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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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 Sujet du message: Alice(s) in Paragon
MessagePosté: Lun Avr 24, 2006 2:24 pm 
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Prologue :

A l’Origine, Alice était unité et unicité, enfin ce qui peut en sembler le plus proche étant données les circonstances : née de l’esprit d’un Auteur, elle errait naïvement et en toute quiétude entre les pages du Livre à la rencontre de lapins blancs pressés ou de chats farceurs tentant de regarder sous ses jupes.

Bref : en d’autres termes, elle se faisait chier grave… faut dire ce qui est…

Comment pouvait-il en être autrement : chaque fois que le Livre se finissait, hop ! Que je te reviens au début et que je te végète dans le noir complet en attendant que ça redémarre, exactement à l’identique en plus ! Ben ouais : tout les trucs vraiment intéressants se passaient dans la tête du Lecteur, mais du côté d’Alice c’était chaque fois la même rengaine, la même routine lancinante… et en plus toujours la même saleté de robe bleu avec ce foutu tablier blanc qu’elle se trimballait depuis des plombes ! Toujours ces idiots de personnages débiles, avec leurs répliques à deux euros ! Toujours ce même gâteau de Non-Anniversaire qu’elle devait se farcir lecture après lecture, alors qu’elle aimait pas le chocolat, en plus !

Et encore... si y’avait que ça... Récemment elle venait d'essuyer un affront de trop, la goutte qui fait déborder le vase ! Abandonnée lâchement en cours de route par un Lecteur peu impliqué, Alice avait du patienter plusieurs mois, coincée avec une espèce de bataillon de cartes à jouer particulièrement peu loquaces… Des mois sur le coin d’une table de salon, bloquée au milieu d’une page pleine de marques de doigts graisseux (fallait pas manger et lire en même temps, y’a vraiment des baffes qui se perdent !), le nez contre un marque-page improvisé en feuilles de PQ, à se regarder en chien de faïence avec des cartes qui ont Trèfle de QI en se disant « Voilà, voilà, voilà… », et en se lançant des regards gênés !

C’est une épreuve qui marque, quoiqu’on en dise...

Mais Alice "était", elle "existait" : n'était-ce pas là le principal ? Du moins dans cette dimension précise du Livre avait-elle acquis un certain degré de réalisme et de consistance – pour ne point parler de réalité (concept épineux que je laisse à des Tomtes plus qualifiés que moi…). Certes, certes... elle existait ! Mais à quel prix... Car pour son plus grand malheur, du fait de cette existence paradoxale, elle avait développé un embryon de conscience individuelle qui lui permettait de se rendre compte clairement de la situation, ainsi que d’en souffrir en toute connaissance de cause...

Mais que pouvait-elle faire, sinon souffrir en silence, et attendre ? C’est ce qu’elle faisait depuis les Origines. Et c’est ce qu’elle ferait, avec résignation, jusqu’à l’Oxydation du Papier, le Vide Grenier, le Déchirement ou l’Abandon : finalités ultimes de tout Livre qui se respecte, comme chacun le sait… C’était son triste sort, et elle devait s’y résigner…

Mais c’était sans compter un évènement d’une ampleur capitale qui devait à jamais changer le cours de son existence…


1 – De l’autre côté de la page :

Un jour – enfin, façon de parler, car ça faisait plutôt une semaine – qu’elle était assoupie contre le tronc d’un vieux chêne à la toute fin du Livre, Alice fut brusquement réveillée par une toux rauque qui résonna tout près de son oreille… Surprise, elle ouvrit les yeux, cherchant qui avait bien pu interférer ainsi dans son quotidien bien réglé… Normalement on avait déjà largement dépassé la page du Chat, le Lapin Blanc lui-même n’avait pas pointé son museau depuis des plombes : normalement Alice était seule sur cette page ! Et voilà pourtant que quelque chose venait de se produire… quelque chose de tout à fait inattendu…

Au comble de l’excitation, Alice craignit cependant d’avoir rêvé (ça n’aurait pas été la première fois) et chercha à recouvrer son calme, tout en murmurant d’une voix ténue : « Qui est là ? »

Personne ne répondit, mais Alice entendit, très distinctement cette fois, un raclement de gorge…
« Y’a quelqu’un ! Je vous entends ! » s’écria-t-elle soudain en sautant sur ses pieds et en se redressant autant que le permettait l’espace étroit entre les pages serrées…
« Rhaaaa ! J’ai un foutu poil de chat dans la gorge, et merde… » grommela alors une voix de femme qu’Alice n’avait jamais entendue auparavant. « Bien la dernière fois que je sers de marque-ta-page dans ce foutu bouquin, moi ! »

Et poursuivant sur sa lancée, elle enchaîna sur le même ton agacé, visiblement soulagée de pouvoir enfin s’exprimer : « Foutus humains à la noix ! Peuvent pas acheter des marque-pages conventionnés, comme tout le monde ? Et naan ! Faut qu’y foutent deux bouquins tête à cul ! Encore cette fois je me colle la pisseuse, ça va, on peut parlementer ! C’pas comme si j’avais eu comme l’ot’ fois le pif dans les poils de ce con de chat à la mords-moi-le-nœud ! Que j’en ai encore des allergies des semaines après ! »

Saisie de stupeur, hésitante sur la conduite à tenir, Alice tenta de percer l’obscurité pour voir qui parlait, les yeux écarquillés, le cœur battant la chamade... Et à la faveur providentielle d’un petit souffle d’air passant dans le salon, qui souleva légèrement les pages et fit pénétrer dans sa clairière un peu de lumière, Alice se retrouva soudain presque nez à nez avec une grande femme très étrange… Elle était toute vêtue de mauve, avec de longs cheveux entre noir et mauve foncé flottant derrière elle comme une crinière…

« Qu… Qui êtes-vous ? parvint à bafouiller Alice en reculant sous l’effet de la surprise.
— Qui je suis ? lâcha l’impressionnante femme, visiblement rompue à ce genre d’exercice de présentation, et y prenant grand plaisir. Et bien, pour ta gouverne, sache que je suis La Grande Maîtresse du Livre Mauve ! Gardienne des arcanes magiques de la Huitième Couleur Et Demi, à pas confondre avec la huitième couleur de l’autre usurpateur de Rincedoigts ou je sais plus comment, que j’ai eu le déplaisir de "marque-ta-pager" avant toi et qui m’a visiblement piqué le concept, l’enflure ! Mais bon ça c’est une autre histoire… »

Et à cette évocation elle eut une grimace méprisante et cracha par terre.
« En deux mots, reprit-elle, je suis La Sorcière Violette ! Bon, y’en a aussi à Paragon City qui m’appellent "La Soviet"… rapport à la contraction du nom, hein, gaffe ! Passqueu je suis pas une Rouge moi ! Pas plus qu’une foutue bleusaille comme toi ! Mais bon, je laisse courir passqueu c’est rien que des cons et je les emmerde ! »

Sur quoi elle cracha à nouveau avant de poursuivre d’une voix suffisante : « De toute façon, comme disait mon Maître Si’Fhon, "Raclure d’évier ne tâche pas l’émail" ! Alors peuvent toujours causer ! M'en balance ! » acheva-t-elle dans un sourire conquérant en croisant les bras.
Et pendant tout ce temps Alice ne l’avait pas lâchée du regard, oscillant entre peur et incrédulité, se demandant ce qui était en train de se passer et…

« J’vais t’le dire moi, ce qui se passe ! l’interrompit La Sorcière.
— Comment avez-vous… ?
— Hé hé ! Ca te la coupe, hein ? C’est un de mes nombreux pouvoirs : je peux lire dans ton esprit, et crois moi, si y’a bien quelqu’un qui peut comprendre comment que tu te fais chier dans ce trou, ben c’est bien moi ! Mais on est super à l’étroit dans ton livre pour nains, tu trouves pas ? Viens donc chez moi, y’a à boire et des cakes aux fromage ! »

Et disant cela La Sorcière attrapa par la main une Alice complètement à la ramasse, inerte et comme anesthésiée par la surprise, et l'attira sans aucun efforts jusqu'à elle…


{C’est ainsi qu'Alice passa de l’autre côté de la Page et quitta à jamais son Exemplaire… pour la plus grande stupeur des Lecteurs Futurs, d’ailleurs…}


Dernière édition par Catioucha le Ven Avr 28, 2006 1:14 pm, édité 2 fois.

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MessagePosté: Mar Avr 25, 2006 8:49 am 
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Episode 2 : Le Mhi’Rhoar magique

« Alors dis voir petite, comment c’est ton nom ?
— Alice, m’dame… » répondit la gamine d’une voix méfiante en regardant autour d’elle. Mais à son grand désarroi, elle ne vit point de pommes rouges baignant dans un vieux chaudron, pas plus que des crânes de chats… même pas de corbeau perché dans un recoin ! Au lieu de ça l’espace était relativement chatoyant et confortable. Dans un coin de la pièce, une petite cuisine aménagée ; dans l’autre un grand lit recouvert de draps mauves, violets et vieux rose ; de longs voilages (mauves) pendant aux fenêtres : rien de bien exotique en vérité… On percevait au delà des fenêtres un étrange brouhaha qu’Alice ne parvint pas à identifier clairement, c’était en tout cas un bruit de fond assez désagréable. Mais la chose la plus étrange dans cet environnement nouveau était certainement cet Objet qui trônait sur une table dans le dernier coin de la pièce…une étrange boîte cubique qu’Alice n’avait encore jamais vue, avec une face en verre et les autres faces en une matière (teinte en mauve) lisse et opaque qu’elle ne reconnaissait pas : des fils en sortaient et se répandaient partout sur le sol, rejoignant une autre boîte (mauve) sous le bureau reliée à la paroi par d'autres fils…

Enfin bref ! Un beau merdier, d’accord, mais en tout cas rien qui fit penser qu’on se trouvait dans l’antre d’une Sorcière !
« Ah, mais ça ma petite c’est parce que t’as trop lu de contes pour enfants ! répondit La Sorcière sans même se retourner. Le temps des chaudrons et des verrues sur le nez, ça fait longtemps que c’est fini ! Odin merci !
— Mais… j’ai rien dit ! rétorqua Alice, étonnée de se voir encore une fois répondre alors qu’elle n’avait pas encore formulé la question…
— Ah, ça va vite devenir agaçant dans un moment ! Tu vas voir ! C’est en partie pour ça que je vis toute seule ici, recluse dans ce taudis de Comics à deux balles et même plus quotté à l’argus de la BD… »
Et on sentit comme une pointe d’amertume dans la voix éraillée de la vieille femme.

