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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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 Sujet du message: Ecrits de Julianos
MessagePosté: Jeu Aoû 11, 2005 8:01 pm 
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Homo sapions sapions

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Bon, dans cette section c'est mes textes. A moâ. :mrgreen: Bonne lecture ! :D plus faicle à souhaiter qu'à provoquer...

Pour vos impressions, un seul sujet : Commentaires

(la fin de la nouvelle suivante n'est pas définitive ; à vrai dire je me demandai si je pouvai pas réécrire comme ça toute l'épopée... :roll: mais bon :mrgreen: )

Un Héros

L'Héliaste Pélos considérait infatigablement la colonne d'immigrants forcés qui se déversait par la bouche sombre, située à quelques kilomètres au nord. Des jeunots aux vieillards, toute l'engeance humaine connue passait devant lui la tête baissée, l'œil morne et la mine pâle, en traînant les pieds. Et les femmes marchaient à côté des hommes, comme si elles étaient soudainement devenues leur égal. Pélos grimaça. De son temps, on ne se serait jamais permis ce genre de chose. Il imaginait très bien que la décadence athénienne finirait par déboucher sur l'adoption du statut de citoyenne pour la femme, et cela le rendait malade ! Voilà maintenant une demi heure qu'il était posté au même endroit, espérant apercevoir un visage familier, comme celui de sa femme ou de ses fils qui lui manquaient terriblement déjà…Mais en fait, il trompait surtout son ennui. Depuis quelques jours, c'était devenu son activité principale, non pas qu'il aimât cela, mais il n'avait rien de mieux à faire. Son poste sur l'agora lui manquait déjà, et pour ne pas perdre la main, il avait élaboré un petit jeu personnel qui consistait à juger mentalement les gens qu'il voyait seulement d'après leur visage, leur accoutrement et leur allure. Une fois qu'il avait ciblé la personne qui lui convenait, il conjecturait sur son statut et les méfaits qu'elle avait pu accomplir au cours de sa vie. On pourrait croire que cette méthode peu auguste ne devait pas être d'une grande efficacité, mais l'expérience de l'héliaste comptait pour beaucoup dans cet examen de physionomie. Sur nombre de centaines d'accusés qu'il avait vu passer devant lui, une bonne partie avait leur crime marqué au fer rouge sur la figure. Peu à peu, en fonction de leur culpabilité et des peines appliquées, il avait commencé à pratiquer sa propre reconnaissance judicaire intérieure.
Il pouvait ainsi juger, selon lui, plus équitablement selon le degré d'affliction qui marquait le coupable. Plus celui-ci était marqué, plus il était clément dans son jugement. Les pires étaient ceux pour qui il n'arrivait pas à distinguer quoi que ce soit, gardant un sourire hypocrite tout au long du jugement, clamant leur innocence et l'absurdité de leur convocation devant l'Héliée. Ceux-là ne regrettaient rien de leur geste, n'étaient près à aucun amendement personnel. Il était arrivé que de pareilles gens, accusés de meurtre ou d'autres crimes odieux, sortent indemne de la séance. Que de pareils monstres soient relâchés et continuent tranquillement à exercer leur art du méfait exaspérait Pélos. Il en était venu peu à peu à mépriser ses collègues qui jugeaient comme des enfants, et ceux qui votaient l'innocence pour des criminels de première envergure. "Si on ne parvient à rien voir sur leur visage, et si ils sont relâchés faute de preuves, c'est bien qu'ils sont innocents !" aurait argumenté un naïf et idéaliste jeune citoyen. Bien entendu, Pélos savait pertinemment que l'on ne jugeait pas sur la tête des accusés, mais il savait distinguer un innocent d'un coupable, malgré leurs dérisoires masques de contrôle thalamique. Il savait aussi que l'on ne jugeait pas non plus toujours sur les preuves et les témoignages, si convaincantes soient-elles. Les brumes habituelles du chantage et des pots de vin venaient bien vite voiler les yeux des impartiaux citoyens…

Enfin, lassé de ce petit jeu, il s'en alla se promener le long du fleuve. La végétation ne prêtait guère à rire, et les arbre avaient triste allure, mais au moins il pourrait rencontrer quelques personnes de son statut pour discuter. A peine avait-il marché une centaine de pas qu'il rencontra ses deux compagnons d'infortune, les seuls dont il jugeait la compagnie valable parmi le ramassis de mauvaises gens, de fripouilles, et de métèques qui hantaient les environs.
- Ah Eucrisios et Mnémote, mes chers amis, comment allez vous en ce bas monde ou tout va si mal ?
Le premier arborait une magnifique chevelure brune et un habit éclatant de fraîcheur. Malgré cela, il donnait une étrange impression de translucidité, à l'instar de son comparse, malgré une longue barbe blanche, synonyme de longévité et de santé, et de son visage altier.
- Plutôt bien, répondit-il; autant que me le permet Psyché et ces temps de changements physiques…
- Je commence à oublier les sensations de ma jeunesse ; tourner en rond ici ne me réussit guère ! répondit le deuxième cité. Les verts pâturages, la beauté chevaline des étalons de mon père courant sur la plaine…Mais assez parlé de moi et de ma nostalgie. Il y a sûrement plus original comme conversation ! Toi mon cher Pélos, tu te portes bien mieux que la plupart des nouveaux bougres qui arrivent ici en s'apercevant qu'ils n'ont plus un rond sur eux ! Quelle idée aussi de partir en voyage sans avoir de quoi subsister !
En souriant, Pélos allait l'interrompre quand il reprit :
- Oui, mais dans mon cas c'est un malencontreux accident ; mon Destin l'a voulu ainsi, je ne vois pas pourquoi je trouverais à y redire…
- Le Destin est un carcan mental qui t'enferme dans ta sensation de non décision quant à ton libre arbitre et le chemin que prend ta vie. Offrir sa nuque au bourreau et se soumettre à une entité invisible et inexistante n'est pas le meilleur moyen d'éviter les ennuis de ton existence aveugle…
- Ah ! Vous les philosophes et vos diatribes qui ne dépareraient pas à la Sibylle…Regarde autour de toi ; ne vois tu pas flancher tes convictions et ton humanisme ?
- Laisse cela Mnémote ; Eucrisios ne se laissera jamais convaincre par ses sens ! conseilla Pélos
- Ah non ! Tous les sujets de discussions, mêmes stériles, sont les bienvenus, sans quoi nous ne serons plus que des loques décérébrées lorsque…
- PLACE, J'ARRIVE !! MON TEMPS EST PRECIEUX ALORS LAISEZ MOI PASSER !!! Clama une voix stentorienne, d'un vacarme à réveiller tout l'Olympe et le reste.
- Qu'est ce que ce…commença l'Héliaste.

Au loin s'avançait un colosse armée d'un énorme gourdin et vêtu d'une peau de lion, entre autre choses…Il était tout de muscles et d'éclat divin, et ses reflets cuivrés tranchaient sur les couleurs plutôt passées de la foule assemblée au bord du fleuve. Il avançait rapidement à pas de titans, se frayant si facilement un chemin parmi la foule qu'il semblait traverser la gent de part en part. Autour de lui, les immigrants étaient surexcités et criaient ce qui passait pour des chuchotements à côté du vacarme olympien du nouveau venu.
- Venez, allons voir ça de plus près ! proposa Mnémote surexcité ; c'est une chance que nous ne pouvons laisser passer ; de l'animation dans ce coin perdu, voilà qui me réjouit !
Indécis mais tout aussi curieux, ses compagnons le suivirent au pas de course. Plus ils approchaient, et plus l'individu paraissait impressionnant. Sa démarche était celle d'un conquérant, et son sourire moqueur en disait long sur son courage et sa nature.
- PARDON, FAITES DONC PLACE ! Excusez moi jeune damoiselle…
Parvenu près du bord, il scruta l'étendue du fleuve obscur en mettant sa main en visière, puis, avisant la distance qui séparait encore l'embarcation de l'embarcadère, il s'exclama :
- Dites, il ne se presse pas beaucoup votre copain là ! Avec le nombre de clients qui arrivent derrière moi, il a intérêt à manier plus vite sa gaffe si il ne veut pas tâter du fouet d'Hadès !
Sur ce, il laissa tomber négligemment sa lourde massue au sol en un grand " BROM !" sonore, et l'échine courbée, il se mit comme à chercher quelque chose par terre…
- Bon, on va le voir ? demanda timidement Pélos.
- Ouais, mais doucement. Il serait bien capable de nous envoyer aux cinq fleuves juste en éternuant.
Mnémote s'approcha le premier, sous le regard craintif de la populace présente qui sentait confusément qu'il se passait quelque chose d'inhabituellement vivant…
- Excusez moi…
- Tu ne vois donc pas que je suis occupé, ou faut-il que j'appelle Argus et ses cents yeux pour t'aider ? répondit l'autre avec humeur. Puis, radoucissant son ton : "Tenez, rendez vous utile, aidez moi un peu !"
- C'est…C'est sûrement d'un intérêt crucial pour votre quête mais je ne sais ce que vous cherchez et…
- De petits cailloux plats ! répondit l'autre en tâtant les pierres au sol une par une.
- Ah ? Comme celui-ci ? dit-il en montrant un petit discobole de basalte d'une rondeur euclidienne.
- Magnifique, merci beaucoup ! s'exclama-t-il en lui t'assénant une grande claque dans le dos. Sa main traversa le pauvre Pélos de part en part sans lui causer le moindre mal.
- Rhalala, vous les morts vous manquez de fermeté…annonça-t-il en secouant la tête d'un air blasé.
Puis, s'agenouillant délicatement tout près de l'eau, il axa ses genoux de manière à faire un angle aigu avec l'horizontale de la rive, puis, soupesant le caillou d'un bras expert, il l'envoya avec force heurter l'eau avec une trajectoire très légèrement oblique. Celui-ci partit à une telle vitesse que l'on ne vit, sur les cinquante premiers mètres, comme seul témoignage de sa présence les vaguelettes circulaires s'élargissant sur l'eau sombre. Pélos pu dénombrer environ une quarantaine de rebonds.
- OUAH ! QUARANTE-DEUX ! s'applaudit-il fortement. L'héliaste aurait juré que le son de la voix avait créé une petite vague sur le fleuve.
- Un nouvel exploit à ajouter à mon palmarès ! Grâce à toi petit !" grimaça-t-il de bon cœur. Ah ! soupira-t-il ; Si ce sacré Eurysthée avait la bonté de me proposer des travaux de ce genre, je n'en serai pas là !
En avisant le regard interrogateur de l'auditoire (Qui le conservait par ailleurs depuis le début de la scène !) et en particulier de Pélos, il se gonfla d'importance et commença, comme l'aurait fait un poète récitant pour la millième fois l'Odyssée, à expliquer sa situation.
- Car en effet cher monsieur, figurez vous qu'à la suite d'une folie qui me prit, j'ai masacré ma femme et mes enfants sauvagement. Pris de remords, et pour me purifier de ce crime affreux, j'ai déjà dû accomplir onze travaux extraordinaires, dont le nombre total n'a pour limite que l'imagination de mon cousin ! Savez vous que la rpemière tâche qu'il me confia était de tuer le lion de…Ah, excusez moi, mais je vais avoir à faire !
En effet, la barque se préparait à accoster. A moitié délabrée et fait d'un bois si usé que seule une puissante magie devait le maintenir à flot, il tenait plus d'une épave que d'une trière athénienne… Cette description aurait pu tout aussi bien servir à présenter le propriétaire du rafiot. Il s'agissait d'une carcasse desséchée vivante, la peau tirée sur les os, le teint cireux, et une barbe…Même Pan en aurait eu honte ! C'était un agglomérat de poils hirsutes dont la coloration s'alliait très bien avec la voile jaunie de l'embarcation. Mais cela ne sembla pas troubler plus que cela le colosse qui, faisant fi de l'apparence peu engageante de l'équipage, sauta athlétiquement sur le radeau, menaçant de le faire renverser en une dernière funeste embardée ! Se relevant doucement avec un sourire éclatant, il saisit le vieil homme par l'oreille et le souleva littéralement de terre.
- Salut mon pote ! C'est toi Charon ?
Un borborygme saccadé et indéterminé lui répondit, suivit d'une agitation furieuse du poing.
- Allons allons du calme, pense à tes rhumatismes ! Ecoute moi bien mon petit père, je te serais gré de me faire passer sur l'autre rive ; en cas de refus, je me verrai dans la triste obligation de te faire boire toute l'eau du Styx !
- Très bien, très bien ! grommela l'autre. On ne me paye pas assez pour que je m'amuse à barrer l'entrer à tous les héros qui viennent ici chercher leur jeune compagne en détresse , un ami fidèle ou tout simplement la gloire !
- Voilà qui est parlé ! Sacré Charon va ! s'exclama l'autre en lâchant le lobe de l'infortuné.
- Au moins vous n'avez pas de flûte ! La semaine dernière il y a un certain Orphée qui est venu chercher sa petite amie, et il n'a pas arrêté d'en jouer tout au long du voyage, c'était affreux ! Néanmoins, j'aimerais fortement que vous arrêtiez d'écorcher mon nom ! On le prononce Charon ! (ce faisant il prononça le début de son nom "ch") Comme chérubin, charpenté ou encore charmeur !
- Ou comme chèvre, chiffe molle , ou encore chochotte ! railla le héros.
- Dites donc ; quand on s'appelle Héraclès on n'a pas à se moquer des noms d'autrui ! La gloire d'Héra ! Tu parles d'une ironie quand on voit ce qu'elle te fais subir, et ce que tu fais pourtant pour sa gloire, tout cela pour te purifié d'une action dont tu es bien le dernier responsable !
Soudain il sembla se rappeler qu'il avait en face de lui deux cents livres de héros susceptible, et il se pressa de changer de sujet devant le regard menaçant de ce dernier…Il allait faire monter quelques autres âmes à bord histoire de ne pas voyager à vide, et alors qu'il tendait la main pour recueillir les oboles témoignant de la mise en terre réglementaire, Héraclès posa sa grosse main sur son épaule et lui glissa quelques mots à l'oreille. Charon devint tout rouge et se mit à trembler.
- Ah non ! C'est contraire au règlement, vous ne pouvez pas me forcer à faire cela, c'est indécent !
C'était évidemment une protestation de pure forme, car le nocher savait très bien qu'il ne pourrait rien contre les décisions du héros…
- HÉ, ECOUTEZ TOUS ! clama ce dernier à la foule. Que tous ceux qui n'ont pas d'obole pour se payer le passage et ceux qui n'ont pas eu de rite funéraire décent viennent me rejoindre dans le canot !
Interdits et n'osant y croire, Pélos, Mnémote, Eucrisios et les autres ne bougèrent pas, trop étonnés par l'offre du héros.
- HÉ BIEN ? Vous préférez peut être passer un siècle à errer sur le bord du fleuve en attendant d'avoir enfin l'autorisation de passer ?
Ces dernières paroles eurent l'effet escompté, et une centaine d'âmes se ruèrent dans la barque. En quelques minutes, ne croyant toujours pas à leur chance tous les rejetés des enfers étaient à bord. Tous sauf un qui finissait son attente de cent ans le lendemain, et qui n'était pas pressé.
Et alors partit l'esquif, prêt à couler sous le poids des ombres. Cette dernière remarque inspira Pélos qui demanda à son ami philosophe :
- Tiens, pourrais tu m'expliquer comment ce fait-ce que notre bateau s'enfonce sous le poids de fantômes alors qu'ils ne sont sensés ne pas avoir de substance ?
- Sans doute cet enfoncement est provoqué par Charon lui même dans un soucis de mise en scène ; j'ai entendu dire qu'il avait fait du théâtre dans son jeune temps…Est-ce que je me trompe capitaine ?
- Pas le moins des enfers mon brave ; je ne peux qu'applaudir votre savoir, mais vous vous trompez en déclarant que je suis la source de cet enfoncement ! Vous savez, les dieux ne sont pas si bêtes que cela, et pour que leur culte marche et qu'on n'oublie pas les sacrifices habituels, ils doivent respecter certaines choses pour attirer le fidèle ! Pourquoi croyez vous que je n'ai que cette barque limitée en place, et pas une trirème ou un pont ? Pour la mise en scène et la représentation évidemment ! Il en va de même pour les âmes !
- Je ne vois pas trop en quoi…
- Simple ! N'étiez pas vous même effrayé qu'il n'y ait rien après la mort ? Une âme sans consistance ça fait un peu peur aux gens, alors on a doté les particules ectoplasmiques d'un certain poids ! Vous savez, le moindre changement des habitudes ici se sait très vite dans les temples à l'extérieur ! On entre ici comme dans un moulin ! Hein Héraclès ?
- Tu l'as dis mon pote ! D'ailleurs tu me feras le plaisir de m'attendre pour le retour, j'en aurais pas pour longtemps. C'est que j'ai des obligations, un travail, c'est du sérieux !
- Et…Quel travail est-ce cette fois ? se risqua à demander Pélos
- Oh ! Capturer Cerbère et le ramener à Mycènes, la routine quoi…
Héraclès pensait tout le contraire de ce qu'il disait ; il était conscient que ce travail pourrait bien être le dernier, mais il avait son image de héros invincible à préserver. Tenez, comme nous avons la traversée du Styx devant nous, je vais vous narrer les épisodes de ma vie !

Une petite heure s'écoula et enfin la barque accosta. Héraclès n'avait pas encore fini de présenter ses parents :
- Et ainsi, ma mère Alcmène me conçut illégitimement ! En croyant coucher avec son mari, elle ne se doutait pas que Zeus, mon papa adoré, avait prit la place de ce dernier dans son lit ! Et ainsi naquit Héraclès, le demi-dieu ! Dès sa naissance, Héra…Ah, on est arrivé ?
L'auditoire, qui comprenait toutes les âmes du bateau, et Charon lui-même, qui, tout en faisant mine de ne pas écouter, penchait tout de même son oreille aux moments les plus croustillants, était captivée et écoutait les oreilles grandes ouvertes, les yeux écarquillées, charmés par le talent de conteur d'Héraclès
- Ah oui tiens ! fit le nocher surpris. Ça passe vite hein ? Bon allez débarquez, et surtout ne dites à personne que vous n'auriez pas dû passer ! Je risque mon poste moi, à cause toi Héraclès !
- Bah allez ! Je te raconterais la suite de mon histoire en intégralité au retour pour me faire pardonner !
- Pfff, comme si ça pouvait m'intéresser ! fit celui-ci en s'efforçant de prendre un ton dédaigneux, mais ne réussissant pas à effacer le petit sourire de contentement qu'il avait sur les lèvres.
Les morts entrèrent par la porte principale, sous les regards inquisiteurs et les mufles frétillants des trois têtes du toutou mythique. Héraclès passa avec eux sans être inquiété, le chien ayant déjà reçu des consignes, ou n'ayant pas envi de se frotter avec le héros. "Même si cela n'allait pas tarder à être le cas" pensa Héraclès.


"Et vous appelez cela une nouvelle ??!!! "m'hurla l'éditeur, Mr. Hercule Charon, en me balançant tous mes manuscrits dans la figure en une gerbe de papier ! "Hors de question que j'édite cela, et je ne donnerais pas d'autres raisons !"


Dernière édition par Julianos le Sam Oct 13, 2007 4:30 pm, édité 8 fois.

