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Le grimoire d'Ulfer

La culture au sens large
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 Sujet du message: Avant l'avant
MessagePosté: Jeu Juil 06, 2006 6:17 pm 
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Monsieur mal embouché
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Inscription: Mer Juil 21, 2004 2:07 pm
Messages: 1076
Localisation: Dans un syndrome psychotique refoulé.
Attention, éloignez les enfants, ce texte à mis mal à l'aise un prof de français. ( ahahaha ). Tellement qu'il a fait des commentaires désopilants sur le pouvoir éclairé et l'anarchie qui conduit à la folie. ( ahahahahahah ).
J'en suis pas super méga content ( y'a un peu de chiant scolaire quoi ) mais y'a des morceaux que j'aime bien.
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Avant l’avant.



L’orange des barreaux de la grille de l’école. De l’école Marcel Viaud. Parce que la rue Marcel Viaud. Et pourquoi la rue Marcel Viaud. Question sans réponse, et cour battue par les feuilles mortes.

Il n’y eut pas de souvenir fondateur. Je suis né un peu tous les jours.

Cette cour j’y suis passée, j’y ai mimé l’expulsion de la fumée de cigarette. Cherchant la raison de cet étrange manigance des “grands”. Ces “grands” qui n’ont jamais fait que montrer toute la pédante supériorité dont ils se croyaient investis. Les cons.

La domination m’est insupportable. Imposer est une faiblesse. Imposer des règles est une codification imaginaire. La domination cherche continuellement à se justifier et à se rejustifier. En arguant le respect et en y mêlant l’obéissance.
D’où le respect et l’obéissance sont-ils liés ?
Qu’est ce que l’obéissance sinon le mépris de soi et de toute opinion.
Qu’est ce que l’obéissance sinon l’irrespect.

Cette cour je ne l’ai vu que pendant deux ans. Deux ans pour tant. J’avais donc deux ou trois ans. Et c’est un peu là que semble être la genèse de certaines choses. Peut-être. Cherchons donc.
Il y eut un jour terrible pour un sentiment terrible d’impuissance. Ce jour là, je me rendis compte que jamais je ne pourrais rattraper mon frère, il serait toujours plus vieux que moi.

Et la voilà, la découverte du temps imperturbable.
On ne peut pas le transgresser.
On ne peut pas transgresser la réalité physique.
Mais comment savoir ce qui est de l’ordre de l’hypothèse et de la réalité ?

Il y avait une nourrice. Nous allions chez elle à la fin de ce que nous appelions école. Et qui ne servait qu’à faire passer du temps que nous étions incapable d’utiliser. La nourrice nous gardait quelques heures, nous étions plusieurs. Une télé à regarder, des petits bouts de plastiques à agiter sur la moquette en faisant semblant de s’amuser.
Ce jour là, mon frère, ce salaud, dessina un tracteur. Le tracteur est bizarrement un jouet assez commun alors que finalement ça n’a rien de bien trépidant. Et voilà, il en avait dessiné un, et ça me révoltait parce qu’avec mes deux berges de moins je me sentais bien incapable de représenter un bout de ferraille pareil. Je suis donc allé demander aide et assistance auprès de la nourrice. « Dessine moi un tracteur ». Et non. Elle n’est faisait qu’à sa tête, arguant son manque consternant de talent, ce qui d’ailleurs n’était pas recevable : mon frère était également un manche. Et je l’ai pas eu mon tracteur.

Il en fallut du temps pour que je prenne ma revanche, mais finalement j’y suis arrivé. Ce n’était pas une compétition, une simple égalité des choses. Il y eut de la persévérance.

