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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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 Sujet du message: Les trois frontières
MessagePosté: Lun Oct 24, 2005 2:39 pm 
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Les Trois Frontières
Par Mayan Denasen
Scribe du Grand Conseil des Dragons de Sang

I) La joute

Hadryn poursuivait le rat des cavernes depuis maintenant deux jours. L’odorat et l’instinct de la bête avaient mis en échec chacun des plans élaborés par le jeune pour la capturer. La flore des grottes n’était pas assez odorante pour couvrir ce léger goût de mort qu’il dégageait et qui s’attachait à tout ce qu’il manipulait. Il avait beau prendre des précautions, ce miasme, aussi imperceptible soit-il pour un mortel, n’échappait pas à un animal sauvage qui, interprétant cela comme un signe de danger, s’en tenait résolument éloigné.
Las de ce jeu de cache-cache, Hadryn résolut d’y mettre un terme en attrapant sa proie de façon plus nette. Il s’approcha donc doucement de l’animal et, lorsqu’il fut à bonne portée, lui décocha une flèche paralysante de façon à le capturer vivant. À l’instant même où sa flèche partit, son oreille fut alertée par un bruit similaire et presque simultané alors que son œil percevait, dans sa limite de vision, un objet se dirigeant vers la même cible. Sans attendre le résultat de son tir, avec la rapidité caractéristique de sa race, Hadryn enfila son anneau d’invisibilité et alla s’accrocher au plafond de la grotte. De ce poste d’observation, il inspecta l’énorme caverne et plus particulièrement la zone présumée du tir inopportun. À part d’infimes bruits de cailloux, qui roulaient ou tombaient, il ne remarqua rien d’inhabituel. Cependant le rat gisait sur la corniche avec deux flèches, plantées dans une cuisse, à moins d’un pouce l’une de l’autre, signe évident que le jeune chasseur n’était pas tout seul dans cette infrastructure souterraine composée d’une suite de grottes plus ou moins grandes. La caverne où se trouvait Hadryn était une sorte d’amphithéâtre écroulé. Deux corniches de forme irrégulière couraient, parallèlement sur les trois quarts de la longueur de la paroi pour s’arrêter net au flux torrentiel d’une cascade faiblement éclairée par des russules phosphorescentes et des souilletiges en fleur. Le bruit de la cascade parvenait largement étouffé, preuve que les flots s’engouffraient dans un boyau souterrain assez profond que pour en couvrir le bruit. En face une paroi torturée n’offrait que peu d’abris au regard scrutateur d’Hadryn. Sa surface noire et luisante renvoyait la faible lueur qui régnait dans la caverne comme l’aurait fait un miroir. Une légère distorsion l’accapara une minute mais il se convainquit vite que cela devait être dû au reflet de l’eau en mouvement.
Le sol de la caverne était parsemé de gros rochers qui dessinaient trois sentiers aboutissant aux chutes. Bien que d’origine naturelle, on pouvait y voir, par endroits, l’œuvre de la main humaine. Certains de ces blocs étaient pratiquement sculptés pour permettre le passage d’un individu légèrement chargé. La cascade avait dû être, en son temps, une source d’approvisionnement en eau pour une population troglodyte. Il repensa, avec un léger frisson, à la Horde Noire. Il en était là de ses réflexions lorsqu’un bruit et un mouvement attirèrent son attention : quelqu’un se déplaçait dans la grotte.
Débouchant d’un sentier, un humain, un affranchi, c’est ainsi que les vampires nommaient les humains libres de décider de donner ou non leur sang, se dirigea vers le rat toujours paralysé. Hadryn n’eut aucune peine à reconnaître le jeune Claudius Foraydrinn. Ce dernier avait gagné sa franchise en sauvant le père d’Hadryn, Esartel Paedrius, des griffes d’un membre de la Horde Noire. Depuis ce jour, il vivait dans la famille comme un membre à part entière. Désireux de lui faire une farce, Hadryn attendit que le jeune affranchi soit à bonne portée.
Il s’apprêtait à lui bondir dessus lorsque, se dévoilant à moins d’une coudée de sa position, une forme se matérialisa et fonça sur l’intrus :
- Comment oses-tu t’interposer entre moi et ma proie ? Demanda le nouvel arrivant en pressant une dague en verre sur le cou du malheureux, plus mort que vif, par l’effroi de cette soudaine apparition.
- Salyna Venom ! J’aurais dû m’en douter. Lui répondit la voix moqueuse d’Hadryn.
- Hadryn ? Hadryn Paedrius ? C’est toi ? Questionna Salyna, consciente, tout à coup, de s’être dévoilée trop vite.
Se laissant choir avec légèreté, le jeune chasseur se dévoila à peu de distance. Son sourire laissait paraître ses canines pendant qu’il s’approchait de la farouche guerrière. Salyna Venom était d’une rare beauté que n’égalait que sa farouche résolution à vouloir rester libre de toute attache sentimentale. Tous les jeunes prétendants de Nocturna, l’immense cité vampire, en témoignaient, qui d’une balafre, qui d’un refus publique : Salyna choisirait elle-même son mâle en dépit des coutumes ancestrales et ses aptitudes guerrières étaient une garantie non négligeable de sa détermination.
Son visage, d’un ovale parfait, avait un teint pâle, presque humain, que relevaient deux magnifiques yeux couleur rubis et des fines lèvres dont ne dépassaient que les pointes de ses canines. Ses longs cheveux d’ébène, ordonnés bien que toujours en bataille, se terminaient sur une poitrine généreuse, largement décolletée bien qu’enserrée dans le carcan de la cuirasse de cuir noir qu’elle s’était elle-même fabriquée. Des longues jambes, au galbe parfait, se terminaient dans des bottes de verre prises à un chevalier imprudent tombé sous son charme et ses coups de poignard. Salyna n’était pas ce que l’on pouvait appeler une frêle jeune fille mais plutôt une beauté mortelle et Hadryn ne s’en approchait qu’avec précautions malgré son attirance. Les deux jeunes se toisaient et se jaugeaient. Ce n’était pas la première fois que Salyna laissait sur son interlocuteur une marque de son désappointement et Hadryn tenait à ce portrait juvénile que tous ses amis lui enviaient. Conscient d’être de trop dans ce « dialogue », Claudius hasarda avec un sourire forcé :
- Si cela ne vous fait rien, je préférerais ne pas être un obstacle à vos ébats. Je pense pouvoir les suivre volontiers…….De loin !