L’observant plus attentivement, Alice vit qu’elle avait le visage marqué de nombreuses rides, et que certains de ses cheveux étaient blancs. Soudain remise de ses émotions et en train de déguster paisiblement un thé au fiel (oui, oui, il n’y a pas de faute de frappe) en compagnie de la femme qui l’avait sauvée de l’ennui mortel où elle croupissait, elle se rendit compte que cette dernière était beaucoup moins impressionnante qu’au prime abord ! Et elle avait même des côtés touchants !
« Ca me va droit au cœur petite, merci… » laissa échapper La Sorcière avec un petit gloussement amusé.
Alice se renfrogna : en effet, ça commençait à être…
« Lourd, c’est ça le mot que tu cherches ? » Puis La Sorcière éclata de rire, avant de se rendre compte de l’agacement de la petite et de se calmer soudain.
« Faut pas m’en vouloir, j’ai pas eu de visites depuis ben longtemps. Y’a bien l’autre Lord Casskouye là, qui vit à deux pages d’ici, mais tu sais ce que c’est : quand "Ils" ont laissé tomber le Livre, y se passe plus grand-chose… Et moi ça fait bien des années qu’on nous a laissés choir… et depuis ben j’ai reçu la visite de personne de ce foutu Comics… D’toute façon j’me doutais bien que c’était chacun pour sa page ici ! Aucune solidarité ! T’as ben vu à quoi j’en suis réduite : à faire le "marque-ta-page" et à converser avec des chats magiques pour avoir encore un semblant de vie sociale ! Et oui, et oui, et oui… »

Alice regarda avec un air de compréhension La Sorcière qui se lamentait sur son sort : en effet, elle était bien placée pour comprendre ce que ça faisait ! Mais avide qu’elle était de poser des tonnes de questions à sa nouvelle amie elle ne se rendit pas compte qu’elle tapait nerveusement du pied sur le sol… Ce que La Sorcière décela sûrement car elle s’assit devant Alice à la petite table et, touillant tranquillement sa tasse de thé, elle lui dit :
« Je crois que tu as des trucs à demander, vas-y, te gêne pas ! »
Soulagée, Alice poussa un grand soupir et demanda naïvement : « Vous avez parlé de comiques… je ne comprends pas bien, vous êtes dans un livre humoristique ? »
La Sorcière éclata d’un rire tonitruant et manqua de renverser sa tasse tellement elle riait. « Ouuuhhh… dit-elle en essayant de reprendre son souffle. Tu vas me tuer, attention ! Mais c’est vrai que tu viens de la "Grande Littérature" toi ! Tu as jamais entendu parler des Bandes Dessinées ? De l’Amérique, tout ça ? »
Alice fit non de la tête avec un air désolé.
« Et ben tu vois, enchaîna La Sorcière, les bandes dessinées, autrement appelées "BD", ou "Comics" en Amérique, ce sont comme des livres mais avec des images, et les gens parlent dans des bulles, comme les poissons, sauf qu’on a pas besoin de leur changer l’eau, quoi... »

Et portant soudain un peu plus d’attention à son environnement, Alice constata avec stupéfaction qu’une série de petites bulles blanches avec des mots dedans venaient en effet de faire "Plop" au dessus de la tête de son interlocutrice… Ca lui avait semblé tellement naturel qu’elle n’y avait même pas porté attention jusqu’alors ! Les questions redoublèrent alors et se bousculèrent dans sa bouche !
« Mince alors ! Et c’est quoi alors l’Amerh Hick ? Et est-ce que tu peux faire des bulles avec ton nez ? Et c’est quoi ce bruit dehors ? Et ce truc là bas, c'est quoi ? acheva-t-elle dans un même souffle en tendant le doigt vers l’Objet qui avait attiré son attention un peu plus tôt…
— Ouh ! Que de questions ! Ben vois tu l’Amérique c’est là où on fait les Comics, on y dessine plein de gens comme moi, des Super Héros qu’on appelle ça, ils ont des habits très moulants de toutes les couleurs, ils font jamais caca ni pipi, ils se tachent jamais quand ils mangent un sandwich – mais bon, moi je l’ai pas ce super pouvoir là, dommage – et des fois même ils volent comme les oiseaux et ils viennent te gratter les pots de fleur jusque sur ton balcon et te foutre du terreau de partout – rhaaa, si je l’attrape ce Super Jardinier, je vais lui flanquer une de ces roustes ! »

Alice écarquillait les yeux comme un gosse à noël devant la dernière console "next generation" posée au pied du sapin !
« Et vous, vous venez d’où ? Et c’est quoi vos pouvoirs ?
— Arf… fallait bien qu’on en arrive aux questions qui fâchent… soupira La Sorcière, résignée cependant à répondre à son invitée. Et bien, reprit-elle en regardant Alice, je viens d'une ville qui s'appelle la Ville des Héros, autrement nommée Paragon City. Mais c'est loin tout ça, et je préfère pas en parler... Tu as juste à savoir que maintenant j'ai "déménagé" dans ce Comics et c'est tout. »
La Sorcière renifla et se gratta la tête avant de poursuivre :
« Quant à la question de mes pouvoirs... je te préviens, tu vas être déçue... outre mon pouvoir de lire les pensées des gens, qui est bien le seul truc vraiment cool qu’on m’ait légué à la naissance – bien que ça m'ait occasionné pas mal de soucis dans la vie, mais bon ça c'est pas tes oignons <raclement de gorge> – ben je peux... j’ai le pouvoir de... Hmm... Enfin bref : j’ai le TGV ! Je tricote à grande vitesse quoi… avec de la laine… mauve… exclusivement… voilà, voilà, voilà… »
Et devant le regard stupéfait d’Alice elle ajouta en se grattant la tête : « Je te l’accorde, c’est pas le pied pour bien démarrer dans la vie et surtout pour être prise au sérieux par ces tanches de Super Héros… Mais au moins je fais toute seule mes costumes, moi ! Et heureusement y’a que ma couillonne de grand-mère paternelle qui m’a légué sa génétique à deux ronds de flancs, car ça aurait pu être pire : mon père pouvait roter tout l’alphabet sans respirer… De toute façon, côté paternel, tous des gros nazes… »

Elle grimaça, sans doute encore en colère à cause de cet héritage génétique mutant particulièrement pourrave… Pendant ce temps, Alice enregistrait la conversation, toute heureuse d’apprendre plein de nouvelles expressions aux sons exotiques : surtout ce "gros nhaaz" qu’elle trouvait très joli… même si ça n’avait pas l’air très gentil dans la bouche de La Sorcière...
« MAIS, poursuivit La Sorcière dans un sursaut, HEUREUSEMENT pour ma gueule, grâce à ma défunte mère, qui était une des plus grandes Sorcières de son temps, et qui m’a légué tout son savoir magique, je me débrouille pas trop mal avec ÇA ! »
Et elle montra soudain du doigt l'Objet dans un geste théâtral qui fit sursauter la fillette.
« C’est quoi ?
— C’est LE truc que j’ai réussit à sauver quand on m’a giclée de Paragon City à grand coups de pieds dans le ouik ! ÇA, ma chère petite, c’est le Grimoire Ultime sans lequel mes pouvoirs ne signifieraient rien ! Ceci, mon enfant, c'est le... Mhi’Rhoar Magique ! »

Et au son de ces mots, on sentit comme une aura de solennité qui recouvrit soudain la pièce ! Ménageant visiblement ses effets, La Sorcière prit alors Alice par la main et la guida jusqu’à l’Objet… puis, au comble de l'excitation et guettant les réactions de l'enfant, La Sorcière appuya sur un bouton à la surface du cube posé sur le sol, et il y eut comme un grésillement magique dans l’air… et la vitre de la boîte située sur la table se mit soudain à luire doucement, puis à briller franchement et à laisser apparaître des motifs lumineux, tandis qu’une voix proprement magique retentissait dans l’espace en découpant chaque mot comme s'il s'agissait d'une ancienne formule rituelle venue de très très loin :

« Vous - avez - un - nouveau message »

« Rhaa, je suis sûre que c’est du Spam, rien à fiche… » grogna La Sorcière en tapotant des touches sur un support rectangulaire plat posé sur la table devant elle, et qu'elle appela le Khlavier. La fillette, médusée, restait derrière son épaule à suivre chacun de ses gestes, bouche ouverte et yeux exorbités.
« Ce truc ma petite, reprit La Sorcière d'un ton exalté tout en tapant d'étranges formules occultes, c’est LE chaudron du XXIème siècle ! Avec le Khlavier je peux incanter des formules complexes venues du fond des âges et regroupées dans le grimoire que m'a légué ma vieille mère ! Et ensuite je peux les voir prendre forme sur le Mhi'Rhoar Magique ! Et avec CECI qui est une Baguette Magique » dit-elle en saisissant un petit objet aux formes arrondies posé à côté du Khlavier, « je peux ordonner aux Grandes Forces du Livre Mauve d'écouter mes incantations et de les réaliser ! Et ceci – note bien, petite – D'UN SIMPLE MOUVEMENT DU DOIGT ET SANS AUCUN EFFORT !!! Tiens, regarde moi ça : Hop ! »

Et La Sorcière fit glisser la Baguette Magique sur la table et appuya sur le bouton de gauche... Dans le même temps, à la surface du Mhi'Rhoar, Alice vit se mouvoir une petite forme qui ressemblait en effet à s'y méprendre à une petite baguette magique blanche, avec une petite traînée d'étincelles derrière elle... On entendit ensuite distinctement un petit "Clic" et – miracle de la Magie ! – la formule, couplée à l'action de la baguette, réveilla le Mhi'Rhoar dont la surface se troubla soudain, laissant alors apparaître l'image mouvante et très colorée de ce qui ressemblait vaguement à une ville...

« ALICE ! » cria alors La Sorcière en se retournant vers l'enfant brusquement.
La petite sursauta, saisie de stupeur.
« Tu assistes là à une cérémonie magique secrète que normalement personne ne serait autorisé à voir, dit-elle avec dans le regard un reflet sévère. Tu te rends bien compte de ce privilège ? »
Alice hocha la tête sans rien dire de plus, obnubilée par les inscriptions cabalistiques qui venaient d’apparaître sur la surface du Mhi’Rhoar et par la vision de cette cité chatoyante qui se mouvait de l'autre côté…
« Tu me PROMETS de ne divulguer à personne ces secrets dont je t'ai parlé ? demanda La Sorcière.
— Oui... » parvint à articuler la petite d'une voix tremblante.

Et, paralysée par l'éclat de cette lueur violacée qui traversait les yeux de La Sorcière, Alice fut traversée par la certitude que la femme n'hésiterait pas à lui faire payer chèrement le moindre écart de conduite... Si bien que lorsque cette dernière sonda l'esprit de l'enfant, elle y trouva seulement la crainte qu'elle comptait y insuffler, ainsi que les réponses qui contribuèrent à la rasséréner. Avec un étrange rictus La Sorcière finit par se détendre enfin :
« Bien, bien, bien... » soupira-t-elle en relâchant la tension mentale qu'elle venait d'exercer sur l'enfant.