Il y avait dans le jardin de cette même nourrice une vieille pompe. Une vieille pompe avec un levier bien lourd qui s’actionne horizontalement. On le tirait et on le rabattait contre son support. Le métal contre le métal produisait un son mat.
Quelle ne fut pas mon erreur de placer mon doigt à l’endroit de ce choc. Là je me suis vraiment éclater le doigt. J’avais des larmes pour brouiller ma vision. Et je regardais mes mains. Et elles étaient pleines de sang. Et je trouvaient ça bizarre. Mais pourquoi ai-je du sang sur mes mains. Et effectivement, ça devait être très bizarre parce que tout le monde s’affairait. Et l’on m’emmena dans ce qu’on appelle une clinique. C’est à dire une bâtisse à l’intérieur crémeux qui pue.
Je me suis alors retrouvé avec mon doigt plongé dans un petit bol métallique étincelant. A l’intérieur il y avait un liquide translucide. Et il me semble que je me suis un peu beaucoup ennuyé. C’est dans ce genre de situations qu’on comprend toute l’ironie de la désignation de “patient”. Et c’est très loin de nous faire marrer.
Je pus repartir chez moi en attendant. En attendant le jour de l’opération.
Et il arriva. Et je fus plongé pour la première fois dans les brumes inhérentes à cette activité. L’opération est toujours le moment le plus tranquille. Après on se réveille, on refout les pieds sur terre et hop ça repart cahin-caha. En ne se doutant pas que le pire est encore à venir. A court terme, c’est se faire enlever les fils.

La première expérience consciente en milieu hospitalier est finalement à l’image des autres. C’est pas la joie, mais faut l’accepter. Les choses arriveront et nous aviserons. La plus grande horreur de ces moments-là, c’est l’hôpital, c’est un bâtiment où l’on est rien. L’humiliation voilà l’horreur. Tu te retrouves dans un lit habillé d’un truc informe qui ne laisse qu’une impression de faiblesse, t’as une perfusion bien enfoncée dans le bras, et si tu dois rester alité tu pisses dans un récipient en plastique. Et une infirmière viendra changer les draps en te poussant, en se foutant totalement de quoi que soit. Voilà l’horreur. Voilà de quoi donner envie de sortir un fusil à pompe et tout exploser. Et de finir cette connasse d’infirmière qui te méprise à coup de crosse dans la gueule. Voilà la haine.

Je sortis de cette histoire avec l’ongle de l’annulaire droit tout fripé. Et la persévérance encore. Et s’adapter encore.

Et je pus retrouver le cours tranquille de la vie à la maison. Dans cette grande baraque blanche. La plus grande maison que j’ai jamais habitée. Avec une salle de jeu bordélique, un grenier sombre poussiéreux à l’odeur délicieuse et un grand jardin. Il y’avait même un potager, j’y fis pousser une citrouille.
La terrasse qu’on arpentait parfois à bord de tracteurs en plastique. Les tracteurs, toujours les tracteurs, les fabricants de jouets étaient-ils des anciens paysans.
En parlant de paysans et de potager, le voisin nous refilait du fumier pour le potager, et ouais, il était paysan. Et il s’appelait Auguste. C’était pour moi un personnage incroyable avec une vieille casquette de paysan et une tronche burinée. Une fois je suis allé chez lui. Dans son salon spartiate, il y avait une grande table nue. C’était une table en bois, massive et puissante. Tout cela était incroyable.
Dans le jardin, il se trouvait un arbre aux feuilles bordeaux. Je trouvais ça bizarre d’avoir des feuilles bordeaux pour un arbre.
Parfois, nous sortions dehors emmitouflés dans des manteaux avec un ballon. Et maman lançait le ballon très haut. J’étais petit, et donc la distance entre moi et le ballon me paraissait énorme et quand il atteignait son point culminant il y avait un instant irréel. Le genre d’instant irréel comme regarder les étoiles.
Mais après venait l’ennui imposé. La sieste. Les rideaux étaient blancs, épais certes, mais blancs. Tant et si bien que la chambre se retrouvait dans une lumière jaune orangée peu propice au sommeil. Alors j’inventais des mots, alors j’inventais une langue automatique, incompréhensible qui ne faisait qu’exprimer le vide et le temps. Tchoumbilo guélau yakla tublu orglup.

