alors autant essayer….
------------C’est pourquoi, lorsqu’il se fut plus ou moins remis du traumatisme, il fouilla l’épave. Il y trouva un vieux sac déchiré, qui lui permit de stocker ses trouvailles : des couvertures miraculeusement intactes, les vivres et les boissons issues du pillage des cuisines, des cordages, ainsi qu’un véritable trésor, fruit d’une fouille attentive : un dispositif de mise à feu. Un tour dans ce qui avait été l’armurerie lui permit d’adjoindre une épée courte à sa ceinture, laquelle lui servait tant comme arme, aux cas où le besoin s’en ferait sentir, que comme simple couteau. Il l’avait d’ailleurs utilisée pour couper et tailler une branche qui lui servait de bâton de marche et d’épieu primitif. Jugeant qu’il était suffisamment équipé, il avait alors entreprit son long périple.
------------Il éteignit le feu qui grésilla légèrement, rangea ses couvertures dans le sac, s’étira de nouveau et repris la marche, mangeant une miche de pain, en guise de petit déjeuner. Il regardait attentivement le chemin, faisant attention à bien poser ses pieds. De toute façon, il ne manquait rien, les paysages semblaient, en effet, être toujours les même, jour après jour. Les plaines sèches et les collines basses s’étendaient à perte de vue. Ça et là, quelques arbustes rabougris dépassaient, comme des îlots. Tous les soirs, Peredhil avait d’ailleurs l’impression étrange d’être revenu à son point de départ : les même racines, et apparemment les même pierres. Il se demandait quand tout cela se terminerait, s’il en sortait vivant, bien entendu. Il avait jusqu’alors eu la chance de ne pas rencontrer de trolls, mais doutait pouvoir leur échapper longtemps. C’était leur territoire après tout, et ils devaient le patrouiller fréquemment, à la recherche de voyageurs à piller, ou de gibier à abattre. Il avait, en effet, trouvé plusieurs carcasses d’animaux, dépecées et entaillées. Elles provenaient apparemment de ces bêtes, proches du cerf, mais plus petites, qui vivent en troupeaux sur les plaines. Les trolls devaient les chasser pour leur viande et leur peau. Peredhil avait tenté de faire de même, mais sans succès : elles étaient bien trop lestes et rapides.
------------Après réflexion, il s’avéra qu’il devrait bien trouver un moyen un jour ou l’autre. En effet, les quelques vivres pillés sur la nef s’amenuisaient, malgré le rationnement drastique, et les quelques tentatives pour attraper les gros lapins des plaines s’étaient soldées par des échecs. En dernier recours, il pourrait tenter de creuser dans leurs terriers. Ou alors essayer de manger des racines, sans être assuré toutefois qu’elles soient comestibles. Mais après tout, entre mourir de fin et mourir empoisonné… Il balaya l’idée d’un revers de main. « Je n’en suis pas encore là » se dit il en portant sa gourde à sa bouche et avalant une gorgée, aussi petite qu’il pu. La fraîcheur de l’eau semblait un baume contre la fatigue, et lui remonta le moral. Au moins, il aurait assez à boire. De nombreuses mares stagnaient en effet dans les creux de petites dolines, véritables oasis parsemées de mousse et de roseaux bas, et peuplées de petites grenouilles d’un vert très foncé. Quelque fois, ces trous d’eau se connectaient en un réseau de ruisseaux à demi enterrés. Peredhil avait un jour essayé de les suivre, pensant aboutir à une rivière, qui se serait jetée dans un fleuve, lequel l’aurait mené jusqu’à la côte salvatrice, mais à chaque fois ils finissaient par disparaître sous terre. C’était très étrange. Le terrain était sans doute poreux, voila tout, avait-il conclu alors.