Sentant la peur l'abandonner lentement, et comme encouragée par le sourire satisfait qu'arborait à présent son hôte, Alice porta à nouveau son attention sur les images en mouvement dans la boîte.
« Je peux poser une question ? demanda-t-elle timidement.
— Mais bien entendu, vas-y ! » répondit La Sorcière flattée. Faut dire qu'elle avait pas tout les jours l'occasion de causer de son Art et de pouvoir se la pêter auprès d'une néophyte naïve.
« Qu'est-ce que c'est, tout ça, ce qu'on voit dans le reflet ?
— Ah ! Et bien vois-tu, ça, c'est mon chez moi ! Enfin... <grognement irrité> On dira plutôt que "c’était" mon chez moi... C'est Paragon City que tu vois ! Bon, okay, c'est aussi une sorte de Paragon qu'y a derrière ces carreaux <geste montrant les fenêtres aux rideaux mauves> mais c'en est une version un peu altérée et réduite quoi...
— Comment ça se fait ?
— Ben... <se gratte la tête pensivement> Tu vois, je vis dans un bouquin qui reproduit ce que tu vois dans le Mhi'Rhoar, mais seulement en partie... C'est pareil mais pas tout à fait, tu saisis ?
— Hmm... Mais pourquoi vous êtes là alors, si votre vrai chez vous c'est ici ? dit spontanément Alice en désignant du doigt la ville dans le reflet du Mhi'Rhoar.
— C'est pas des trucs de petite fille, ça... se renfrogna La Sorcière. Mais puisque tu demandes, y'a que j'ai sûrement fait quelques tricots pas satisfaisants. Sans doute que mes pouvoirs de TGV y z'en avaient rien à branler, ou qu'y pouvaient pas blairer le mauve ! Qu'est-ce que j'en sais moi ! On m'a pas trop demandé mon avis ni donné d'explications avant de me reléguer ici, tu sais ! Mais moi, ce que je pense MOI, c'est surtout que pour "l'image-des-Héros-toussa" on m'a écartée : voilà ce que je crois, moi ! Je leur ai fait peur... »

La Sorcière eut alors un petit rire sardonique (du genre qui se satisferait de n'importe quelle excuse débile tant qu'elle réchauffe l'ego). Elle avait le teint bien rouge, le sourcil tremblotant et l'oeil clignotant sous l'effet de tant de rage contenue... et visiblement ce débordement lui avait complètement échappé... Elle tenta de se reprendre une contenance en grognant d'une voix désabusée :
« A moins que ça soit juste une grosse bande de nazes incapables de reconnaître le TALENT quand bien même il serait en train de leur pisser sur les godasses... Après, s'ils m'ont éjectée de leurs vies comme on gratte un vieux bout de caca collé sur sa semelle, avec un petit bâton, c'est pas mon problème ! Les mesquins moi je leur mets profond, et avec du gravier en plus ! De toute façon y z'ont eu la bonté de me laisser emporter avec moi mes affaires... »

Elle montra d'un geste le Mhi'Rhoar Magique puis elle éclata d'un grand rire nerveux.
« M'ont même laissé emporter avec moi le Grand Manuel de Maintenance que m'avait légué ma môman... sans même vérifier ce qu'il contenait ! » Elle montra à Alice un grand livre à la reliure mauve qui reposait sur la table. « Ce qui va me permettre bientôt de tous leur montrer qui c'est la plus maligne, à ces gros nazes de Paragon City ! Figure toi que ces couillons m'ont sous estimée, et que malgré les avanies qu'ils ont fait subir à mon Mhi'Rhoar – reformatage, vidage de la mémoire cache, et je te passe le reste – j’ai réussit à le réparer, grâce au Manuel, et à trouver les bonnes formules et incantations afin d'invoquer les divinités de la Corbeille et de faire renaître les Fichiers Perdus contenant l'accès magique pour retourner de là où je viens ! Et dans quelques jours je vais enfin pourvoir REVENIR !!! »

Et elle éclata d’un grand rire inquiétant qui fila les jetons à la petite Alice… qui commençait à trouver la situation vraiment bizarre et à se poser beaucoup de nouvelles quest… Non ! Il ne fallait même pas qu’elle y pense, sinon La Sorcière aurait accès à son esprit ! Et faisant un effort suprême de concentration, Alice essaya d’afficher sur son visage un semblant de sérénité admirative et demanda naïvement : « Et c'est quoi ce bouton, là ?
— Touche ppp... » commença La Sorcière en se tenant la tête à deux mains.
Mais c'était trop tard... La curiosité étant finalement la plus forte, Alice avait appuyé sur un bouton rond et la lumière s'était éteinte dans un grésillement aussi paranormal que brutal.
« Bon sang de bois ! gueula La Sorcière. Rhaa ! Mais qu'est-ce que tu m'as fichu petite idiote ! Rhaaa ! Mais c'est pas permis d'être godiche comme ça ! »

Et se perdant dans des grognements la vieille femme repoussa Alice de côté, non sans une certaine fermeté.

« Rhaaa... C'est pas de ta faute si t'es débile aussi, quand on passe sa vie à cavaler après un lapin qui parle, normal d'avoir un QI de douze ! Ahlalalala... J'peux pas t'en vouloir... ça va que c'est rattrapable... Mais t'avise pu d'y toucher, pigé ? La magie c'est pas fait pour les pisseuses comme toi qui débarquent de leur conte de noël ! Mais bon, maintenant ben faudrait que tu te fiches dans un coin et que tu mouftes plus, je veux plus t'entendre, okay ? »

Alice acquiesça, contente tout de même de retrouver chez La Sorcière un comportement relativement normal et de ne plus voir ce reflet violacé et inquiétant dans son regard. Docilement, elle alla s'asseoir sur un coin du lit et observa le silence le plus complet, tandis que La Sorcière saisissait le Grand Manuel de Maintenance et l'ouvrait sur ses genoux en grommelant dans sa barbe : « Alors... page XXII... Formule d'apaisement après une interruption critique... Voyons voir... »


{Voici comment Alice rencontra l’Artefact le plus puissant de tout le Comics Lord Casskouye contre La Sorcière Violette, et comment sa vie bascula pour la seconde fois en l’espace de quelques heures…}


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MessagePosté: Mer Avr 26, 2006 10:23 am 
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Episode 3 : Le Bug

Cela faisait une bonne semaine à présent qu'Alice avait quitté son Livre et rejoint l'antre de La Sorcière, et depuis elle avait passé toutes ses journées en silence, assise sur le lit, à regarder patiemment la vieille femme travailler sur le Mhi'Rhoar pour préparer son "Grand Retour"... Alice aurait bien voulu repartir de là où elle venait et rentrer chez elle, elle aussi, mais lorsqu'elle avait tenté timidement de prendre congé, la femme s'était tapé sur le front avec violence en criant : « Bon sang de bois ! Merde ! J'aurais dû y penser à c't'affaire ! ». Ce qui ne présageait rien de bon... Et en l'occurrence Alice découvrit à son grand désespoir qu'il ne lui était plus possible de revenir sur ses pas... Ceci en vertu de principes de physique inter dimensionnelle hautement complexes, mais cela, l'enfant l'ignorait, bien entendu.

Petite parenthèse scientifique : les mots, qui jusque là avaient décrit Alice dans la dimension du Livre, s'étaient métamorphosés en images en passant dans la dimension du Comics. Or si l'on pouvait sans difficultés passer des mots aux images (en vertu du principe selon lequel les mots provoquent chez le Lecteur une image mentale correspondant au personnage, et sont donc plus susceptibles de subir cette translation sans dommages), il était par contre impossible de recomposer l'image ainsi obtenue en mots, et de la refaire passer de l'autre côté ! Du moins pas sans risquer de perdre au passage une quantité appréciable d'informations ! Si bien que de tous les qualificatifs d'Alice, seulement ceux ayant une incidence sur son aspect visuel pourraient repasser la frontière sans perdre de leur intégrité... mais la fillette risquait bien au passage d'y perdre pas mal de choses, comme sa personnalité propre, le son de sa voix, etc. : soit tout ce qui ne pouvait apparaître visuellement dans l'image qu'elle était devenue !

La Sorcière, quant à elle, n'avait malheureusement pas fait d'études en la matière et exposa le problème à Alice en ces termes :
« Moi j'ai pu te chopper et te tirer de mon côté, mais c'pas possible de faire l'inverse, parce que vois tu, de l'autre côté y'a que des mots sur une page... Et les mots, ben, y z'ont pas de bras pour t’attraper... »

Ce qui relève d'une certaine forme de logique tordue, j'en conçois... mais bon, de toute façon le résultat est le même : Alice était bel et bien coincée...

« Bha ! C'pas grave, quand je serai partie pour Paragon tu pourras habiter ici si tu veux, proposa La Sorcière en soupirant. Je te laisse les clés, tu peux piocher dans le frigo et même dans mes fringues si tu veux. »

Cela semblait partir d'une bonne intention, mais ça ne suffit pas à rassurer l'enfant...

« Je pourrais pas plutôt vous suivre ? demanda-t-elle alors en faisant une moue de tristesse.
— Ahlala... Mais pourquoi je m'encombrerais d'un pisseuse comme toi de l'autre côté ? s'exclama La Sorcière. Et puis il me faut bien quelqu'un ici pour ouvrir à Lord Casskouye, récupérer mon courrier, arroser les plantes pendant mon absence, tout ça quoi ! ajouta-t-elle en montrant du doigt les maigres plantations plus ou moins licites qui tentaient de survivre sur le rebord du balcon...
— Mais... Si vous ne comptez pas revenir, qu'est-ce que vous en avez à faire de tout ce que vous laissez ici ? s'indigna (timidement cependant) Alice.
— Ben c'est pas ça le problème ! T'es vraiment débile ou bien ?! s'agaça franchement La Sorcière. Le soucis c'est qu'il faut que quelqu'un reste pour Eux, les Lecteurs quoi ! Par correction, quoi ! Et pis t'imagines quand même pas que je vais m'en aller d'ici comme ça, "Pouf", et prendre le risque qu'On aille signaler en hauts lieux que je me suis évad... que je suis partie quoi ! »

La Sorcière arrangea compulsivement les plis de sa tunique mauve : elle avait fourché, là... Elle espérait que la gamine était aussi stupide qu'elle en avait l'air... sinon, elle risquait d'avoir quelques soucis pour partir ! Elle sonda alors rapidement l'esprit de la petite mais heureusement pour elle, elle n'y décela rien qui puisse lui poser problème. Et elle en profita pour asséner d'une voix autoritaire : « La question se pose même pas : tu es là, tu y restes, de toute façon j'ai pas la place pour deux ! Point barre. »

Et le débat s'acheva sur ces mots. De fait, Alice resta ensuite sagement dans son coin et laissa La Sorcière travailler sans plus jamais l'ennuyer. Elle semblait, contre toute attente, résignée à son sort. « Et c'est tant mieux ! » pensa La Sorcière en esquissant un petit sourire et en reprenant le travail.

[center]# # #[/center]

<Drriiiiiiiinnng ! Drriiiiiiiinnng>

Lord Casskouye (ensommeillé) : Hmm... 'llo ? C'qui ?
La Sorcière (affolée) : Heu, Lord ? C'est moi, j'te réveille ?
Lord (franchement énervé) : Ah, ben ! C'est des manières de téléphoner à c't'heure ?! Non mais t'es secouée du bulbe ou bien ? T'as la teinture mauve qui te monte au cerveau ?!
La Sorcière (franchement affolée) : Lord, écoutes, y s'passe des choses bizarres...
Lord (après une pause) : Heu, t'es sûre que ça va ? T'as l'air toute bizarre...
La Sorcière (paniquée) : Y s'passe des trucs j'te dis ! Faut qu'tu viennes voir ça ! J'y comprends plus rien...
Lord (conciliant) : Bon, tu as fait un cauchemar ? Prend un calmant, ça va passer.
La Sorcière (implorante) : Viens, voir, bon sang !
Lord (grognant) : Hmm... Bon, c'est bien parce que je suis réveillé... J'arrive.
La Sorcière (rassurée) : J'te revaudrai ça.
Lord (juste avant de raccrocher) : Ouais... j'espère bien ! A tout de suite.
La Sorcière (dans le vide) : Okay, à tout de...

<Pwoaf> (De savantes études on prouvé que "pwoaf" était le bruit le plus proche du corps se téléportant d'un endroit à l'autre)

La Sorcière fit un bond dans son fauteuil au moment où Lord Casskouye apparut devant elle tandis qu'elle tenait encore le téléphone...
« Bon alors, qu'esssya ? » dit ce dernier en guise de salutations.
Il avait un masque de Super Héros bleu et blanc enfilé de travers et une de ses chausses avait glissée de son pied pendant la téléportation et ne s'était qu'à moitié reconstituée, si bien qu'il était là avec un pied à moitié nu... Se sentir aussi ridicule ne fit rien pour améliorer son humeur ! Mais un regard à La Sorcière suffit à lui faire comprendre que c'était grave : elle avait le teint livide et son oeil droit n'arrêtait pas de battre nerveusement...