Salyna le regarda comme si elle venait juste de remarquer sa présence. D’un geste agacé elle le renvoya :
- Dégage, vermisseau !
Claudius ne releva pas l’insulte. Il connaissait trop bien Salyna. Son dégoût du mâle n’avait de pareil que son aversion pour les affranchis du genre commun. Il n’insista pas et s’éloigna prudemment pour aller s’installer sur un éperon rocheux dominant la scène. Dans la petite arène formée par la réunion des sentiers, Salyna et Hadryn, armés de leurs poignards, tournaient en s’observant. Claudius savait pertinemment qu’Hadryn n’aurait pu faire de mal à Salyna par les nombreuses heures pendant lesquelles celui-ci l’avait soûlé en lui vantant les mérites et la beauté de la jeune guerrière mais n’en aurait pas dit autant des intentions de la farouche jeune fille. Après s’être étudiés pendants quelques tours, Salyna lança une attaque qui, pour être fulgurante, ne rencontra que le vide. Hadryn esquiva mais ne riposta pas se contentant de se mettre hors de portée des coups de l’irascible beauté. Les deux antagonistes continuèrent leur étrange ballet ponctué d’attaques et d’esquives jusqu’à ce que, ayant étudié sa technique, Hadryn profite d’une énième attaque pour envelopper la main de Salyna, basculer afin de l’obliger à lâcher le poignard et se retrouver à terre, corps contre corps, enlacés. La tentation fut forte de lui voler un baiser mais, les narines et les lèvres retroussées, la tigresse aurait eu tôt fait de se venger cruellement. D’un coup de rein il se débarrassa de son adversaire et, à bonne distance, lui présenta son arme comme signe de fin de l’engagement. Salyna l’observa quelques secondes puis partit d’un rire sonore qui vibra sous la voûte :
- Hadryn, tu es le seul à pouvoir me tenir tête mais un jour je te battrai à la joute. Viens, partageons cet animal ! Claudius ! Immonde larve, amène-toi ! On n’a pas que ça à faire !
Le combat avait fait monter l’adrénaline et la faim se manifestait par des gargouillis impromptus. Claudius préféra garder ses distances. Être un affranchi n’était pas une garantie d’intouchabilité et un vampire affamé était plus dangereux qu’une meute de chiens de Nix. D’autre part il doutait que l’amitié dont l’honorait Hadryn fut plus forte que son attirance pour Salyna. À distance raisonnable, il assista au repas des deux jeunes. Puis, rassuré, il vint chercher la dépouille : cela ferait un bon festin pour les serviteurs de la maisonnée Paedrius.

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MessagePosté: Ven Nov 04, 2005 4:02 am 
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II La métamorphose : les causes

La vie s’écoulait paisible à l’ombre de la montagne voilée, si tant est qu’on puisse parler d’ombre au « pays de l’éternelle nuit ». La couche nuageuse, accrochée à la cime de la montagne, faisait écran aux rayons du soleil provoquant, au niveau du sol, une clarté fortement tamisée ressemblant à celle d’une soirée fort avancée. Des expéditions, menées par des volontaires, avaient pu établir un territoire sûr, appelé « la vallée », d’environ vingt lieues autour de la montagne et d’un territoire d’une centaine de lieues de sécurité relative, appelé « le pays ». La relativité était surtout fonction de la chance de l’individu et de ses capacités à trouver un refuge, pourtant nombreux dans la zone d’où sa classification en sécurité relative.
La vallée était un exutoire pour l’exubérance des jeunes dont c’était la seule possibilité de pouvoir tester leurs pouvoirs et améliorer leurs capacités que l’exiguïté des grottes, pourtant immenses, atrophiait. Pour des raisons de sécurité et d’habitude, les sorties n’étaient autorisées que pendant la période nocturne normale. Seuls étaient autorisés en tout temps : les Yeux de la Nuit, les sentinelles du clan, et tout individu en relation avec l’armée.
Cette période-là, comme il le faisait depuis de nombreuses périodes, Hadryn arpentait, de long en large, les pentes de la montagne voilée, cherchant un moyen d’approcher Salyna. Il n’y avait qu’un seul obstacle à son projet : le caractère acariâtre de l’objet de ses désirs était une barrière propre à refroidir la plus brûlante des passions. Hadryn se remémorait, avec nostalgie, du temps où, insouciants, ils partageaient leurs jeux d’enfants. Déjà à cette époque, il avait un faible pour la jeune fille. Belle, douce, intelligente et mutine, elle avait tout pour plaire. Sa joie de vivre et son exubérance étaient un phare dans l’éternelle nuit des cavernes. Tout bascula lorsque Salyna atteignit son troisième âge – qui correspond à l’âge de l’adolescence pour le genre commun. Sa beauté avait attiré la convoitise d’Hanaken Medin, fils d’un des plus réputés marchands de Nocturna. La cour assidue, qu’il fit à la jeune fille, se solda par un refus catégorique de la part de celle-ci. Blessé dans son amour propre, le bouillant soupirant jura, en son for intérieur, de se venger de l’affront subi. Aidé de ses amis, Janus et Titus Vanaedel, et d’Ilmarë Eressen, la compagne de Titus, il mit au point un stratagème destiné à piéger la belle.