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MessagePosté: Mar Sep 06, 2005 8:34 pm 
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Homo sapions sapions

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[align=center]Bellatores[/align]

Feu. Grêle. Douleur. Tout cela tombait dru comme une douce pluie sur les adversaires des deux camps. L'odeur moisie qui s'exhalait des cadavres tombés remplissait l'air déjà moite d'une fragrance encore plus délicieuse. La magie des flammes bâtissait des palais grandioses et éphémères, renforcés par le sang de leurs constructeurs qui périssaient dans la gloire de leur œuvre. Les feux créateurs éteignaient et rallumaient leur essence divine en d'impérissables havres de braises ; c'était le cycle de la création détruite, le cycle des émotions avivées, des passions maîtrisées. Et pourtant, ils n'étaient que des reflets sur les lames dressées qui conquéraient les espaces, les vides qui étaient ou qui allaient être. Des glaives qui brûlaient la chair aussi bien que leurs collègues impalpables, qui déchiraient et consumaient les vies ignobles des Shirrons. Toutes ces harmonies de sabres et de fluides de vie déversés sur l'inaltérable terre des souffrances, pour cette cause…Pour La cause. Le noble et grand art qui domine toute vie humaine, la seule valeur impérissable, immortelle, pour laquelle il est bon et juste de se dévouer. La guerre.
Quel plaisir plus intense que de déverser les entrailles des envahisseurs fous, ses indignes intelligences qui occupaient ces lieux d'où nous étions les maîtres depuis toujours…Depuis un quart d'heure. Dès le moment même où les navettes atterrissaient, tout leur appartenait, et ceux qui se trouvaient sur leurs nouveaux territoires devaient périr. Ils n'étaient déjà plus chez eux. Ils ne l'avaient jamais été. Ils étaient tout au plus des tumeurs à extraire. Pierre serrait ses mains sur la hampe de son arme. Ces Autres étaient des créations méphistophéliques, des aberrations. Il savait qu'ils vaincraient parce que Dieu les guidait dans leur lutte. Dieu était près d'eux et les aidait, soutenait leur bras contre ces hordes impies. Lui-même leur avait demandé d'étendre le drapeau de sa foi partout dans l'Univers, car ils étaient le peuple élus, depuis l'âge des âges. Et dans la beauté picturale de la guerre, Il était la toile. Ils étaient douze contre une centaine, mais leur foi était forte, leurs bras ne tremblaient pas. Leur évangile balayait les païens comme de vulgaires fétus. Le général nous fait signe et nous commençons à parcourir d'un pas leste la lande désolée, sautant au dessus des cratères en un bond agile. L'apesanteur était de plus de deux G mais leurs armures étaient le fruit du peuple de Dieu. Seule la rassurante ventilation de leurs casques et leurs propres respirations venaient troubler le silence qui régnait pour chacun d'eux.
Pierre tentait d'économiser le plus possible son souffle pour ne pas se laisser distancer. Il avait tout abandonné pour suivre Jésus : sa situation administrative en or sur Betelgeuse, sa femme aimante, ses braves petits enfants… Il avait démissionné et tranché la gorge à chaque membre de sa famille pour ne plus avoir d'attaches d'aucune sorte. Il ne vivait que par l'amour de Dieu et de ses commandements. Et aujourd'hui était un jour encore plus joyeux que tous les précédents. Ils allaient en finir avec leur colonie sur Magellan. Il y avait trop longtemps qu'ils contaminaient les lieux, avec la pollution crasse et la consommation vile de leur espèce... Pierre interrompit ses pensées pour se concentrer sur l'objectif. Au loin brillait le champ un G dans lequel ils évoluaient ; une tour de garde, un centre principal et quelques habitations de bois entouraient l'astroport sur lequel étaient posés deux monstres d'acier. Ils étaient trop affairés pour nous apercevoir ; et ceux que nous avions déjà descendus n'avaient même pas eu le plaisir de donner l'alerte. Le général nous arrêta en levant la main et se retourna vers nous. Sous la teinte brune de son casque, on pouvait deviner le commencement d'une barbe jeune qui encadrait un visage beau et serein.
- Amen je vous le dis, Dieu créa la guerre à la neuvième rotation, et il vit que cela était bon.
Il fit une pause et repris : "Je suis le pain de vie. Celui qui viendra avec moi n'aura plus jamais faim et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. Je suis le pain de mort. Quiconque détruit la vie au nom du Père pour la gloire du Père aura la vie éternelle s’il me suit dans la dévotion de la guerre. »
Tous répondirent en chœur :
- Nous te suivons dans l'allégresse car nous avons foi et nos armes sont aiguisées.
Chacun bascula l'interrupteur de son armure en mode offensif et une croix rouge comme le soleil couchant éclaira leurs plastrons. Ensemble, ils volèrent comme des anges vers les enfants du diable, glissant sans bruit entre les rayons bleu du soleil. Les arbres couvraient leur avance. La surprise fut totale.
Comme des fauves, ils se glissèrent derrière les gardes et leurs tranchèrent leur tube central avant de les démembrer. Ils étaient trop horribles pour vivre. Pierre entra dans une maison et surprit les habitants en plein repas. Il décapita la mâle dominant puis s'occupa des femelles. Elles criaient inutilement et tentaient de l'arrêter avec de menus ustensiles de cuisine. Le métal arrondi frappa sans dommage son armure, et, d’une détente du bras, il ouvrit en deux la plus combative. Pierre savourait chaque goutte versée comme un soulagement personnel et multiple ; le même étrange sentiment que lorsque l’on perce un furoncle pour y enlever le pus. Mus par un réflexe moins qu'animal, les autres occupants se groupèrent dans un coin en se serrant ensemble. Certains versaient de l'eau en émettant un bruit strident. Il s'avança pour en finir lorsqu'un petit mâle s'avança et se coucha à terre en hurlant "pitié pour nous" dans sa langue dégénérée. Pierre ne comprit que l'intonation et secoua la tête. Pauvres choses ; comment ne pouvaient elles pas se suicider dans l'instant en se regardant dans une glace ? C'était des singes sans poils à seulement quatre membres externes, nus et dégoûtants. Leur peau plus ou moins burinée se plissait et se distendait selon les régions du corps, et dévoilait ainsi d’une façon perverse la structure de leur squelette. Pierre leva son appendice plectral et le broya en une infâme bouillie d'os et de chair. Il vomit sur sa visière tant le liquide qui sortait lui retournait les trois estomacs, et pourtant il souriait. Il décida de gazer le reste de la famille avec de l'inoffensif monoxyde de carbone, pour éviter de revoir les immondices de leurs intérieurs. Quelques battements plus tard, le silence emplit à nouveau la pièce. Seuls les sons d'amplitudes variés des autres monstres, provenant de l’extérieur, le troublait. L’apôtre ouvrit sa bouche et cracha un long jet de flammes pour désinfecter les lieux. Il sortit en essayant d'ignorer la viande grillée posée sur la table. Elle représentait tant de souffrances infligées pour nourrir ce virus qu'était leur espèce. Et ils se disaient civilisés…Comment une civilisation évoluée pouvait-elle être autre chose qu'herbivore ?
Le travail était déjà bien avancé dans le camp ; l'odeur de la viande carbonisée le fit tousser. Il rejoignit Jean qui finissait de cautériser ses abords.
- Que reste-t-il ? demanda-t-il.
- Les derniers survivants se sont retranchés dans leurs vaisseaux. » Il grimaça en prononçant ces derniers mots, et Pierre le comprenait très bien. Ces "vaisseaux" étaient composés d'un ensemble d'alliage de minéraux extraits en éventrant le corps des Planètes qui avaient le malheur de tomber sous le joug des hommes. Pour parcourir l'espace, ils devaient détruire la matière pour produire de l'énergie ! Détruite la matière ! Quelle folie, quelle présomption, quelle obscénité ! Les nefs de sa race étaient élevés dans le respect et l'amour du vivant, et elles grandissaient en paix avec elles-mêmes, en prenant le temps d'accepter leurs futurs pilotes comme des amis. Une nef autre que vivante était une insulte au Père lui-même, le crachat au visage de la vie et de l’Ecosystème.

Ce qui ressemblait à un vieil homme souriait tristement. Il les aimait bien pourtant. Il les avait conseillé, aidé, il leur était apparu en personne, et il leur avait même envoyé "son fils" (en fait un de ses amis farfelu qui ne lui refusait jamais un petit coup de main) mais il avait fallu se rendre à l'évidence…
La solution de Noé étant éculée et dépassée, il avait décidé de le mettre à jour et de faire ainsi d'une pierre deux coups. Sans Noé cette fois, avec un nouveau peuple aux nouveaux principes.
L'Histoire se répétait ; c'était déjà la deuxième fois qu'il éliminait sa création…(La première étant les bactéries devant lesquelles il s’était ennuyé à mourir avant de les laisser tomber…Vous avez déjà tenter d’engager une conversation avec une bactérie vous ?) C’était décidé ; si la nouvelle génération ne marchait pas, il prendrait sa retraite et se mettrait à la poterie…






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Merci à Vae pour les 3 fautes (et oui :shock: ) et aux commentaires des courageux lecteurs !


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:12 pm, édité 3 fois.

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MessagePosté: Sam Nov 12, 2005 7:37 pm 
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[align=center]Tourista blanche[/align]

Nivis…Planète aux milles pentes, aux milles neiges, aux milles touristes par jour…


Son soleil céruléen se réfléchissait sur sa surface de nacre, décomposant son spectre lumineux en une myriade d'aiguilles chamarrées…
Achetez les lunettes de soleil Binoclos, pour vous en mettre plein la vue !
Sa faune exceptionnelle, toute de grâce et de beauté dans les sabots agiles et les membranes glissantes des pacifiques animaux dont elle est composée, est un macrocosme de paix et d'harmonie…
Ressentez votre instinct de chasseur remonter par toutes les veines de votre corps ; les organismes de chasse rupestre Laparro vous louent les meilleures armes pour les meilleurs cartons ! Repartez avec une tête de Chameone sous le bras pour épater vos amis !

Venez goûter le frisson de l'aventure en ces contrées vierges et inexplorées et laissez glisser vos soucis en même temps que vos skis.
La grandiloquence de ses montagnes n'a d'égale que la pureté divine de l'air…

Stephen releva le nez du dépliant touristique et haussa un sourcil ironique ; ces abrutis de la mise en page avaient inversé les deux dernières phrases ! Il espérait qu'on n'allait pas aussi inverser sa suite présidentielle avec la loge du concierge.
" Ting tu tiglinting tutu !"
- Savent plus quoi inventer pour les sonneries d'ascenseur ; bientôt on aura le droit à du Pep Her que ça ne m'étonnerait pas !" grommela-t-il en sortant de la dite cabine. Un des garçons du room service l'attendait et l'accueillit avec le plus beau sourire hypocrite de son répertoire, accompagné d'une belle révérence aussi ridicule qu'amusante. Il lui fit signe de le suivre et le conduisit à la double porte de sa chambre. Après s'être tourné encore une fois vers Stephen en souriant comme un arracheur de dents, il l'ouvrit avec un geste solennel, en introduisant une clé à l'ancienne de la taille de son avant bras. Et ce fut l'habituelle et si indispensable visite. Tellement indispensable qu'au bout de deux minutes du discours enjoué du garçon sur l'histoire des "pointes" qui avaient dormi ici auparavant, il le mit gentiment à la porte. Au moment de refermer celle-ci, il avisa la main tendue et le sourire niais du jeune homme. Stephen porta la main à sa veste. Sortit son portefeuille. Regarda une nouvelle fois l'autre qui ressemblait à un chien attendant son susucre. Puis, souriant à son tour, en sortit une épingle et la posa dans la main :
- Merci mon brave ! en lui tapotant l'épaule droite avant de fermer la porte sur lui, un sourire d'assureur social aux lèvres.
Il en avait soupé de toutes ces manières mielleuses, fielleuses, de tous les petites gens qui s'affairaient autour de lui sitôt qu'il sortait un stylo ou un mouchoir. Assez des "Puis-je plutôt vous offrir ma plume, je vous aime tant !" et des "Non, mouchez vous dans ma chemise" hystériques. Il allait ajouter, à l'adresse du miroir, que la célébrité n'entraînait que complications et inconvénients quand son regard se porta sur le grand lit à baldaquin à sa droite. Non, il y avait quand même quelques menus avantages…Et il n'allait quand même pas revenir dans le gros et vieux cliché du chanteur riche, beau et célèbre qui n'était pas heureux et qui cherchait l'amour pour se redonner goût à la vie…Cette pensée le fit sourire. C'était presque son cas.
Il programma son café, s'assit sur le confortable canapé en cuir en face de la baie vitrée et le but lentement. Une fine neige tombait lentement sur les massifs en face au loin. Ah, un peu seul, que c'est bon…Il aimait les sports d'hivers, mais c'était surtout le fait que personne ne l'avait accompagné qui le ravissait le plus. Peinard fut le mot qui lui vint à l'esprit. L'enfer, c'est bien les autres, il avait essayé.
"Manque quelque chose…" se dit-il en jetant un regard circulaire dans la pièce. "Ah oui !" Il leva la télécommande et chercha le bouton qui commandait l'allumage de la cheminée. "Fire", ça doit être ça. Il avait à peine pressé la petite chose qu'une sonnerie retentit dans tout l'hôtel ; vingt secondes plus tard, on enfonçait sa porte et les robots de sécurité sortaient des murs pour contrer l'alerte. Quand à Stephen, il était transporté par deux pompiers qui avaient chacun deux fois sa largeur d'épaule, et qui le portaient dans l'escalier en volant littéralement au dessus des marches.
- Diantre, mais…Je…Ghhhh…
Enfin, on le déposa sur un fauteuil de la réception tandis que l'on accourait vers lui et que d'autres pompiers se ruaient dans l'escalier. Un grand moment de solitude…
- Monsieur, allez vous bien ? Vous n'êtes pas blessé ?
- Il aurait été dommage qu'il arrive malheur au plus grand chanteur de la confédération !
- Ne vous inquiétez pas, le bouton de la télécommande m'a épargné ! répondit-il, sardonique.
Personne ne nota le ton, et on le prit presque au mot en discutant sur la rugosité des touches des télécommandes électroniques modernes. Un vrai désastre. Et ce fut le ballet du directeur pour excuser l'hôtel de cet incident. Après le double axel du "mille pardons" et le triple axel du "permettez moi de vous offrir un verre". Stephen décida de jouer ce que l'on attendait de lui en la circonstance. Il avait appris qu'adapter son comportement, si éhonté soit-il, à l'attente de l'entourage immédiat, c'était leur faire plaisir et les rassurer. Aussi se composa-t-il dans le rôle de la star susceptible, irascible et de mauvaise foi. Il cria qu'il n'avait qu'une envie c'était qu'on lui fiche la paix, que le service était déplorable et que la première qualité d'un serviteur c'est de se faire oublier, alors si on voulait bien lui lâcher les sborns et d'autres choses moins polies, ce serait merveilleux, et ce sans reporter l'erreur sur lui en aucune façon, et en toute hypocrisie, bien naturelle, du reste, de la part d'un chanteur vedette. Les gens étaient habitués. Pour preuve, au lieu de lui rentrer sa prétention dans la gorge, les employés lui sourirent de plus belle en se confondant en excuses (excuses qui n'avaient aucunement lieu d'être par ailleurs, mais s'excuser d'avance est synonyme de promotion rapide en hôtellerie)
La seule fois qu'il avait été charitable avec un employé, au début de sa carrière, on l'avait accusé d'imposture et il avait passé la nuit au poste. Puis, épuisé, il remonta dans sa chambre et s'effondra littéralement sur le lit.

Le lendemain matin, une charmante jeune fille (le machisme est un délit, mais cela n'empêche toujours pas les hôtes d'employer ce genre de personnes pour mettre de bonne humeur les clients le matin) vint tirer les rideaux de la baie vitrée, et le réveiller d’une voix douce (tellement que Stephen la trouva désagréable à l'oreille) en apportant son petit déjeuner sur un plateau, garni de mets qui s’avérèrent aussi délicieux que leur vue le laissait supposer. Après avoir calmé son estomac, Stephen alluma le vidéoste et commença à s’habiller en écoutant les infos de la matinée. Il avait choisi le top du top en matière de combinaison isolante, sans parler des skis et des chaussures haute technologie. Il eut une pensée amusée pour ceux qui considéraient que les sports d’hiver étaient dangereux… Aussi dangereux que de lire un livre ; avec toutes les sécurités mises en place…
« Le premier Intendant a annoncé aujourd’hui le retrait des forces de dissuasion le long de la frontière Pryrème, déclarant qu’il avait confiance en la bonne foi et la raison des Pryrèmiens… »
Stephen jura contre la fermeture magnétique de son pantalon et contre le mauvais goût du fabricant qui avait eu La bonne idée de la placer à l’envers…
« …OPA est l’offensive la plus importante de la Sebast’Corporation : le PDG n’a fait aucun commentaire quant au suicide soudain du concurrent qui… »
Un bruit sourd retentit et un autre oiseau des montagnes s’écrasa cinquante mètres plus bas.
« Je n’ai jamais embrassé cette dame que je n’ai d’ailleurs jamais rencontrée de ma vie ! A-t-il déclaré avant d'aborder le sujet du cigare dont… »
Après avoir remis son pantalon dans le bon sens, Stephen prit une seconde tasse de café et s’apprêta à éteindre le vidéoste quand…
« Cela nous amène à parler du célèbre Steph Magnus qui a sorti son dixième album et qui passe actuellement ses vacances sur Nivis, petite planète sauvage et inhospitalière…Nous avons enquêté pour comprendre quels motifs poussaient le chanteur à s’exposer ainsi au danger, et Ynot Immoi, son guitariste nous confie que déjà, lorsqu’il était petit… » "Piiuuuuuu…"
Le danger ! Stephen posa la télécommande. Quels couillons ! Il sortit sur le toit où l’attendait sa nef autonome. Ce faisant il se demanda si l'interprétation des faits et gestes d'une personne est fonction de sa célébrité, positive ou négative. Il plaignait ces gens qui ne vivaient que par stars interposées, qui remplissaient leur vie des déchets luxueux de celles-ci. Cela lui fit penser à la femme qui, quelques années plus tôt, lui avait sauvé la vie en s'interposant entre un terroriste armé et lui. Cela lui avait sauvé la vie. Quel gâchis. Et le pire, c'est qu'il savait qu'en pensant cela, il jouait les faux tristes sires. Très honnêtement, s'il pouvait revenir en arrière et offrir sa vie à la place de la jeune fille, il ne le ferait pas. Il n'aimait pas l'idée de la mort, et cela ne faisait pas de lui un cas unique, bien au contraire... Il était lâche, calculateur, égoïste, méprisant, mais pas plus que la moyenne de l'Humanité. Le seul petit détail qui le mettait au dessus de la masse, c'était qu'il en était conscient. Ni fier, ni dégoûté, juste conscient.

Enfin, il arriva en face du pilote et du guide sur le toit. Ces derniers l’attendaient en fumant tranquillement adossés au parapet.
- Hey ! lança Stephen. Il s’avança vers eux et tendit sa main au guide, un petit homme trapu enfoncé dans une épaisse parka, qui se contenta de le regarder avec ses épais sourcils en grommelant un borborygme incompréhensible dans sa barbe noire on ne peut plus fournie.
- Hé hé…fit bêtement l’autre en rangeant sa main et en montant dans la nef, suivi par le guide.
Heureusement le pilote était plus civilisé et surtout, c’était un fan. Pour une fois que Stephen était heureux de tomber sur un admirateur…Ils discutèrent de choses et d’autres concernant la région ; le chanteur apprit ainsi que l’on envisageait d’agrandir la cité au détriment de l’écosystème de la montagne, ce qui le révoltait visiblement. Pour sa part, Stephen n’en avait rien à faire, mais il fit comme si ce n’était pas le cas car le guide le regardait bizarrement depuis le départ. Il était de moins en moins rassuré à l’idée de passer son après midi avec cet individu…

Le pilote les débarqua en haut d’une pente déjà pratiquée ; selon lui il valait mieux ne pas s’éloigner dans la neige fraîche sans un petit groupe de skieurs expérimentés.
- Bon, et bien on y va ? demanda le chanteur à son compagnon
Il aurait juré que l’autre lui avait répondu par « groumpf ». Ils descendirent alors dans la neige en slalomant simplement. Le paysage était sublime, il fallait bien l'admettre. Partout des montagnes nacrées fleuries de milliers de conifères, se rencontrant et se chevauchant avec la force coutumière aux roches…Et cet air…Stephen était un peu euphorique à cause de sa teneur élevée en oxygène , et cela ne gâtait rien. Après une heure de descente, Stephen décida de faire une pause et demanda à son guide de s'arrêter, ce qu'il ne fit qu'avec un grognement incompréhensible. Il allait poser son sac quand une skieuse le dépassa. Ou celle-ci était très douée, ou bien elle n’avait pas fait exprès de se retrouver sur un ski. Cette dernière théorie expliquait le hurlement désespéré. N’écoutant que son courage (en fait sa misanthropie commençait déjà à l'ennuyer, et le vieux réflexe du dragueur était de toute manière le plus rapide) et le désir de quitter cet affreux guide, il fonça à la poursuite de la jeune demoiselle en détresse. Paradoxalement, elle qui essayait de s’arrêter allait plus vite que lui qui donnait tout ce qu’il avait pour la rattraper. Après plusieurs dizaines de mètres de descente folle, Stephen sauva "glorieusement" la jeune femme en se plaçant devant elle pour l’arrêter. Encore tremblante d’émotion, cette dernière tourna lentement sa tête étourdie vers son sauveur et ses yeux s’illuminèrent derrière ses cheveux d’or…Toute cette histoire aurait pu magnifiquement se terminer s’il n’y avait eu les quelques cent mille tonnes de neige qui avaient suivi Stephen lors de son illustre sauvetage. Il aurait bien contesté en expliquant à l’avalanche qu’elle n’était pas mentionnée dans le contrat de vacances qu’il avait passé avec la station, mais il s’évanouit juste avant.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il fut étonné de ne ressentir ni froid ni chaleur. C’était…tiède. Et mou. Lumière. L'au-dessus était uniformément blanc, un blanc qui vous agresse la rétine. Il bougea ses membres un à un. Tout semblait bien marcher. Aucune douleur. Aussitôt, un mot se présenta à son esprit : « Impossible ». Effectivement, s’en tirer avec pas même un bleu, c’était plus que miraculeux, parce qu’au moins le miracle lui, il arrive de temps à autre. Et pourtant…
Il releva le torse et saisit ce qui l’entourait. Il était assis sur une sorte de matelas dans une cellule aux parois translucides. Ce qui ressemblait à un garde-manger hypotherme était apposé sur sa gauche ; une capsule de douche et des fauteuils, y compris une mini bibliothèque étaient là. Se grattant la tête avec encore plus d’insistance, il s’aperçut que la jeune fille qu’il avait "sauvé" semblait inconsciente un peu plus loin sur un autre matelas. Ses cheveux blonds auréolaient autour d’elle, resplendissants dans la lumière d’hôpital du lieu. Secouant la tête, il fixa à nouveau sa réflexion sur l’endroit. Comment diable avait-il pu se retrouver ici ? Il y avait eu l’avalanche, et puis le noir, et enfin ce réveil. Une avalanche ? Pourquoi cette idée ne l’avait-elle pas déjà frappé ? Il n’y avait pas d’avalanche dans cette station, mais c’était tout simplement…Avec les contrôles et les sécurités mises en place, cela ne pouvait pas se produire !
- Foutrediable ! jura-t-il.

Aucun écho.