Reprenant son souffle, la vieille femme désigna du doigt le Mhi'Rhoar, sur lequel clignotait un message signalant « Erreur : Intrusion »... Et derrière la fenêtre d'erreur, on pouvait voir se déployer, non pas la ville de Paragon City, mais un grand bâtiment sombre et en pleine effervescence, ses couloirs pleins de fumée et de bruit baignaient dans une lueur rougeâtre et dure... Lord Casskouye et La Sorcière eurent un même frisson en reconnaissant les murs d'une des principales prisons des Îles Insoumises... et en se penchant bien, ils aperçurent une étrange petite fille en jupe bleue et blazer blanc d'écolière qui regardait autour d'elle avec un air tout étonné...


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MessagePosté: Ven Avr 28, 2006 1:12 pm 
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Episode 4 : De l'autre côté du Mhi'Rhoar

Noir, froid, dureté du sol, puanteur, bruit insoutenable des alarmes, agitation, terreur.

Il n'y avait pas d'autres mots pour qualifier ce que la fillette ressentait... Elle se tenait recroquevillée sous un escalier, cachée par un vieux carton qu'elle avait replié autour d'elle pour que personne ne la vit. Elle s'était cachée là après qu'un type inquiétant vêtu d'un uniforme orange ait tenté de l'attraper... elle s'était alors mise à cavaler au hasard, seule et terrorisée dans les couloirs d'un bâtiment qu'elle ne connaissait pas, situé dans une ville qu'elle ne connaissait pas... Elle avait finalement trouvé ce recoin où se planquer et elle était parvenue à se calmer quelque peu, comprenant à sa plus grande stupeur qu'elle se trouvait dans une sorte de prison... et visiblement cette sonnerie obsédante était une alarme et ces gens courant de tous côtés, se battant pour leur survie ou pour le plaisir de frapper et de se défouler, étaient les gardiens et les prisonniers... et il se passait quelque chose de grave... sans doute une mutinerie...

Le mieux était certainement de rester cachée jusqu'à ce que ça passe, ou qu'elle parvienne à comprendre ce qu'elle faisait là ! Et tentant de soutenir l'horreur de sa situation présente, l'enfant essaya alors de se concentrer sur ses souvenirs, de se rappeler comment et pourquoi elle était arrivée en ce lieu...

Dans sa mémoire il y avait... une pièce entièrement mauve et une femme se prétendant sorcière... Profitant du lourd sommeil de cette dernière, la petite se souvenait d'avoir approché l'écran blafard d'un... ordinateur... L'enfant se figea brusquement, stupéfaite de ce mot qui venait de lui apparaître alors qu'elle ne l'avait jamais entendu de sa vie ! Mais pourtant, oui, c'était bien cela ! Il y avait eu l'écran de cet ordinateur, que La Sorcière avait appelé son "Mhi'Rhoar Magique"... A ce souvenir l'enfant eut un petit rire, le premier depuis le début de cette aventure. Et soudain tout lui revint clairement ! Le Livre, le Comics, et ces jours à épier derrière le dos de La Sorcière qui, ayant sorti Alice de son ennui ordinaire, projetait de se faire remplacer par la fillette dans le sien propre, tandis qu'elle-même s'échapperait par un passage magique vers la ville de Paragon City...

Soudain un drone de surveillance à moitié déglingué passa en clignotant tout près d'elle, interrompant le fil de ses réflexions. Elle le suivit du regard, à travers un trou du carton, jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin du couloir. Les hurlements de l'alarme l'assourdissaient, brouillaient sa concentration, les coups de feu au loin et les remugles de combats l'emplissaient d'une angoisse sourde, et pourtant elle eut juste assez de présence d'esprit pour s'étonner de son impression de ne pas être dans un environnement totalement nouveau et inconnu... Sans doute que le choc et le passage de l'autre côté avaient changé des choses en elle... De fait elle eut la sensation que son cerveau détenait à présent des connaissances qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir acquises ! Voilà sans doute pourquoi l'étrangeté de cet endroit ne la déconcertait pas tant que cela : les prisonniers, les drones de surveillance, les gardiens, les ampoules électriques partout, les signaux lumineux sur les murs et la sirène hurlante ; rien de cela ne lui était foncièrement inconnu. Et cette prise de conscience la rassura étrangement et contribua à la calmer. C'était comme si le Mhi'Rhoar lui avait fait don au passage des concepts et notions qui régissaient le nouveau monde auquel elle devrait appartenir désormais, et qui lui seraient nécessaires pour y survivre ! Elle n'était donc pas désarmée face à l'inconnu !

Revenant avec plus de sérénité à sa tentative pour se rappeler les évènements de ces dernières heures, l'enfant se remémora l'effort surhumain qu'elle avait déployé afin de cacher ses pensées et ses plans les plus secrets à La Sorcière, qui avait la capacité de lire les esprits. Pourtant, pendant plusieurs nuits, à l'insu de son hôte, elle avait profité du sommeil de la vieille femme pour parcourir le Grand Manuel de Maintenance et pour apprendre les rudiments de sa magie : elle y avait tout apprit sur Paragon et, le moment venu, elle avait finalement osé invoquer le pouvoir du Mhi'Rhoar pour elle-même, craignant à tout moment que La Sorcière ne s'éveille... Mais c'était là le seul moyen de s'échapper du Comics, puisqu'il n'était plus question pour elle de retourner dans son Livre... Et surtout c'était le seul moyen qu'elle connaissait pour s'échapper de cette minuscule pièce mauve dans laquelle elle commençait à étouffer ! Car à la différence des Super Héros qui peuplaient le Comics, Alice n'avait ni la capacité de voler ni celle de se téléporter d'une page à une autre pour se promener : cela elle en était incapable sans Lecteur... or aux dires de La Sorcière cela faisait bien des années qu'il n'y avait pas eu de Lecteur...

Donc elle avait franchi le pas, allumé l'ordinateur, donné un coup de "baguette magique" sur la petite image de Paragon et avait suivi toutes les instructions du Générateur de Personnages, s'appuyant pour ce faire sur les informations contenues dans le grimoire mauve de La Sorcière, agrémentées des annotations décousues de cette dernière. Et Alice lui avait volé son Grand Retour, non sans une certaine excitation !

Mais alors qu'elle aurait dû arriver au cœur d'une ville fleurie et vivante en plein jour elle se retrouvait à présent seule, vêtue d'un blazer blanc sur une tenue d'écolière bleue et blanche, ses cheveux blonds flottant sur ses épaules, les pieds chaussés de tennis bleues, ses chaussettes blanches remontant jusque sur ses genoux calleux, assise sous un carton dans le couloir d'une prison qui n'était pas du tout accueillante, dans une ville qui – elle était prête à le parier – n'était même pas Paragon !!!

Alors où était-elle donc tombée ?


[center]# # #[/center]

Sur le cul ! Elle était sur le cul !

Y'avait pas à dire ! Cette ville était vraiment super mégatop délire, se disait l'enfant en arpentant les rues autour d'Atlas Park (elle avait lu ce nom sur une grande plaque brillante). Il y avait des immeubles gigantesques, des arbres, de l'espace, du bruit, de l'animation : de la vie quoi ! Ah, pour sûr ! Ça la changeait de son Livre pour enfants ! Et pour autant elle n'était pas trop dépaysée car si ça ne grouillait pas de lapins cavalant après le temps perdu, la densité de gens pressés au mètre carré était tout de même assez impressionnante ! Elle se fit bousculer plusieurs fois par des messieurs à cravate ou des jeunes femmes à l'air décidé cavalant après je ne sais quelle réussite illusoire... « Gros Nhaaz ! » leur dit-elle avec un air méprisant, en rajustant son blazer de cuir bleu foncé.

Elle passa vigoureusement dans ses cheveux noirs une main que recouvrait une mitaine bleue avec des attaches en métal. Les boucles de son blouson cliquetèrent en chœur tandis qu'un sourire étirait sa jeune bouche peinte en noir, assortie à ses yeux charbonneux... De la petite écolière bien sage, elle n'avait plus à vrai dire que la chemise (noire tout de même) et une cravate du même bleu que celui du blouson. Mais sa jupe était résolument plus courte que ne le stipulaient les règlements intérieurs de toutes les écoles primaires existantes, ses collants bleus opaques ne devaient également figurer sur aucune liste d'achats de début d'année, et ses énormes bottes noires à grosses boucles de fer n'auraient certes pas dépareillé sur l'étal d'un surplus de l'armée !

Elle se sentait ivre de bonheur : enfin elle était délivrée ! Délivrée du poids des convenances littéraires et de ce qui avait été décidé pour elle sans qu'on lui ait demandé son avis, délivrée du carcan de l'imaginaire arbitraire de cet Auteur qui l'avait façonnée sans prendre en compte l'éventualité qu'elle puisse désirer autre chose ! Certes, au départ il n'était pas prévu qu'elle développe une conscience propre... mais à partir du moment où elle avait pu envisager sa solitude, l'étroitesse de son monde, le caractère éminemment prévisible de son histoire et sa nature invariablement cyclique, elle avait été plus malheureuse chaque jour. Son cœur s'était lentement chargé de rancœur et de rage contenue, son âme avait succombé aux assauts de la mélancolie, son esprit avait fomenté des projets de rébellion... Mais à présent que tout ça était bel et bien fini, elle expérimentait une enivrante sensation de pouvoir absolu ! L'arbre des possibles se déployait devant elle et elle n'avait qu'à se saisir de sa destinée comme elle l’aurait fait d’un fruit pendouillant au bout d’une branche ! Elle tendit les mains devant elle et sentit cette énergie vitale couler en elle comme la sève nourrissant la jeune pousse fraîchement sortie de terre ! Elle...

« Whoaaa, trop cool ton zonblou ! File-le moi gamine ! » l'interrompit une voix rocailleuse aux accents vulgaires.

Se retournant elle toisa du regard l'homme qui lui avait causé sur ce ton. Il était trois fois plus grand qu'elle et portait dans la main une barre de métal rouillée. Derrière lui, trois copains ricanaient en chœur, mais ils cessèrent quand ils surprirent l'étrange regard de la fillette, dans lequel aucune peur ne transparaissait... au contraire, elle avait un sourire tout à fait hors de propos pour une gamine qui allait très certainement se faire dépouiller de ses biens, sans aucun doute se faire violer et – accessoirement – se faire assassiner dans une ruelle sordide... Elle n'avait tout simplement pas peur : elle était envahie par un feu qui couvait depuis plusieurs dizaines d'années en elle, se nourrissant au foyer de ses frustrations passées, et qui, soudain avivé par cette liberté inespérée, brûlait de jaillir par tous les pores de sa peau pour clamer haut et fort sa soif de liberté ; et voilà que ces quatre petits couillons prétendaient l'empêcher d'en jouir pleinement en toute quiétude ?!

Elle avança d'un pas vers eux en durcissant son regard, et une étrange aura sombre commença de tournoyer autour d'elle comme des fumerolles échappées de l'enfer...

« Ben c't'une petite frappe ça m'dame ! Je sais comment les calmer moi, les pétasses dans ton genre ma poulette ! » tenta le type à la barre de fer pour reprendre le contrôle d'une situation qui visiblement lui échappait totalement. Mais elle continua d'avancer vers lui et, instinctivement, ses mains se crispèrent sur son arme, tandis qu'il cherchait du coin de l'œil le soutien de ses potes... lesquels, encore sous le coup de l'étonnement, restèrent comme pétrifiés l’espace d’une microseconde… Ce fut juste assez long pour que l'enfant puisse ajuster un coup de poing magistral et envoyer au tapis le premier agresseur. Après quoi, l'esprit grégaire reprit ses droits : elle avait touché au chef de meute ! Ils lui sautèrent dessus, plus par réflexe qu’autre chose, sans même avoir le temps de retenir leur geste, intimement persuadés cependant de faire une énooooorme connerie en bandant leurs muscles pour frapper...