------------Le jeune paladin s’arrêta un moment au fond d’un creux, et profita de la fraîcheur pour se reposer. La mousse, humide et moelleuse lui fournit un excellent lit sur lequel il s’allongea. Le soleil tapait dur et cette halte était la bienvenue. Il ferma donc les yeux un instant, laissant sa rétine, agressée par la lumière trop forte, se reposer un peu, et commença doucement à somnoler, ses pensées se faisant brumeuses. Soudain, il entendit un bruit sec sur sa droite ; et se redressa d’un seul coup en saisissant ses armes. De l’herbe sèche froissée, des pas ; quelqu’un venait ! Il s’accroupit rapidement, tenant son épieu primitif devant lui. Une piètre défense face aux trolls ! Il posa la main sur la garde de son épée, sentit la présence rassurante du métal entre ses doigts et avança prudemment, tout en écoutant attentivement. Il lui semblait que plusieurs individus se trouvaient là, mais combien, il n’aurait pas pu le dire. Il avala sa salive, se tendit, prêt à réagir, et commença à ramper hors de la doline, dissimulé dans les herbes hautes. Arrivé hors de celle-ci, il écarta une touffe épaisse, et observa la scène, laissant échapper un soupir de soulagement. Il ne s’agissait que d’un troupeau de ces antilopes insaisissables qui paissaient tranquillement en ces heures de fin d’après midi. Elles semblaient paisibles, nonchalantes, bienheureuses presque, aurait-il dit. Il resta un moment à regarder cette scène idyllique, où le brun foncé des animaux formait des taches saupoudrées sur une nappe jaune paille aux cotés d’arbustes verts. Ça et là, un peu plus loin, des buissons s’agitaient, probablement sous l’assaut du reste du troupeau. Tour à coup, un mouvement brusque attira son regard. Une antilope venait de s’élancer au galop, apparemment affolée. Elle boitait étrangement. Peredhil cru apercevoir quelque chose qui dépassait de sa croupe. On aurait dit un trait ou une lance… Le reste du troupeau s’ébroua et se dispersa brusquement, fuyant comme devant un prédateur. Un projectile heurta de plein fouet la bête blessée qui s’écroula. Une autre fut abattue en pleine course. Une troisième, blessée, n’alla pas beaucoup plus loin, rattrapée par d’habiles silhouettes.
------------Peredhil n’avait plus de doutes : il s’agissait bien de trolls qui chassaient. Il s’aplatit le plus possible tentant de se dissimuler du mieux qu’il put. La prudence, l’instinct de survie, et une certaine peur, lui ordonnaient de fuir sur le champ, de s’en aller aussi vite et aussi loin qu’il le pouvait, mais la curiosité le maintenait en place. Pendant un instant les deux forces luttèrent, comme deux marées qui se rencontrent. Il hésita. Et décida de rester là. C’était une occasion unique, après tout ! Il pétillait d’impatience à l’idée de voir une de ces créatures dont il avait tant entendu parler ! Il tremblait, excité par cette rencontre qui prenait déjà des proportions épiques. Il se calma, légèrement, et tenta de mieux distinguer les trolls, mais ne vit que de vagues formes humanoïdes affairées autour des restes, dépeçant et arrachant la viande. Méthodique, il nota néanmoins avec attention tout ce qu’il voyait : Ils n’étaient en effet, pas très grand pour des trolls, assez minces et un peu courbés, mais surtout terriblement agiles et lestes. Il ne pensa pas un seul instant que ces chasseurs si habiles pouvaient le trouver et le tuer, tant il était absorbé par cette rencontre digne des héros, et qui serait narrée comme tel ! Il lui sembla également apercevoir des défenses ou de grands crocs mais à cette distance il ne pouvait en être sur.
L’excitation et la curiosité avaient pratiquement supplanté tout sentiment de peur, de sorte qu’il resta un certain moment à les observer; puis, tout à coup, ils disparurent aussi rapidement et subitement qu’ils étaient venus. Quelle habileté à se cacher dans les hautes herbes et buissons ! Conclu Peredhil, avant de se retirer et de se laisser glisser au fond de la doline. Il atterrit sur la mousse moelleuse, alluma un feu avec quelques branches de bois sec qui craquèrent, fit griller quelques provisions, mangea frugalement, et s’endormit, face aux étoiles, mâchant et remâchant le souvenir cette rencontre dans son esprit.