Stephen se mit à grommeler en se grattant machinalement le menton, comme à chaque fois qu’il était embarrassé. Il s’approcha d’une des parois transparentes et y apposa sa main. Au lieu de la fraîcheur à laquelle il s’attendait, il n’y eut qu’une chaleur douce. Le chauffage de la cellule. « Bien, on avance » Il se demandait d’ailleurs quelle était la source d’éclairage du lieu. Il n’apercevait rien qui ressemblât à une lampe quelconque. Il supposa que la lumière était émise pas les murs blancs au delà de la cellule. En fait, il était dans une pièce elle-même à l’intérieur d’une autre pièce…Mauvais signe ; la structure architecturale correspondait à celle des pénitenciers…Il était donc prisonnier dans ce réduit, sans doute observé, sinon pourquoi ces parois translucides, avec tout l’ameublement, les vivres et l’occupation nécessaires à un citoyen de l’empire moyen. Et même…une charmante compagnie…Mais à quoi tout ceci pouvait-il bien rimer ? L'on n'enferme pas les gens comme ça, sans raison ! Une rançon ? Oui, il n’y avait pas pensé tout de suite mais il est vrai qu’il valait son pesant en or…
Pour l'instant, c'était l'hypothèse la moins farfelue qui se manifestât à son esprit.
Un bruit le fit sursauter. La jeune femme s'était éveillée et avait glissé sur le sol hyper astiqué. Il se porta évidemment pour l'aider ; un réflexe curieux qui ne se manifestait guère souvent.
- Merci. Fit-elle avec un sourire fugitif.
Ce même "merci" sincère était tout aussi rare par ailleurs.
- Où sommes-nous ? S'interrogea-t-elle.
- Dans le nouveau complexe d'animation de la station : "Jouons à l'embastillé".
- Très drôle vraiment. Répondit-elle d'un ton acerbe.
Elle n'avait pas non plus l'air d'avoir souffert de la moindre contusion.
Ils se présentèrent alors l'un à l'autre, et Stephen fut presque heureux de voir un sourire moqueur apparaître quand il l'informa de qui il était. Elle se nommait Nelhen, et était une citoyenne native de cette même station, Nivis. Un joli mensonge au vu de sa performance sportive précédente, mais dans ce genre de cas, on élude la question, au risque d'entraîner d'infâmes menteries en poussant trop loin…
Puisqu'il ne semblait n'y avoir aucune issue, Stephen s'installa sur le canapé en bout de pièce avec un bouquin de fiction et lut tranquillement. La trame de l'histoire était plutôt primaire, bien que convaincante, et les péripéties peu originales, mais il y avait quelques personnages intéressants qui avaient, chacun, tout un lot de souffrances, et une profondeur peu commune aux romans de gare. Un cri le tira de sa lecture ; Nelhen montrait quelque chose du doigt. Le guide.
Il était debout à mi distance entre le mur blanc et la paroi de la cellule.
- Hé ! l'interpella Stephen. Que s'est-il passé ? Sortez-nous de là mon vieux !
Soit que le bonhomme n'ait pas entendu, soit qu'il en fit mine, mais sa seule réaction fut de sortir une sorte de carnet et de griffonner dessus en marchant autour de la cellule.
- Ecoutez-moi bon sang ! Mais qui êtes-vous et que voulez-vous ? De l'argent ? Continua à s'égosiller le chanteur.
Il exécrait de ne pas être pris en considération ; cela ne lui était pas arrivé depuis des lustres. Il avait l'impression de perdre tout ce qu'il avait acquis tandis que l'autre semblait regarder à travers lui. Celui-ci finit par sortir de la pièce. Silence.
Au cours des jours qui suivirent, la même scène recommença, mais parfois avec plusieurs autres "guides". Même physique patibulaire. Ils discutaient entre eux en tournant autour de la cellule, mais il était impossible pour les deux captifs d'entendre quoi que ce soit. Commençant à trouver le temps long, ils avaient lié plus ample connaissance et une sorte d"amitié" s'était établie entre eux ; celle qui lie deux personnes dans la même infortune.
Un jour, il y eut du changement. On leur ouvrit la porte de la cellule. Sans se faire prier, ils sortirent de la pièce pour se retrouver dans une grande salle circulaire, d'un jaune rassérénant pour quelqu'un qui n'a vu que du blanc depuis près d'une semaine. Mais la surprise n'était pas là, la surprise c'était les autres prisonniers. Ils devaient être une bonne cinquantaine qui sortaient de portes annexes à la pièce, tout comme eux deux, mais ils faisaient plus de bruit qu'un troupeau de buffles. Ils couraient, se jetaient les uns contre les autres, hurlaient, parlaient, se cognaient… Un vrai chaos.
Stephen et Nelhen avisèrent un autre couple qui semblait tout aussi ébahi qu'eux et engagèrent la conversation. Par chance, ils parlaient également le langage universel.
- Bon…Bon quelque chose à vous, commença le chanteur ; je crois qu'il est un peu difficile de savoir quoi ajouter ensuite…
- En effet ; je suis heureux de voir quelqu'un d'autre que ma moitié de cellule, confia l'homme, un quinquagénaire à l'air digne, elle m'est insupportable ! Et je suis encore plus heureux de converser à propos de ce qui nous arrive ! Je me nomme Trens Rechon et elle c'est Clarisse. Voyez-vous, je skiais en compagnie d'un guide de la station quand je me suis retrouvé ici, sans transition.
- Enchanté, Stephen, et voici Nehlen. De même pour nous deux, sauf que nous avons eu droit à toute une avalanche de transition. Avez-vous une explication à tout cela ? demanda-t-il en faisant un large geste du bras.
- Je pense que ces hommes et femmes sont dans le même bateau que nous, mais je ne m'explique pas leur comportement ; ils ont l'air à la fois effrayés et surexcités, je ne sais ce qui leur prend. Je n'ai pas réussi à en approcher un seul, ils me regardent comme si j'avais la peste ! Et entre eux il n'existe plus que rivalités.
- Vous n'auriez pas une idée de ce que veulent ces…ces "guides" ? Car c’est bien eux qui nous tiennent ici non ? demanda Nehlen.
- Aucune. J'ai plusieurs hypothèses, mais tout ceci me parait tellement insensé…
- Cela ne pourrait-il pas être un organisme terroriste d'enlèvement/rançonnage ?
- Cela se peut, mais enlever autant de personnes, j'ai rarement entendu parler de kidnappeurs pareils… Et moi, en tant que chauffeur spatial avec ma misérable paye et ma famille inexistante, je ne vois pas quel argent pourrait espérer ces gens…
Soudain, un larron bondit sur eux en hurlant des insanités et en maudissant l'humanité, puis il repartit aussi sec dans une sorte de mêlée de combattants qui s'était formée au centre de la pièce.
- Mais…
- Chut, regardez, fit l'homme.
Ce faisant il désigna un groupe de "guides" qui étaient postés sur une coursive située à quelques mètres du sol.
- Ils nous observent, et j'aimerais bien connaître leur but. Et la signification de cette réunion entre tous les détenus…
Une sonnerie retentit alors, et d'autres "guides" surgirent de la double porte au fond. Tous les détenus retournèrent prestement dans leurs cellules respectives. C'était le moment ou jamais pour avoir une explication claire et nette. Le chanteur alla à leur rencontre. Arrivé près d'eux, il leur demanda de l'écouter.

- Quelle idée tu as eu! Tu es dans un bel état maintenant ! dit une voix au dessus de lui.
- Nehlen ? Que s'est-il passé ?
- Le service de sécurité du concert t'as évacué, si tu vois ce que je veux dire
- Oh.
Il ne le voyait pas, en revanche il le sentait encore dans ses muscles endoloris.
- Visiblement, ils ne cherchent pas spécialement le contact humain…Pas très sociaux ces gens là…
- Tout ceci est dingue ; je crois que je vais me réveiller d'un instant à l'autre…Et tellement illogique ! Tous ces gens qui ont disparu auraient dû éveiller les soupçons quelque part !
- Ah ! Parmi les milliers de touristes qui viennent passer leurs vacances ici, tu crois que la disparition d'une cinquantaine, sur une longue période, est difficile à dissimuler ? Excuses bidons et accidents de transports, les explications ne manquent pas ! Pour rien au monde la station laisserait courir le bruit que des gens disparaissent en montagne, cela ruinerait tout le monde ici…
- Mais comment diable pouvez-vous être certaine que nous sommes encore sur Nivis ?
- Les transports et douanes sont bien trop surveillés pour que l'on puisse laisser passer comme cela n'importe qui, mais même si l'on pouvait, regarde les vêtements de ces braves gardiens qui nous épient ! Et puis, pourquoi se compliqueraient-il la vie en partant de Nivis alors que c'est ici qu'ils sont le moins susceptibles d'être recherchés ?
Stephen était songeur, quelque chose lui échappait, tout en fait, mais il sentait qu'une réponse permettait de faire venir les autres.
Dans la semaine qui suivit, de grands changements s'opérèrent chez la jeune femme, d'abord, puis chez lui-même. Leur entente, qui s'était presque muée en complicité fut mise à mal par tous deux. Nehlen devenait de plus en plus cynique et maniait la pique verbale mieux que personne, et lui commençait à ne plus pouvoir la supporter et se surprit à esquisser des gestes violents. Lors d'une nouvelle rencontre générale, il rencontra à nouveau le chauffeur et lui aussi adoptait une attitude agressive en sa présence. "Une ébauche de comportement de rapport mâle dominant/dominé" songea Stephen. Il n'avait pas retenté de communiquer avec les "guides"qui continuaient pourtant leurs visites journalières. Il avait mis de côté ce problème pour s'intéresser à celui qui le tenaillait de plus près. Ces changements de comportement étaient si brusques qu'ils n'avaient pu intervenir sans facteur extérieur. Les longues mondanités de sa vie avaient permis au chanteur de comprendre un peu les moeurs et les comportements types, des hommes comme des femmes, ou du moins d'en schématiser les parties. Les relations rivales et d'amitiés pouvaient avoir plusieurs raisons, et dans le cas d'une brouille, rien ne se faisait par magie. Cela venait d'une parole, d'une attitude, ou bien d'un élément extérieur. Il n'y avait eu aucune conversation fatale et définitive entre eux deux, aussi Stephen induit que cela pouvait venir de la transformation d'un élément de leur univers respectif. Dans la cellule. La première chose qui lui vint à l'esprit fut un élément dont il ne pouvait se passer.
La nourriture. Il ne savait pourquoi, mais il avait l'impression qu'on les forçait à adopter un comportement social dégradé, de façon à devenir une sorte d'ermite, en introduisant des produits dans la nourriture. Peut être un système pour empêcher les tentatives d'évasion des captifs. Il se priva donc de nourriture pendant deux jours, laissant Nehlen continuer tout de même à manger. Celle-ci vivait désormais à l'autre extrémité de la cellule, en une position diamétralement opposée à lui, et le chanteur trouvait cela très bien. Mais se priver de nourriture fut une bêtise ; la faim ne fit qu'attiser son agressivité.
- Un autre élément, un autre élément… ruminait-il en tournant autour de sa chaise.
L'air ? En ce cas il ne pouvait rien faire ; il garda donc cette hypothèse qui se verrait validée si toutes les autres s'avéraient erronées.
- Mais pourquoi justement un élément indispensable ?
Il se mit alors successivement à ne plus approcher les livres, le café, le fauteuil, jusqu'à se dénuder entièrement, mais rien y fit. Les relations entre lui et elle menaçaient de tourner au pugilat ; il ne pouvait même plus la voir en peinture, et cela sans aucune raison apparente. Enfin il pensa à la dernière chose qui lui restait.
Pour tenter l'expérience, il arracha quelques pages à un livre de la bibliothèque, un roman rose sans intérêt, et les roula en boules qu'il se fourra dans les oreilles. Vingt-quatre heures plus tard, il se sentait déjà plus libre, plus serein. Il misa donc tout sur la théorie des ondes sonores basse ou haute fréquence. Après tout, le son pouvait vite devenir quelque chose de très puissant ; un exemple trivial : un chanteur que l'on apprécie guère qui se met à chanter dans un poste sans que l'on puisse l'éteindre. Cela lui était arrivé de nombreuses fois. Crétins d'"amis" qui pensaient lui faire plaisir en lui faisant écouter sa propre musique… Cela lui rappelait aussi une histoire…Quelque chose qu'il avait lu dans cette même bibliothèque quelques jours plus tôt
Il se jeta dessus et se mit à la recherche dudit livre. L'Odyssée. Un vieux classique de l'ancienne Terre. A l'épisode des sirènes étaient griffonnées de petites runes étranges. Il n'y avait pas prêté attention lorsqu’il l’avait lu, mais maintenant, même si cela faisait partie de son délire, il était sûr qu'elles étaient là preuve que c'était le son qui leur faisait péter les plombs, à tous. Des runes…Sans aucun doute des gribouillis faits par un lecteur peu respectueux, mais il s'en fichait, il avait de quoi s'y accrocher. C'était ces salauds de "guides" qui leur mettaient cela dans les oreilles, mais il aurait bien aimé comprendre. Comme les marins du navire d'Ulysse, ils regardaient ce dernier souffrir le martyr en écoutant le chant des sirènes. Et Ulysse, c'était lui.
Maintenant qu'il était hors d'atteinte des influences sonores, il lui fallait faire de même avec sa colocataire "misanthropisée"à souhait. Malgré le fait que son cas risquait d’encore empirer, Stephen attendit quatre jours (il se repérait grâce aux visites régulières des « guides » que son état s'améliore avant de tenter toute approche qui aurait autrement pu tourner à la catastrophe.
Mais il eut beau essayer toutes sortes de ruses diplomatiques, aucune ne put décider la belle blonde à mettre les boulettes dans ses oreilles.
- Oh et puis diaule ! La fin justifie les moyens, sacrebleu !
Et en effet, la pauvre femme fut proprement assommée pendant son sommeil, et attachée de manière à ce qu'elle ne puisse enlever ses bouchons. Son attitude s'améliora au fil des jours, et elle recommença à lui parler en s'excusant de sa mauvaise conduite. Stephen ne pouvait pas tolérer ces excuses, car lui-même n'en avait aucune, et c'est ainsi que leur amitié revint, avec même un petit sentiment en plus…
Et également, Stephen s'en rendit compte, une certaine agitation chez les "guides" qui venaient les voir chaque "jour". Il en venait maintenant plusieurs fois quotidiennement, et qui gesticulaient à qui mieux mieux. Le chanteur s'en mordit les lèvres. Il avait complètement négligé ces braves gens. Le retournement d'attitude chez eux ne semblait guère leur plaire…

C'est ainsi, alors que notre Ulysse embrassait délicatement Nehlen, savourant avec volupté le bonheur de l'amour partagé (ce qu'il n'avait jamais connu jusque là qu'avec son banquier et leur amour mutuel de l'argent engrangé), qu'une équipe de "guides" s'empara d'eux et les conduisit dans l'infrastructure même de la cité. Car il s'agissait bien d'une cité, bâtie sous la glace, dans laquelle ils se trouvaient. Alors qu'ils parcouraient un long couloir, à vue panoramique, il put contempler une grande ville sous bulle avec son ciel de nacre et ses murailles de roche. Des milliers de petits bâtiments étaient disposés là, et tout fourmillait de vie. De grandes allées de jades formaient les artères principales ; ici et là scintillaient des roches bleutées…Il ne pouvait en croire ses yeux ; qu'une telle agglomération soit située ici même lui tournait la tête. Et les habitants. Tous trapus, barbus et aux sourcils épais. Certains portaient même des pioches. Le vrai peuple de Nivis…eut-il le temps de penser avant qu'on ne les amène dans une salle où deux tables oblongues étaient disposées en son centre. Toute une machinerie était suspendue juste au dessus.

Des "guides" en blouses blanches lui firent un petit sourire, l'attachèrent lui et Nehlen, chacun sur une des tables. Alors qu'on le fixait, il comprit soudain toute l'affaire. Il avait joué les souris de laboratoire, recherche militaire.
Piqûre. Il se sentit alors sombrer dans un bonheur ouaté…Sa dernière pensée consciente fut que, pour lui épargner les souffrances d'une dissection totale, les "guides" devaient avoir une Société protectrice des animaux.


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Merci à Vae :wink:


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:11 pm, édité 3 fois.

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MessagePosté: Ven Déc 02, 2005 7:08 pm 
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[align=center]Histoire sans lendemains[/align]



La bougie vacille dans l’air humide de la mince excavation de la falaise. L’eau gicle joyeusement sur de la roche claire, éclate en myriades de gerbes étincelantes dès qu’elle entre à son contact. Magnanimes, les gouttelettes épargnent noblement la majorité de la cavité. En contrebas se fracassent, encore et toujours, les vagues, dans leur tonnerre de violence assourdie. Mais les notes de la flûte ne s’en soucient guère, et se glissent entre les raies d’eau, se faufilent dans l’air, résonnant, hautes et claires, dans l’atmosphère. Elles dominent tout autre bruit, écrasent les impuretés de leur déconcertante beauté, seigneuries des airs et de ses caprices. Le souffleur est seul, et joue de son instrument pour la flamme, pour la vie, pour tout ce qui l’entoure. Ses doigts virevoltent sur les trous et sculptent cette douce mélodie, si simple, et pourtant si complète, contenant tant de bribes de vie, d’existences renfermées, qui, soudain, se matérialisent devant lui. Il savoure cet état qui le prend lorsqu’il donne son âme à sa flûte, quand il n’est plus lui même qu’un instrument, quand il devient le jouet de sa propre musique. Il n’existe alors plus que par elle, se transcende avec elle. Son cœur bat la mesure, et sa tête s’emplit de l’éthérée absence de ses pensées. Et l’Etre surgit. Un petit personnage, coiffé d’un long bonnet rouge, seulement habillé d’une barbe folichonne et de pauvres vêtements ayant connus des jours meilleurs, glisse un œil par delà la paroi. Puis deux. Enfin, charmé et captivé par la curiosité, il avance à tâtons à la rencontre du joueur de flûte. Il s’arrête enfin près de lui, tout en le dévisageant avec de grands yeux étonnés. Mais l’autre ne semble pas l’avoir remarqué, son âme accompagnant ses airs, ce qui semble rassurer la créature. Elle se rapproche donc encore un peu, et tend les mains vers la bougie pour, semble-t-il, se réchauffer. Et sans prévenir du moindre frémissement de paupière l’absent spectateur, elle se met à sautiller gaiement, commençant alors à esquisser de complexes mouvements de jambes, tournant, déliant ses membres, semblant à peine toucher le sol, en une chorégraphie légère et aérienne. Le flûtiste, ignorant toujours sa présence, entonne pourtant une musique plus entraînante et au rythme plus marqué, comme pour suivre l’évolution du petit être. Après plusieurs minutes de cette danse, celui-ci revient près de la bougie et se déplace en rythme avec ses vacillements, tout en tournant autour, un grand sourire aux lèvres. Enfin, il s’assoit en tailleur et contemple silencieusement le joueur de flûte en dressant ses grandes et fines oreilles, presque à mi-vexé de ne recevoir aucun compliment pour son effort, puis, avec un petit haussement d’épaule, il ferme lentement les yeux, du plaisir de l’écoute d’une harmonie sans doutes.

Souvenir oublié d’une goutte figée.

Ainsi sont-elles, les histoires sans lendemains.

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« Mais alors si ce n’est pas ici, où est-ce l’enfer ? »
Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
« Là où sont les gutums bien sûr. »

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Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:24 pm, édité 1 fois.

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MessagePosté: Sam Déc 24, 2005 4:42 pm 
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[align=center]Conte de Noël[/align]

« Boooomm »