Ilmarë commença par gagner la confiance de Salyna par des somptueux cadeaux et des parties de chasse dont la belle était friande. Petit à petit elle s’isola de ses amis pour ne se consacrer qu’à Ilmarë. C’est au cours d’une de ces chasses endiablées que le piège se referma. Affectant une légère indisposition, durant la poursuite de la proie, Ilmarë se laissa sciemment distancer. Lorsque Salyna, aveuglée par l’excitation de la poursuite, entra dans la tanière de son gibier, un lourd rocher en bloqua l’entrée. Surprise par la tournure des événements, elle ne vit ses attaquants que lorsque ceux-ci lui sautèrent dessus pour la désarmer. Décontenancée par la rapidité de l’attaque, la jeune femme ne put se défendre et fut vite maîtrisée par les trois jeunes hommes. Une fois la belle entravée, les frères se retirèrent pour qu’Hanaken puisse jouir de son artifice. Dés qu’Hanaken fut seul, il s’approcha d’un air vainqueur de sa captive. Il voulut abuser de la jeune femme mais, mettant à profit le peu de temps que le larron lui avait laissé, Salyna avait pu enfiler sa bague-sanctuaire lui procurant un bouclier à effet constant qui empêchait quiconque de l’approcher à moins de deux coudées. Hanaken s’escrima pendant trois jours. Il utilisa toute sorte d’objets, communs ou enchantés, et tous les sorts qu’il connaissait ou qu’il put se procurer sans parvenir à percer, ni annuler le sort de protection de l’anneau. Pendant ce temps, lentement, méthodiquement, Salyna sapait ses entraves. C’est ainsi qu’à l’aube du quatrième jour, Hanaken retrouva la grotte vide. L’intrépide chasseresse s’était fait la belle. Son piège ayant échoué, Hanaken s’empressa d’envoyer ses plus plates excuses à Salyna en arguant qu’il s’agissait d’une simple plaisanterie. Mais la belle était introuvable !
Choquée par sa mésaventure, Salyna erra, hagarde, pendant des jours dans le dédale de grottes à la recherche d’un endroit où cacher sa honte. Elle avait l’impression que l’infamie, qu’elle ressentait de s’être ainsi fait piéger, se reflétait sur son visage et se fit un devoir d’éviter tout contact avec un être civilisé. Dans ses pérégrinations, elle en oublia de s’alimenter. C’est ainsi qu’un jour, alors qu’elle escaladait un des nombreux rochers qui obstruaient le semblant de chemin reliant les grottes, elle eu un étourdissement. La pesanteur fit le reste. Elle lâcha la prise, tomba et se cogna la tête. Le choc l’assomma.
Lorsqu’elle revint à elle, au bout d’un temps qu’elle ne put définir, elle était couchée sur un lit de kanets dorées, recouverte d’une couverture en peau de loup, et une agréable odeur de sang frais chatouillait ses narines. Sa première réaction fut de se saisir de sa dague mais l’individu, qu’elle distinguait à peine à l’autre bout de la caverne, avait pris la précaution de la désarmer.
- Hé bien, on refait surface, ma belle ? Ces grottes sont dangereuses pour qui ne sait pas débusquer son gibier ! Comment t’appelles-tu ? L’individu, une femme âgée, d’après sa voix, n’avait fait aucun geste et lui tournait ostensiblement le dos. Salyna ne répondit pas.
- Le coup que tu as reçu sur la tête t’a fait perdre la langue ? Alors ? Quel est ton nom, petite ?
- Salyna….Salyna Venom. Comment suis-je arrivée ici ? Et qui êtes-vous ?
- Je suis Tharsen Daelin ! Je t’ai trouvée assommée près d’ici. Tu n’as rien à craindre de moi. Tu dois avoir faim ? Viens !
- Non, Merci ! Rendez-moi mon arme et je m’en irai tout de suite !
- Ne fais donc pas la fière, petite. Ton ventre crie tellement famine qu’il rameuterait tous les habitants de ces grottes ! Et dans ton état où comptes-tu aller ? Tu ne ferais même pas une demie lieue avant de t’écrouler ! Tu y tiens tant que ça à servir de repas à ces charognards qui hantent ces cavernes ?
- Ça ne sera pas pire que ce que j’ai subi. Sanglota Salyna.
- Nous verrons cela plus tard ! Le plus urgent c’est de te nourrir ! Allez ! N’aie pas peur ! C’est du sang frais ! C’est pas du sang humain mais dans notre situation on ne peut se permettre de faire les difficiles. Insista la vieille dame.
La fatigue, la faim et l’odeur du sang eurent raison des réticences de la jeune femme et elle se laissa convaincre de se nourrir. Une fois repue, mise en confiance par la voix doucereuse de Tharsen, elle expliqua le drame qu’elle venait de subir. Elle n’omit, malgré elle, aucun détail. C’était comme si une autre parlait par sa bouche. La situation lui apparut alors clairement : elle était sous l’effet d’un sort de commandement d’humanoïde. La gentille vieille dame l’avait envoûtée.
- Non ! Arrêtez ! S’insurgea-t-elle en se tenant la tête.
- Doucement, calmes-toi ! C’était nécessaire pour que tu puisses reprendre tes esprits.
- Je ne pourrais reprendre mes esprits que lorsqu’ils auront payé leur affront ! Répondit d’une voix dure Salyna.
- Voilà qui est nettement mieux ! Au lieu de t’apitoyer sur ton sort tu veux te venger ! Si tu veux, je peux t’aider à y parvenir.
- Pourquoi feriez-vous cela ? Qu’avez-vous à y gagner dans cette affaire ?
- C’est une longue histoire. Et cela s’est passé il y a tellement longtemps que tu ne pourrais comprendre. Sache juste que le destin nous a réunies dans un même but : nous venger des Medin ! Ta vengeance, pour les actes du fils, paiera en retour les avanies que j’ai subies par la faute de la cupidité du père.
Sous la direction de Tharsen, la jeune femme s’entraîna pendant des mois. S’exerçant en poursuivant le rare gibier et perfectionnant sa technique grâce à des menus larcins, lors de ses furtives incursions en ville, elle acquit force, rapidité et discrétion. Cette retraite forcée changea la frêle et naïve jeune fille en une farouche guerrière maniant avec aisance et précision toutes les sortes d’armes connues. Cependant, pour être complet, son entraînement devait être, pour aussi périlleux que cela soit, testé en conditions de combat réel avec des adversaires pouvant se défendre avec autre chose que des griffes et des crocs.