Quelques heures plus tard, quand ils se réveillèrent tous à l'hôpital de la prison la plus proche, ils décrivirent leur agresseur comme une fille de 2 mètres de haut avec des poings comme des masses et desquels s'échappaient des fumées prenant la forme de cadavres...


[center]# # #[/center]

Elle avait failli vomir en heurtant du pied le cadavre.

Le calme étant revenu dans son secteur, mis à part les stridulations incessantes de l'alarme, elle avait finalement trouvé le courage de sortir de sa cachette et de chercher une issue... quand elle avait trébuché sur ce corps tombé en travers de sa route... Et elle restait plantée là depuis plusieurs minutes, figée de terreur, obnubilée par la contemplation macabre du cadavre déchiqueté, si bien que la voix d'homme qui retentit soudain derrière elle la prit totalement au dépourvu.

Les yeux à moitié fermés, les poings serrés et les bras repliés contre elle pour se protéger, elle fit volte-face et poussa un hurlement de terreur dont elle ne se serait franchement pas crue capable !

Elle entendit à peine l'homme émettre un gargouillis dégoûtant avant de chuter au sol... Lorsqu'elle cessa de hurler et rouvrit les yeux elle découvrit devant elle un second cadavre, les yeux exorbités, les mains encore repliées convulsivement sur ses oreilles comme pour se protéger des hurlements de l'enfant... et les vêtements maculés de sang et de chair mais... de l'intérieur... On aurait vraiment dit que l'homme avait... implosé...


[center]# # #[/center]

« Trop couuuule ! » dit-elle en achevant son dernier agresseur d'un coup de botte là où ça fait bien mal.

Elle aimait bien ce mot que le type avait dit, quant à savoir ce que ça signifiait, ce n'était pas vraiment sa préoccupation du moment. Elle était grisée de cette expérience inédite : à elle seule et à mains nues, elle avait mis à terre quatre gaillards des plus inquiétants ! Elle regardait encore ses mains avec un air abasourdi quand une voix de femme s'éleva près d'elle : « Et bien, pour une arrivée en fanfare, tu te poses là petite ! Bien joué ! Comment tu t'appelles ? »

Et là, à son grand étonnement, lorsque l'enfant prononça « Alice », elle entendit très distinctement sortir de ses lèvres un nom certes étrange, mais qui – surtout – n'était pas le sien : « Ssyyllaa… »


{C'est ainsi que le Mhi'Rhoar fut irrémédiablement brisé et qu’Alice – telle les deux faces d'une même médaille – devint Alyss et Ssyla...}



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Dernière édition par Catioucha le Ven Mai 12, 2006 10:35 am, édité 1 fois.

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MessagePosté: Ven Mai 12, 2006 9:54 am 
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Episode 5 : Si lasse in Paragon


Cher foutu journal...

Une vieille dame de l'assistance publique m'a donné ce cahier pour que je m'occupe... J'aurais préféré personnellement qu'elle me file des thunes et me laisse sortir, mais cette grosse nhaaz m'a répondu que la place des petites filles n'était pas dans la rue à se battre contre les méchants. Suite à quoi je lui ai répondu que sa place à elle était dans une vitrine d'antiquaire entre un vieux bénitier du XIème siècle et une chaise prie-dieu en rotin. Elle est devenue toute rouge et a menacé de me donner une fessée. J'ai rigolé doucement en lui disant d'essayer, juste, pour voir. Alors elle a demandé où j'avais apprit des manières pareilles, et là, ben je lui ai dit « Dans ton cul vieille vache ! » Après quoi elle s'est enfuie dans son bureau pour pleurer.

Et de trois.

Trois en six jours c'est pas mal je trouve, non ? Normalement dans un mois j'aurai réussi à faire chialer tout le monde dans cette taule et je pense qu'ils me foutront dehors avant que j'aie le temps de dire ouf ! Mais en attendant je te raconte pas le nombre de leçons de morale que je suis obligée de me farcir ! Et « mets pas tes doigts dans ton nez », et « fais pas ci », et « fais pas ça », et « une vraie jeune fille elle se tient droite et elle mange pas avec les doigts », et « veux tu ôter ton poing de la bouche de ta petite camarade, elle t'a rien fait »... Rhoolala ! Si on peut même plus chahuter gentiment avec ses nouvelles copines, alors, mais qu'est-ce qu'on a le droit de faire, bon sang ?! Mais z'avaient qu'à me laisser peinarde dehors quoi ! Et je les emmerderais moins, c'tout ! J'étais vachement bien moi, dehors ! Bon, j'ai quand même eu un peu froid la première nuit sous un porche, dans un tas de cartons, mais heureusement que des gros nhuuls à tête de mort sont venus me déranger : la baston ça réchauffe !

Par contre j'aurais pas pensé qu'il fallait se méfier de tout ces Super Héros qui traînent partout ! Je croyais que c'était eux les gentils : tu parles ! C'est tous des gros nhaazs de chez nhaaz ! C’t’à cause d'une de ces grosses tanches qui agit soi-disant pour ton bien, mais de préférence sans te demander ton avis, que je me retrouve coincée dans c'te merdasse !

Au début je me suis pas méfiée quand cette blondasse en collants turquoises avec un masque sur le visage s'est approchée et m'a regardée me battre sans rien faire : en fait je lui aurai bien cassé sa gueule à elle aussi pasqu'elle m'aidait pas beaucoup ! L'aurait quand même pu me porter un minimum assistance quoi ! Nan, même pas. Elle restait connement là, à agiter les bras en l'air et à me faire des tas d'effets de son et lumière autour de moi qui servaient à que dalle au lieu de bastonner les méchants ou de me soigner ! Comme si j'avais besoin d'un fan club, bordel ! Et pis quand j'ai eu fini ben elle s'est précipitée sur moi avec un air tout bizarre, genre comme si elle m’avait sauvé la vie, et m'a demandé si j'allais bien et tout, si j'avais pas bobo, elle m'a auscultée fissa, et après comme j’avais rien, par déception sans doute, elle m'a offert un chocolat chaud pour me « remettre de mes émotions »… J't'en ficherai moi, des émotions, Miss Monde de mes Fesses !

Bref ! L'avait pas l'air dangereuse alors j'ai suivit... de toute façon j’avais trop la dalle ! Mais bon, à la fois je sais pas maintenant si ça en valait la peine… j'aurais mieux fait de me casser une jambe, je crois, elle m’aurait conduite à l’hosto, j’aurais été nourrie, blanchie et tout, et pis c’est marre ! Mais là, pas moyen de boire mon chocolat peinarde – la saleté a même pas voulu que je prenne un café, soi-disant je suis trop petite, j’t’en ficherai – car la voilà qui me baratine sévère, et patati patata, une petite fille de ton âge elle devrait plutôt être à l'école, et depuis combien de temps tu as des Super Pouvoirs, et où il est ton papa, et où elle est ta maman, et où tu dors en ce moment, et où est le reste de ta famille, et où, et où... « Dans ton cul » que je pensais, moi… mais bon, je me suis retenue d’être désagréable : elle avait pas encore payé les consos.

C’est pas l’envie de l’envoyer bouler qui me manquait ! Mais du coup, ben, pour gratter un peu de brioche en plus et l’apitoyer, histoire qu’elle me file des thunes avant de partir toussa, vas-y que je l’embobine avec une histoire de parents qui sont morts dans la maladie et la misère, de petits frères qui sont entrés dans un gang, de petite sœur qui est morte bébé en mangeant du caca de pigeon radioactif, de grande sœur qui a flippé sa race et m’a lourdée dehors quand j’ai découvert que j’avais des pouvoirs, gnagnagna… Mais quelle gourdasse je fais bon sang ! V'la t'y pas qu'au bout d’un moment elle me sort une carte de visite (je sais franchement pas où elle a trouvé la place de coudre des poches dans son foutu costume moulant...) et je lis dessus :


[center]
Citation:
Super Assistante Sociale
Directrice de l’APEDSPEMUH

(Association de Protection des Enfants Développant des
Supers Pouvoirs En Milieu Urbain Hostile)
38 rue du Sauveur Masqué, Paragon City
[/center]

Et elle commence à me raconter qu’elle comprend ma situation, que je peux trouver du soutien dans son association… Soutien mon cul oui ! Des emmerdes plutôt ! Et j’ai à peine eu le temps de dire oui ou merde – j’exagère, j’ai pu quand même dire « Va t’faire fff… » – que j’étais téléportée dans son Centre de débiles profonds ! Depuis, ben… ça fait une semaine que je me fade les séances de soutien psychologique et que j’essaye de leur faire piger que j’ai raconté des conneries… veulent rien entendre, les cons ! Je commence à me dire que cette vieille fourbasse de Sorcière Violette avait raison de les trouver aussi nhaazs !

Paragon c’est la grosse merde et je me fais chier grave. Voilà.

Putain, quand même… je raconte ma life à un pov’ cahier en plus… Pfff… A tous les coups cette conne de « Super Pédopsychiatre » va vouloir y jeter un œil… Vaudrait mieux que j’le brûle en fait…Tiens ! Ca me donne une idée…


[center]# # #[/center]

« Manman, tu m’passes des frites encore ?
— Hmm… »
Passage machinal de plat pour la troisième fois.
Gros doigts boudinés de l’enfant plongeant dans les frites grasses.
Regard de la mère bloqué sur la télévision.
Journal du soir. Rien ne va plus.
Attaque de Skulls en pleine rue.
Cambriolage.
Arrestation – puis évasion dans la foulée – d’un Super Vilain quelconque.
Feu dans un orphelinat de Kings Row…

Regard de la mère qui s’allume un peu et tremble.
Grognement du père qui s’immobilise soudain.
« M’man ! Je peux re avoir encore des burgers ?
— Tcchhhuut !!! »
Geste impatient de la main, sans regard, les yeux rivés avec inquiétude sur l’écran.
« M’man, pourquoi j’peux pas re-avoir du burger ?
— Ta gueule petit con ! J’écoute les infos ! On parle du quartier ! dit le père sans un regard, un tremblement de colère dans la voix.
— M’maaaan ! JE RE VEUX DES FRI… »
« BLAAAFFF ! »
« Ouiiiiiiiiin ! braille le mioche, la joue en feu.
— Ton père regarde les infos on te dit… dit la mère d’une voix tremblante.
— Ouiiiiiiiiiin ! re-braille le mioche.
— Tu veux la p’tite soeur ? menace le père en regardant pour la première fois de la soirée le gamin d’un air mauvais.
— …
— …et il semblerait aux dernière nouvelles qu’il n’y ait pas de blessés mais plusieurs enfants en ont profité pour s’enfuir ! » achève le reporter, avec un air vaguement déçu sur le visage.
Le père se tourne vers la mère : « C’est t’y pas l’orphelinat pour les… enfin, c’est là que ça a flambé ? »
Acquiescement muet de la mère.
Tremblement de la main.
Crispation de la lèvre supérieure lorsqu’elle demande dans un souffle rauque :
« Tu crois que Walter y est pour quelque ch… »
« RE-BLAAAAFFF ! »
« On ne parle pas de Lui à table ! On ne parle PLUS de lui ! Jamais ! »
Pleurs retenus de la mère qui se tient la joue.
Silence obstiné de l’enfant qui s’en fout totalement et boude en jouant à tacher la nappe avec le gras des frites ayant coulé dans son assiette, en représailles.
Silence pesant du père reprenant le cours de son repas sans rien dire.
Changement de chaîne…


[right]Pour les commentaires, suivez le guide...[/right]


Dernière édition par Catioucha le Ven Mai 12, 2006 1:53 pm, édité 1 fois.