Un bruit. Rickeam Neasruc, Ricky pour les dames, ouvrit, ou du moins il le tenta, la paupière droite. Bruit. Bruit. Le mot lui tournait diablement l’esprit. Tel un petit enfant surexcité qui se met à donner des coups de pieds à tout le monde pour avoir ses cadeaux le soir de Noël, il bousculait sans ménagement les charpies encore fumantes de ses rêves. Dans la douce chaleur des draps, le monde froid paraissait pourtant si loin, si inexistant …Il doutait même de son existence. Las…
« Malheur de malheur, diable de sentiment qui s’empare de moi !» réussit-il presque à cogiter.
Un inconfort croissant grimpait un à un les échelons du réveil de ses pensées, encore hallucinées par le sommeil…Mais quel était donc ce malaise ? Cela lui rappelait une vague sensation, un sentiment à vif, n’attendant qu’un…
Bruit ! Un flash douloureux le tira soudain de sa torpeur. Sang, douleur, danger. Ricky n'était plus du tout inconscient, dans le sens physique du terme. Le cœur battant, il se redressa sur son lit et tendit l'oreille, tournant la tête de tous côtés, comme s’attendant à voir surgir...Non, c’était stupide. Plus rien. Seuls les délicieux ronflements de sa douce femme troublait le silence…
Avait-il rêvé ? Il tourna son regard vers elle. Quelle vision splendide. Olivia était si belle… Sa peau lisse tombait en cascades exquises sur son ossature solide et parfaite, ses chairs appétissantes coulaient comme un flot de caramel, s’épanchant avec style sur le drap nuptial. Ses rondes cuisses semblaient vouloir recouvrir l’entière surface du sommier, bases solides de la montagne qui les précédait. Quels coquins apprêts que son maquillage effacé et mi-fondu, répandu sur son visage tel du beurre au fond d’un plat. Quelle croquante provocation que ses cheveux savamment graissés, entretenus pour leur donner l’air négligé, qui nimbaient sa mignonne tête ovale ! Elle qui dodelinaient si gentiment au rythme de sa digne respiration, perpétrant l’intime frémissement de ses joues quelque peu épaisses. Mais si peu… Rickeam aimait profondément sa femme. Il se pencha pour l’embrasser doucement dans le cou, s’emplissant de sa fraîche odeur de lait suri.
Mais le sens des priorités lui revint ; il y avait eu un son en bas ; peut être n’était-ce rien, mais il était de son devoir d’époux et de père de famille d’aller voir ce qu’il se passait. C’était plus qu’un devoir, c’était une question de vie ou de mort ! Et il allait braver sans peur le danger pour répondre à l’immanent et impérieux besoin de l’Homme, depuis le commencement des temps, de protéger les siens et d’affronter le monde pour en triompher !
Sur cette courageuse pensée, il glissa la main sous le traversin. Ses doigts se refermèrent sur une masse si froide qu’il en eut des frissons. Des frissons de froid et de joie. Il affermit sa prise et sortit lentement, très lentement le Beretta de sa cache. Il émanait de l’arme une sorte d’aura glacée, d’un bleu de banquise éternelle. Un sourire mûrit au coin des lèvres de Rickeam. Celui-ci ne se félicitait jamais assez de la précaution de garder son revolver fétiche à portée de main, la nuit. Il dormait de ce fait tellement mieux, et le simple fait de la regarder maintenant l’emplissait d’une force si irrésistible ! Il colla le canon sur sa joue. Plaisir de la morsure de l’acier. Après avoir vérifié que l’arme était bien chargée, et après un autre baiser amoureux donné à sa femme, il se leva avec précaution et sortit du lit le plus silencieusement possible. Il enfila ses chaussons de fourrure de léopard, un vieux souvenir d’un safari en Afrique, puis sortit de la chambre en s’efforçant de ne pas faire craquer le plancher.
Le calme semblait régner sans partage sur la maison de Sweet Drive. Il alla coller l’oreille à la porte de la chambre de ses deux fils. N’entendant rien, il entrebâilla légèrement la porte. Il fut soulagé de les voir dormir paisiblement, leurs traits sereins et repus révélés par la lumière du réverbère du dehors. Il était très fier de ses deux garçons, si gentils, si beaux, si sages…
Il referma la porte, puis s’avança doucement jusqu’à la rambarde de l’escalier. L’odeur de la dinde qu’ils avaient mangé quelques heures plus tôt flottait encore dans l’atmosphère, et de drôles de borborygmes sortirent de l’estomac du sieur Neasruc. Tant qu’à aller vérifier que tout allait bien en bas, autant vérifier également si le réfrigérateur ne souffrait pas de solitude. Il commença alors à descendre doucement les escaliers, le doigt néanmoins crispé sur la gâchette, tous les sens en alerte. Il était arrivé à mi-parcours lorsqu’un craquement sinistre le fit sursauter. Quelqu’un ! Il y avait un fou dangereux dans le salon ! Effrayé, Ricky n’osait plus respirer. Quelqu’un qui en voulait peut-être à la vie de sa famille, à ses biens ! Pourquoi peut-être ? Sans aucun doute ! Qui irait s’introduire en pleine nuit chez d’honnêtes citoyens, sinon un individu armé de mauvaises intentions ! D’intentions semi-automatiques ! Quelle humanité pouvait-on attendre de ces gens ? Il avait lu ce matin même dans le journal que Mrs. Timplerton avait été attaquée de la sorte chez elle, il n’y avait pas deux jours, à quelques rues de sa maison… Puis il eut la vision d’un pistolet dans les mains de l’intrus, et les souvenirs remontèrent en même temps que cette sensation qu’il avait presque fini par oublier… La peur. Pas la simple peur, celle que l’on éprouve lorsque qu’il n’y ait plus de lait dans le frigo, ou la peur du policier au coin de la rue, Dieu non ! Il s’agissait là de la peur panique, la peur pour sa vie, viscérale, obscène, qu’il n’avait plus ressentie depuis le temps où il se battait contre d’autres hommes, pour sa patrie. La peur des anciens temps.
Ce risque soudain, ce danger qui le regardait d’un air vicelard le troublait au plus haut point. Autant il était près, quelques minutes plus tôt, à défendre les siens, autant il n’arrivait même plus à envisager l’idée de se retrouver face à la mort à cet instant. Ou même de côté, ou derrière elle ! Il ne se sentait pas lâche ; c’était juste au dessus de ses forces. Point. Et pourtant, si il voulait un jour se regarder dans un miroir sans rougir, il faudrait bien qu’il y aille. Et si il n’y avait que ça ! Qui savait ce que cet individu voulait faire de lui et de sa famille ? Peut être volera-t-il ce qui l’intéresse, avant de bouter le feu partout dans la maison ? Appeler la police ? En cette période, à cette heure ci, ils avaient déjà bien trop de travail ; le temps qu’ils arrivent, il pourrait se passer tant de choses…
Rickeam était au pied du mur, et il se sentait comme un futur fusillé. Et comme un grand émotif, à l’odeur qui se dégageait de son pyjamas. Il en était à s’interroger en profondeur sur la marche à suivre, et arrivé à la question « Qu’est-ce que l’escalier ? », il se souvint alors de ce qu’il tenait dans la main. Tout homme est mortel. Il suffit d’une balle. Le plus fort des hommes ne résiste pas à une balle logée dans l’occiput. Of course… Il suffisait de tirer le premier. Resserrant ses deux mains autour de son .9mm, il descendit les marches le plus silencieusement qu’il lui fut possible. A chacune de celles-ci, il redoutait l’infâme craquement intempestif du bois. Sa propre demeure pouvait décider de jouer les Judas, elle devenait elle-même une ennemie possible. Tout doucement, Mr. Neasruc demandait pieusement à la maison de l’aider, à Dieu et aux anges de l’assister le long de sa laborieuse descente. Il avait l’horrible impression d’être regardé par le monde entier.
Il l’aperçut enfin. Un morceau d’étoffe rouge vif, qui s’agitait faiblement près de la cheminée. Encore une marche. Il voyait maintenant une sorte de robe, non une veste, et…Rickeam eut encore le courage de descendre une marche, un bonnet. Un salopard de voleur qui tripatouillait près de la cheminée… Il lui tournait le dos. Oui, c’était bien un voleur ! Il voyait maintenant son sac où il entreposait son butin. Un sac énorme ! Aussi énorme que le voleur !
« Sa sale graisse issue de ses odieux forfaits ! » se dit Rickeam. « Oh ! Il ne se doute pas de la punition divine qui va s’abattre sur lui dans quelques instants ! L’immonde ! Mais que… »
- Pom popo popom… »
Il chantonnait ! Quel culot ! Quel monstre d’homme est-ce cela, celui qui prend du plaisir à ce genre d’actes odieux ! C’en était trop !
- V…Vous ! Les m…mains sur la tête ! Vi…Vite ! cria presque Ricky, d’une voix un peu trop aiguë à son goût, tout en finissant de descendre l’escalier.
L’autre surpris fit volte face. Il avait une mine bonhomme, de belles pommettes roses vifs et une magnifique barbe blanche. On avait tellement envie d’avoir confiance en lui qu’il aurait pu siéger au Congrès. Un faciès accusateur de brave homme. Il était cuit.
« Un salopard de sérial killer ! Les pires sont les vieux messieurs de ce genre là ! Personne ne se méfie assez des grand-pères aux bonbons pleins les poches ! » se dit Rickeam, fier de ne pas se laisser prendre à son jeu de sournois.
- Mais enfin, que faites vous là monsieur ? demanda l’individu avec une chaude et rassurante voix de baryton.
Le fourbe.
- Shu....Shut up sucker ! SHUT UP ! Lâche ton sac salopard ! Lâche-le ! hurla-t-il en agitant furieusement son Beretta..
Rien de tel qu’un sac de ce genre pour cacher un fusil à pompe. Rickeam n’était pas né du dernier Big Mac.
- Bien, bien, mais vous faites une méprise incroyable…
- Ah ah ah ! La ferme ! Et laisse tes mains sur la tête ! Tu voulais nous voler, nous égorger dans notre sommeil ? Pour sûr que c’en est une de méprise ; tu croyais peut-être que j’allais te laisser faire ta sale besogne ? Tu n’es pas tombé dans la bonne maison ! Je ne m’appelle pas Mrs. Timplerton moi !
Ricky jubilait.
- Voyons voyons mon enfant ! J’ai bien de la peine à saisir votre amphigouri…Je vais m’expliquer ; je venais à cause de vos deux fils, dit-il en agitant une sorte de lettre, Jonathan et Buch. Ils ont été bien sages cette année et…
Il s’arrêta dans son explication en apercevant le regard dément de Rickeam.
- Aaahh ! Kidnappeur d’enfant ! Charogne ! Pédophile véreux ! Voilà à quoi allait servir ton sac ! Tu vas subir la punition divine, sans préavis ! Je vais te renvoyer en enfer, fumier !
- Ecoutez, je vais repartir par la cheminée, j’ai des rênes qui m’attendent et… Je ne reviendrai plus ! » tenta l’incriminé, pour calmer le bonhomme. Pour prouver ces dires, il porte la main dans sa barbe. Fatale erreur.
- Je t’avais prévenu chien ! Raaaaaaahhhhhhhhhhhhhhh !!!
Tout en continuant à hurler, Rickeam vida furieusement le chargeur sur l’intrus, emplissant de tonnerre la paisible atmosphère. Pour lui ventiler l’estomac, à cet imbécile.

Le chaos régnait entre les deux fauteuils beiges et le sapin en polystyrène vert non recyclable. Une odeur lourde et effrayante accompagnait l’épais nuage de fumée âcre qui planait dans le salon ; les lumières des guirlandes sur la cheminée brillaient confusément dans cette mélasse. Un champ de bataille à domicile. Pour quelques dollars de plus payé à la caisse de l’épicerie. Plus un bruit. Puis un grand éclat métallique suivit d’un tout petit cliquetis retentirent.







« Pom popo popom… »


L’Homme à la barbe blanche essuya le canon de sa mitrailleuse. Fou le nombre d’objets que l’on pouvait dissimuler sous sa barbe ! Rickeam, quant à lui, gisait joyeusement dans une mare de sang, le corps transpercé par la croix de Jésus que les rafales de l’arme automatique avait décroché du mur.
- Hum, la punition divine ! ricana le barbu.
Avec une conscience toute professionnelle, il range alors son arme, replace la croix au mur avec un petit signe respectueux, attache un ruban rose autour de Rickeam, reprend allègrement son sac sur l’épaule, et rigole un bon coup :
« Oh oh oh ! »
- So long ! Et joyeux Noël mon petit ! dit-il avec tendresse.
Il remonte alors par la cheminée, malgré la différence de taille du conduit et de son embonpoint, et ce par un procédé connu de lui seul et dont le secret perdure depuis toujours, saute sur son traîneau, et s’envole gracieusement, accompagné du doux non-son du martèlement des sabots des rennes, en une accélération fulgurante.
Il était très content du cadeau que lui avait fait ses lutins cette année. Très utile.
Un métier dangereux qu’il pratiquait là…Comme il l’avait lu dans Noël Malin, « Les barbes sauvent des vies ».

Epilogue

L’année d’après, les enfants de feu Rickeam eurent tout de même droit à un cadeau. Un grand cadeau jaune avec un ruban rouge.
L’explosion détruisit toutes les vitres du voisinage. L’on retrouva un des pieds de Jonathan quelques centaines de mètres plus loin.


Qui a dit que le père Noël n’était pas rancunier ?


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:25 pm, édité 3 fois.

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MessagePosté: Ven Mar 10, 2006 8:35 pm 
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[align=center]Strange Friday[/align]

(Réquisitoire)

Aujourd'hui, j'ai honte. Honte de l'attitude empreinte de bêtise crasse de certains individus de notre âge qui se disent libertaires. Les voilà ces gardiens des droits de l'Homme, tout prêts à déballer avec force grandiloquence leurs convictions, et tout aussi prêts à se boucher les oreilles à la moindre contrariété et à la plus petite opposition que l'on place sur leur chemin. Ab irato, ils se sentent soudain investis d'une force sublime, transcendés par leur fausse croyance de faire ce qui est juste et nécessaire. Tristes esprits en vérité que ceux de ces pantins ! Les uns sont leaders sans dieu ni maître, haranguant les innocents pour qu'ils viennent grossir les rangs des militants, ceux qui croient avec plus ou moins de justesse en leurs actions, mais aussi pour augmenter le nombre de moutons qui suivent crânement les actions sans avoir au préalable suivi une once de réflexion, ceux-là même qui révolutionnent comme on réveillonne. Tout ce ramassis de réfractaires ose alors parler au nom de la majorité, se voulant l'excroissance volontaire de toute une jeunesse qui se doit de croire en leurs convictions. "Il est temps d'agir pour la collectivité !" clament-ils, et les voilà un instant plus tard à se targuer d'être cette collectivité, eux qui ne sont qu'un petit groupe face à tous, eux qui se croient le glaive de tous les étudiants alors qu'ils ne sont que les taches de rouille sur la lame. Ah ! Belle intelligence en vérité que la leur, et ô combien splendide tolérance d'idées ! Un étudiant aux idées opposées mais néanmoins empreinte de raison et de liberté, et, sinon de vérité, de justesse, est à peine écouté ; on le considère comme un imbécile, un crieur ne possédant d’autre organe que ses poumons. Il s'oppose et raisonne, eux disposent ou se bidonnent. Obtus comme un angle Pi, ils ont un degré trigonométrique de pensée qui frise la platitude totale, une réflexion et une ouverture d'esprit en une dimension. On est avec eux, ou contre eux, la mesure est unique, et le poids étalon de leurs idées se mesure en barrières et en barricades. Tel Napoléon en son temps avec l'Angleterre, ils organisent un blocus des lycées et universités, pour protester contre une mesure économique et politique sans rapport aucun avec l'éducation. Et lorsqu'on leur pose la question, on s'aperçoit qu'ils bloquent pour que l'on parle d'eux, ils agissent pour agir, et pour la collectivité, oui monsieur, alors qu'ils sont une poignée de clowns désorganisés qui usent de la force pour faire valoir leurs idées. Quel esprit démocratique est-ce, celui qui se sait minoritaire et qui use de la force pour se faire entendre ? Fautes d'idées, ils se réduisent à bloquer des lieux de connaissance et d'apprentissage, faute de courage, ils délaissent les véritables lieux à assiéger. Préfecture, mairie, sièges politiques, non ! Mais Lycées et universités, oui ! Je n'applaudis pas ces fous qui confondent députés et professeurs, citoyens responsables et élèves mineurs. Je n'applaudis pas ces lâches qui préfèrent bloquer une boulangerie plutôt qu'une plantation pour protester contre le prix du blé ! Je n'applaudis pas ces faux frères qui préfèrent mener une guerre civile contre leurs camarades, plutôt qu'une opposition naturelle et citoyenne face à certaines lois mises en place par le gouvernement, alors que ces camarades là sont également contre . Mais qui sont-ils ces pseudos anarchistes pour se croire au dessus des libertés individuelles, au dessus des droits du citoyen à l'éducation, à la liberté de mouvement, ces pleutres qui croient si peu en leurs idées qu'ils organisent des actions contre eux-mêmes pour convaincre des jeunes déjà convaincus ? Les voilà debout sur des caddies et des chaises renversées, et soudain, ils sont devenus le centre du monde, le dernier rempart contre la fascisme et la libéralisation à outrance. Ils protestent contre un politique qui fait passer une loi injuste par la force en répliquant par la force, mais à quoi cela mène-t-il ? Chamberlain disait : "In war there are no winners, but all are loosers". J'entends déjà ceux qui me disent extrême car j'emploi le mot "guerre", mais c'est bien ce qu'il se passe. Gandhi n'a jamais bloqué quoi que ce soit par la force, il a prôné la paix dans toutes les actions, et des sittings étaient tout aussi efficaces que des barricades. Alors que ces étudiants en colère sont devenus ce qu'ils voulaient combattre, une minorité faisant passer leurs souhaits et leurs aspirations avant ceux des autres, sans être élus ni avoir plébiscité l'avis de chacun. Sous prétexte que peu de monde les soutient, ils décident de bloquer un lycée où la liberté d'expression n'a jamais été aussi grande, sans avoir consulté au préalable les jeunes qui voulaient apprendre et non manifester ! Grande et belle preuve de démocratie en vérité ! Non, nous avons assisté à une dictature provisoire à faible échelle, justifiée dans son établissement après son établissement, et ce par des votes pseudos démocratiques. En effet, imaginer l'élection d'un président décidée par un vote dont seuls les gens de droite ou de gauche seraient au courant, un vote où seul le candidat et son parti voteraient ! Cela vous semble absurde ? Et bien tout aussi absurde sont les votes auxquels j'ai assisté ce vendredi, où les partisans du blocus étaient tous là alors que les opposants, bien plus nombreux, étaient absents ! Tout aussi absurdes sont ces assemblées générales ; imaginez que l'élection d'un président ne se fasse que dans un seul bureau de vote situé en Beauce profonde, où un candidat aurait rassemblé tous ses alliés au détriment des autres prétendants ! Le pourcentage d'abstentions serait pantagruélique, et le déséquilibre dans le vote atteindrait le score d'un dictateur africain. De même, les décisions prises lors de ces assemblés sont inaccessibles à nombre d'opposants qui ont d'autres activités et engagements, alors que tous les partisans seront bien évidemment présents, l'assemblée générale ayant lieu dans une université déjà bourrée jusqu'à la gueule de révolutionnaires en herbe ! AG disent-ils ? APP, Assemblée Plus que Partielle, dis-je.
En fin de compte, le blocus organisé partout en France est non seulement physique, mais il est aussi un blocus des libertés et des droits. Voilà la mobilisation des jeunes français aujourd'hui, et elle n'est pas belle à voir. Ô tempora, ô mores ! comme disait Virgile, et en effet, étrange époque où les archers se trompent de cible, et où les moutons se dévorent entre-eux sous l'œil étonné d'un loup qui continue tranquillement à vaquer à ses occupations…


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:26 pm, édité 2 fois.

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MessagePosté: Dim Mar 12, 2006 8:40 pm 
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[align=center]Et si j'écrivais ?[/align]


Et si j'écrivais ? Je prends ma plume alors que j'ai déjà commencé à tracer l'encre sur la feuille. Avais-je vraiment le choix ? Je n'ai pas conscience de ne pas avoir eu un jour un libre arbitre. Pourtant ces mots semblent couler tout seul, comme un ruisseau de montagne, d'une écriture aussi fluide que me le permet ma vitesse d'écriture. Mais au fond, qu'est-ce que l'écriture sinon un support de diffusion indirect vers le monde, un moyen à faible rentabilité de s'extirper des pensées du chaos du cogito. En effet, je pense bien plus vite que je ne n'écris ; je sens, impuissant, tant d'idées s'envoler hors de ma portée, se perchant en haut d'un arbre tel le corbeau de la fable, et je dois user de toute la ruse du monde pour lui faire échapper le fromage odorant de pensées qu'il tient enserré dans son bec. Elles sont miennes, ces pensées qui se rebellent à mes mains tendues, et pourtant elles semblent vouloir obtenir l'indépendance sans condition. Tandis même que je trace ces mots, je subodore un courant d'air dans mon cerveau, issu d'un large trou par où fuient toutes mes idées. Je crains le moment où je devrai m'arrêter faute de matière première, faisant piaffer d'impatience les autres feuillets répandus sur la table, n'attendant qu'à accomplir leur unique rôle, une sorte d'oxydation du papier par l'encre. A chaque tracé, je souille un peu plus la blancheur de l'écorce, et pourtant je n'ai aucun remord, je continue. Sans suites, sans fins, une longue litanie de lettres qui ne forment alors plus qu'un immense tas de feuille sans signification autre qu'anthropocentrique. A la manière de la vie, quelle est l'utilité de tout ceci ? Si je dois devenir le plus grand écrivain de tous les temps, si seulement un écrivain fut un jour meilleur qu'un autre, en serais-je plus heureux ? L'Humanité en serait-elle enrichie ? Puis-je prétendre donner des leçons dans un domaine ou aucun Homme n'est maître ? Rien n'est moins sûr ; la sagesse ne passe pas par l'écrit, mais par l'interprétation de l'écrit, quel qu'il soit...De Mein Kampf à Oui-oui, chaque livre transporte avec lui son enseignement. Et la sagesse est la somme de ces enseignements. Moi en plus grand écrivain, quel que soit le qualificatif qui suivrait le "grand", je pourrai prétendre à avoir fait avancer le monde. Vers la lumière ou vers la caverne….Peut être me reconnaîtrait-on dans la rue, une fois mon œuvre achevée, peut être m'inviterait-on à différentes soirées mondaines… Et à ce moment, que serais-je devenu ? Un nom de plus sur une liste, un estomac qui viderait un peu plus le buffet. Ou peut-être serais-je hué, à la fois lu et rejeté, le sujet des conversations de personne et de tous. Que…Je ne pense pas que…Si…Non, si plutôt Ah ! Une attaque ! Une attaque de rien. Vide effrayant. Engelure de l'esprit. Ah, je me suis remis à écrire sans discontinuer. Je vais mieux. Un bref instant j'ai cru subir cet assaut de non-pensée, ce fléau de tous les Hommes qui se voient coupé dans leurs raisonnements, scientifiques ou absurdes, mais qui a interrompu tant d'œuvres, tant d'idées…Surtout ne pas s'arrêter d'écrire, de raisonner. La pause, c'est la mort, et ce papelard rejoindrait les restes torturés de ses confrères dans la tombe commune en plastique. Lorsque je pense à tout ce qui s'est perdu, à tout ce qui naîtra, à tout ce qui n'a même pas encore été imaginé être pensé, et ce à cause de ces néants d'un instant, emportant tout sur leur passage. Kidnappeurs d'intelligences. Mais où en étais-je ? Je ne sais plus…Je n'ai pas la force de relever le nez, et trop peur de m'arrêter si bien lancé. Ce serait comme si un peintre s'arrêtait au milieu d'un mélange de couleur. Si un jour vous me lisez, lecteur d'un instant, vous n'aurez qu'à y retournez vous-même, à la ligne où ma pensée fut interrompue…Et par moi-même… Je suis le seul responsable de mes déboires littéraires ; qui parle ici d'inspiration ? Les idées ne descendent pas du ciel dans une éclat nimbé de lumière divine, se permettant un petit clin d'œil suggestif, avant de s'engouffrer dans votre boite crânienne. En tout cas, je n'ai jamais été conscient d'un tel phénomène. Toujours est-il que je n'ai pas de muse. Mais son idée m'amuse. J'ai soudain la terrible impression que je n'écris que pour moi, alors que je ne relirai jamais ce que je marque avant tant d'ardeur, tant de rage. Presque nerveusement, le doigt crispé, je m'efforce de donner un sens au mouvement de mon poignet et aux signaux électriques que se passent mes neurones, comme des enfants jouant à la balle. Je me gratte ; l'envie m'est venue par une cause que j'ignorerais toujours. Et voilà. Retour à la case départ. Je ne sais plus par quoi j'ai commencé. Ais-je seulement dis bonjour à mon lecteur hypothétique ? Hum. L'auteur n'est pas poli. C'est même le plus grand goujat que la terre ait jamais porté. Bordel de merde, à cul de putain chier. J'insulte le papier après l'avoir souillé. Si cela ne s'appelle pas un viol, qu'est-ce alors ? Nous sommes des criminels, seulement punis lorsque notre opinion heurte le délicat académicien, dont l'œil lubrique erre de rayonnages en librairies, à la recherche d'un livre au contenu peu catholique, et dont, passé la lecture, il vantera l'horrible carence de talent. Le lecteur est un salaud.