Il en reste un goût de la déformation des mots. Et des onomatopées. Les codes orthographiques et sémantiques peuvent être déconstruits. Oué. Graou.

Un soir, quelqu’un qui était peut-être brun apporta une cage avec à l’intérieur un chat. Ce fut caramel. La chat aux rayures fauves que je caressais vêtu d’un gilet en imitation de laine de mouton avec des petits boutons de bois, une caricature de gilet de berger. Et tout autour régnait un grand fatras de jouets, de morceaux de jouets et de n’importe quoi.

C’est ce qui s’appelle être ridicule. Et les grandes perches qui sortent des « qu’il est mignon » ou des « c’est chou ». Alors que c’est juste ridicule.

Nous embarquions parfois dans la renault 18 aux portières cabossées. Il arrivait que l’on grignotât à l’intérieur. Et ça irritais papa, le genre d’irritation vaine qui pousse à la conclusion « on ne mangera pas dans la prochaine voiture ». Nous embarquions donc. Et alors le moteur démarrait et nous allions dans la mayenne chez les grands-parents maternels ou dans le finistère chez les grands-parents paternels.

De tout temps j’ai regardé défiler les lignes téléphoniques. J’ai vu des milliers de bandes blanches se faire bouffer par la voiture. Et le sentiment de rêverie stérile qui ne mène à rien.

Et je dormais. A l’arrivée je me coltinais mon humeur exécrable. Je réfutais le fait d’avoir dormi, non c’était clair, je m’étais simplement reposé.

Alors que le repos a toujours été hors de portée. Les siestes n’ont jamais fait que briser les journées. Et les nuits soit trop courtes soit trop longues laissent invariablement les stigmates de la fatigue.

Au retour de je ne sais plus où, de je ne sais plus quand, caramel n’était plus là. Où était-il. Que lui était-il arrivé. Je ne savais pas. Je ne sais pas. Mais c’était ainsi. C’est ainsi. Et il suffisait de l’accepter. Et il suffit de l’accepter.

Au fond, les choses ne sont pas géniales mais autant les accepter. Autant s’adapter. Ce n’est pas une défaite. C’est un défi. Et ça donnera peut-être l’occasion de faire un choix.

Quelques temps, semaines ou mois, plus tard, papa décrocha le téléphone. Et il dit « Bonjour, ce serait pour inscrire mes deux enfants dans votre école. » Nous allions déménager. C’était l’été. Il y eut moult cartons, moult affairements, moult nettoyages, pour finalement aboutir au vide.
Un camion vint. Il fut chargé. Il partit.
Les deux renault, 18 et 5, furent chargées. Nous lançâmes un dernier regard en nous contorsionnant le cou. Et nous partîmes. Et nous quittâmes Chateaubriand. Et nous roulâmes vers la bretagne natale sur un air de Simon and Garfunkel.



Hello, darkness my old friend
I've come to talk with you again
Because a vision softly creeping
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain
Still remains
Within the sound of silence.

In restless dreams i walked alone
Narrow streets of cobblestone,
'Neath the halo of a street lamp
I turned my collar to the cold and damp
When my eyes were stabbed by the flash of a neon light
That split the night
And touched the sound of silence.

And in the naked light I saw
Ten thousand people, maybe more
People talking without speaking
People hearing without listening
People writing songs that voices never share
And no one dared
Disturb the sound of silence.

"Fools," said I, "You do not know
Silence like a cancer grows.
Hear my words that I might teach you,
Take my arms that I might reach you."
But my words like silent raindrops fell,
And echoed
In the wells of silence

And the people bowed and prayed
To the neon god they made
And the sign flashed out a warning,
In the words that it was forming.
And the signs said the words of the prophets
Are written on the subway walls
And tenement halls.
And whisper'd in the sounds of silence.

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