------------Il n’eu, heureusement ou non, pas la chance de rencontrer les trolls une seconde fois. Il aurait aimé en apprendre plus sur ces créatures. Le fils du Duc ressentait pleinement le frisson de l’aventure, et cela l’excitait. Sa marche dans ces étendues désolées commençait à prendre des proportions épiques. Il avait écouté, toute sa jeunesse durant, les Gestes des Héros de jadis, et avait toujours rêvé de suivre leurs traces. Et voila qu’il le faisait maintenant ! Il ne réalisa pas à quel péril il avait échappé en évitant, fortuitement, les habitants de ces lieux. Quant à la nef, il ne voulait plus y penser. Elle s’était écrasée, et comme Mareos le Vif, il s’en était miraculeusement tiré. Point. Rien à ajouter. Surtout pas de cadavres.
------------Les longues journées de marche, si elles n’entamèrent pas plus sa farouche détermination, qui le faisait lutter au delà de ses forces, que ses illusions épiques, eurent au moins l’avantage de lui apprendre la faim et l’endurance. Il sentait qu’il pouvait, maintenant, marcher plus longtemps, et qu’il pouvait manger et boire moins. Au lieu de s’accorder un répit, il en profita donc pour forcer le pas.
------------Il apprit bientôt ce que « avoir faim » voulait réellement dire, lorsque ses vivres s’épuisèrent. Il tenta de fouiller son sac et ses poches, vérifiant scrupuleusement qu’il n’avait rien oublié. Et il n’y avait effectivement rien. Il connu un moment de désespoir, avant de repartir. Il se résolut alors à manger les grenouilles, et passait plusieurs heures chaque jour, accroupit dans la boue, à la recherche des batraciens. Celles-ci étaient maigres, et peu nutritives, mais elles eurent l’avantage de le maintenir en vie. Peredhil s’aperçu également que les jeunes pousses de roseaux, vert tendre, étaient comestibles, bien que très insipides et très peu nourrissantes. Son ordinaire s’agrémentait quelques fois d’un poisson qu’il coinçait dans une zone peu profonde avant de l’envoyer sur terre pour l’achever.
------------Le voyage s’éternisait. Voilà plusieurs semaines que le jeune paladin errait dans ces solitudes désertes, marchant sans cesse vers l’Est, vers la côte présumée. Seul le soleil levant lui fournissait une indication, car les cours d’eau n’allaient nulle part, et finissaient toujours par s’enterrer, assez étrangement. Il commençait également à s’orienter grâce aux étoiles, pour vérifier sa direction, mais éprouver des difficultés à le faire.
------------Cela faisait si longtemps qu’il marchait ! Peredhil commençait à perdre espoir de n’être jamais secouru ou de ne jamais atteindre de villes. Il continuait quand même, forçant au-delà de ses forces, serrant les dents lorsque son estomac criait famine ou que ses jambes n’en pouvaient plus. Il continuait, mu par sa volonté d’y arriver, de réussir. C’était stupide, pensa-t-il un soir, près d’un feu qui se faisait mourrant par manque de combustible, je n’ai rien à prouver à ni à moi ni à personne… et de toute façon je ne survivrais pas, autant mourir ici. Il caressa un moment la lame de son épée qui rougeoyait en reflétant le feu puis renonça. Le lendemain, il reprit la marche avec ardeur.
------------Il avait du boire de l’eau avariée, dans un ruisseau ou une mare croupie, à moins que ce ne soit la nourriture qui fut toxique. En tout cas son estomac ne gargouillait plus seulement pour crier famine. Il lui faisait mal également, comme s’il portait un poids énorme, dont il se délestait parfois assez violemment. Tous ses muscles d’ailleurs étaient douloureux, et il souffrait de nombreuses courbatures. Il avait maigrit terriblement, ses joues s’étaient creusées, et ses côtes faisaient surface. Sa tête était confuse et bouillante, et ses pensées s’évaporaient incompréhensiblement, sous l’effet de la fièvre ou du soleil; ou des deux. Il se sentait faible, terriblement faible. Fils du Duc, élevé par les armes et la plume, vigoureux et fort, Peredhil n’était pas familier de ce sentiment. La peur de la mort et le terrible désespoir qu’il avait ressenti face au charnier remontèrent lentement à la surface de son esprit embrumé, comme des bulles qui émergent de la fange d’un marécage. Il serra les dents, tentant d’occulter ces pensées, et continua ainsi quelques jours.