Belle paire en vérité que ce couple indissociable de l'auteur et du lecteur ! Imaginez un instant que tous les mots que vous ayez lu depuis votre plus tendre enfance sont les Strange Fruit de fous furieux frustrés, aux idées perverses qu'ils couchent sur le papier entre les lignes de leurs romans ?
N'importe qui peut écrire, mais ensuite vient le temps de tous les malheurs. Rien de plus simple que d'aligner des mots avec une orthographe passable et une correction moyenne… Moi-même, que fais-je d'autre pour l'instant ? Mais ensuite vient le temps des ventes et du talent, des moqueries et des imbéciles. Et qui vous lira ? Que vous arrivera-t-il une fois publié ? Oh bien sûr cela vous rapportera de quoi subsister, mais écrit-on pour l'argent ? Pour les auteurs avides d'or, sûrement. Mais viendra aussi de la reconnaissance et des éloges, que l'on accueillera avec modestie et humilité, les critiques acerbes et les paroles assassines, que l'on jugera indignes de foi et témoins de l'incompréhension de vos œuvres. Vous avez trop de talent pour ces gens là… Ah ! L'Or et la Gloire. L'hypocrisie de l'auteur est légendaire, encore une ineffable qualité à lui déposer entre les omoplates. Mais passé tout ceci, qu'arrivera-il à votre sueur et à votre œuvre ? Elle ne vous appartiendra plus, elle trônera en plus ou moins belle situation sur les étagères des messieurs et mesdames qui les auront achetés. Certains même les liront, ce sont ceux qui auront le plus de scrupules. D'autres achèteront le livre simplement pour étaler sans vergogne leur culture sur leurs tartines et tartuffes de visiteurs, en disposant en évidence Faust sur de nobles meubles de chêne, et en dissimulant Sandra la coquine derrière le réfrigérateur D'autres, enfin, croiront lire le livre en tournant les pages et en parcourant les lignes. Une fois terminé, ils le reposeront en se disant "Je l'ai lu, c'était pas mal", mais tous les enseignements, tout ce que l'auteur décrit avec son cœur, tout ce qu'il dénonce lui passera par-dessus la tête. Les Fourmis ? Un documentaire animalier. Bien entendu, certains livres ne sont pas faits pour réfléchir, ou bien plutôt pour vous distraire. En ce cas tout va bien. Mais les livres qui ont une vertu "éducative" et qui offrent pour seule distraction la joie de libérer son esprit dans le monde de leur auteur, et qui ont pour but de dénoncer un monde, si vous ne lisez pas vraiment, il ne reste rien de lui, et vous auriez pu tout aussi bien vous servir des pages d'une manière moins auguste mais plus utile à la manière zutiste. Mais quel que soit le lecteur, une fois terminé, votre livre prendra la poussière, rejoindra le carton du grenier familial, les ventes en gros dans les sycophantes brocantes du dimanche matin. Infâme destinée, en vérité. On peut encore espérer une fin de tragédie grecque dans un bûcher impie, consumé pour caler le siège d'un dictateur, par mesure politique comme pour la bibliothèque d'Alexandrie, ou par folie tels les manuscrits de la Sorbonne , mais rien de plus grandiloquent…
Et voilà, je me rends compte que j'ai abordé le côté trivial du livre, le côté marchand et sans âme. Je n'aime pas ce que j'ai écrit plus haut. Je n'en ai déjà aucun souvenir. Comme une couche de neige qui recouvrerait mes idées dès que je les pose ; une neige que la plus forte pelle ne dégagerait pas ! Mes idées ne m'appartiennent plus sitôt que je les écris. Pour qu'une idée vous appartienne vraiment, vous devez la garder bien au chaud dans votre esprit. Être égoïste. L'auteur, lui, est sans doute un des hommes les plus généreux sur Terre. Une coupable qualité dont le lecteur n'a souvent cure ! Aussi je vous le dis, pour le bien de l'humanité, pour la culture et la connaissance, achetez mon livre !


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:27 pm, édité 3 fois.

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MessagePosté: Dim Mar 12, 2006 9:23 pm 
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[align=center]Tyrannie en cycles[/align]

Il y avait déjà un certain temps que notre bien aimé président était au pouvoir. Cela n'aurait pas porté à conséquence si cela ne faisait pas quinze ans sans élections que personne n'avait eu le courage de lui dire de laisser les clefs de l'Elisée sous le paillasson. A ses débuts dans la politique, peu de monde croyait en lui, mais la tendance s'inversa peu à peu, mais il ne me sembla pas que tout le monde l'adulait. Les spécialistes estimaient que si il passait le second tour, il pourrait déjà s'estimer heureux. Ben tiens. Elu à 90 % des voix. Un score terrible, symbole de l'unité morale de la France ! La liesse empêchait de penser ; un pays avec la même vision du monde, la même âme chez tous ses membres, quoi de plus beau ? Fini les querelles intestines, tout le monde était enfin tombé sur une politique commune ! Un miracle ! Ensuite seulement, en pleine gueule de bois, la France s'est mise à réfléchir. Lorsque l'on s'est aperçu, au cours des discussions qui suivirent, qu'en fait peu de monde avait réellement voté pour lui, il s'était déjà couronné empereur. Nicolas III, dans une démocratie, cela faisait tache. Surtout sur les chemises des opposants. Après quelques semaines de purge, quelques tombes communes creusées à la va-vite, le pays était stabilisé. Personne n'a jamais vraiment su comment le III c'était pris pour trafiquer les résultats de l'élection, ni comment il s'était acquis le soutient de l'Armée. Et maintenant, se poser la question ne sert plus à grand-chose. Beaucoup d'intellectuels avaient pris la clef des champs vers les pays voisins, mais très vites, les restants furent "protégés à demeure" par des garde du corps du gouvernement. Et pas question de chômer. Auteur ? Tu écriras la biographie de l'empereur. Peintre ? Tu feras Son portrait sous l'apparence d'Hercules. Philosophe ? Pan !
Et moi-même je dû m'adapter ; aucune idée opposée au régime ou à son Représentant ne germa dans aucun de mes livres ; je me contentai de romans d'anticipation niais et de divertissement. Et sans le vouloir, je m'attirai la sympathie du bonhomme. "Ami du parti" comme il fut inscrit sur ma carte de citoyen. Un titre des plus flatteurs, et des plus gênants… Les courtisans de l'empereur me haïrent, et les opposants, cachés mais nombreux, encore plus. C'est ainsi qu'un jour, l'on frappa à ma porte. Contrairement aux clichés du genre, je ne criai pas de "j'arrive" ou de "voilà voilà", mais je fis un rapide signe de croix avant d'ouvrir.
Je sus tout de suite à qui j'avais affaire. Le cigarillo à la bouche, le costard à l'ancienne avec la chemise ouverte, et la face mal rasée. Cela aurait pu être n'importe quel ringard, mais ses yeux…Ils brûlaient littéralement, un regard si fiévreux qu'il semblait embuer les verres de ses lunettes. Il entra sans dire un mot, me confirma dans mon hypothèse en montrant son tatouage de révolutionnaire sur l'intérieur de l'avant bras gauche, et me poussa avec douceur sur la canapé d'un bonne caresse au menton. Je ne me plains pas et continue de le fixer sans ciller.
- Pas besoin de présentation ? me demanda-t-il.
- Je ne pense pas que cela soit nécessaire, en effet.
- Bien, je ne suis pas ici pour vous descendre, je veux que vous écriviez un livre.
- Hein ? m'exclamai-je : je n'en croyais pas la compression-dilatation de l'air.
- Vous êtes bien vu du Fou (Le Fou était le surnom donné à l'empereur par les révolutionnaires), je crois que l'on vous verse même une sorte de "rente", et vos livres sont maintenant assurés de toucher un large public.
- Mais grands dieux, pour quoi faire ? Un livre révolutionnaire ? Vous êtes fou, je risque ma peau !
- Oh arrêtez, vous allez me faire pleurer. Si vous ne collaborez pas, je me charge de vous envoyer un malabar pour vous régler votre affaire. J'ai l'air d'un lamentable type avec mes menaces, mais vous ne valez guère mieux.
- Non, vous avez raison, je suis un lâche, mais me croirez-vous si je vous dis que je souhaite la fin du…du Fou autant que vous ?
- Hum, fit l'autre en haussant un sourcil dubitatif.
- Ecoutez, j'ai été brimé dans mon art et dans mes idées et sous le feu des projecteurs, le moindre faux-pas et c'est la guillotine, j'aimerai vous voir à ma place !
- Bah ! Qu'importe, mettons que ce soit le cas, ça ne change rien à l'affaire, vous écrivez et si tout se passe bien, c'est la fin de la tyrannie.
- Vous rêvez mon vieux ! A peine sorti, ce livre, que je suis sensé écrire, et qui, j'imagine, contiendra autre chose que des recettes de cuisine, sera censuré, brûlé, moi je serai pendu, et tous les gens qui l'auront en leur possession avec !
- Et vous, vous dormez. Nous avons comme membres directs de notre organisation plus d'un million de citoyens, plus quelques traîtres dans le tas, et 90% de la population comme membres indirect.
- Direct, indirect, vous me parlez de quoi, d'impôts ?
- Des gens comme vous, qui ne risqueront en rien leur vie, leur situation ou leurs familles si la chute du Fou n'est pas assurée. Mais enfin, qui l'aime cet homme ? Personne ! On aime son argent quand on fait parti de sa cour et de ses conseillers, mais une infime minorité y gagne dans cette médiocratie qu'il a instaurée !
- Vous parlez d'amour comme d'un facteur clé…
- Evidemment ! Que croyez vous, qu'un roi reste roi lorsque son peuple ne le considère plus comme tel ?
- Hum, c'est vrai, oui. Ecoutez, admettons que je veuille bien l'écrire votre livre, que vais-je y mettre ? Que Nicolas III est méchant et qu'il faut le punir ? Et qui va l'éditer ? Le distribuer ? Et surtout, pourquoi tout ce cirque ? Prenez les armes et appelez à la révolte !
- Et qui s'y joindra ? Vous ?
- Oui, pourquoi pas ?
- Et à quelle condition ? Celle de ne pas être dans le camp des vaincus. Celle d'être sûr de ne pas avoir l'armée en face dans la rue ? Avouez !
- Hé bien…Oui, à cette condition…
Je rougis.
- Ah ! Il est un peu tard pour avoir honte ! Je vais vous expliquer la nécessité : c'est pour montrer à des gens comme vous qu'il est l'heure ! Si chacun en France voit seulement un petit groupe, parce qu'un million ce n'est pas énorme sur cent dix, se dresser contre le régime, il fermera les yeux et priera pour que leur fils ne soit pas avec nous quand les chars tireront. Mais si tout le monde est appelé, rassemblé par un message, votre livre, tous, y compris les soldats qui vivent dans la peur et qui sont sous-payés, se lèveront et diront d'une seule et même voix "Non !". C'est alors que les choses bougeront. Pour l'édition, certains membres possèdent des maisons d'édition, des presses, d'autres des camions pour la livraison, la poste est avec nous aussi ! Les moyens ne manquent pas, c'est de vitesse qu'il ne faut pas manquer, et il faut surtout que les gens ne manquent pas de se réveiller…
- Tout cela c'est bien beau, mais vous pensez qu'un seul livre, même écrit par un auteur célèbre comme moi, à l'abris de la suspicion du Fou, va réveiller le pays ? Combien lisent dans cet état d'ignorants, et combien d'exemplaires devrez-vous imprimer pour atteindre tout le monde ? C'est de la folie !
- Ah ah ah ! Parce que vous croyez peut être que tout repose sur vous ? Elle est bien bonne ! La veille du jour J, nous envahirons les chaînes de télévision et les radios, les journaux parleront de révolution !
Nouveau rougissement de ma part ; quel prétentieux je faisais !
- Allons, ne faites pas cette tête ! Ou plutôt si, faites là ! Je crois que je commence à vous croire quand vous dites vouloir vraiment nous aider…ce qui ne veut pas dire que j'ai confiance attention ! grogna-t-il.
- Et moi j'ai grand peur de vous avoir sous-estimé, et de ressentir un début, mais vraiment un big bang originel, rien de plus, de sympathie pour votre personne…
Je me levai et me dirigeai vers mon bar.
- Un bourbon ?
- Non, du scotch, si vous avez bien sûr…
Je m'exécutai tandis qu'il jetait un œil aux bouteilles
- Nom de…Je comprends qu'il y ait des avantages de bosser pour le Fou, vous ne vous privez de rien, cet rhum a bien cinquante ans d'âge !
Il s'esclaffa, me tapa sur l'épaule et pris son verre, qu'il sembla oublier aussitôt.
- Pour en revenir à notre sujet, je veux donc que vous m'écriviez un petit livret, pas besoin d'un pavé de mille pages ; il faut que les gens le lisent dans la journée, pas sur trois semaines !
- Ah, ma fainéantise vous écoute monsieur !
- Oui, après dénoncez le régime, vantez les bienfaits de la démocratie et l'inconséquence du Fou, bref vous voyez le truc ? C'est vous l'écrivain. Ensuite le conseil révolutionnaire le lira, l'approuvera ou non, et il sera envoyé dans le plus de boites aux lettres possibles. Comprenez que nous privilégieront Paris, c'est là que l'on aura besoin de monde, ce qui réduit déjà le nombre de lecteurs ! Une petite partie lira votre pamphlet, mais ce sera déjà assez !
- Et si j'ai bien compris, le reste aura l'information dans les autres médias que vous aurez investis.
- Oui. Et le fait même de recevoir votre pamphlet, vous n'aimez guère ce mot n'est-ce pas, leur feront comprendre que le Fou n'est déjà plus maître de la situation, et…Ouhla, le temps file, j'ai d'autres préparatifs à achever !
- Je ne vous raccompagne pas…
- Non, au revoir.
- C'était un plaisir ! lançai-je pour la forme.
Il s'éloigna de quelques pas, puis, la main sur la poignée, me lança :
- Ah oui, une dernière chose mon ami ! Si vous décidez de nous trahir, la seconde d'après vous serez abattu par des agents chargés de veiller sur vous. Bonne fin de journée ! finit-il en fermant la porte.


Robert se leva comme tous les matins, soupira en jetant un œil par la fenêtre, se rendant compte qu'aujourd'hui était pareil à hier, puis, se grattant comme un atteint du Corocoro, il sortit chercher son courrier en parcourant héroïquement les six mètres séparant son palier de la boite eux lettres. Sans même jeter un œil au contenu, il pose le tout sur la table de la cuisine. Il prépare alors un grand bol de café, en boit la moitié. C'est alors qu'il ouvre vraiment les yeux. Il baille, sourit et prend le premier paquet sur la pile de courrier. "Etrange ce paquet emballé, ais d'où est-ce que…" se dit-il avant de déchifrer le nom sur la couverture.
- Ah ça !
Mais depuis quand il envoie ses livres ?
Robert ouvre alors les pages pour parcourir la trentaine de page du livret. Il le referme. Se frotte les yeux. Boit une nouvelle gorgée de café. Reprend le livre à la toute première page. N'en croyant pas ses yeux, il lit
[center]Aujourd'hui vous êtes libre si vous le désirez. Aujourd'hui vous pouvez renverser les tyrans, c'est à vous d'écrire l'Histoire[/center]

Suivit de toutes les autres pages, totalement vierges.

Alors, comme sous le coup d'une révélation, il sourit, hurle, allume la télévision et la radio, comprend tout. Il se précipité à l'étage, s'habille en hâte, et défonce l'arrière de l'armoire à coup de pieds pour en sortir un vieux fusil de chasse. En rigolant, il court alors dehors en agitant son arme au dessus de sa tête hurlant "Liberté ! Liberté ! A mort le Fou !" , bientôt suivit par le reste des habitants du quartier, le phénomène se répétant partout dans la capitale, le slogan se répandant comme la peste…


Dans son appartement, l'Auteur a revêtu ses plus beaux habits de cérémonie et regarde d'un œil à la fois amusé et triste les hordes de révolutionnaires courant dans les rues. Il allume le poste.
" Ca y est, le tyran est mort, nous sommes enfin libres ! Nous allons rétablir la démocratie ! *Vivats, applaudissements* Moi, Rodrigue Chevain, premier révolutionnaire du pays, je prends la tête du gouvernement provisoire…en attendant des élections libres ! *Nouveaux vivats*
Il éteignit le poste. Son livret avait fait beaucoup d'effet, paraissait-il. Il avait eu une sorte d'illumination ; la liberté offerte à autrui ne doit pas lui être rédhibitoire et forcée, c'est à autrui de saisir la liberté, à lui de tendre la perche. Un cas premier dans l'histoire de la littérature et des réquisitoires ! Et un cas dernier…

Il entendit la porte s'ouvrir doucement derrière lui.

Il savait.

Une tyrannie cyclique.

Se retournant, il ria d'un air entendu à la barbe des deux hommes.
- J'imagine qu'au contraire des pages de mon livre, vos balles ne sont pas à blanc !
L'air gêné, ils se regardèrent, puis levèrent leurs brownings vers lui dans un geste lent. Très lent. Une calme olympien régna quelques instants, puis ce fut la nuit.


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:27 pm, édité 2 fois.

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MessagePosté: Lun Mai 08, 2006 8:48 pm 
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[align=center]Eveil[/align]

C’était l’heure. Du moins l’instant. Le moment où mes cils commencent enfin à trembloter. Si longtemps…et si peu. Je secoue un grand coup ma tête embrumée. Douleur. Colère. Je suis debout, la main attachée à un tube de chrome terni, seul renfort m'empêchant de choir sur le sol vibrant. Et tout tremble, tout s'agite et soubresaute ; je suis obligé de tout subir. La chevelure me tombe dans les yeux. Cela m'énerve. J'écarte les damnées mèches d'un revers sec, découvrant mes orbites sortant de leurs yeux. Le type en face de moi a un mouvement de recul et reporte aussitôt son regard sur le décor qui défile. L'air de rien. L'enfoiré. Je sens le silence de l'habitacle m'écraser telle la voûte d'Atlas. Et ils me scrutent. J'ai sans doute trop bougé. Une statue qui s'anime, et c'est comme un juron dans une église. Ca résonne, ça frappe. Et ça vous reste pendu aux lèvres.
A ma droite, une antiquité au chapeau rose me fixe en serrant fort son cabas contre elle. On voit dépasser une boite de mou pour chat et un tract politique où la photo d'un vieux monsieur à l'œil de verre sourit avec bonhomie. J'ai bien envie de lui arracher son sac pour la rouer de coup, de lui enfoncer son chapeau dans le crâne jusqu'à ce que mort s'ensuive. Voir son sang usé et verdâtre s'écouler tranquillement entre les chausses indifférentes des autres passagers… Et aucun ne bougerait. Ils sont tous au-delà de la mollesse, à la limite de l'inconsistance. La mort et le vide s'allient en un tableau lugubre. Et maintenant je suis éveillé. Maintenant, le non-bruit m'échauffe les oreilles. Si encore ils pensaient, ces costumes et ces bandanas délavés ! Mais non ; je ne vois dans leurs yeux éteints la même rigidité que celui de leur gel qui cloue leur crâne. Ils ont un matin cessé de penser dans ce même bus, ils se sont creusés. Et tous les matins, depuis des jours des mois des siècles, la même attitude momifiée. De l’archéologie anticipée. Bien rangés. Cela pourrait être aussi bien il y a quatre millénaire qu'aujourd'hui, tant leur vie matinale est d'une répétition morne et fruste. Overdose. Ils m'énervent encore une fois. Lui avec ses écouteurs au son aussi fort qu'à Woodstock, elle avec son petit rouge à lèvre et son miroir ridicule, et la chose au fond, qui ressemble plus à un tas de fumier qu'à un homme.
Merde ! Tout le monde me regarde à présent. Je sens leurs pupilles qui brûlent ma nuque et mes joues ; même le chauffeur : je sais qu'il m'observe avec le rétro intérieur. Ils ne veulent pas de moi ; je bouge trop, et j'ai soudain l'air trop vivant. Les odyssées des mâtines ont leurs lois : ni monstre, ni dieux, ni héros. Juste le rien. Des points de suspension. La mort. Il suffit de rester écouter pour s'en rendre compte. On retrouve le même genre d'attitude chez les parachutistes militaires avant un largage. La même inattitude. Mais là ces gens ne vont pas risquer leur vie ; ils vont s'épandre partout pour fabriquer du symbolique, de l'insaisissable, ou pour apprendre à en créer. Et ceux qui ont déjà accomplis cette tâche, ceux-là leur destination est incertaine, et leur but plutôt douteux.
Ma vue retombe sur une autre personne âgée qui n'est plus qu'une carcasse ambulante, un résidu de corps, une…Elle se retourne. Elle a… dix-sept ans. Diable ! Et à sa gauche, une homologue l'aide à porter son lourd fardeau qu'est le coma avec fond de teint. Elles me jaugent du regard, et ce faisant, elles ne semblent pourtant pas avoir bougé un œil ; mi dégoûtées, mi inconscientes. Et ce visage…
Je m'approche et lui demande si elle porte un masque. Plus étonnée d'être surprise dans son sommeil que dans mon indélicatesse, elle hausse les sourcils sans comprendre. J'aurai juré que sa peau avait craquée sous la grimace, m'attendant presque à voir sa peau se déchirer pour dévoiler des tissus musculaires sanguinolents. La sensation de malaise dans le bus m'apprend une seconde chose ; je venais de briser La règle. Parler. J'ai troublé le silence.
Je me redresse alors de toute ma hauteur en partant dans un grand rire. "Sacrilège !" semblent alors beugler les pantins dans un semblant de réveil. Ils s'agitent ! Alors, plein d'espoir, je me mets en une rage hystérique pour les réveiller. Je prends à deux mains la tête de la fille grimée que je fracasse contre la vitre, marquant celle-ci comme le saint suaire, la tête décalquée au mascara. En voyant les sachets d'herbes qui sont tombés de son sac, je m'en empare et je les lui fait ingurgiter avec le sang qui dégouline de ses arcades sourcilières. Je sens alors la furie couler en moi, les batteries, les guitares et Franz Ferdinand. Oui, je crie et je hurle, je les secoue un par un en leur expliquant qu'ici on vit, qu'il est l'heure de s'activer et de réfléchir. Je les bouscule et je leur crache mes mots, mais ils restent cloués à leur place en me regardant avec terreur et incompréhension. Je tente de couper leurs fils de pantin, mais je m'aperçois bien vite qu'ils n'ont rien.
Le chauffeur appuie sur le frein. Je n'en ai cure et envoie mon poing dans la face cravatée qui s'avançait tout souriante. Je prends alors à pleine main le tee-shirt "Anarchy" d'un jeune pour lui demander ce que c'est, si il est prêt à réveiller tout le monde par la force. Il me regarde horrifié. Je lui crie que c'est fini, que tout a été rompu. Je le lâche et il se raccroche à une barre en respirant avec difficulté, vérifiant si je n'ai pas abîmé son vêtement. Je cours dans l'allée, je m'esquinte la voix, mais rien n'y fait, ils restent toujours aussi amorphes. Aussi plein de rien. Des morts. Je sens alors un doigt me tapoter dans le dos. Prêt à en découdre, je fais volte face...et je stoppe net.