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MessagePosté: Lun Nov 07, 2005 12:55 am 
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III La métamorphose : le test 1ère partie


L’occasion de vérifier la pertinence de son entraînement, lui fut fournie par la bande de Bäarin Pierrenoire : un nordique condamné pour meurtre que les veilleurs du sommeil – la garde de la ville – pourchassaient depuis des années sans succès. De retour d’une razzia en ville, ils étaient tombés, par hasard, sur Salyna qui rentrait de sa corvée d’approvisionnement en bois et herbes diverses pour la préparation de potions. Surexcités par l’action qu’ils venaient d’entreprendre et par la poursuite que la garde leur avait faite, sans grand succès, la bande voulut s’amuser aux dépens de la jeune femme. Les douze bandits se jetèrent sur leur proie afin d’en revendiquer, chacun, la primeur. La peur lui donnant des ailes, Salyna évita la charge de ces brutes en se réfugiant, en quelques bonds acrobatiques, sur une plateforme providentielle. En un flash, elle revit Hanaken et ses amis. Une colère sourde fit place à la peur. Elle mourrait plutôt que de leur succomber mais en entraînerait avec elle autant que Nocturna le permît.
Voyant la proie leur échapper, les malfrats s’élancèrent à l’assaut de la position. Déversant sa rage sur les importuns, Salyna accueillit le plus rapide d’un revers de dague qui lui sectionna la carotide. Le second reçut son coup de botte sous le menton et dégringola de son perchoir. Le troisième prit sa dague dans le ventre suivie d’un coup de pied qui l’expédia rouler au bas de l’éperon rocheux. Décontenancés par l’inattendue résistance de la jeune guerrière, les deux suivants battirent en retraite. Bäarin harangua ses hommes et les regroupa pour lancer une attaque simultanée de tous les côtés à la fois. Remarquant le manège, Salyna s’empara du corps du premier assaillant tué et le balança sur les deux attaquants les plus proches qui, surpris par la riposte, tombèrent sur leurs acolytes et se retrouvèrent, tous, enchevêtrés au pied de la corniche. Sans attendre le résultat de son action, la jeune femme fonça sur le plus proche, plongea entre les jambes d’un agresseur abasourdi par l’audace de la manoeuvre, et se releva en ouvrant, de bas en haut, le dos de l’importun. La giclée de sang, qu’elle reçut, la dopa et, d’un saut magistral, elle se propulsa dans le dos du second assaillant. Avant que ce dernier ait pu faire un geste, la puissante mâchoire de la jeune vampire lui enserrait la gorge et Salyna savourait ce doux nectar dont elle était depuis si longtemps privée. Consciente que ce n’était pas le moment de se laisser aller à ses instincts, elle acheva sa proie en lui plantant la dague dans le cœur. Trop rudement sollicitée, la lame se brisa dans la poitrine du moribond. D’un geste vif, elle récupéra l’épée du mort et analysa la situation. Il restait sept bandits en état de combattre et deux blessés qui, s’ils ne pouvaient grimper, lui coupaient toute voie de retraite.
Constatant ses pertes, la bande changea de tactique et envoya une volée de flèches, de boules de feu et de glace qui obligea Salyna à demeurer couchée sur la plateforme. Pendant que les blessés continuaient le tir, protégés par les deux mages du groupe, les bandits valides entreprenaient l’escalade sous les invectives du chef qui les exhortait à avancer. Ce n’était plus qu’une question de temps avant que les rescapés ne prennent pied sur la corniche. Malgré sa rapidité, elle n’aurait pu les affronter tous en même temps. Le reflet d’une lame lui donna une idée. Roulant sur elle-même pour éviter les projectiles, elle s’approcha d’un brigand mort qu’elle délesta de ses armes. Se servant du corps comme bouclier, elle repéra la position des deux archers. Un poignard fila. Un bandit s’écroula foudroyé. Un second suivit mais sa cible l’évita de justesse et il alla se fracturer sur la paroi. Les magiciens réagirent intempestivement mais leur précipitation leur fit rater leur objectif. Néanmoins la leçon avait payé et les survivants se méfiaient, donnant ainsi à la jeune guerrière le temps de voir où en étaient les autres assaillants.
Refroidis par tant de ténacité et de pertes, la clique avançait, prudemment protégée derrière des boucliers. Bäarin les houspillait, promettant les pires sévices aux plus réticents. Salyna savait qu’elle ne pourrait plus les surprendre. Distraite par l’étude de la manœuvre, elle ne vit la menace que lorsqu’elle se concrétisa. Une flèche l’atteignit à la jambe. En même temps, une boule de glace la percuta à l’épaule lui faisant perdre l’équilibre. Le tireur hurlait sa joie mais son cri fut stoppé net par un poignard qui vint se ficher dans sa gorge. La jeune femme avait riposté à l’aveuglette dirigeant son jet au son de la voix. Les lanceurs de sorts, pour ne pas servir de cible, plongèrent courageusement derrière un rocher. Serrant les dents, elle arracha la flèche et la jeta au loin. Les attaquants prenaient pied sur la plateforme. Toujours aussi compacts et circonspects, ils avançaient avec méthode. Salyna n’avait plus qu’une issue. Rassemblant ses forces et en priant Nocturna, elle se laissa glisser le long de l’éperon rocheux. Les magiciens se mirent en position pour lui couper toute voie de retraite. Arrivée au milieu de la pente, la jeune femme, en prenant appui sur celle-ci, se propulsa en l’air et, d’un geste rapide, trancha la gorge d’un des deux mages sidérés par l’extravagance de la tactique. Amortissant sa chute par un roulé-boulé, elle se retourna vivement et éventra le second avant que ce dernier ne soit revenu de sa surprise et ait eu le temps de la mettre en joue. Pantelante, couverte de bleus et de sueur, elle se remit debout. Sa jambe avait été éprouvée par le saut et son épaule la tiraillait affreusement. Pendant un bref instant, elle songea à se sauver mais savait pertinemment que, dans son état, elle n’irait pas loin. Une pluie de dagues et de poignards s’abattit sur la jeune femme qui n’eut la vie sauve que grâce à ses réflexes. Le chef de la bande hurla sa rage de voir s’échapper cette tornade qui avait décimé sa troupe et entraîna les survivants à l’attaque. Loin de s’enfuir, la jeune guerrière, prenant la clique à contre-pied, courut à leur rencontre et les rejoignit au moment où, déséquilibrés par la descente, ils atteignaient le sol. D’un revers d’épée elle en décapita un. En pourfendit un autre en ramenant sa garde, bloqua une attaque avec son poignard et en cloua un troisième en lui lançant l’épée.