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MessagePosté: Mar Sep 27, 2005 8:05 pm 
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Chapitre 3 : l’Aube d’un nouveau Monde

------Peredhil ouvrit lentement les yeux et se redressa petit à petit. Autour de lui il n’y avait rien d’autre que l’obscurité. Sa tête lui faisait mal, ses pensées étaient confuses, embrouillées, et sa mémoire se promenait encore dans les limbes. Il se passa la main sur les yeux, se frotta le front, et s’étira, tendant ses omoplates engourdis. Une douce sonnerie, brève et aigue, pas plus longue qu’une trille d’oiseau, le tira de ses pensées. Sur sa droite, à la hauteur de ses épaules, un rectangle de lumière vert pale venait de s’allumer, baignant la pièce dans une lueur surréaliste. Cette chose ne lui semblait pas inconnue au demeurant, mais la notion exacte restait tapie dans les recoins vaporeux de sa mémoire. Dans la pénombre, il pu distinguer un vague mobilier sur sa gauche, et confirmer qu’il était sur une sorte de lit. Apparemment, il n’y avait qu’une table de chevet, basse et encombrée de quelques objets divers. Certains lui semblaient familier et connus, mais le pourquoi et le comment fuyaient sa mémoire prospective. Il s’approcha néanmoins de la surface lumineuse et pu y distinguer une inscription. Dans une fonte assez carrée, des lettres noires dessinaient d’étranges arabesques. Peredhil fronça les sourcils et tenta de déchiffrer le message
«[center] Consul Peredhil D. Idaho, bonjour.
Veuillez vous présenter au hub supérieur pour
Prise de contact avec station-comm. en système Estrin. »[/center]
Brutalement, tout lui revint, comme si une porte venait de faire sauter ses verroux, au fond de sa mémoire, comme le flot furieux qui se déverse du barrage brisé.
---------Petit à petit, les pièces du puzzle se remettaient en place, s’ajustaient, tandis que son esprit regagnait sa vivacité antérieure chassant les dernières brumes. Il venait de sortir de l’hibernation artificielle dans laquelle étaient plongés les voyageurs supraluminiques. Comme toujours, les fonctions les plus poussées telles la mémoire ou l’analyse mettaient un peu plus de temps à revenir que les fonctions strictement vitales, ce qui expliquait un réveil parfois douloureux. Rien de dramatique pourtant, si ce n’est une expérience quelque peu déroutante, d’autant plus que ce n’était pas le premier voyage à ces vitesses du Consul Peredhil. Il se remit rapidement de l’effet.
---------Il alluma la lumière, et plissa les yeux un instant, ébloui par la trop vive clarté. Il jeta un œil à sa cabine de bonne taille, se leva et se dirigea vers la salle de bain. Se passant une main dans les cheveux, il repensa à tout ce qui l’avait mené ici
---------Il y avait maintenant…hum…combien de temps d’ailleurs ? Il n’aurait pas pu dire quelle avait été la durée de son sommeil, que ce soit en temps vaisseau ou en temps standard….Quelque mois de son temps, quelques années de celui de l’Univers…
En tout cas, il se rappelait nettement cette journée de Mars, sur Evenum Mineure. Il avait passé l’après-midi sur une terrasse flottante vitrée, surplombant un des nombreux grands parcs de la ville. Le soleil, légèrement tamisé, brillait sur l’herbe génétiquement modifiée, sur les terraformarbes et les ecureuils-ensemenceurs qui s’agitaient à travers la verdure. Il avait compilé et lu plusieurs documents d’archive, et venait de décider de faire une pause. Une simple demande vocale avait attiré l’auto-serveur avec un caffé chaud. Il allait porter le liquide à sa bouche lorsqu’une sonnerie le fit brutalement sursauter, et répandre ainsi la boisson brûlante sur ses jambes, sa veste et son clavier.