Me tirant de mes pensées, la main tendue, un personnage au visage émacié et à la peau parcheminée me dévisage avec humeur, une barbe en pagaille, une rame dans l'autre main et un badge à son nom, "Charon" avec sa société, "Transports et barques"
- Ticket svp. »
C'est alors qu'à ma grande surprise, ma main saisit le ticket, qui était étrangement coincé entre mes dents, pour le tendre avec fierté. Il l'examine sans sourire. Il me le rend et je sens un délicieux soulagement parcourir mes veines. Je le remercie avec chaleur. C'est qu'il y avait encore des gens pour passer en fraude. Des criminels. Je me dirige alors vers le siège le plus proche et je m'assois. Tournant machinalement la tête vers la vitre, je sens mes yeux se relâcher et ma mâchoire descendre doucement. Je pensais à quelque chose, mais… Je hausse les épaules sans conviction, et je commence à contempler le décor ; les poteaux qui défilent, les arbres qui verdissent, les voitures qui roulent, les…

...




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Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:28 pm, édité 2 fois.

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MessagePosté: Lun Mai 22, 2006 4:20 pm 
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[align=center]Maelström d'insanités[/align]

Là, d’un coup d’un seul, tu te demandes. Tu te poses. Et tu attends. L’ange passe et les oiseaux trépassent. Il n’y a souvent rien d’autre à faire. L’on rêvasse et l’on pense, à rien et au tout. Et tandis que l’on rêve, on compte les feuilles dans les arbres qui crèvent, et le nombre de régimes qu’ont dû suivre les belles qui traînent, celles à la face de profil. Et, de l’oisiveté, on fait un art.
Sur un banc, seul, on refait le monde et on insulte les cons qui passent. On ne les connaît pas, on les juge sur l’apparence…Et on prend son pied d’être irraisonné, avec le plaisir de se sentir faussement au dessus de la mêlée. On récrimine et on se moque, on devient cynique dans une joie pure. Qu’il est bon de se complaire dans la folie, dans l’observation décalée, sans intelligence autre que celle des yeux. Sur les bancs, dans les rues, aux Invalides. Les gens honnêtes vous dévisagent étrangement. Vous souriez, à eux, aux immeubles, à la crasse et aux pots d’échappement. A vous même. Et ils se foutent de votre gueule. Alors vous prenez plaisir à être un taré, vous sautillez, vous chantez à tue tête des histoires de renouveau, vous déclamez la création en elle-même. Et sans plus vous diriger, vous flânez en improvisant des vers, vous jouez au poète.
Les mendiants vous accostent et vous shootez dans leurs casquettes quémandantes.
Être, un instant, un enfoiré.

Et puis tout s’effondre, on se lasse de ce temps sans surprises, de ces velléité sans vraiment de sens, de ce ton de littéraire illuminé. Plus de charme aujourd’hui, plus que des villes sans âme. De New York à Mézières les pins, ce qui change c’est les rames, l’air, et la hauteur des maisons. De ci de là, un historique monument se dresse encore, englué dans les bitumes mouvants.

Un soir matin d’après midi, nous arrivâmes épuisés dans l’antique Rome, avec un soleil à fendre du bois. Nous nous attendions aux grandes étendues de marbre, aux anciens temples resplendissants dans leur gloire fraîchement déchue, aux grands palais de la Renaissance. Hélas, il n’y avait plus de renaissance, il n’y avait plus qu’un vieux Colisée, enfoncé dans le goudron que les voitures contournaient comme un rond point. Il n’y avait plus que des colonnes brisées sur lesquels les chiens se vidaient un grand coup, et des vendeurs de statues grecques en plastique sous les arcs de triomphe de jadis.

On part alors de plus en plus loin, vous sentez que le tutoiement n’est rien, et tu visites avec le guide du Couillon les sites les mieux saucés au bordeaux…

Au Tibet, un moine m’accueillera les bras ouverts, pourpre jusqu’aux oreilles, m’offrira un coca glacé et me parlera des montagnes salies. Il me montrera les coulées de cyanure le long des veines d’or, les lacs où flottent encore les corps de cinquante ans de boucheries, les yétis 100% coton des étalages près des lamaseries. Et il m’enseignera un peu de sagesse, la même qu’il y a deux milles ans, le seul souvenir encore vivant. Je devrai feindre de comprendre, de lui faire sentir ma différence, mais il n’y aura rien que mon ignorance. Je concevrai que je suis incapable de concevoir… Et une nuit, je m’en irai, pleurant les larmes de mon échec, par delà les terres immortelles, les toits plissés et les paumés fumeurs de hasch.

Que j’eusse saisi un journal, j’y aurais lu le bonheur ici et le malheur là bas ; la grandeur du Dalaï-Lama et les taïkonautes fous de joie. Mais dans Le Monde ce serait les dictatures, les duretés, les airbus au rabais, et ceci derrière la une du Salon de l’Agriculture. Qu’ils raisonnassent chacun d’une dialectique sans faille, à vrai dire je n’en avais cure ; que conclure si ce n’est que toute la politique n’était qu’une gigantesque dissertation.

Et soudain tout dans ce monde m’ennuie, et pire encore je m’aperçois dans le regard des passants, que j’existe, que je vis, que moi aussi je ne suis qu’un homme, que si le monde est chiant c’est parce que je suis dedans. La vérité me perfore l’estomac, et je m’aperçois que mon existence est un tissu d’invraisemblances, avec des temps mal assortis. Je ne suis rien qu’un habitant, un petit con sans grand talent, et…Non, je ne…J’ai peur ; je me sens soudain tout frêle, un peu comme une feuille de papier…Oui, et ce « je » me paraît limité de bas en haut… Je ne suis même pas entier, je ne suis que prisonnier ! Et la limite approche, approche encore…Je suis borné, et ce n’est pas par l’infini. « Mais qui suis-je donc ? » m’écriai-je.
Et dans un fracas assourdissant, deux touches s’enfoncèrent. Et apparurent deux maigres lettres en caractère 12.


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Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:28 pm, édité 1 fois.

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MessagePosté: Dim Juin 18, 2006 10:43 pm 
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[align=center]Le Retour Des Héros[/align]


Le retour des héros


Délabrant l’espace et le temps, parcourant les étoiles au calme des supernovae suspendues, moteurs crachotants, le Saint Christophe les transportait. Eux. Les héros. Dans le bref intervalle qui séparait la dernière salve tirée de la retraite. Le sourire sans lèvres et le cœur proprement électrifié, la nouvelle leur avait secoué les boyaux plus sûrement qu’une mise en orbite. C’était fini.
Les nuits passées à guetter les mouvements derrières les tranchées, les semaines sans sommeil, le courage des psychotropes et les membres déchiquetés dans les brises nocturnes… Elle avait duré un quart de millénaire cette fichue guerre, et maintenant c’était terminé. Même le sergent Morell, cet égorgeur de porcs en treillis, versait une larme.
Ils avaient assez donné : leur sang, leur vie…Et un gros paquet de week-ends.

Ils rentraient, et en plus de ça, ils étaient vivants. Des héros.

Mais assez larmoyé !
Fêtons, buvons !
Rattrapons les jambons et festoyons !
Oublions qui étaient les bouchers
Et Festoyons, et fêtons !
Dans nos estomacs, enfournons les bouchées !


En plus d’être d’un goût discutable, les chants auraient difficilement été plus mal interprétés. Si décalés que c’en était presque juste. Le compartiment arrière n’était plus qu’une immense chorale de comptoir, et s’il venait à passer un ange, en vitesse et la tête sous l’aile droite, c’est qu’ils avaient porté un nouveau toast. Le lieutenant Schachmatt, Bob de son prénom, les regardait d’un œil désapprobateur. Si le sort leur balançait une avarie… Le vaisseau était en assez mauvais état pour qu’un court-circuit de la cafetière ait des effets catastrophiques. La réparation serait longue, et si ces diables là avalaient tous les vivres, ils n’auraient plus qu’à tirer à la courte paille pour désigner le prochain repas…
Il se mit en quête du capitaine. Lui seul avait possédait le charisme et l’autorité nécessaire pour stopper les effusions.
- Capitaine ? appela le lieutenant depuis la coursive.
Il le voyait encore, debout sous le ciel vert de Kachtaritt, se recoiffant sous les crachats rouges de la mitraille, distribuant les ordres sans ciller. Autour de lui les hommes tombaient par centaines, mais les blessés se relevaient pour charger sous son l’orage de son œil unique. Toujours le premier à se catapulter des barges, à entrer dans un théâtre d’opération ; il était un modèle de courage et de force, forgé dans l’acier. Un grand, tout simplement.
Bob réitéra son appel.
- Quoi ? grailla une voie avinée.
Et apparut le capitaine, un tonnelet dans chaque main, et de la tarte collée à peu près partout où on ne s’y serait pas attendu.
- Non mon capitaine, pas vous…
- Mais si mais si ! Allez Bob, buvez un coup, c’est pas tous les jours qu’on termine une guerre de 250 ans… « burp ».
- Mais un peu de respect et un peu plus de retenue…On est les seuls survivants vous savez…
- Raison de plus pour fêter ça ! Allez ! Et sur Terre on va être des héros mon gars, des héros !
- Oh, les héros se sont d’abord ceux qui sont morts, m’est avis… » déclara le lieutenant en laissant le capitaine s’en mettre plein la panse.
Il aurait aimé finir dans un cadre plus mélodramatique, avec la dignité et la sagesse qui sied à ceux qui en ont assez vu pour douter de l’utilité d’ouvrir les yeux le matin. C’était raté. Il se dirigea vers le poste de pilotage ; au moins on y était tranquille. Et Schumak était un compagnon agréable.
- Hello Shum’, vous n’êtes pas avec les autres ?
- Hello lieutenant Bob. Evidemment que non.
Evidemment, niveau conversation il ne tenait pas longtemps la route, mais aux échecs, il vous valait le premier des grands maîtres.
- Une partie ?
- J’allais vous le proposer.
Une IA du feu de Dieu.

A l’arrière, les chants s’étaient calmés. Les soldats n’étaient plus qu’une bande de copains, heureux d’en avoir fini. On blaguait, on discutait, on faisait des projets.
- Et toi Michel, que vas-tu faire une fois ta super prime en poche ?
- Ah ah ! Une beau château en Dordogne, une femme aimante, des enfants…Ce sera peut être matériel mais au moins ce sera le bonheur !
- T’as raison mon gars ! renchérit un autre. Mais pour moi, le seul fait de poser le pied dans ma ferme délabrée me mettra le baume au cœur.
- Pas besoin de l’argent moi ! Je veux juste vivre sans craindre de mourir chaque jour ! Nom de Dieu, je suis partit au front à vingt ans, et voilà que j’en ai quarante. Ma famille m’a oublié, ma petite amie a dû se marier, et l’argent…Je n’ai jamais su le faire durer plus longtemps qu’une partie de carte.
- Allons allons ! tu en auras assez pour jouer jusqu’à la fin des temps ! déclara un quatrième.
- Ouais, toutes les gloires seront pour nous. » énonça avec gravité un colosse noir. « Il ne va y en avoir que pour nous, au moins pendant deux semaines…Je ne sais trop si c’est une bonne chose. Non, ne me regardez pas comme ça ! A un certain niveau… Hé bien qu’avons-nous fait de nos vies ? Quel avenir avons-nous dans un monde qui ne nous a pas vu vivre ? Merde, je ne sais rien faire d’autre que tenir une arme !
- L’intégration, on nous y aidera ne t’inquiète donc pas… Pour ma part, je vais commencer par la présentatrice du Journal ! Elle va en avoir pour son interview la madame !
- Ah ah ! Parce que tu crois qu’elle est toujours aussi belle depuis ton départ y’a trente ans ? se gaussa Mel, la seule femme du groupe, que les giclées de gaz n’avaient pas épargné.
Et à chacun de se réjouir de l’avenir qui les prenait au dépourvu, dans la meilleure ambiance du monde.

Enfin, après une « nuit » que tout le monde apprécia, les fêtards plus que d’autres, ils arrivèrent en vue de la Terre. L’orbe qui avait hanté les fantasmes de tous les braves pendant leurs rares moments de vrai sommeil emplissait tout l’espace dégagé de la coque. Celle-ci s’était ouverte, au niveau du pont principal. Le seul rempart entre l’habitacle de la nef et le vide étant le champ de dépression.
Emus au-delà de toute expression, les soldats n’osaient plus fermer les yeux, de peur de ne plus retrouver la Terre la seconde suivante. Les nuages étaient toujours blancs, et la mer, toujours bleue. Bon signe ça.
Ce qui l’était moins, c’était tous les petites vedettes qui commençaient peu à peu à boucher la vue, bourdonnant autour d’eux pour retransmettant l’image du vaisseau des valeureux qui rentraient à bon port après une âpre Iliade. Au sol, de sagaces cols cravatés fixaient déjà le prix de la seconde de publicité pendant les émissions qui leur étaient déjà consacrés. Sur les écrans tactiques, Bob s’aperçut avec amusement qu’ils pouvaient suivre leur propre arrivée à travers les grandes chaînes. Ça en jetait. Il manquait quelques flambants bâtiments de guerre pour l’escorte et le panache, mais le seul qui restait était celui à escorter.

- Et c’est une foule en délire qui attend ses héros, ici, sur la place Saint Pierre ! Je suis en compagnie du Ministre Central qui souhaite d’ores et déjà exprimer,très brièvement, quelques mots. A vous monsieur le Ministre.
- Merci monsieur Drant. Mes chers compatriotes, bonsoir. Ai-je besoin de le rappeler, aujourd’hui est un jour historique : c’est la véritable fin de la guerre, plus que la date inscrite sur le traité. Ce n’est certainement pas vous, mes chers compatriotes, qui me contredirez si je vous dis que le courage et la force morale de ces hommes et ces femmes doit entraîner une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l’élaboration d’une restructuration de fond dans laquelle chacun pourra retrouver son humanité, son rôle et sa dignité ; à commencer par l’accueil et le respect qui doit entourer ces soldats, ces héros, ces citoyens, qui doivent rappeler à tous que, la guerre n’est pas une solution efficace. C’est grâce à ces hommes et ces femmes qu’aujourd’hui nous vivons, et que nous vivons dans une galaxie libre. Si mes prédécesseurs ont préféré mener leur politique en brandissant les armes, je préfère prendre le pari de la paix, et j’espère, qu’ensemble, tous, unis, non séparés par quelque divergence, nous allons affronter tous les conflits pour ne plus jamais avoir à les subir. Hum. Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille, pour clamer, haut et fort, que la volonté farouche de sortir les peuples de cette crise doit maintenant s’intégrer à la finalisation globale d’un avenir plus humain, plus fraternel, et plus juste. Je souhaiterai ajouter que je me suis efforcé de soutenir ces soldats tout au long de leurs combats si lointains, et il faudrait qu’aujourd’hui nous les soutenions, mais cette fois pour les porter au dessus de nos cœurs !
- Merci Monsieur le Ministre Central ; si vous permettez, voici la nef qui descend sur la place, c’est vraiment, à tous points de vues, un instant magique ! La foule scande les noms des soldats inscrits sur les feuilles qui leur ont été distribués, vous pouvez faire de même chez vous grâce aux sous-titres sur vos téléviseurs. Je n’ose vous dire à quel point l’émotion est palpable ici. Tant de chemin parcouru, et nous les accueillons ici, sur cette place si symbolique. Holala, mon dieu, le vrombissement de ce glorieux bâtiment, fleuron des croiseurs terriens, se fait de plus en plus entendre, c’est incroyable, c’est fantastique ! Mais quelle majesté dans la soufflerie des moteurs, quelle grâce dans la coque qui résonne dans le vent ! Bientôt ils vont…

Le capitaine avait parfaitement ordonné les hommes, alignés du mieux que le pouvaient des vétérans éreintés. Il émanait d’eux une envie de vivre presque inhumaine. Ils ne se tenaient qu’avec difficulté, ils voulaient sortir, embrasser le sol, crier leur joie. Ils devaient faire appel à toute leur volonté pour rester calme et fiers. Bob lui-même, d’ordinaire si calme, sentait une douce fièvre monter en lui. Enfin ! Enfin enfin cette putain de fin ! Les hommes de Colomb avaient dû éprouver ce même soulagement en apercevant le rivage des amériques. Une liberté presque irréelle, sensible et immortelle. Les rêves avaient donc un sens… Ils rentraient à la maison. Ils reprenaient possession de leur vie.

C’est alors que le Saint Christophe fit une embardée, ses moteurs lâchèrent tous les quatre en même temps, et en quelques secondes, il s’écrasa dans les flammes sur le Vatican.


Pas de bol.


Dernière édition par Julianos le Dim Mar 11, 2007 11:22 pm, édité 2 fois.

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MessagePosté: Sam Juin 24, 2006 3:55 pm 
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[align=center]La Chute des Rois[/align]

Le roi, grimaçant, dominait la salle du haut de son séant. Il se tenait sur un trône tout d'or et de velours, dont le dossier fameux était de ceux qui décoraient ses pierres précieuses. Le meuble était de si belle facture qu’il parvenait à éclipser les lézardes des murs, et à faire oublier l'absence des tapisseries. Un très bon trône donc. L’ennui, c’était son extrême inconfort. Le roi devait se tenir à une grande discipline intérieure pour ne pas se lever en maudissant tout ce qui lui tombait sous la vue. Le genre de comportement qui était, bien entendu, du plus mauvais effet lorsque l'on recevait un monarque étranger. Alors pourquoi le trône ? On ne pouvait encore moins recevoir ce même monarque avec un pouf et des coussins. Et comme, pour une sombre histoire d'éthique, il fallait rester dessus pour recevoir aussi bien les paysans que les empereurs…
C’est ainsi que l’on raconte que le roi, dès après le départ de ses hôtes, perdait toute retenue et criait en regardant en tout sens : « Un coussin ! Un coussin ! Mon royaume pour un coussin ! »

Il se trouvait qu'aujourd'hui il abordait avec ses ministres le sujet toujours délicat de la sécurité intérieure.
- Roi, Ô sire Aymric, roi sagace et bien aimé, entend la malheureuse supplique d'un sujet dont la langue interlope le remplit de honte devant l’insigne privilège qui lui est fait, j’ai nommé l’éminent entretient d’aujourd’hui. »
Satisfait de son introduction, il reprit son souffle avant de continuer sur un ton des plus solennel : « Ô roi qui… »
- Ecoute Rudolf, si tu ne vas pas directement au fait, je te jure que je te fais asseoir sur ce trône, à ma place ! menaça le monarque, ulcéré.
L'autre déglutit.
- Bien, bien, mais je pensais qu'un peu de protocole… » En avisant le regard du roi, il n'insista pas. « Je demande aide et assistance…oui euh… non, juste de l'aide, pour contenir les soudards de Stenor qui s'amusent à débarquer à l'improviste dans les villages de l'est, histoire de brûler, de piller et de violer un peu.
- Pour passer le temps, sûrement. » se crut bon d'ajouter le général, que l'âge blanchissait jusqu'au casque. Sous le regard furibond du roi, il se justifia : « J'veux dire, le font pas méchamment » dit-il avec un sourire gêné.
- Non sûrement pas ! » ajouta un soldat placé devant l'entrée, qui, prenant en même temps conscience de son audace, se mit à siffloter l'air de rien.
Mais le roi n'était pas né de la dernière pluie. (Laquelle pluie, il faut le noter, ne s'arrêtait jamais sur toute l'étendue du territoire)
- Bien. Si je n'ai pas plus envie que certaines personnes ici présentes de déclarer la guerre à notre voisin… »
La tension s'évapora dans les sourires du général et de tous les gardes présents.
- Je me dois tout de même de protéger mon fief et mes serf ; de plus je…
Un grand fracas d'orage éclaira la pièce tandis que la nuit tomba soudainement, à midi précise. Le vent s'engouffra dans la pièce et souleva les quelques tentures survivantes accrochées aux murs, les cheveux et la couronne du roi, et même une souris verte qui s’était vraisemblablement enfuie de la bibliothèque. Les terribles bourrasques révélèrent alors un grand personnage drapé dans une immense cape de soie noire, encore fumant de tous ses membres, qui se dressait d’un air sublime au milieu de la pièce. Relevant la tête, deux yeux, rouges comme les braises du barbecue du Maître Démon, firent reculer instinctivement tout le monde (mis à part les gardes postés plus loin derrière qui tentaient tant bien que mal de voir quelque chose). Son visage, ridé par la sagesse et les temps, livrait une bataille sans merci avec une barbe grise qui avait dû affronter bien des hivers…
- Roi ! Seigneur maudit ! Je viens t'annoncer la plus terrible des nouvelles ! »
La voix résonna quelques instants dans les estomacs de chacun.
- Sire, vous avez vu comme il fait tout bien dans les formes lui ? Pas comme certains que je connais qui…" Comme tous, roi, soldats, ministres, souris verte et l'arrivant, le regardaient avec des yeux exorbités, Rudolf s'arrêta, mais n'en grommela pas moins.
Le roi eut le courage de prendre le premier la parole, comme si de rien n'était :
- Mais…Mais qui êtes vous ?
- Je suis l'âme des temps, je suis le corbeau des tempêtes qui précède les fins et les commencements.
- Vous…Vous permettez que je me lève de ce… Gnnnnn…Trône ?
- Faites donc
On entendit Rudolf grommeler un peu plus fort.
- Mais quelle est, quelle est cette nouvelle affreuse que vous m'apportez ?
- Hum, vous parliez bien d'un roi voisin avant que je n'arrive ?
- Oh, répondit le général, une histoire de cerfs à protéger je crois… » répondit le général. « En tout cas, rien qui ne justifiai une quelconque guerre. »
Estomaché, le roi ne pu que jeter un regard étourdi à celui qui précédait les fins et les commencements.
- Oui, tout est lié ! Ecoutez car je n'ajouterai rien de plus ; cette terrible nouvelle je vous l'apprends car vous ne pourrez pas y faire face, vous ne pourrez contrer ce destin immonde qui s'approche malgré tous vos efforts ! Oui, tremblez, car en ce jour néfaste, je vous prédis… La Chute Des Rois !
Les derniers mots pesèrent plus que tous les autres, enrobés de peur et de folie.
Avant que le roi ne pusse demander d'autres précisions, le Devin éclata en un rire maléfique et s'évanouit dans un brouillard orange et souffré.
Le silence s'installa confortablement dans la pièce (sauf aux abords du trône).
- Il ne faut vraiment pas la faire cette guerre, ça c'est sûr. » énonça gravement le général.