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MessagePosté: Ven Mai 12, 2006 1:01 pm 
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Episode 6 : Baptême du Feu


« Reste tranquille bon sang ! Tu vas nous faire repérer ! » gronda la voix rocailleuse de la femme qui plaquait fermement Alyss contre elle. Elle la tenait sans presque fournir d’efforts, d’une seule main passée en bâillon sur sa bouche – elle avait bien vu de quoi la petite était capable si elle la laissait crier – et ça ne devait pourtant pas être facile car la fillette gigotait dans tout les sens. De l’autre main, la femme claqua des doigts pour faire jaillir une courte flammèche au bout de son pouce, à laquelle elle alluma nonchalamment la cigarette qu’elle avait volée sur le cadavre d’un gardien. Puis tirant une bouffée, elle attendit que la gosse se fatigue d’elle-même et cesse de s’agiter.

« Tu me rend pas les choses faciles petite, tu sais ? Pourquoi tu me crois pas quand je dis que je peux t’aider ? » dit-elle alors dans un soupir qui sentait légèrement les braises éteintes de la veille.

Alyss commençait à manquer d’air car la femme appuyait fortement sur son nez et sa bouche. S’en rendait-elle compte ? Peut-être pas… Et si elle disait vrai ? Voulait-elle vraiment l’aider ? Ou plutôt la tuer ? Mais si c’était le cas, ne l’aurait-elle pas déjà écrabouillée comme un insecte ? Alyss avait vu de quoi elle était capable : les corps calcinés des gardiens, trônant encore au milieu du hall où elles s’étaient rencontrées, pouvaient en attester ! Et quand bien même elle voudrait la tuer : qu’y gagnerait-elle ? Cela Alyss n’en avait aucune idée… elle n’avait plus aucunes certitudes sur rien, et elle ne voulait pour l’instant que de l’air... Elle commença à dodeliner légèrement.

« Oups ! Pardon gamine ! » dit la femme en relâchant la pression qu’elle exerçait sur le visage de l’enfant. « J’ai tendance à sous-estimer ma force ! Faudrait pas que tu t’éteignes bêtement, pauvre Petite Flamme ! » lâcha-t-elle, tandis qu’Alyss prenait enfin une grande inspiration et retrouvait des couleurs. La femme eut alors un petit rire se voulant certainement amical mais qui grinçait plutôt comme une vieille porte rouillée. Puis elle caressa doucement du dos de sa main libre les cheveux blonds de la petite. Le geste se voulait sûrement apaisant, mais le bout rougeoyant de la cigarette passa très près du visage d’Alyss, qui n’osa plus bouger un cil. Profitant du calme soudain de la fillette, la femme la lâcha enfin et s’accroupit devant elle en la regardant dans les yeux.

Elle avait un regard étrange, comme des flammes bleues se reflétant dans une flaque d’eau croupie… Ce regard là n’avait rien de spécialement beau ou attirant, et pourtant Alyss ne pouvait s’empêcher de le trouver captivant, au sens premier du terme : elle en était captive, forcée de l’affronter et dans l’impossibilité de savoir si elle allait au final s’y noyer ou s’y brûler… C’était déroutant. Presque douloureux comme sensation. Mais cela cessa enfin quand la femme tourna les yeux pour surveiller l’entrée du grand hall. Elle livra alors au regard d’Alyss son profil marqué d’un réseau complexe de veinules bleuissantes et de capillaires perçant sombrement sous une peau extrêmement pâle, tirant sur le jaunâtre. L’aspect fragile et parcheminé de cette peau était accentué par des cheveux orange vif que la femme avait taillés en une brosse drue. Pour ajouter au tableau, elle revêtait la combinaison orange des détenus et paraissait flotter légèrement dedans. Alyss eut le plus grand mal à cesser de dévisager la femme tandis qu’elle lui parlait de sa voix rocailleuse.

« Moi c'est Sadia gamine. Nous sommes dans le même pétrin, toi et moi. Tu es visiblement pas un gardien, ou alors c’est qu’ils recrutent de plus en plus jeune <petit rire machinal> et tu es plus probablement du côté des méchants, bien que ça paraisse tout aussi improbable à mes yeux… Du moins ici tu es une détenue, tout comme moi ! Je sais pas c’que t’as fait pour te retrouver ici, je veux pas le savoir ! Mais si d’autres plus méchants que moi te trouvent, ils seront pas forcément aussi coopératifs ! Et si les gentils te trouvent, ils tireront à vue : tu as butté un gardien gamine ! Ça, ne l’oublie pas ! Tu n’es plus dans le camp de personne ! Tu n’as plus que ta propre peau à sauver ! »

Alyss trembla de tous ses membres.

Jusque là elle était presque parvenue à chasser de son esprit l’image du prisonnier qu’elle avait fait imploser, à se convaincre en tout cas qu’elle n’y était pour rien, que c’était un accident… mais les paroles de la femme ravivèrent en elle l’image – plus récente et moins brumeuse – des trois gardiens tentant de l’attraper dans le hall et tombant soudain à genoux sous l’effet de ses hurlements… Cette vision s’imposa soudain douloureusement à elle…

Il y avait eu cette course dans les couloirs, avec toujours en fond sonore l’alarme de la prison s’acharnant à hurler que tout allait mal dans le pire des mondes… Alyss avait l’impression d’avoir couru des heures durant dans ce cauchemar, se cachant machinalement à chaque croisement de couloir, espérant ne tomber sur personne d’autre et tentant de chasser les larmes qui coulaient sur son visage de façon ininterrompue depuis des heures. Elle avait cavalé comme une dératée jusqu’à parvenir dans ce hall où trois gardes se défoulaient encore sur un prisonnier, sans doute mort à cet instant. Elle était arrivée au milieu d’eux et, en surprenant cette rage dans leurs yeux, qui n’avait rien d’encourageant, elle s’était mise à crier soudain du plus fort que ses poumons lui permettaient… avec les conséquences qu’on connaît…

La femme aux cheveux roux était arrivée au moment fatidique où, ayant tué un des gardiens et se rendant compte de ce qu’elle était en train de faire subir aux deux autres, Alyss avait cessé de crier et s’était recroquevillée au sol, tremblante de terreur, les mains sur la bouche pour s’interdire toute réaction. Si la prisonnière n’était pas intervenue alors, les deux gardiens reprenant conscience auraient fondu comme des bêtes sauvages sur l’enfant pour l’étriper en représailles, sans faire aucun cas de son âge ou de son air terrifié.

A vrai dire, à ce moment précis, ils ne se posaient même plus la question de savoir pourquoi elle s’était arrêtée de hurler, ni si ses hurlements étaient ceux d’une enfant terrorisée ou bel et bien des attaques délibérées contre eux : la situation au sein de la prison en rébellion était déjà suffisamment complexe et tendue pour qu’ils s’arrêtent à étudier ce cas de figure plus calmement ! Elle avait tué l’un des leurs. Et un être capable de leur faire subir de telles souffrances représentait un danger pour l’humanité. C’était là les deux seules réalités qui s’imposaient à eux. Car l’enfant et son pouvoir leur avaient fait terriblement peur, et dans ce monde où les mutants et autres créatures étranges régnaient de plus en plus en maîtres sur les simples humains, l’idée de ne même plus pouvoir se fier à l’allure innocente d’une fillette était comme l’incarnation de leur pire cauchemar ! Si bien que pour eux, difficile de comprendre qu’en se taisant elle tentait de les épargner : il percevaient plutôt ce silence soudain comme l’erreur tactique qui allait leur permettre d’enfin prendre l’avantage sur ce terrible opposant qu’elle représentait.

Ils avançaient vers leur proie, la rage se lisant sur leurs visages, un peu de sang dégoulinant encore de leur nez ou de leurs oreilles. Ils avançaient, certains de l’issue du combat cette fois, car ils ne comptaient pas laisser plus de temps à cette enfant monstrueuse pour réagir. Ils étaient déjà presque sur elle… un sourire carnassier aux lèvres, la matraque en mains… Mais c’était sans compter sur la grande rouquine qui jaillit soudain devant l’enfant, sans crier gare. Elle n’eut qu’à lancer son poing en avant et celui-ci s’écrasa sur le premier garde dans un jaillissement de flammes, arrachant à l’homme un cri monstrueux, tandis qu’une légère odeur de brûlé montait dans l’air vicié du hall. Le second coup mit carrément le feu au gars et il se mit à courir dans la salle comme un poulet sans tête, en hurlant de plus belle, avant de se recroqueviller au sol dans un râle dégoûtant. Un troisième coup de poing fulgurant – à moins que la femme n’ait sorti d’on ne sait où un sabre brûlant comme une flamme – atteignit le second gardien à la gorge et lui fit rejoindre son compagnon sur le sol, où il acheva de brûler doucement, longtemps après que ses cris d’agonie ne se fussent évanouis dans l’air.

Alyss ne savait plus trop ce qui s’était passé ensuite. Mais elle se retrouvait à présent devant cette femme agenouillée qui tentait – il semblait du moins – de la rassurer… Pouvait-elle lui faire confiance ?

« J’ai pas l’intention de te faire du mal petite, je suis pas un monstre » fit Sadia en réponse à la question tacite qui perçait dans le regard terrifié de l’enfant, accompagnant ses paroles d’une sorte de clin d’oeil. Et Alyss sentit que l’aplomb de la femme commençait à la rassurer : elle ne tremblait plus, déjà, c’était un début. Elle se sentit presque rassérénée, autant qu’il l’était possible dans de pareilles circonstances du moins…

« Faut qu’on se sorte de là, murmura la rouquine, je peux t’y aider, y’a une émeute et c’est le moment où jamais de nous évader. Tu veux que je te fasse sortir ? »

Alyss acquiesça : tout plutôt que de rester dans cet enfer. La femme sourit et se redressa, écrasant son mégot du talon : « Par contre va falloir que tu m’aides, précisa-t-elle dans un regard presque sérieux vers l’enfant. Comme une équipière quoi… je peux compter sur toi petite ? Tu tiendras le coup ? »

Alyss tenta de se tenir plus droite et d’ancrer son regard dans celui de Sadia avant de lui répondre que oui, si elle pouvait aider elle le ferait. Quelque chose avait étrangement basculé en elle : alors qu’elle avait touché le summum de la terreur, elle venait brusquement de décider de ne plus céder à la peur et à l’angoisse, soudain consciente de son envie de survivre et que cette dernière était plus forte que tout ! Le destin lui avait envoyé une alliée et cela déjà c’était inespéré ! Il fallait saisir cette chance. Il n’y en aurait pas d’autre. Et il faudrait s’en montrer digne, être à la hauteur !

Dehors – c’est-à-dire hors de la prison – tout serait sûrement très différent… du moins Alyss se raccrochait-elle à cette certitude de toute la force de son âme, tandis qu’elle attrapait la main tendue de la femme rousse et la suivait dans un long couloir obscur…


{C'est ainsi qu'Alyss partit à la suite de sa nouvelle compagne, Sadia, la prisonnière rousse aux pouvoirs mystérieux forgés dans le feu des enfers...}


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Dernière édition par Catioucha le Ven Mai 12, 2006 1:53 pm, édité 1 fois.