Les deux bandits survivants, hébétés par l’incongruité et le résultat de la riposte, se séparèrent pour se positionner de chaque côté de la jeune furie que le goût du sang rendait frénétique. Des gens intelligents auraient cherché à mettre de la distance entre eux et la belle mais les morts criaient vengeance et la raison se tut. Le ballet commença. Rendus prudents par les pertes subies, les deux acolytes hasardaient des attaques rapides puis changeaient de place contraignant Salyna, chancelante, à bouger constamment. Sa jambe la tiraillait affreusement et, à mesure que le temps passait, s’engourdissait. Ayant accordé leurs tactiques, Bâarin et son lieutenant attaquaient simultanément obligeant la malheureuse à effectuer des acrobaties pour éviter leurs lames. Salyna sentait qu’elle ne pourrait plus les contrer longtemps. S’élançant au risque d’y rester, elle réussit, non sans essuyer une estafilade au bras, à positionner ses agresseurs sur un seul côté. Du fait de leur position, ils se gênaient mutuellement. Ils reculèrent un peu tout en bloquant les chemins de sortie de la caverne, puis reprirent leur manœuvre d’encerclement.

IV La métamorphose : le test 2nde partie

Maintenant, elle allait leur payer la mort de leurs camarades. Une fois en position, ils lancèrent simultanément l’attaque mais, au milieu de son élan, le lieutenant fut stoppé net par une flèche qui vint se ficher dans sa tête. L’instant de stupéfaction, que Bâarin marqua à ce rebondissement inattendu, lui fut fatal. L’épée de Salyna le transperça de part en part. Hoquetant sous le coup, les yeux exorbités par la surprise, le chef tomba à genoux, les mains serrées sur cette lame qui signait sa fin. Il rendit son dernier souffle prostré dans cette position.
Salyna chercha des yeux son providentiel sauveur. Debout, près de l’entrée de la grotte, elle vit un jeune veilleur du sommeil serrant encore fébrilement l’arc dans ses mains, tout étonné du tir réussi. Le cri de joie du bandit l’avait prévenu et il était arrivé juste à temps pour équilibrer le combat. Salyna lui fit un grand sourire et s’évanouit sous la douleur lancinante et l’effort soutenu. Voyant la jeune femme s’écrouler, le jeune garde se précipita à son secours. C’est alors qu’une boule de glace, sortant d’un coin sombre de la caverne, l’intercepta l’envoyant s’assommer contre la paroi. Sortant de l’ombre, Tharsen, que le même cri avait alerté, venait juste d’arriver sur les lieux du combat. Elle s’inquiéta immédiatement de l’état de sa jeune amie. Elle soigna la jambe et le bras de sa protégée puis, rassurée sur sa santé, inspecta, en experte, les environs.
- Je crois que tu es fin prête à regagner la civilisation, ma petite !
À ce moment un reflet l’intrigua. Avançant prudemment elle alla en étudier la cause. Sur le corps du premier archer abattu, elle trouva une épée enchantée. Une analyse plus poussée lui révéla la nature de l’enchantement : un sort de feu à l’impact et un sort de plume en effet constant.
-Un joli trophée pour une guerrière d’exception. Conclut-elle en s’emparant de l’arme.
Le garde se réveilla en même temps que Salyna reprenait ses esprits. Tharsen préparait son attaque lorsqu’un appel l’arrêta :
- Non, pas lui ! Il m’a aidée ! Cria Salyna, affolée.
- Excusez-moi mais lorsque j’ai vu ma protégée tomber et vous qui vous précipitiez, j’ai cru que vous vouliez l’achever.
- Vous…Vous n’avez pas vu mon armure de veilleur ? S’étonna le garde.
- Ah, mon petit, lorsque j’ai….disons… quitté la ville, vous n’existiez pas encore ! Répliqua Tharsen.
- Nous n’existions……mais ça fait plus de cinq cent ans !! Et vous n’avez plus remis les pieds en ville depuis ?
- Certains individus ne le souhaitent pas. ….Assez parlé de moi ! Faites-moi voir votre blessure ….Veilleur ?
- Joris Salen, veilleur du sommeil du premier cercle du quartier Nord. Répondit le garde d’un ton solennel.
- Enchantée ! Tharsen Daelin, guérisseuse de la grotte aux potions du complexe souterrain Nord et – désignant son amie - son assistante, apprentie Salyna Venom, victime à la recherche de justice ! Taquina la vieille dame sur le même ton.
- À la recherche de justice ? Je peux peut-être vous aider ?
- Restez tranquille que je puisse vous soigner ! Le rabroua Tharsen.
- Merci pour votre offre mais je viendrai réclamer justice lorsque je serais prête ! Répondit Salyna.
Le garde promena son regard sur les cadavres qui jonchaient la grotte puis hochant la tête, pensif :
- D'accord, ceux-là n'étaient que des humains mais c'étaient des fameux combattants et cela faisait des années qu'on les poursuivait. Il doit s’agir d’un bien puissant personnage pour que vous ayez encore besoin de préparatifs...
Puis reprenant sur un ton solennel :
- Cependant n’oubliez pas la prime loi : quiconque provoque la mort d’un semblable on d’un dépendant, de sa propre volonté, que ce soit par sa main ou la main d’autrui, en dehors de tout contrat légal, sera poursuivi, par tout représentant de la loi ou tout individu soucieux de l’appliquer, et se verra infliger le même sort que sa victime. Seul le payement de la « prime du sang versé » peut éviter au prévenu la peine capitale. S’il est prouvé…..