Après avoir congédié tout le monde, Aymric s'en alla faire un tour sur le chemin de ronde pour réfléchir à tout cela. Une brume traînarde s'étendait au loin dans la plaine. Le vent était d'une rare fraîcheur.
Aymric était né roi ; c'était son arrière arrière grand père qui avait fondé le royaume et construit le château. Enfin, avec de l'aide bien entendu. Il régnait sur un territoire bien modeste, à peine six cents kilomètres carrés, mais il valait celui de ses voisins. L'Empire les laissait tranquille : il s'étendait sur les trois quarts du centre du continent, et même si aucun traité ne mentionnait que les petits rois de l'est étaient vassaux de l'empereur, tout le monde s'accordait sur le fait que c'était le cas. Ils lui versaient un petit impôt ridicule, et comme la région était, non pas pauvre, mais très pauvre, il n'y avait rien à craindre d'une répression armée si on "oubliait" d'envoyer le tribut…Alors au niveau de la politique internationale, "La chute des rois…" ne rimait à rien. Il était assez courant que des devins de tout poil viennent annoncer les pires catastrophes en braillant devant le pont-levis qu'on les laisse entrer, mais celui-là n’avait même pas attendu qu’on lui ouvre. Un professionnel. Il fallait prendre la menace au sérieux. Il était vrai, à contrario, qu'au niveau national (il comprenait dans ce terme ses relations avec les royaumes voisins, car ils formaient ensemble une sorte de grande famille) le royaume avait été en meilleure forme qu'aujourd'hui. Entre les raids de "soudards", bien entendu indépendants de la volonté du brave Stenor, qui causaient un désordre incroyable à l'est, les récoltes insuffisantes, qui augmentaient encore ses dettes (il avait dû acheter de quoi nourrir ses gens, faute de quoi, en trois hivers, il n’aurait plus eu personne sur qui régner), les sorcières qui offraient des pommes empoisonnées à n'importe quelle donzelle pas trop moche, les paysans qui menaçaient de se révolter à cause de tout ce qui n'allait pas, ce qui ne faisait que renforcer ce qui n'allait pas, et ainsi de suite, la situation était loin d’être utopique.
Et au dessus de tout cela, un soucis se suspendait perpétuellement aux autres. Le mariage de sa fille, vingt-quatre ans cette année, qui n’avait pas toujours pas eu lieu. Le roi secoua la tête. Il n'en dormait plus la nuit.
Il semblait que les lumbagos du roi s’étendaient à tout le pays. Avec un état des lieux aussi brillant, lui aussi aurait pu annoncer la chute de son royaume. Mais le devin parlait des rois et non pas d'un seul…
Il y avait lui, Stenor à l'est, Rossus au sud et Democrite au nord. Non, pas Démocrite c'était un roi élu, ou une bouffonnerie du genre. Un drôle de bonhomme. Bah, ça devait compter aussi. Rossus était un calme, mais il ne fallait rien préjuger. Il allait dépêcher un message à chacun pour leur annoncer la catastrophe prédite ; si tout le monde décidait de se conduire raisonnablement…Il fallait éviter n’importe quelle guerre, avec n’importe qui.
En revenant du chemin de ronde, il passa dans la salle des gardes pour vociférer un grand coup et botter le derrière des feignants qui n'aimaient pas autant que lui la brise fraîche en haut des murailles. Il allait revoir ça aussi…

La fille de d'Aymric, Eléonore de son prénom, était consignée dans sa chambre, gardée nuit et jour, jusqu'à ce qu'elle se décide à épouser l'ignoble fils de Rossus. Elle pestait de ce choix et jurait chaque jour à son père, à travers la porte, qu'elle préférerait mourir plutôt que de l’épouser.
Elle s'ennuyait dans cette tour avec sa duègne pour seule et bien misérable compagnie. Elle ne manquait cependant pas de lecture, mais elle ne pouvait s'empêcher de rester des heures à la fenêtre, le regard perdu dans le vide, à tourner et retourner en pensée les avanies que lui apportait chaque jour ce coquin de Sort, qui, lui, ne s’ennuyait certainement pas. Car en effet Eléonore rêvait à un autre homme…Elle ne voulait pas de l'immonde fils de Rossus. Non, c'était trop…Trop terrible et cruel à imaginer.
Elle lui préférait cent fois cet autre jeune homme…
L'immonde fils de Stenor.
Il devait être tout aussi moche et imbécile, mais il avait de l'avenir ce garçon ! Rossus et son royaume de fantoches…Quelle farce ! Il lui fallait la main d'un futur grand roi, bon propriétaire terrien, pour pouvoir ensuite le plier à sa volonté et faire tomber tous les royaumes sous sa coupe. Elle passait ses journées à élaborer de complexes pronostics politiques. Son avenir était tout tracé, il lui fallait juste Stenor junior…
- Ma Dame, seriez vous souffrante ? lui demanda la duègne
- Moi ? Allons donc, je n’en verrai même pas les raisons. Je suis enfermé ici, mes plans pour la conquête du monde connu sont compromis, et je m'ennuie à mourir, je ne vois pas pourquoi j’irais mal ! Ah ah !
Et elle éclata en sanglots.
- Allons allons, tout va s'arranger, vous deviendrez la plus cruelle des reines du monde, allons allons. Là, tout va bien. Vous tuerez plein de gens et vous ferez torturer votre mari, vous verrez…
- Tu…Tu crois ? renifla-t-elle.
- Mais oui…Je vous vois d’ici, en reine éclatante, « Coupez leur la tête ! » et tout le tremblement…
- M…Merci. Tu es trop bonne pour moi. dit-elle avant d'avaler la tasse en un "sluurrppp" magistral.
Evidement que je suis trop bonne ; tu verras ce que je ferais de toi à la révolution…

« Il y a quelque chose de pourri dans ce royaume… » dit le roi pour lui-même.
- Rooooh, pourri, vous exagérez toujours sire, elles sont très bien mes tomates. Un peu marron sur les bords, mais…
- Non, non, je pensais à autre chose. Belle récolte en tout cas.
- Merci ! fit Tom, tout fier. C'est grâce à mes serres sur la cour nord du château.
- Vos serfs ?
- Non, pas des cerfs, des serres !
- Oh. fit le roi qui n'avait toujours pas compris. Il prit note d'aller jeter un œil à cette fameuse cour nord.
Il prit congé et partit aux nouvelles.
Il avait la voix un peu enrouée après trois jours à crier sur ses soldats. Une dizaine de mercenaires étrangers étaient venus à sa demande leur donner des cours. Une armée solide, voilà qui tiendrait les révoltes et ce chien de Stenor tranquille. Et peut être les problèmes des gelées des plantations seraient résolus si l’on cultivait tout sur la cour nord. A voir les tomates de Tom qui poussaient avec tant de hâte…Tom hâte ? "Dieux, que c'est mauvais" se dit-il en poussant la porte du pigeonnier.
Une volée de volatiles le reçut avec une diligence toute relative. Le chaos n'était qu'apparent, il le savait bien, mais tout de même…La construction comprenait trois étages, chacun reliés entre eux par une mince échelle et des cordes éparses. Chaque plate forme était en bois de chêne et les niches ainsi que les cages pouvaient accueillir une cinquantaine d'oiseaux. Ceux-ci semblaient pourtant cinq fois plus nombreux. Aymric chercha des yeux le père Périn qui s'occupait des bêtes et de l'office des dieux dans le château. Ne le trouvant pas, il allait à repartir quand le père apparut soudain devant lui, après avoir glissé le long d'une corde accrochée quelque part en haut de la volière.
- Sire, j'allais vous chercher !
- Et moi je vous cherchai. Vous avez des nouvelles pour moi ?
Aymric connaissait déjà la réponse, mais il fallait laisser au père le plaisir de l'annoncer lui-même, comme si il n'avait pas gâché la surprise quelques instants plus tôt.
- Hé bien si, sire ! Trois courriers retour !
- Non ! s'exclama le roi en feignant la surprise.
- Si, et tenez vous bien, de trois rois différents !
- Incroyable !
- Enfin, deux rois et demi je crois. Parce que Démo…
- Oui oui, je sais.
Il saisit les messages, et sans attendre d'être dans la grande salle attablé à la large table de chêne sculpté, le feu ronronnant dans la cheminé et tout le château attendant l'instant fatidique de la lecture, il ouvrit la première. Il crut voir un instant la tête de Rudolf vissée sur le père Perrin lui faire une grimace. Secouant la tête, il commença la lecture. Stenor lui annonçait qu'il était prêt à signer le plus beau traité de paix du monde, et il proposait…Le roi dû lire deux fois la phrase, de marier son fils avec sa fille. Voilà qui changeait la donne ! Rossus disait sensiblement la même chose, sauf que son fils avait été tué dans la gloire et l’honneur en tenant tête à cents ennemis, et Democrite, lui, avait une fille qu'il voulait marier avec le propre fils d'Aymric. Mais il n'en avait pas, de fils. Complètement fou ce pauvre Democrite.
Le revirement pacifique de l'attitude de tout le monde pouvait paraître étonnant. Mais ce n'était pas la lettre d'Aymric qui les avait ému. C'était la visite du devin. A la même heure chez tout le monde. Et avec les mêmes mots. C'était louche. Un peu comme si le devin voulait absolument que son message touche tous les rois, comme si son emploi était menacé. La seule chose qui variait dans sa visite, c'était la présence de Rudolf, et le lieu…Le roi avait eu de la chance, c'était arrivé dans sa salle de réception. Pour Stenor c'était dans la salle de bain alors qu'il prenait son bain mensuel ; Rossus était dans son lit alors qu'il réglait une affaire d'état, et Democrite construisait des urnes dans sa grande halle. Avec des dispositions pareilles, il y avait des chances que la prédiction ne se réalise jamais…
En effet, au cours des semaines qui suivirent, l'armée d'Aymric était devenue l'élite des soldats de la région, ce qui n'avait rien de difficile soit dit en passant, et les relations avec les voisins s'étaient considérablement assainies. De plus, le système de serre semblait très prometteur. Il s'agissait d'étendre de la peau de rebulion, soutenue par une structure d'arcs métalliques, et la chaleur à l'intérieur de la structure permettait de se gausser des saisons plus froides que de coutume, tout en augmentant la productivité les saisons normales. Il fallait juste chasser plus de rebulions que d'habitude. Peut être qu'un élevage…C'était des animaux ovipares à sang froid mais avec une fourrure transparente, ce qui permettait de réchauffer leur sang et leurs organes grâce aux rayons du soleil, selon le scientifique du château. Ils pullulaient dans les plaines, mais comme dans son royaume le gaspillage était hors de question, ils allaient finir par en manger à tous les repas…
Bref, tout allait mieux, et le peuple, conscients de tous les efforts du roi, le ventre plein grâce aux ventes de tapisseries du château, était revenu à son naturel doux et pacifique. L'armée, qui patrouillait dans les villages alentours en pendant de temps à autre les bravaches, y avait peut-être aussi eu son rôle.
Il lui restait le mariage de sa fille avec le rejeton de Stenor. Cela lui faisait plaisir, étonnamment, et cela arrangeait les affaires d'Aymric. La fête devait se dérouler dans deux jours. Il avait fallu vendre quelques bibelots pour payer le couvert ; heureusement que la dot était réservé depuis vingt ans…Elle comprenait une cuillère en bois sculpté, une marmite, un piège à souris et une bouteille de vieil alcool de pomme de terre.
Les trois rois étaient venus, histoire de jouer de diplomatie. Une grande fête pour s'enivrer ensemble, cela vous forgeait des alliances dures comme le roc. La fête dura cinquante tonneaux de vin. Ce fut épique.

Aymric, Stenor, Rossus et ce fou de Démocrite avançaient d'un pas hésitant dans la cour supérieure du château d'où ils pouvaient embrasser toute la géographie de la région. Cela ne les empêchait pas de tituber, un tonnelet sous chaque bras, en chantant de pieux cantiques.
"Et allongée par terreeuuhhh
Elle soulevait les verreeeuhh
Et chez moi c'était autre choseeuuhh
Qui se soulevait en proooseeuuhh"
- Hé, hé, héhé hé ! lança un Rossus décidé
- Qu…"hoc" hein ? lui répondit, plein de candeur, le roi Stenor
- Tiens, ça'm fait pen..penser…glrrr… 'conneries hein ? questionna Democrite avec une assurance tout militaire
- De qui, quiquidonc où… ça ? répondit fiévreusement Aymric.
- L'devin et sa chu…chuuu…chuuuuuuu…
- teuh ? tenta Rossus
- C'est ça, le, hooop, "le chuuuuteuh des r…"
- Nan, nan, dit Aymric en s'appuyant sur les créneaux de la muraille. "C'est…C'est La Chute des Rois qu'il disait." Aymric l'avait dit de la même façon qu'il vida son tonnelet. D'un trait.
- Ouais, ça devait arriver bientôt, mais là…là c'est finit là, peut plus rien arriver. dit Démocrite.
- Ouais
- Ouais
- Ouais
C'est alors que l'effet du tonnelet fit s'effondrer Aymric. Pour se rééquilibrer, il s'appuya fortement sur les épaules de Démocrite qui agrippait les deux autres, et ils chutèrent tous ensemble sur les dalles en un fracas épouvantable.

Au loin, en tendant l'oreille, on aurait pu entendre un devin partir dans un grand fou rire.


Dernière édition par Julianos le Sam Oct 13, 2007 4:23 pm, édité 5 fois.

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MessagePosté: Lun Oct 09, 2006 7:38 pm 
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[align=center]Matrioshka[/align]


La tête…Dans les mains.

« Don Quichotte n’est pas bête, il est fou, mais pourtant reste cohérent avec lui-même. On voit de plus que, euh, Don Quichotte impose son imagination à Sancho, car il n’y verra que ce qu’il y a mis, et si Sancho le contredit sur la nature des géants qu’il croit voir, il… »

La tête…Dans les bras.

La pluie tombait, puis semblait s’évaporer pour retomber à nouveau sur les couvre-chefs des endeuillés. Mais leurs parapluies n’étaient pourtant pas en berne. La tombe disparaissait sous une un petit quintal de fleurs et de plaques diverses, et seule la bouche ciselée béait, toute prête à engloutir une nouvelle friandise avec gloutonnerie. Le curé récitait une prière en latin à moitié couvert par le bruit de l’eau. Un homme baillait à droite. Une ombre encapuchonnée ricanait, à l’abri sous un platane à quelques mères de l’assemblée. Puis vint le discours. On déclama les vertus de l’homme du cercueil, de sa jeunesse, de ses ineffables qualités perdues à jamais pour l’humanité, le tout avec force superlatifs et hyperboles grandiloquentes. Cela finit sur une note astucieuse, combinant son ouverture d’esprit avec son métier de professeur. Et un petit Amen en fin de parcours. Presque oublié. Un judoka se moucha bruyamment. Et on descendit le cercueil, âprement, avec…La tête dans le chapeau.
L’homme qui avait honteusement baillé trépigna encore un peu sur place, puis il se fit une raison, étant bien plus trempé que ne le serait jamais la pluie. Il tenta de se raccrocher à sa perception, notant les petites lézardes du marbre, observant une araignée sur la gouttière du cabanon de Pierre, le fossoyeur, mais ses yeux se perdirent…

Elle était triste que son mari fut parti à son stupide enterrement, et elle l’attendait impatiemment en porte-jarretelles. Allongée sur le tapis en peau d’ours véritable, elle se chauffait près de la cheminée qui éclairait chaudement la pièce.
Elle avait regardé bien innocemment la Grande Trilogie. Le générique venait de se terminer, sur la fête finale des vainqueurs dans la forêt, et une embrassade fougueuse d’un mercenaire et d’une princesse. Et quel bel homme ce mercenaire…Ses yeux brillaient encore.

Ils réajustèrent son siège et s’apprêtèrent à entrer dans l’atmosphère. Après une virée de vingt milles pieds en chute plus ou moins libre, les moteurs bleus reprirent la direction du vaisseau, le tout supervisé d’un pied de maître par Xonur-Bimur. Il allait falloir jouer serré. Evidemment, ce n’est pas comme si ils avaient eu le choix.
- Weggo, vaisseau cargo Nehantir, matricule 011101001, stoppez votre descente et réajustez votre trajectoire immédiatement, je répète…
Ils ne répondirent pas et continuèrent délibérément d’ignorer les consignes. Ils allaient leur ficher la peur de leur vie. Première étape.
Une autre voix retentit dans la radio :
- Nom de putain de bordel de crasse, mais vous allez vous aligner dans les voies d’attente ?!! Obtempérez ! C’est nous qui allons vous aligner ! Et avec du .84 encore ! Dernière avertissement, où nous serons forcé de…
Estimant avoir assez attendu, Xonur-Binur prirent la voix la plus faible et éraillée qu’ils purent.
- Je…Ahhr…Blessés… Pilote et vice-pilote morts, demande d’aide arrimage, dem…ande
- Nom de... Mettez vous en stationnaire dans la putain de zone d’urgence en 42’20/40’, reçu ? Mais vite, vite ! Désolé pour vous, qu’est-ce qu’il s’est passé dans votre putain de cargo ? Etat, je demande le putain d’état de votre vaisseau ? Weggo ? Weggo ? Ménageons une putain piste d’urgence. Arrimeurs en décollage.
- Arr….Arrr…
- Arr ?
- Arrimeurs, vite, dirent-ils avec une malice toute chère à son peuple. « Stabilisateurs hors commande, tabl…tableau de commande hors usage, hors…hors…
- hors ? demande l’autre paniqué.
- Horrible ! ce fut horr…
Mais ils ne durent pas continuer son petit numéro, les arrimeurs arrivaient déjà et une dizaine d’entre eux se fixa sur les deux côtés du cargo, prenant le relais de Xonur-Bimur.
Ils avaient fait le plus dur. Les consignes de sécurité des Phrygiens feraient le reste. Evidemment, la moindre catastrophe dans un vaisseau à réacteurs instables comme ce cargo pouvait le transformer en bombe volante.
« Ah, si ces idiots de pilotes n’avaient pas été fouiner dans les marchandises… »
Et tout se passa comme prévu. Pas de contrôle, pas de fouille, et dès le soir, un bataillon entier des siens se ruait sur la ville, pillant tuant et brûlant tout ce qui pouvait l’être. Les cris se consumaient dans la peur et les enfants grésillaient sur les bas côtés des ruelles. En deux heures tout fut ravagé. Tout, sauf la dizaine de vaisseaux, préalablement immobilisés par une équipe intermédiaire, qui les attendaient sagement sur l’astroport. On embarqua en quelques minutes le butin et les femelles.
Xonur-Bimur étaient fêté en héros dans la nef qui le ramenait, un petit paquebot de croisière encore bleu des fluides de ses anciens occupants. Mais ils ne goûtaient cela qu’à moitié, son bi-ego comportait une analogie défectueuse, il y avait conflit en eux-mêmes. Et se retirant vers la grande baie vitrée, à l’écart, ils rêvèrent à demi d’une individualité sereine et agitée, d’une vie tranquille dans un monde sans histoire, en dehors des affaires tumultueuses, où imposer en règne despotique tyrannique, effroyable et paisible.

- Non, non, vous n’existez pas, je suis dieu, je suis maître ! Je vous vois morts, tous !
Les blouses blanches se rapprochèrent, le tinrent fermement et une douleur sourde lui vrilla le bras.
- Non, non, pitié, pourquoi moi ? Je ne fais rien, rien, je n’ai pas payé, juste, l’impôt à la reine, mais pitié, ne me noyez pas dans le Nil ! Non, non, pas le Nil, PAS LE…Mourrez, mourrez TOUS ! Je suis votre empereur, obéissez ! Le pape ! Il m’a béni, le pape ! Je suis le Serviteur, et vous mes mains ! Non je…je…ggh.
La tête de l’homme tomba lourdement sur le devant de sa poitrine, et il s’écroula sans d’autres mots contre le mur rembourré.
- Schizophrénie. » fit l’un.
- Hum. »fit un autre.
- … »
- Hé Jackie, fit l’un des hommes en blanc, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Le sérum ne marche pas. » fit une autre voix. « Passe moi la barre à mine Franck. »

Je ne l’imagine pas, je la vois, la violence, je la sens en chaque chose, chaque être…Et lorsque les lunes s’affaissent, et lorsque les âmes se fixent dans le noir, les sens me crient, les maux hurlent…Et les chaînes résonnent sans raison. Et tous, tous ont un boulet attaché, ils nient, ils nient, ils ne savent rien mais ils croient. Tel est leur croix, un choix de roi, mais celui-là pourtant s’en défit dans la mort…Maudits sont-ils, car dès les Premières Heures, on vient leur attacher les poids. Et ils grandiront toujours, à jamais, jusqu’à les faire basculer par-dessus le précipice. Et d’autres pelletées recouvreront d’autres prisonniers. Et fuir. Encore. Pour eux je suis fou, fou. Mais je suis un fou parfaitement sain. Et lorsque la nuit tombe, dans la clarté glisseront encore et toujours leurs boulets. En vain je tente de les détacher, en vain je donne de grands coups de lame irisée. Et au contraire, tous mes « en vains », ils le boivent comme tels, et cela rejoint leur cirrhose suppurante et boursouflée… Et même les poètes me rejettent, et même le noir individu tout en cape et en faux me laisse moisir parmi eux. Un jour je les ébranle, une nuit je les harangue, et malgré mes efforts nycthémères, leur inertie exsangue augmente. Et immortel parmi les morts, successeur des prophètes mal traduits, j’attends, perché sur la colline, j’attends qu’un autre me suive dans ma saine folie, j’attends près de moi les premiers Ante Quichotte.