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Episode 7 : Que la chasse commence


« Marc Antoine à Cléopâtre ! Marc Antoine à Cléopâtre ! A vous ! »

[font=Lucida console]« <Xxxxxxzzggggtttfffsssxx> »[/font]

« <Xxxxxffffttt> toine à Cléop... <xxxxgggttt> »

[font=Lucida console]« Connexion aborted »[/font]

[center]# # #[/center]

« Ah mais c’est quoi ce truc de merde… Et en plus j’y vois que dalle… Rhaaaaa ! Mais tu veux pas venir m’aider, bon sang de bois ? Au lieu de rester là comme un con ? »

Les yeux collés à l’écran du Mhi’Rhoar, la Sorcière Violette manipulait sa baguette magique comme un chef d’orchestre sous acide dirigeant la 9ème de Beethoven devant un parterre de mafieux attendant le premier « couac » pour faire feu… C’était effectivement à ses yeux une question de vie ou de mort : il fallait qu’elle retrouve la trace de cette sale mioche avant qu’il se passe des trucs irréparables ! Et aussi – accessoirement – parce qu’elle avait une envie irrépressible de lui taper sur le museau avec une batte de baseball (mauve) jusqu’à ce que les yeux de cette félonne d’Alyss lui sortissent des orbites ! La Sorcière n’aurait pu dire pourquoi mais ça lui aurait fait vraiment du bien, là, dans l’état de nerfs où elle se trouvait…

Pendant qu’elle s’agaçait toute seule, Lord Casskouye, vautré dans le canapé, tentait laborieusement de suivre une émission sur la reproduction des insectes mutants en laboratoire ; mais les nombreux cris, râles, insultes et autres hurlements de rage proférés par sa consoeur excédée ne l’aidaient pas beaucoup à suivre les passionnants commentaires des scientifiques… Au bout d’un moment, sans doute par lassitude, il daigna lever un œil vers la Sorcière et répondre à ses appels désespérés par un petit « Pwoaf » qui le téléporta directement auprès du bureau, faisant au passage sursauter ladite Sorcière déjà passablement nerveuse !

« Bon, raconte moi c’qui s’passe… dit-il en soupirant.
— Ah ! Ben tu vois, je la filais sans problèmes depuis ce matin mais cette peste a réussit à se barrer de mon champ de vision ! grogna La Sorcière en serrant les poings. J’ai beau chercher partout je la trouve pu ! La garce !
— Bon, soyons logiques, elle était où et elle faisait quoi la dernière fois que tu l’as vue ? dit Lord en se grattant négligemment le masque.
— Alors : la dernière fois elle était dans le Hall de la zonzon avec une espèce de rouquine "on fire" ! Je vais pisser deux secondes, profitant de ce qu’elles discutaillent le bout de gras, et puis pouf ! Je reviens et y’a plus personne !
— Ah ouais, mais si tu relâches ta surveillance aussi… lâcha le Lord d’un air taquin.
— Ah ouais, mais si tu m’aidais aussi, quand je te le demande gentiment ! gueula La Sorcière en crispant la mâchoire. Mais non, Môssieu reste vautré dans le canap' tout peinard pendant que MOI je trime pour réparer le tort qu’on m’a fait subir ! C’est t’y que Môssieu se sentirait pas des masses concerné ? Ben je rappelle à Môssieu pour le motiver un brin que tant que je suis bloquée là et que j’ai pas réglé ce problème, ben il peut se gratter pour récupérer mon appart comme c’était prévu au départ !
— Oh non, grimaça soudain Lord, j’ai déjà posé mon préavis moi…
— Tu te sens un peu plus concerné now ? Tant mieux ! J’espère que tu vas m’aider maintenant ! » acheva-t-elle en se remettant au travail.

Soudain aiguillonné par la possibilité de se retrouver à la rue, Lord se fit pragmatique, à défaut d’être efficace : « Bon, tu as perdu celle qui est dans la zonzon. Mais l’autre, elle est où ? Et qu’est-ce que tu comptes faire avec l’autre, au fait ?
— Hein ? Quelle autre… Mais de quoi tu causes ?
— Ben, l’autre "Alice", enfin Ssyla quoi ! Tu sais ? Celle qui fout le bronx à Paragon !
— Aaaaah ! Celle là ! s’exclama la Sorcière en se rejetant en arrière dans son fauteuil.
— Oui… Celle là… dit Lord en soupirant. Y’en a deux, c’est déjà bien suffisant !
— Et ben, je saurais pas comment dire, minauda la Sorcière. Mais, celle là elle m’énerve moins, t’vois… Je sais pas si c’est qu’elle a fait brûler cet orphelinat ou qu’elle a insulté cet agent, ou qu’elle a resquillé dans le métro, ou qu’elle a…
— Oui oui oui ! l’interrompit Lord. J’avais bien cru comprendre que tu avais plus d’affinités avec elle. Je t’ai bien vue te bidonner toute la journée devant ton fichu machin pendant que tu la surveillais… Mais le problème reste entier : tu ne peux pas les laisser cavaler toutes les deux sans leur montrer qui est la chef quoi ! Après tout elles t’ont volé ta sortie ! Faut qu’elles payent ! »

La Sorcière se fendit d’un petit hochement de tête, légèrement galvanisée par la remarque du Lord.
« Mais dis donc, demanda ce dernier tout soudain avec un air d’avoir trouvé de l’eau dans le désert, pourquoi que tu vas pas leur botter le cul tout de suite toi-même en personne, au fait ? Je comprends pas… ».
La Sorcière soupira en se frottant les yeux.
« Après tout, poursuivit le Lord bloqué sur son idée, elles ont bien réussit à passer, elles…alors pourquoi tu te lances pas simplement à leur poursuite, pour savourer malgré tout ton "Grand Retour" ? Comme c’était prévu au départ quoi… »

Daignant enfin poser un regard sombre sur le Lord, la Sorcière grogna qu’y avait pas besoin d’être un poli technicien pour comprendre que si la môme avait été coupée en deux à son passage, c’est qu’il y avait une merde dans le bouzin… et qu’elle préférait encore rester le cul sur sa chaise à réfléchir plutôt que de ressortir elle aussi façon schizo de l’autre côté. Ce à quoi Lord ne trouva bien entendu rien à répondre.

« Ah mais j’ai pas dit mon dernier mot tu sais ! lâcha la Sorcière en sautillant dans son fauteuil. Pour la petite de Paragon, c’pas difficile, elle laisse des signaux comme c’est pas permis, même qu’on dirait le petit poucet des fois. Dans deux jours elle a un dossier sur elle long comme le bras d’un Orang-outan souffrant d’hypertrophie des membres antérieurs, et d’ici là t’inquiètes que j’aurai trouvé comment la coincer ! Mais l’autre, reprit-elle en parlant d’Alyss, elle, c’est une ot’ paire de collants ! C’est une sournoise… une discrète… une qui fait pas de bruit en éternuant, et qui va sûrement me faire cavaler pendant des mois si jamais j’y met pas les "grands moyens" !
— Heu, je sais pas pourquoi mais j'ai peur quand je t'entends dire "grands moyens" comme ça... » tempéra Lord d'une voix hésitante. Mais la Sorcière appuya alors sur un bouton et baissa encore d’un cran le niveau sonore pour susurrer d’un air extatique : « Regarde… J’ai une surprise pour elle qu’est pas piquée des hannetons… »

[center]# # #[/center]

« Marc Antoine à Cléopâtre, répondez Cléopâtre ! »

[font=Lucida console]« <Gzztt> Cléopâtre au rapport – Ordres en attente <gzztt> »[/font]

« Ah ! Ben c’est pas trop tôt ! Qu’est-ce que tu foutais Cléo !? »

[font=Lucida console]« <Gzztt> Analyse ordres <gzztt> Ordre non conforme <gzztt> Répétez ordres <ggzzttt> »[/font]

« Ah merde… heu… »

[font=Lucida console]« <Gzztt> Ordre non conforme : répétez ordre <ggzzttt> »[/font]

« Rhoooo putaiiiin ! »

[font=Lucida console]« <Gzztt> Ordre non conforme <gzztt> Echec critique <gggzzzttt> »[/font]

« … »

[font=Lucida console]« Connexion aborted »[/font]

[center]# # #[/center]

« Bon… ça peut pas marcher à tous les coups… évidemment… » tenta la Sorcière stoïque. Lord se pencha alors précautionneusement sur l’écran… Une silhouette étrange, mélange entre le robot cyborg et l’écolière appliquée se tenait toute droite dans une salle quelconque…

« Mais… qu’est-ce que c’est que cette chose ? demanda Lord en écarquillant les yeux sous l’effet de la surprise.
— Ah ! Ben ça c’est ALYSS 3.0, mon "arme secrète", répondit la Sorcière en se remettant à bidouiller ses formules magiques sur l’écran du Mhi’Rhoar. Enfin quand ça marchera quoi ! »

Et devant l’air circonspect de Lord, la Sorcière se fendit d’un embryon d’explication : « Ben comme tu l’as dit, elles sont deux, et vu que je peux pas être au four et au moulin, et qu’y faut bien quelqu’un sur place pour coincer cette saleté de gamine, ben j’ai reprit ses paramètres de connexion presque à l’identique et pis j’ai envoyé cette petite dans les Îles Insoumises ; elle est programmée spécialement pour l’occasion, même que ! Et ouais, y’en a là dedans ! »

La Sorcière montra du doigt sa boîte crânienne hypertrophiée avec un regard entendu pour le Lord, qui pour sa part hésitait encore entre l’incrédulité et le fou rire. « Mais je te rassure, reprit-elle toute fière, j’ai cogité un moment avant de me dire : qui mieux qu’Alyss elle-même pourrait retrouver cette épingle dans la botte de foin crasseux des Insoumises ? Et zou ! Voilà le résultat !
— Donc tu compte sur cette… ce… c’est quoi d’abord ? s’étonna Lord, pas vraiment convaincu.
— Ben, ça se voit pas ? C’est une spécialiste des missions commandos, elle dirige une équipe de robots spécialement créés pour la mission que je lui ai confiée ! Et pis on se moque pas d’abord môssieu ! Respect ! J’te f’rai dire que j’ai galéré pour arriver à cette version là et…
— Ah ! Parce qu’il y a eu une Alyss 1.0, puis une Alyss 1.1 !!! Ben déjà vu comme marche la version 3... je peux aller me recoucher et tu me réveilles pour Alyss 2006 ! commença Lord soudain explosé de rire.
— Rhaaaaaaa ! Tu vas pas commencer ! Non mais ! gueula la Sorcière en se renfrognant. Retourne sur ton canapé et fiche moi la paix d’abord ! Tu me fous les glandes en fait ! C’est pour ça que je foire tout ! »


{Et c’est ainsi que la petite Alyss fut prise en chasse par son clone de métal, déterminée à la retrouver pour signaler sa position à la tenace et rancunière Sorcière Violette…}


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MessagePosté: Ven Mai 12, 2006 2:08 pm 
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Episode 8 : Feux croisés


« Si tu as faim, sers toi, vas-y. » lâcha un des garçons en tendant à Ssyla une portion de viande séchée, sauvée in extremis de la cuisine de l’institut avant qu’elle ne brûle à son tour ; ration de survie assez peu engageante en soi, mais d’autant plus tentante que la jeune fille n’avait rien mangé depuis leur évasion du foyer, un jour et demi auparavant... Pourtant, elle avait encore envie de faire un peu la gueule, rien que pour le principe – après tout, le gosse et ses amis lui avaient piqué son super plan de l’incendie, et ça, ça lui restait légèrement en travers – mais le sourire engageant du jeune garçon finit par avoir raison de ses dernières résistances. Faut dire aussi que son estomac faisait des gargouillis à un point tel qu’elle commençait à craindre l’émergence d’un nouveau super pouvoir, genre « grenouilles intestinales » qui te dévorent de l’intérieur ou autres joyeusetés du genre…