« Me.. »S’exclama-t-il, étouffant un juron tandis que son terminal restait stoïque, réitérant son appel. « Prendre la communication ! » commanda-t-il impérieusement, avec emphase et théâtralité, tel qu’il adorait le faire avec ses machines et terminaux.
---------Un champ-comm. se matérialisa sur le clavier, grésillant d’électricité statique. Des points blancs et noirs se chassèrent un instant, décrivant un incessant et fascinant balais aérien qui le laissa songeur un moment. L’image finit par se stabiliser, tandis que le projecteur réglait la luminosité et les contrastes. Peredhil pu alors distinguer un homme assis dans un large fauteuil gris métallisé. Derrière lui se trouvait un large dôme de verre, étayé d’arceaux, un hub central de vaisseau à priori, à travers lequel on pouvait apercevoir l’immensité de l’espace parsemée de points lumineux, comme autant d’étoiles; et, légèrement sur le côté, la partie supérieure d’une planète verte et bleue, recouverte du voile en mousseline de nuages. Une planète où il faisait bon vivre en somme. Au centre de la baie vitrée se trouvait une immense tête d’aigle stylisée et géométrique, sertie d’un octogone régulier : le symbole de l’HDF : Command Center.
« L’organe de commandement de l’Humanity Defense Force », se remémora Peredhil, «avec son habituelle mise en scène assez habile : le sigle de l’HDF, et le vaisseau posant en protecteurs de la planète accueillante contre l’immense et inconnu, donc terrifiant, vide de l’espace. » Il hocha la tête, un léger sourire aux lèvres. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien lui vouloir, à lui ? Il ne venait que de sortir de l’Institut de Formation Politique et Diplomatique les III ; certes avec deux ans d’avance, et des résultats honorables. Intrigué, il demanda au terminal, avec grandiloquence, de passer l’appel.
---------Le personnage, assis au centre, en uniforme bleu marine d’officier se mit à parler. Peredhil jeta un œil aux épaulettes assez chargées et aux médailles de guerre à la poitrine, qui indiquaient un grade relativement élevé. Il observa avec attention le visage sérieux et impassible du militaire, mais ses traits aquilins et son début de calvitie ne lui rappelaient personne. C’était peut être une simple simulation après tout. Il prêta néanmoins attention au message que celui-ci énoncé d’une voix grave et posée :
---------« Peredhil Delano Idaho, nous avons besoin de vos services ». Le jeune homme bondit légèrement dans son fauteuil. L’HDF : Command avait besoin de lui, un diplomate à peine formé ? Etrange… En tout cas, l’entrée en matière était brutale… l’affaire devait être importante… « La tâche n’est pas très difficile en elle-même, poursuivit le militaire, mais requiert une certaine préparation. Vous serez rémunéré en conséquence de votre réquisitionnement. » Surenchérit-il, avant de se lever, de se mettre solennellement au garde à vous et de rompre la communication.

---------Peredhil resta bouche bée. On le réquisitionnait ? Lui ?! Incrédule, il repassa deux fois le message, puis effectua quelques tests de confirmation. Celui-ci portait bien toutes les signatures requises : ce n’était pas un faux ! Il se laissa choir contre le dossier et s’enfonça dans son fauteuil, les yeux dans le vide, pensif, surpris et accablé. Des pensées confuses agitaient son esprit. Dans le parc, une légère brise s’était levée, chassant quelques feuilles qui voletaient légèrement. Au loin le « soleil » commençait à décliner, inondant la terrasse de ses rayons ? « Après tout, voila mon problème de travail réglé » se dit Peredhil, résigné. Il consulta l’annexe du message, et trouva les modalités de l’offre, « si on pouvait appeler ça une offre, » nota-t-il avec ironie, sous forme d’un contrat de coopération indéterminée avec l’HDF : Command, pour une somme conséquente. Pas d’autres détails. « En tout cas, s’il ne sont pas très parlants, ils ont au moins le sens de l’euphémisme poli, « coopération indéterminée »… en effet… » Releva-t-il, quelque peu aigri. Il trouva également l’adresse d’une station relais à laquelle il devait se rendre ….dans 30mn. Surpris du délai aussi court, et jugeant sage d’être ponctuel avec l’HDF, il prépara rapidement quelques affaires, laissa un bref message pour expliquer ça situation, sans être trop spécifique toutefois, et sauta dans son aéroglisseur de surface personnel.