- Ma parole, il va nous réciter tout le code ! L’interrompit Tharsen…..On connaît la prime loi ! C’est d’ailleurs à cause d’elle que je vis dans ces grottes ! Si je devais retourner à Nocturna, je ne suis pas sûre de pouvoir me retenir de faire griller les fesses de quelques lascars galonnés ! ……….Et pourtant ce serait faire preuve de salubrité publique !
Joris regarda la vieille magicienne. L’expression de sa voix dénotait une détermination farouche. Il aurait voulu en savoir plus mais, croisant le regard de la vieille femme, préféra changer de sujet :
- Pour ma part je peux vous assurer que les primes pour la mort de ces bandits vous attendront au corps de garde Nord. Et, en l’honneur d’un si grand courage et d’une aussi resplendissante beauté, je vous concède mon homme…….Si toutefois vous acceptez…..
- Allez donc, vil flatteur, et faites ce que bon vous semble. L’interrompit Tharsen en le bousculant gentiment…Ces jeunes ! Dès que ça voit un jupon, ils en oublient le reste ! Allez le veilleur, allez donc veiller !
Après toute l’angoisse et la tension du combat, la réaction de la vieille femme déclencha, chez Salyna, un rire libérateur. Joris n’insista pas, s’inclina pour prendre congé et se mit en route pour rejoindre sa patrouille.
- On viendra vous débarrasser des cadavres ! Soyez sans crainte !
- Tous ces pauvres charognards privés d’un si succulent repas. Ironisa la vieille dame en aidant Salyna à se lever…Viens, on rentre !

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MessagePosté: Ven Jan 13, 2006 2:26 am 
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V La métamorphose : l’incident

Les mois qui suivirent, Salyna étudia la magie : depuis la confection des potions jusqu’à l’enchantement des objets en passant par le lancer, la détection et l’annulation de sorts. Bien que d’apparence anodine, la confection des potions fut la matière qui lui donna le plus de mal en l’exposant à un adversaire autrement plus dangereux qu’une bande de malfrats : Le soleil. Pour certains ingrédients, elle dut s’aventurer dans « le pays » à des heures où son ennemi juré dardait ses flèches de lumière. Elle ne dut la vie sauve, en maintes occasions, qu’à sa rapidité à battre de vitesse l’astre solaire. Cependant celui-ci lui infligea souvent des cuisantes blessures qui la clouèrent sur son grabat pendant des jours. Il fallut toute la science médicale de Tharsen pour qu’elle ne garde pas de vilaines cicatrices car malgré leurs facultés régénératrices, les vampires gardaient souvent les marques dues à une exposition solaire. Les diverses manipulations de sorts, en revanche, lui donnaient une sensation de puissance que la vieille dame dut tempérer afin d’éviter que la néophyte ne réduise la grotte en cendres avec tout ce qu’elle contenait. Mais ce qu’elle affectionnait le plus c’était l’enchantement des objets, même si la « cueillette » des âmes lui posait quelques problèmes. Lorsqu’elle se sentit enfin prête, Salyna regagna la ville. Elle aurait souhaité un retour discret mais sa renommée, grâce au récit du veilleur, l’avait devancée. À l’annonce de sa réapparition, les quatre complices s’enfermèrent dans le manoir Medin avec une forte escorte. Le prétexte officiel fut une soi-disant lettre de menace reçue le matin même du retour de la tigresse. L’expéditeur promettait, au quatuor, les foudres d’un groupe, inconnu jusque là : les cagoules noires. Le manoir était une des premières grosses constructions de la cité et avait était conçu comme un fort pour la défense de l’agglomération. Pour l’occasion, le chemin d’accès avait été minutieusement piégé et un garde avait été posté à chaque entrée ou ouverture de la vieille forteresse. Parallèlement des patrouilles étaient organisées pour doubler celles que la garde effectuait déjà en temps normal. Vus la position et la fonction des parents des quatre amis, deux contingents de la garde fouillèrent chaque maison suspecte susceptible d’abriter les dénommées cagoules noires. En même temps, payé par Hanaken Medin, le meilleur pisteur de la ville surveillait, jour et nuit, le moindre geste de Salyna et en informait son commanditaire de façon rigoureuse et détaillée.
Cependant la belle se comportait comme si elle voulait rattraper le temps passé dans ce que l’on nommait « les fosses », comme s’il s’agissait d’un autre univers. Avec l’argent des primes qui pesaient sur les têtes des bandits et celui qu’elle retira de la vente, en tant que trophées, de leurs armes et armures, elle commença par troquer sa cuirasse de cuir contre une splendide robe d’un goût exquis qui la mettait mieux en valeur. Puis elle continua en réhabilitant son habitation, qui en avait bien besoin après une si longue période d’inoccupation. Elle changea les meubles, fit refaire les peintures, acheta des tapisseries et engagea du personnel pour l’entretien et le service. Pour avoir une touche personnelle, elle commanda, à plusieurs peintres, des tableaux la représentant dans les poses les plus variées. Profitant sans remords de la générosité des commerçants, qui lui manifestaient ainsi leur gratitude de les avoir débarrassés de cette clique de voleurs, elle renouvela sa garde-robe et s’offrit un échantillonnage de bijoux à faire pâlir une princesse. Ayant assis son confort et peaufiné son aspect, elle était prête pour conquérir la ville !
Malgré ses nombreuses occupations il restait toujours des laps de temps, plus ou moins longs, pendants lesquels le pisteur perdait sa trace, pour la retrouver, parfois à l’autre bout d’un quartier, sans qu’il puisse savoir ce qu’elle avait pu manigancer entre-temps.