Se jetant sur le morceau de barbaque, Ssyla lança un regard rapide vers ce jeune gars, qui semblait être le leader de leur petit groupe d’enfants évadés. Il avait entre 12 et 15 ans, impossible à dire... Ses cheveux épais et noirs poussaient autour de sa tête comme un feu de brousse, les mèches mi-longues s’entremêlant anarchiquement sans aucun soucis d’esthétique : il sembla même à Ssyla que certaines petites zones de ladite tignasse avaient brûlé longtemps auparavant et que ce fouillis visait à camoufler les endroits où le crâne était légèrement visible... Les yeux très sombres du garçon pétillaient de malice et de bonhomie, des sourcils fins en forme d’accent circonflexe accentuaient l’expression avenante de ce regard, mais formaient un étrange contraste avec son visage creusé et allongé, aux joues sans relief, à la bouche aussi mince qu’une simple fente ouverte au cutter et au teint extrêmement pâle : tout le reste de sa personne reflétait paradoxalement la maigreur, la solitude, la souffrance retenue et le dénuement…

Ssyla sentit un léger pincement, se disant que le garçon n’avait pas du vivre une existence facile… pas comme elle quoi, qui n’avait finalement pas vécu grand-chose avant de quitter la cage dorée du Livre… Personne dans le centre ne savait qui elle était ni ce qu’elle faisait là : elle n’y avait passé qu’une pauvre petite semaine, pas de quoi fouetter un chat – pas de quoi en tout cas se faire de vrais amis – et pourtant, ces gosses l’avaient d’emblée traitée comme une égale et lui avaient proposé de s’enfuir avec eux… Ssyla demeura pensive un moment tout en mâchouillant. Elle ne fut interrompue que par la voix du garçon qui lança soudain négligemment : « Au fait, je m’appelle Walter, et toi ?
— Moi ch’est Chyla… répondit-elle la bouche pleine. Heu : Ssyla, pardon.
— Ben, bienvenue Ssyla, sourit-il en retour. On n’a pas trop eu le temps de se présenter, vu les circonstances… Au fait, j’ai ramassé ça avant de partir… je crois que ça t’appartient… »

Il fouilla dans sa besace et, à la grande surprise de Ssyla, il en extirpa un petit cahier à spirales à la couverture légèrement noircie par la suie, qu’il lui tendit avec un sourire. « Je te l’ai pas filé avant parce que je te trouvais lourdingue à pas vouloir nous causer et à tirer une tronche de six pieds de long… mais maintenant je me dis que ça te mettra peut-être définitivement de bonne humeur… »

Ssyla prit le cahier avec un regard circonspect… et fut prise soudain d’un fou rire qui manqua de lui faire avaler sa bouchée de travers ! Il venait de lui rendre le journal de bord qu’elle pensait perdu à jamais, vu qu’elle l’avait lâchement abandonné derrière elle, dans le brasier, caché sous une pile de vieux linge sale pour être bien sûre que personne le trouverait…

[center]# # #[/center]

« Regarde comme c’est beau, Alyss ! »

Se retournant, la fillette posa un regard éteint sur le spectacle lointain de la prison en flammes : d’où elles se trouvaient – le toit d’un building où la rouquine s’était posée – on ne voyait plus guère qu’un fourmillement de flammes sur le flanc d’une colline. Il n’y avait plus de cris ni de râles, juste les étincelles portées par le vent et des langues de feu s’enroulant amoureusement autour des miradors, puis s’élevant jusqu’à eux pour mieux en embraser le sommet. Alyss reporta son regard sur Sadia : cette dernière couvait le spectacle du regard avec un air étrange… La rouquine avait savamment usé de ses pouvoirs pour leur frayer un chemin vers l’extérieur : comme on attise un feu mourrant en soufflant légèrement sur les braises rougeoyantes, elle avait su avec art relancer la bagarre et la panique nécessaires à couvrir leur fuite, avant de percer un mur extérieur avec un geyser de flammes sorti de ses mains... lequel feu s’était certainement propagé aux bâtiments adjacents tandis que les deux complices s’enfuyaient – ou plutôt s’envolaient – laissant le combat se poursuivre sous elles.

Trois autres gardes et deux prisonniers étaient morts dans l’opération, tués par Sadia. Alyss grimaça en y repensant : elle n’y était personnellement pour rien, mais elle n’avait rien fait non plus pour tenter de les sauver. Pas plus que pour aider Sadia dans son entreprise, d’ailleurs… De son côté, Sadia avait bien tenté de l’aiguillonner et de la titiller pour obtenir un peu d’aide, à un moment elle l’avait même violemment pincée dans l’espoir de tirer un son quelconque de l’enfant… mais en vain. Alyss sentait encore le petit renflement des muqueuses dans sa bouche, là où elle s’était mordue presque jusqu’au sang pour s’empêcher de crier… Mais elle n’avait rien fait et s’était laissée guider docilement hors de la prison. Et maintenant elle repensait au prix qu’il avait fallut payer…

« Pourquoi… souffla l’enfant presque malgré elle.
— Scrupules ? C’est bien le moment d’en avoir ! » grogna Sadia en allumant une cigarette.
L’enfant soupira mais ne répondit pas et se mit à pleurer sans bruit.
« Je suis pas contente, gamine, enchaîna Sadia sans remarquer les pleurs de la fillette. Tu avais dit que tu m’aiderais. En équipe on avait dit ! Tu étais ok, et tu t’es laissée traîner comme un poids mort et moi je… »
Alyss baissa la tête et sanglota. Sadia porta alors sur elle un regard gêné et ravala ses critiques. Puis elle jeta son mégot depuis le haut du building et se pencha vers l’enfant, entourant maladroitement ses épaules d’un bras qui se voulait consolateur.

« Te met pas dans cet état va ! Ca peu arriver à tout le monde de merder au début… tenta maladroitement la femme.
— C’est pas bien… ce qu’on a fait… » lâcha Alyss entre deux reniflements.
Sadia soupira fortement et s’assit à côté d’Alyss : « Bon, alors déjà petite faut que tu comprennes un truc : le bien, le mal, tout ça, ça ne compte plus aux Insoumises, souffla la rouquine. Même à Paragon je suis pas sûre que ça soit aussi tranché que tu le penses ! Pour ta gouverne, le garde numéro 1 violait les détenues femmes tant qu’il pouvait, moi ça va que je suis tanquée comme une junkie en manque et que je pouvais lui griller le paf mais sinon j’en connais pas mal qui se sont suicidées à cause de lui ; le numéro 2 j’avais personnellement rien à redire sur lui, du moins irréprochable dans la zonzon, mais paraîtrait qu’il battait ses gosses et sa femme pour se calmer les nerfs après le taf ; le numéro 3 il faisait du trafic de superadyne avec un ou deux caïds et faisait rentrer des trucs pas nets dans la taule pour arrondir ses fins de mois ; le prisonnier qu’est mort il t’aurait écharpée sans une once de remords : je continue, ou bien ? »

Alyss essuya ses larmes et leva son regard humide vers la femme rousse :
— N’empêche, je me fiche de ce qu’ils ont fait ou pas, ça me console pas vraiment…
— Rhaaa… tu es tuante quand tu t’y mets gamine ! Je te dis pas que j’ai eu raison de les tuer, je te dis juste que ça fera de peine à personne : y’a bien que toi pour te mettre dans des états pareils pour des gros couillons que la terre ne regrettera pas…Tu vas faire une drôle de super vilaine toi ! » et Sadia partit d’un grand rire spontané en ébouriffant la tignasse de l’enfant.
« Je veux pas être une super vilaine… grimaça Alyss en tentant de ne pas se laisser gagner par le rire de sa compagne.
— Et pourtant, si tu continues à chougner comme ça, tu vas avoir une belle tête de vilaine ! » et la rouquine cligna de l’œil. « Tu as les yeux rouges comme le cul d’un babouin ! C’pas joli joli ! »

L’enfant esquissa un sourire.

« Tu as raison quelque part… je sais bien… mais comment je peux faire du mal aux gens sans rien éprouver ? Comment tu fais pour être détachée comme ça, toi ? » demanda innocemment Alyss. Sadia eut un pincement de la lèvre supérieur puis alluma une autre cigarette.
— Je ne le suis pas, souffla-t-elle après un long silence pesant.
— Désolée… je ne voulais pas…
— Non, non ! Tu as le droit de te poser des questions. On vient juste de se rencontrer, tu me connais pas… Tu sais, c’est juste la force de l’habitude, et encore… on s’habitue jamais à tuer, en tout cas moi je suis pas comme certaines de ces brutes dénuées de cervelle et de sentiments : je prends pas de plaisir à tuer, non. Ne vas pas croire ça… seulement…
— Oui ? l’encouragea l’enfant.
— Seulement dans cet univers, la moindre démonstration de sentiment est une faiblesse. Je crois que tout le monde joue à celui qui pleurera en dernier, pour survivre quoi. En prison, si tu craques, tu es fini. J’ai prit l’habitude…
— Tu es enfermée depuis longtemps ?
— 12 ans… »

Sadia se leva et tourna son regard vers le soleil couchant, qui ajoutait un brin de poésie au spectacle de la prison en flammes. Alyss n’était pas dupe : la femme s’était écartée pour éviter de pleurer. Elle avait été stupide de poser toutes ces questions. Il lui suffisait de savoir que Sadia lui avait sauvé la vie, et basta ! « Merci » dit-elle alors simplement. Sadia accepta ce mot d’un geste de la tête qui voulait dire pas de quoi.
« Bon ! C’pas tout ça mais faudrait pas qu’on traîne dans le coin ! se reprit la rouquine. J’espère qu’y a toujours des gens de vivant là où je t’emmène !
— On va voir des amis à vous ?
— Des amis ? Hmm… disons des connaissances plus ou moins recommandables. Mais viens, tu verras quand on y sera. »

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Saleté de journal, revenu d’entre les flammes…

Bon, ben vu que l’autre zig t’a sauvé, autant que je rentabilise ! J’ai trouvé un vieux stylo bic dans les poches d’un zonard qu’on a détroussé hier soir pour s’acheter de quoi bouffer… le pov’ appelait ses copains à l’aide avec un talkie mais personne n’est venu l’aider : à la fois, comment tu veux être prit au sérieux quand tu racontes que tu t’es fait encercler par une bande de huit gamins, dont deux pré pubères, lesquels t’ont raquetté jusqu’au fond de tes poches pour s’acheter des Haribos au drugstore du coin… Z’ont du croire que le type était en plein trip ou complètement bourré…

Bref ! Walter est un mec plutôt sympa. Il est blasteur feu, mais ça pas besoin d’avoir fait l’école pour le deviner, vu ses cheveux à moitié cramés… il est sympa mais y cause pas beaucoup de lui. Je sais pas encore quoi en penser. Dans la bande il y a aussi un gosse super jeune qui se fait appeler GavRoche, rapport à son pouvoir de se transformer en pierre. J’avoue que c’est super impressionnant de voir ce nabot de tank miniature maintenir autour de lui une bande de méchants incrédules, pendant que les deux jumelles qui ont survitesse les détroussent de leurs biens sans qu’ils puissent rien faire…Y’a aussi une mioche qui a des pouvoirs de guérison, un vieux de 14 ans qui doit être contrôleur, et une autre nana qui pourrait casser une pile de briques en deux rien qu’en soufflant dessus !

Z’ont pas arrêté de me poser des tas de questions sur moi, sur ma vie avant et tout… j’étais super gênée, parce que j’ai jamais eu de parents qui me battaient, j’ai pas perdu ma famille dans un accident d’avion, j’ai pas non plus été élevée par un oncle alcoolique ou enlevée par un savant fou pour faire des expérimentations : j’avais juste une vie bien peinarde, bien chiante, mais normale quoi… J’ai peur qu’ils me rejettent si jamais ils apprennent qui je suis... C’est con, hein ? Du coup j’ai trop rien dit…

Y’a que Walter finalement qui doit se douter de quelque chose, vu qu’il a lu ce journal…



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