Malgré la circulation, il atteignit le Terminal Central des Relais, se laissa guider par les panneaux multicolores qui pointaient en tous sens, s’orienta avec plus ou moins de succès dans le labyrinthe de tubes et accès, et arriva devant l’entrée du terminal de rendez vous. Il s’agissait d’une grande porte blindée, assez neuve, devant laquelle deux soldats étaient en faction. Il lui semblait qu’il se trouvait dans les étages supérieurs du cube titanesque qu’était le Terminal Central, mais il n’aurait pu l’affirmer avec certitude. Il s’approcha et s’identifia auprès des gardes impassibles. Après avoir vérifié ses autorisations, les taciturnes cerbères lui accordèrent un drone de repérage. Peredhil regarda avec circonspection l’engin sphérique, d’une trentaine de centimètres, qui flottait au niveau de sa tête. Un petit écran s’illumina, et afficha « Bienvenue ! Je suis votre guide, veuillez me suivre s’il vous plait ».
Dans un grondement d’acier, les portes s’ouvrirent et Peredhil fit entrer son véhicule dans le terminal, précédé de son Charon mécanique.
---------Il pénétra dans un large hall circulaire, au toit en dôme, éclairé de l’éclatante clarté de lampes qui faisait briller l’acier froid et sombre des murs. Deux colonnes, à sa droite et à sa gauche dissimulaient deux petites portes, de taille humaine. Devant lui, trois larges tunnels s’enfonçaient dans les profondeurs du bâtiment. Le drone, après s’être assuré d’être suivi, s’engouffra à gauche, passant devant une pile de caisses métalliques impeccablement empilées. Peredhil le suivit, laissa son véhicule dans un emplacement pratiqué à cet effet, remit ses bagages au robot porteur, et pénétra dans le sas vitré. Une double porte s’ouvrit sur ordre du guide, et se referma aussi qu’il fut passé, tandis qu’une seconde, visiblement renforcée, « pour ne pas dire ostensiblement renforcée » nota le jeune homme, l’invitait à entrer. Il grimpa les quelques marches et se trouva sur une large plateforme. Il s’agissait d’une pavé gigantesque, une hangar immense, en retrait dans la face du Cube démesuré du Terminal Central ; une sorte de grande bais métallique. Au plafond, pendaient les grappes transparentes des postes de contrôles, hérissés d’antennes. Au sol, ça et là, des hommes et des droïdes s’affairaient autour de vaisseaux de formes et de tailles différentes. D’aucun chargeaient des caissons tandis qu d’autres prenaient place dans les postes de pilotage ou guidaient les manœuvres. Tous savaient parfaitement ce qu’ils devaient faire de sorte que la manœuvre s’effectuait avec efficacité et ordre. Au fond, une grande grue descendait du plafond tel un prédateur aérien, agrippait des caisses de marchandises empilées le long du mur en un grand tas, et les transportaient jusqu’à une ouverture dans le toit d’un engin, qu’elle nourrissait de son fardeau.
---------Peredhil contempla un moment la scène, puis son regarde se porta sur l’arrière plan : la ville se découpait sur l’horizon, maintenant éclairée par le rougeoiement du crépuscule. Les tours grises s’élançaient dans le ciel où volaient relais planétaires et navettes, laissant des traînées éthérées de condensation blanche qui se tintaient d’ocre et de pourpre. Les habitations semblaient si petites, et la cité si large ! En tout cas, cela confirmait son intuition précédente : ils étaient bien dans les derniers étages du Terminal Central des Relais. Tant les implications de cet position que la vue fantastique le plongèrent dans une rêverie contemplative, à tel point qu’il faillit être écrasé par un imposant véhicule de transport autopiloté qui venait de surgir d’une entrée sur sa droite, et qui alla se ranger sus un vaisseau docile, tandis qu’un groupe d’hommes attaquaient le chargement, épaulés d’une autogrue.