Sa renommée et sa nouvelle richesse lui procurèrent une cour d’admirateurs assidus qui la suivaient partout. Autant elle avait détesté la proximité de ses semblables pendant son exil volontaire, autant, depuis son retour, elle recherchait leur compagnie comme une bouffée de skouma. Sa notoriété lui ouvrit les portes des cercles les plus fermés et son or rendit les propriétaires de ces clubs d’une extrême courtoisie. Cependant les rixes continuelles des prétendants usèrent la patience des aubergistes et ils obtinrent que le parterre d’admirateurs ne soit plus admis à leurs tables. C’est ainsi que Salyna poursuivit son intégration en écumant les autres tavernes de la ville. La différence la plus notable était dans la diversité de la clientèle. Dans ces « palaces » tous les genres se côtoyaient, sans distinction, que ce soit les nobles vampires, les fiers insoumis ou les dociles affranchis. Salyna put constater que sa beauté faisait des ravages auprès de tous les genres. Mais plus qu’être flattée, elle en joua. C’est ainsi qu’elle se retrouva bientôt à la tête d’un réseau d’informateurs bénévoles l’informant des nouvelles de la ville depuis le plus petit détail anodin jusqu’à des informations de la plus haute importance stratégique. Si une nouvelle semblait l’intéresser particulièrement, ils étaient prêts à lui fournir, ou à glaner, toutes sortes de renseignements complémentaires.
Cette notoriété ne manqua pas de lui attirer des envieux frustrés qu’on ne leur accorde l’attention qu’ils estimaient mériter. Afin de remédier à cette situation, certains allèrent jusqu’à engager des sicaires ou à lancer des contrats sur sa tête. Elle dut, à plusieurs reprises, se battre lors d’embuscades organisées par ses ennemis ou lors de raids d’assassins assermentés visant à l’occire dans l’enceinte de sa propre habitation. Malgré ces inconvénients, la belle semblait mener une vie insouciante faite de razzias dans les magasins et de virées « nocturnes ».
Ce fut au cours d’une de ces dernières que l’incident éclata. Elle était assise à une table de « La Canine Sanglante », un bouge de seconde zone, dans un quartier modeste, entourée d’une cohorte de courtisans fascinés par sa beauté et le récit de ses aventures, lorsqu’un jeune, largement éméché, commença à l'ennuyer. C’était un des amis d’Hanaken et Salyna se fit violence pour ne pas répondre aux insultes, volontairement provocantes, du jeune aviné. De verbales, ces interventions importunes, devinrent vite des effleurements, de plus en plus insistants, ponctués de lazzi insolents et scabreux. Lorsque le butor émoustillé voulut vérifier, concrètement, la plastique de la belle, celle-ci rectifia la sienne en lui coupant une oreille d’un coup d’ongle. Dessaoulé d’un coup, l’importun voulut se venger et, aidé d’un groupe d’amis qui n’attendaient visiblement que ce moment, chargea la jeune femme. N’ayant pas prévu de devoir se battre en ville, la belle se retrouva armée d’une simple dague face à six spadassins affirmés et décidés à en découdre. Manifestement, pour eux, ses exploits étaient largement exagérés et ils allaient en faire la preuve. Ses louangeurs préférèrent admirer la rencontre à distance respectable pour, comme ils déclarèrent, ne pas gêner ses mouvements. Salyna ne voyait qu’une solution pour s’en sortir : utiliser la magie. Mais pour que son plan se déroule sans accrocs, on devait ignorer qu’elle savait s’en servir. De plus cette option la faisait passer du statut d’agressée à celui d’agresseur. Elle risquait, à coup sûr, de causer des morts et elle savait pertinemment qu’on ne les lui pardonnerait pas. Pour tout le monde elle était déjà une redoutable tueuse et, comme telle, coupable d’avance.
Une seule erreur, une seule mort qui ne soit légitimée et proportionnelle à l’offense, et elle serait sûrement condamnée au « pendule » : un ingénieux système mis au point par un humain sadique détestant le genre vampire. Le prisonnier était ligoté à un mécanisme à bascule qui agissait comme un balancier. Suivant le mouvement du pendule, la victime était exposée, par petites fractions de temps, aux ravages des rayons du soleil habilement contrôlés par un jeu de miroirs. Le temps, que le prévenu mettait à décéder, était fonction de sa constitution et de la clémence des dieux.
Dans le meilleur des cas, elle serait expulsée de la ville et finirait sa vie en compagnie, ou par la faute, des charognards qui hantaient « les fosses ».
Sans réactions magiques de leur cible, les sicaires, sûrs de leur fait, avançaient menaçants. Dés qu’ils furent à portée, d’une détente des jambes, elle leur envoya la lourde table ce qui eut pour effet de refroidir leurs ardeurs. La détente provoqua la chute de la chaise sur laquelle elle était assise. Evitant les attaques, elle roula sous une autre table dont elle se servit de bouclier avant de la lancer sur ses agresseurs au profit d’une chaise. Le siège dans une main et sa dague dans l’autre, elle soutint l’attaque des assaillants. Les coups s’abattaient de tous les côtés mais, grâce à ses réflexes, et à la quantité d’alcool absorbée par ses attaquants, Salyna parvint à les éviter. Cependant la chaise accusait la fatigue et tombait petit à petit en morceaux sous les coups d’épée des bretteurs. Lorsqu’il ne lui resta plus qu’un barreau dans la main, elle le lança rageusement vers l’attaquant le plus proche. Celui-ci l’évita facilement mais, ce faisant, ouvrit une brèche dans laquelle la belle s’engouffra aussitôt. La sortie bloquée, la tigresse enjamba, d’un bond, le comptoir. La seconde suivante, une pluie de bouteilles, flacons, flasques, verres, gobelets et caisses de toutes dimensions commença à pleuvoir sur les agresseurs. Ne leur laissant aucun répit, la rapidité du tir et sa précision eurent tôt fait de décourager les plus hardis qui abandonnèrent, le combat, fourbus et courbatus. Bien que battant en retraite, ils continuaient à être la cible de la furie qui poursuivait fougueusement le tir d’objets hétéroclites. Dans le feu de l’action, elle arrosa même ses admirateurs venus la féliciter de sa victoire. Depuis ce jour, personne n’osa plus se moquer de Salyna………Ni même trop l’approcher, et encore moins la provoquer en combat !