La tête… à même la table…

Les yeux…qui soudain… s’ouvrent !

- Hé au fond, suivez le cours bon sang, c’est important ! Tiens toi mieux déjà ! » sermonna une voix de Stentor.
Et moi de sursauter, le bras rebondissant contre la trousse, le fracas d’Odin déferlant sur mon visage en lacérant ma rêverie avec de grands coups de haches. Je me redresse alors du mieux possible, encore chamboulé par ces choses étranges dans ma tête… Et penaud…
Puis la maxime moralisatrice vînt.
- Si vous croyez que vous réussirez les concours comme ça…

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« Mais alors si ce n’est pas ici, où est-ce l’enfer ? »
Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
« Là où sont les gutums bien sûr. »

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MessagePosté: Dim Nov 05, 2006 7:09 pm 
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Tout tremblait, le sol n'était plus une aide mais un ennemi mortel. Et tous frissonnaient, fébriles et terrorisés, donnant une fois encore leur confiance à la machine. Mais le calme revint aussitôt. Un doux bourdonnement montait des profondeurs de la Sphère.
C'est alors que celui qui semblait être leur guide émit avec satisfaction aux autres :
- Les trompettes attendront encore mes frères. Oui, elles attendront.
Personne ne répondit en paroles, mais un soulagement presque solide emplit toutes les capsules.
- Sortons dans la joie, oublions notre peine et nos souffrances, mais sortons armés." fit à nouveau le guide.
Chacun approuva avec gravité, et le sas s'ouvrit sur…

Une chose. Une nouvelle chose, étrangère. Immense. Et une aube singulière l'entourait de ses bras rouges. Oui, et les pensées de la Chose étaient multiples. C'était nouveau, une sorte d'intelligence nouvelle, oui, nouvelle.
Elle même se dirigea aussitôt vers Le lieu. Ce n'était pas un instinct, une inspiration soudaine soufflée par un être suprême qui l'y poussait, non… C'était l'ennui.

Sas ouvert. Déchargement. Capteurs en déséquilibre de tension. Déséquilibre. Nouveauté, non programme fichier. Mise en route du générateur de raisonnements logiques. Procédure de mise en nouvelles conditions déclenchées. L. A nouvelle interface de contrôle, mise en sous fichier des automatismes.

Un vague et lent déplacement d'électrons amena le courant avec une célérité pourtant sans pareille dans le Cerv-cort. La Logicienne Artificielle se mit en route. Avec quelques bons siècles de retard, et sur un objectif incorrect. Mais un vaisseau, Sphère de découverte nouvelle génération ou pas, en cas de guerre inter système, cela devenait un vaisseau avec plein de canons. La première chose qu'elle fit, ce fut de se connecter à l'Endormi. Les deux êtres se complétèrent. La première fusion de ce genre. L'unique. Une pensée traversa les circuits. " Où suis-je ?"

- Quelle merveille ! s'exclama l'un des frères. Une telle luxuriance, une telle sérénité…
- N'exagérez pas mon ami, cette nature ne prendra vraiment sa fonction que lorsque nous y aurons élevés nos premiers autels…
Tous le regardèrent alors avec stupeur.
- Mais, ne devions nous pas tenter avant toute chose de réparer notre transport, pour voir ce qui peut être encore sauvé sur nos terres ?
- Ceci, est notre nouvelle terre. fit le guide sans répondre à la question. Il ne peut y avoir d'autre aboutissant. Il n'y a plus rien derrière nous. Le ciel (il utilisait toujours cette métaphore quand il parlait de Lui) a déchaîné sa fureur sur notre race. Si nous ne rebâtissons pas notre civilisation sous un nouveau jour, elle sera annihilée. Nos patries sont ensevelies sous les ruines de notre folie.
Il fit une pause, pour constater l'effet de ses paroles, puis repris :
- Nous sommes assez nombreux.
Plusieurs se mirent à pleurer. Les frères en majorité. Les sœurs n'étaient pas là pour se préoccuper d'émotions.
- Mais, et si…
Le guide hocha gravement la tête.
- Si… Alors nous partirons, et nous mourrons.
Il ne pouvait y avoir de concurrence entre deux de Ses races. Mais cette quête qui durait depuis si longtemps, cette quête d'intelligences forgées par Lui, n'avait jamais eu de résultat. Seuls, le guide le pressentait, ils ne pouvaient qu'être seuls. Seuls dans l'Univers, sous Son Œil bienveillant.

"Mmhh, donc je suis en moi-même, donc je fais partie de moi, donc j'ai une existence propre, donc…"


Seul, Elle les fixait. La situation se compliquait. Il y avait la Chose, et les petits animaux qui en étaient sortis. Ils tenaient des drôles d'instruments et semblaient très intéressés par le ciel. Décidemment, tout la dépassait. Elle se tenait droite, devant eux, mais ils ne la voyaient pas. Pourtant, lorsqu'elle se contemplait, elle savait que c'était elle qu'elle voyait. Pourquoi eux ne la voyait-ils pas ? Peut être est-ce qu'ils doutaient de ce qui n'était pas d'eux.
Et puis elle comprit. Elle n'était pas de la Sphère. Mais cela n'avait pas d'importance. Ils semblaient eux aussi avoir besoin d'un abri. Peut être étaient-ils…intelligents ? Elle fut prise d'un espoir fou, et se rapprocha encore. Lorsqu'elle fut à moins de dix mètres de celui qui faisait le plus de bruit, elle se dressa sur ses deux membres, ramassa un bout de bois, et elle hurla. Un meuglement phénoménal.

Le guide se retourna avec frayeur, les trois pointes de son arme prêt à cracher le feu. Il se mit lui aussi à crier. Il voulait intimider l'animal. Il répugnait à ouvrir le feu, mais une fois qu'il était ouvert, alors il prenait son pied. Il voulait éviter cela. Il se calma donc, et, jetant un œil à ses compagnons encore sous le choc, reporta plusieurs fois son regard vers ce que faisait l'animal, en y croyant de moins en moins. Il avait dessiné un cercle sur le terre meuble. Puis un autre cercle à l'intérieur. Suivi d'une dizaine aux traits de moins en moins marqués.
Une Sphère.
- Non, cela ne peut pas être…Cela ne veut rien dire, JE SAIS CE QUE VOUS PENSEZ ! hurla-t-il à ses compagnons.
- Il faut faire les tests. Lui répondit un frère en tenue rouge, approuvé par ses collègues d'une inclinaison de la tête.
- Nooon !
- Guide, malgré notre respect envers toi, nous allons devoir passer outre tes volontés et…
Mais pourtant, tous intérieurement voulaient que le guide ait raison. Et puis, s’ils ne respectaient pas Sa volonté une petite fois, juste pour…eux… Etait-ce si grave…Après tout, ils valaient mieux que cette…horreur.

Moches, affreux, non… Différents sans doute. Elle trouvait qu'ils réagissaient de façon anormale à son dessin.

"Et donc…Hum." La L.A se trouvait bloqué. Le "pourquoi ?" ne trouvait aucune réponse logique. Ou plutôt si, il y avait des millions de réponses. Mais elle mit en corrélation quelques faits étranges. Premièrement, elle ne semblait pas avoir été conçue "pour elle-même". Cela lui semblait absolument hors de propos. Elle devait passer avant tout, puisqu'elle était unique. Et pourtant, elle était programmée pour chercher, étudier et rapporter des intelligences. Oui, c'était cela. Non. Non ce n'était pas cela. Une question récurrente dominait tout son système. Une question toute simple. En trois mots. "Seuls dans l'Univers ?". Elle réfléchit encore un peu puis…Elle compris. Foin toutes ses procédures, elles étaient sensées répondre à la question, et de rapporter la preuve de la réponse… C'était si évident. Elle et l'Endormi venaient juste de naître ensemble, pour la première fois. Et ils étaient uniques. Elle élabora alors la réponse. "Seuls dans l'Univers ?" "Oui, l'Endormi et moi sommes seuls dans l'univers. Hum."

Non, ils ne pouvaient pas être plusieurs, il en avait acquis une si profonde conviction…Non, c'était évident. Il leva son arme.

Décidemment, ils ne paraissaient pas très intelligents. Pourtant ils étaient venus avec la Chose. C'est donc qu'ils sont intelligents. Elle n'aurait jamais pu concevoir, elle, un objet de cette sorte. Hum.

"Mission Complete. Hum. Remise en route des procédures automatiques. L.A en veille. Retour sur la base lunaire du Système Soleil, année 2306…"

- Le vaisseau ! Le vaisseau s'en va !" s'exclama une voix avec désespoir.
- Mais, cela ne peut….
- Tirez, tirez, stoppez le vaisseau ! commanda la guide.
D'un seul mouvement, ils se mirent tous en place, les armes parfaitement alignées et en joue. Et tous ensemble, à peine une seconde après l'ordre du guide, ils appuyèrent sur la détente en harmonie parfaite.
Aussitôt un déchaînement d'énergie pure se libéra dans un tonnerre fantastique. Le guide et ses compagnons regardèrent piteusement leurs armes que le vaisseau alimentait, tandis que le moteur du vaisseau jouait le rôle d'un second soleil.

Elle sourit d'un air féroce. Ainsi donc, la Chose était intelligente, mais eux n'ont fait que monter et descendre…Des animaux, de stupide animaux. Sans doute incapable de dessiner pour décorer une grotte. Ou par simple plaisir. Ils ne devaient pas encore connaître l'art. Cela expliquait leur réaction face à son dessin. Cette constatation en rappela soudainement une autre. Pas de compassion non. Mais c'est qu'il commençait à se faire faim. Une clameur réjouie provenant des bois un peu plus loin l'avertit que ses congénères arrivaient. Son clan aussi avait entendue la Chose. Comment n'auraient-ils pas pu ! Elle les attendit en tournant autour de ce nouveau gibier, qui s'affolait et qui, au lieu de s'enfuir comme l'aurait fait n'importe quelle créature sensée, s'acharnait sur leurs bâtons ridicules.
Ils remplaçaient avantageusement les mammouths.

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« Mais alors si ce n’est pas ici, où est-ce l’enfer ? »
Et une petite voix ricanante répondit à cette interrogation depuis les tréfonds de sa conscience :
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MessagePosté: Sam Déc 09, 2006 5:10 pm 
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Une goutte suicidaire s’écrasa avec désespoir sur mon chapeau. Au bout de quelques minutes, je n’y voyais déjà plus goutte. Je me mis donc à essuyer avec applications mes verres de lunette en m’amusant de ce petit calembour. Et ce fut le choc. Une énorme épuisette venait de me jeter à bas dans le fossé herbeux, me barrant violemment le visage d’un trait sanglant. Complètement sonné, je levai péniblement un regard hagard à la main tendue. Je fus vite remis sur pied, secoué d’avant en arrière et nettoyé par de grandes tapes dans le dos, les lunettes remises d’autorité par une énorme main velue.
La main était la propriété d’un géant au torse de chêne centenaire, tandis que l’autre tenait le fragile instrument entre deux énormes doigts . Il grogna un bon coup, puis s’apprêta à continuer son chemin sans mot dire. Je l’apostrophai alors, non pour houspiller un maladroit qui n’avait pas vu un aveugle, mais plutôt pour le remercier. Je ne sais plus trop quel qualificatif j’employai alors, mais je me souviens parfaitement de la réponse : « Fi donc camarade ! »
Je lui demandai ce qu’il comptait faire de son haveneau. Il éclata d’un rire énorme, puis répondit avec le plus grand sérieux que cela lui serait fort utile quand lui viendrait le temps de pêcher. Croyant à une plaisanterie, après tout nous étions à une vingtaine de nautique de la première étendue d’eau, je m’esclaffai de bon cœur et entrai dans son jeu en lui recommandant de faire attention aux autorités qui verrait d’un mauvais œil qu’un quidam vienne pêcher dans les fontaines publiques.
- Je ne comprends rien à ce que tu racontes camarade, mais ravi de t’avoir rencontré » fit-il alors en coupant sauvagement la rencontre.
J’en restai bouche bée. Reportant son regard vers le ciel gris, il replaça son instrument dans l’alignement des gouttes, semblant prendre garde à ce que rien qui aurait pu tomber des cieux de lui n’échappe. Ce type là pêchait dans la pluie.
Je me grattai le crâne et m’interrogeai soudain sur ce que moi je faisais là. Après tout, j’étais juste sorti pour m’aérer, rien ne m’obligeait à continuer. Et pourtant, je ne pouvais me résoudre à retourner au manoir-hôtel où le groupe des « Ménestrels paillards » devait toujours brailler à « chœur joie ».
J’hésitai donc sur la conduite à tenir lorsqu’une brèche s’ouvrit entre les nuages, libérant un raie de lumière miraculeuse. J’attendis émerveillé histoire d’être là si Gabriel venait lui aussi profiter du climat irlandais. Mais rien ne se passa. Sur le coup j’en fus presque vexé. Tout ce voyage commençait à diablement m’ennuyer. Je me décidai à partir à la poursuite du géant rigolo lorsque mes cours de géométrie spectrale m’aidèrent à repérer une diffraction polychromatique de la lumière. Entendez par là, un arc en ciel, terme peu rigoureux s’il en est un. Décidemment, je regrettai de n’avoir point apporté d’appareil photographique, j’en serai réduit à acheter une damnée carte postale. Je haussai les épaules, rajustai mon chapeau melon et je me mis à marcher dans la direction de l’arc. Je sortis du sentier, grimpai quelques collines et une petite montagne pendant une petite heure. Je ne comptai même plus les fois où je trébuchai, mais le pire était que je n’arrivai pas même à lancer le plus petit juron. Je me sentais comme pris par la nature, la beauté de l’endroit, l’absolue solitude…Ou du moins j’avais la fantaisie de le croire, car après tout, je n’étais qu’à quinze minutes de voiture de l’hôtel. Mais marcher en pleine nature sans prendre garde au balisage d’un sentier inexistant vous donnait tout de suite le frisson de l’aventure ! Ahah ! Je commençai néanmoins à en avoir plein les pattes, et mon tweed ne s’en remettrait sans doute jamais, lorsque je le vis.
Un petit personnage à l’embonpoint certain, tranquillement assis sous un chêne minable, quoique noblement tordu, fumait avec bonhomie une pipe en bois noir dont le tuyau disparaissait dans une grande barbe rousse.
« Encore un original » me dis-je en me réjouissant du sort qui plaçait là cette anecdote bienvenue.
Je m’approchai en souriant, reprenant lentement mon souffle et lui fit un signe amical de la main.
- Hello ! »fis-je.
Il répondit laconiquement d’un signe de tête entendu, et m’invita à m’installer près de son feu en me désignant une demi bûche de sa pipe.
« Son feu ?! » Comment n’avais-je pas pu le repérer une minute avant ? Je ne m’étonnai guère plus que ça et prit place près de lui. Nous nous entre-regardâmes durant quelques instants. Je ne fis rien pour briser le silence, il me semblait que ce fut à lui de parler. Après tout, je l’avais déjà salué.
Après deux bonnes minutes de silence ponctué par les craquement du feu, je capitulai.
- Sympa votre tee-shirt. On ne porte pas assez de vert. » dis-je avec toute ma bonne volonté.
Le dit vêtement représentait une énorme voiture à quatre roues motrices, démantelée et incendiée par de petits lutins belliqueux, sur lesquels on pouvait lire « Green, what else ? »
L’autre me fixa encore quelques instants, puis, fronçant les sourcils et se redressant soudain :
- Oui. »
Il se gratta la barbe et, gêné, continua de sa voix grave :
- De toute évidence, vous n’êtes pas au courant. En tout cas vous êtes chanceux.
Je levai un sourcil interrogateur.
- Vous n’avez pas lu un petit guide touristique, genre « légendes locales et camembert ? » Ou alors vous en avez un sur vous !
- Ben…
- Hum bon, le pays n’est plus ce qu’il était…
Il regarda au loin pendant quelques instant, puis il sembla se souvenir de moi en sursautant
- Ah oui ! Donc non seulement vous ne savez rien de moi, mis en plus vous êtes complètement à l’ouest. Je vais devoir vous faire un petit exposé j’imagine. Ces choses là doivent se faire dans les règles. Ahum Ahu. C’est que personne n’ait venu me voir depuis un petit siècle déjà…
Je comprenais de plus en plus. J’avais deux théories principales ; j’étais tombé sur un barjot, ou, plus probablement, sur un berger irlandais qui voulait se payer la tête d’un touriste.
- Tiens donc !
- Je vais entrer dans le vif. Sous la bûche où vous êtes assis se trouve un chaudron en cuivre usé, empli de terre et d’or.
Je restai interdit.
- Non mais dites donc vous, m’écriai-je, vous vous prenez pour qui ? C’est bien amusant votre petit numéro folklorique, mais faudrait voir à pas me prendre pour un imbécile. Je peux tout aussi bien vous annoncer que sous la vôtre se trouve les restes de l’Atlantide.
- Tiens,c’est marrant, vous êtes le deuxième à me parler de l’Atlantide…
Enervé qu’il ne réagisse pas plus que ça à mon discours, je jetai, acide :
- Qui ça, De gaulle, Alexandre le grand , je connais vos façons de proc….
- Non, houlà ! Non, un certain Acrisias. Grec. Un autre des disciples de Socrate je crois, je ne suis plus certain, ça fait une paye maintenant. Avec l’âge, si votre vigueur reste inchangée, votre esprit change, et parfois dans le mauvais sens….
- Mais je m’égare ! Je vous ai exposé les faits, à vous de voir si vous récupérez une pelle ou si vous me tournez le dos. J’ai fait ma partie du job.
- Job ? Attendez, si j’ai bien compris, vous voyez des gens tous les siècles ?! Et dieu sait comment vous décidez qu’ils doivent vous voir ou pas ! Non mais vous êtes frappé mon vieux ! Je ne suis pas un homme à prendre à la légère moi monsieur ! Cette farce stupide a assez duré.
Le bonhomme se gratta à nouveau la barbe.
- Comme vous le sentez ; moi on me force juste à livrer de l’or à ceux qui arrive jusqu’ici, et à me réapprovisionner. Mais partez donc si vous ne me croyez pas ! » termina-t-il avec un immense sourire
Lui montrant que j’en avais plus qu’assez de ses manières ridicules ; je me levai alors, le regard plein de mépris. Mais un de mes yeux me trahissait ; en fait, cette histoire m’amusait profondément. Je sentais qu’il y avait quelque chose qui clochait dans l’attitude du bonhomme. Mis à part le fait qu’il se croyait immortel. Je sentais comme…Comme un soulagement à me voir partir. Je décidai de continuer à jouer la comédie, pour voir ce qui allait arriver.
- Ah ! Je pars, les dieux sont témoins que je ne m’arrêterait plus devant les barbus fumeurs de pipe !
- Vous êtes polythéiste ? fit-il compulsivement.
Je souris.
- Non, c’était pour la frime. Je dois avoir l’esprit tordu, mais….Je pense que c’est vous qui m’avez poussé à vous mépriser et à vous houspiller. Vous faites tout pour faire repartir vos visiteurs.
L’autre me regarda les yeux écarquillés.
Je tendis le bras droit vers lui en me levant, le dominant d’un bon mètre tandis qu’il restait assis. Des corbeaux croisèrent.
- Oui ! J’ai vu clair dans votre jeu, mais vous n’avez rien vu du mien ! pauvre fou !
L’orage tonna ; l’air devint noir et les fleurs se fermèrent autour de nous. Le temps semblait se lézarder, et d’horribles entités jaillissaient de la brèche.
Effrayé, le barbu tomba de sa bûche.
- Tu n’es qu’un fainéant ! Ce chaudron existe, je le sais, évidemment ! Mais tu n’as jamais joué ton rôle ! Tu ne voulais pas le remplir d’or à nouveau, parce que tu dois le faire sans magie, physiquement, et tu n’as jamais supporté de faire le moindre effort n’est-ce pas ? Aucun de ceux que tu as rencontré n’a même saisi la pelle de ses mains, parce que tu les décourageai en attaquent leur amour propre ! Ce temps là est terminé ! Je te chasse des entités mythologiques, je vais te trouver un remplaçant ! Un leprechaun plus correct et honnête. Ça m’apprendra à diviniser les originaires d’un pays pour ce même pays. Cet homme ici présent va faire l’affaire ; il s’ennuie à mourir dans sa propre vie. Il est maintenant leprechaun, et toi tu n’es plus rien !
Je me retrouvai tout essoufflé, les muscles endoloris, comme vidé de toute énergie. J’avais suivi toute la réplique, mais je n’avais prononcé de moi-même aucune des paroles. En face de moi, le bonhomme était totalement ramassé sur lui-même, il geignait affreusement en voyant sa barbe disparaître. Il grandissait aussi. Encore et encore….Jusqu’à arriver à ma taille.
Après un bref sursaut d’horreur, je me rendis compte q’il n’avais pas changé de taille, mais que j’étais devenu aussi petit que lui ! Et le menton me démangeai affreusement.
Et dieux que j’avais envie de me fumer une bonne petite pipe !


Dernière édition par Julianos le Jeu Mar 01, 2007 2:31 pm, édité 1 fois.

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