---------Peredhil revint à sa situation présente et chercha des yeux son guide. Il avait disparu ! Il se trouvait là, au milieu de ce terminal militaire, seul et sans contacts ! Il tenta de trouver un responsable, mais les travailleurs semblaient trop occupés et le renvoyèrent sans ménagement.
Il tourna les talons et revint sur ses pas, se demandant s’il n’allait pas revenir à son véhicule, sans être convaincu que le sas s’ouvrirait.
C’est alors que deux officiers, impavides, impeccables dans leurs uniformes l’abordèrent. Ils l’accueillirent poliment et révérencieusement, le conduirent dans une navette et l’installèrent dans une cabine confortable, sans toutefois fournir plus d’explications ; mais avec force forces politesses toutefois. Il aurait été tenté de croire qu’il ne s’agissait que d’une belle façade, si son instruction ne lui avait pas permit de distinguer la tension des deux hommes. Quelque chose clochait… mais quoi ? Il balaya ses pensées pour le moment, et inclina le dossier du fauteuil très relaxant de son habitacle. Il le fit pivoter de façon à se trouver face au robot-serveur, et déclama emphatiquement avec un large geste du bras droit: « Sire Robot ! Une boisson fraîche ! ». Il la dégusta ensuite, tout en se positionnant face à l’holo écran de la cabine. Il nota au passage l’absence de fenêtre, et avale une gorgée avant qu’un grondement et un léger roulis ne lui indiquent que la navette, ou le relais interplanétaire, il n’aurait pu le dire, venait de décoller. Il bu encore un peu. Quelques minutes plus tard il dormait profondément.

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Chapitre IV : l’éveil


Une douleur se fit sentir derrière sa tête : il venait de heurter quelque chose de dur. Petit à petit, il reprit conscience, réinvestissant son corps, retrouvant ses sensations. Il était allongé, et le sol était agité de secousses et cahots : il devait donc être dans une sorte de véhicule. Il ouvrit les yeux. Au dessus de lui s’étendait en guise de ciel un plafond de lattes de bois soigneusement alignées. Sur sa droite, une pile de caisses et de sac s’élevait, et sur sa gauche, il pouvait distinguer des étagères remplies d’objets divers dont il ne pouvait déterminer la nature exacte. Il s’appuya sur ses coudes et tenta de se relever. Ses muscles étaient douloureux, mais il parvint néanmoins à s’asseoir. Peredhil observa son environnement : il était dans une sorte de chariot de bois qui devait servir au transport de marchandises quelconques. A l’arrière, une fenêtre ouverte laissait apparaître un paysage fuyant : route poussiéreuse et colline sèches parsemées de buissons.
La soif, la chaleur, le terrible sentiment de faiblesse lui revinrent à l’esprit : il avait souffert dans le désert, il avait connu ce terrible face à face avec la mort au milieu des décombres de la nef, ou dans les vapeurs embrumées de son esprit, errant parmi les plaines désolées qui se déroulaient à l’infini. Il se rappelait de ces moments terribles où la gorge sèche se calfeutre de poussière, où l’estomac crie en vain, où les muscles engourdis refusent d’avancer et lâchent, où la tête se perdait dans les méandres sinueux de la fièvre tandis que la volonté- ou l’instinct- poussait sans cesse en avant, en avant. Puis la plongée dans le néant. Le souvenir était encore trop douloureux, aussi préféra-t-il ne plus y penser. Il dû néanmoins admettre qu’il avait été touché et changé au fond de son être, mais n’aurait pas su dire ni comment, ni en quoi ; les événements étaient trop proches et confus dans son esprit. Il balaya ces pensées, il était vivant, et c’était le principal !