V la métamorphose : la punition

C’est ainsi qu’à partir du jour de l’incident, chaque fois qu’elle hantait un lieu, comme par magie, sa fréquentation atteignait rapidement la vacuité absolue. Même les patrons désertaient parfois leur propre établissement. Pour les boutiques, chaque fois qu’elle entrait dans l’une d’entr’elles, soit le propriétaire lui offrait tout ce qu’elle désirait, soit il sortait précipitamment faire des courses à l’autre bout de la ville au point que, lorsqu’elle voulait acheter nourriture, vêtement ou une babiole quelconque, elle devait déposer un billet pour se faire livrer la marchandise à un endroit convenu. Lasse de cet état de choses, elle finit par aller voir les veilleurs afin qu’ils remédient à la situation. Joris s’offrit, tout naturellement, d’intercéder pour elle auprès des commerçants. On ne sut pas vraiment comment il s’y prit mais son intervention porta ses fruits car, à partir de ce moment, la vie de Salyna devint à peu près normale. Sauf dans les tavernes où, dés son entrée, elle avait le privilège d’avoir toujours une table libre dans un coin calme, tandis que les clients s’entassaient précipitamment dans le coin opposé.
Pour Salyna, la vie s’écoulait, en apparence, paisible. On retrouva bien quelques cadavres, parmi lesquels ceux des importuns de l’auberge, disséminés aux quatre coins de la ville mais aucun lien ne put être fait avec les agissements de la jeune femme. Des rumeurs commencèrent à courir sur une malédiction atteignant tous ceux qui osaient la braver. Une légende prenait forme, un mythe naissait.
Pendant ce temps, au manoir, les quatre complices multipliaient les précautions. Salyna était devenue leur obsession. Ils lui attribuaient des pouvoirs magiques insensés comme pouvoir se transformer, à volonté, en n’importe quel animal, qu’il soit volant ou rampant. Ou envoyer la mort, ou la soumission, par la simple force de la pensée. Ils finirent par la voir dans tous les coins sombres du palais. Aussi multiplièrent-ils les flambeaux et les lanternes de toutes sortes ainsi que des protections magiques de tout acabit. Le castel fut ceint d’une ligne continue de torches, fréquemment renouvelées afin que ses alentours soient toujours bien éclairés, doublée d’une rangée de glyphes de protection. Les environs de la résidence étaient tellement truffés de pièges que même un courant d’air n’aurait pu approcher du manoir sans en déclencher un. Le seul lien avec l’extérieur était un filin juste assez solide pour supporter, sans dommages, le poids de deux bouteilles de mazte entouré d’un champ de force et gardé, à ses extrémités, par des mercenaires.
A l’intérieur les rondes furent doublées et les patrouilles renforcées. Chaque ouverture fut soigneusement condamnée et, de surcroît, gardée. Une garde personnelle, composée de mages et de guerriers, était constamment à leurs côtés et les suivait partout.
Malgré toutes ces précautions, quelques jours après l’incident de l’auberge, on découvrit, sur la place du marché, quatre sarcophages munis d’un petit orifice. À l’intérieur, vêtus uniquement d’un anneau, les quatre acolytes ligotés, bâillonnés et entravés. Lorsqu’on voulut les secourir, on s’aperçut qu’un champ de force les entourait, empêchant quiconque de leur prêter assistance. Au manoir, on constata que l’ensemble de la valetaille était ligoté, parfois en paquets de quatre ou cinq sbires. Personne parmi le personnel ne put expliquer comment il s’était retrouvé dans cette situation. Certains parlèrent d’un nuage, d’autres d’une lumière, d’autres encore d’un déplacement d’air d’autres encore d’une impression de froid ou de chaud ou d’une sensation de fatigue ou d’accablement. Malgré un interrogatoire poussé, on ne put discerner de quelle façon le, ou les agresseurs s’y étaient pris pour atteindre leur but.Les parents affolés firent venir, à grands frais, les mages et les érudits les plus fameux de la région. Chacun y alla de sa petite expérience ou conseil, mais malgré tous leurs efforts la situation des malheureux resta inchangée : ils étaient toujours couchés sur le ventre dans leur sarcophage, les mains liées dans le dos et entourés de cet halo que l’on ne parvenait pas à percer, ni par des outils, ni par la magie.
Après un nombre conséquent d’essais infructueux, en désespoir de cause, les parents allèrent supplier Salyna. Celle-ci promit de libérer leur progéniture contre une forte somme, la promesse que les jeunes gens lui feraient des excuses publiques et l’assurance qu’ils seraient traduits devant le Conseil pour leur crime. Les parents acceptèrent, à contre cœur, les conditions. Le lendemain, après avoir été payée, Salyna demanda l’aide de deux gars vigoureux. Ceux-ci, suivant ses instructions, fermèrent les sarcophages, les retournèrent et les reposèrent sur leurs catafalques. La tigresse noire s’en approcha et les frappa violemment. Ensuite, elle se recula et attendit. Au bout de quelques minutes, les anneaux, ébranlés par les vibrations, tombèrent hors des cercueils. Salyna récupéra les bagues par télékinésie. Un tour qu’elle fit juste pour impressionner les badauds présents. C’est à ce moment que des coups sourds se firent entendre en provenance des cercueils. Elle ordonna alors qu’on les retournât et, à la surprise générale, on put constater que l’on pouvait désormais libérer les prisonniers. Ceux-ci ne purent expliquer comment ils s’étaient retrouvés dans les sarcophages mais les bâillons servaient à les empêcher d’expliquer comment en sortir. Comme convenu, ils firent des excuses et passèrent en jugement. Nul, à part les membres du Conseil, ne sut ce qu’il en advint mais, depuis, plus personne n’entendit parler d’eux. D’aucuns disent qu’ils sont partis fonder une autre colonie, d’autres, qu’ils sont toujours enfermés dans le castel, d’autres encore, qu’ils ont été bannis, d’autres encore, qu’ils sont morts.

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