Il n’eut alors pas le temps de se demander ni comment, ni par qui il avait été sauvé : près de la fenêtre, regardant le paysage avec attention se tenait un homme d’un certain âge. Il portait une cuirasse segmentée ainsi que des jambières. Sur sa tête trônait un casque à crête qui descendait couvrir les joues, et à sa taille pendait le fourreau en cuir d’une épée courte et maniable. De toute évidence, c’était un soldat des Troupes Coloniales de l’Empire Varanil. Au moins était-il entre de bonnes mains. En effet, il ne risquait guère de tomber dans une embuscade, il serait soigné proprement, et pourrait rejoindre facilement la côte. En outre, il serait probablement reçu avec les égards dus à son rang et à son appartenance à l’Ordre.

Il se redressa et tenta de se lever complètement, poussant sur ses bras et jambes éreintés, mais ses muscles étaient encore trop faibles. Il retomba en laissant entendre un gémissement étouffé. Le soldat se retourna calmement et s’exclama :
- « Attention ! Vous n’êtes pas encore rétablis ! Ne bougez pas, ça vaudra mieux ! »
Peredhil acquiesça, ignorant la douleur dans ses membres.
-« Une chance qu’on vous ait trouvé ! reprit-il, Sans ça vous étiez bon pour les charognards ! Tout desséché, maigre et malade comme vous étiez ! Mais qu’est que vous pouviez faire dans un endroit pareil ?! »
Le jeune paladin resta un moment silencieux, rassemblant ses pensées… après tout, pourquoi ne pas dire la vérité ? Ça lui faciliterait la tâche au moins. Il raconta donc brièvement l’accident de la nef, les morts, et la traversée du désert. Le soldat ne dit rien, acquiesçant, et lui administra un remède au goût infect. Peredhil sombra dans un sommeil agité. Des fois, il avait l’impression de revenir à la surface, à la conscience. Il sentait les cahots de la route, il entendait des sons, percevait des voix indistinctes ou des visages évanescents et inconnus. Tout semblait comme atténué, en demi-teinte, et tout était confus. Il ne pu en tirer aucun sens quel qu’il soit.
La grande forêt qui s’étendait sur les collines derrière Port-Aigues lui revint à l’esprit, comme s’il s’y était retrouvé projeté. Il revoyait autour de lui les oliviers sans fin, les chênes bas, les sous bois ombragés et les garrigues sèches, la lumière tamisée du crépuscule d’automne qui filtrait dans les ocres des feuillages et les ruisseaux qui se gonflaient des premières pluies du printemps, bordés de sentiers qui s’enfonçaient dans les vallons sauvages, entrecoupés de drailles qui disparaissaient des les épais buissons et qu’empruntaient les sangliers pour se rendre en ces recoins fangeux qu’ils apprécient. Il se souvenait des camps elfiques nichés parmi les arbres et les collines, épousant la nature, il se rappelait, il revivait les bivouacs paisibles où la lune apparaissait entre les branches obscures, ou alors les courses entre les arbustes dans la pénombre.
Puis il sombra dans l’obscurité. Le monde semblait tourner autour de lui, dans un tourbillon frénétique. Il volait. Au dessus de lui, de lourds nuages noirs écrasaient le ciel de leurs masses menaçantes comme un étau de charbon et d’acier. Il faisait nuit. L’acre odeur du soufre, et de la cendre montait à ses narines. Dessous, au sol, les taches de rougeoyantes d’incendies brûlaient comme autant de plaies. Les villes et les campagnes se consumaient. Il pouvait apercevoir de sombres panaches de fumée qui s’élevaient, hideux serpents de destruction. Et toujours cette odeur acre et tenace de bois calciné et de mort. Tout à coup, d’énormes masses noires le dépassèrent dans un rugissement assourdissant et disparurent dans les nuages, rivalisant avec le tonnerre. Des éruptions de lumière et de feu illuminèrent un moment les pesantes nuées, comme un écho des îlots de flamme au sol.
Il chuta et le monde tournoya vertigineusement.
Il perdit conscience

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Ή επιστήμη γίγνεται ώς
(la science devient des oreilles !)
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